Vice-versa

Vice-versa
d’après le texte de Will Self par le collectif Ildi!eldi

viceetversa.jpgÀ la base du spectacle, un  texte tiré du roman Cock and Bull (1996) de l’écrivain anglais William Self (né en 1961), auteur de nouvelles fantastiques, satiriques, dans lesquelles, avec humour et ironie,  il épingle les fantasmes, les désirs secrets, les « égarements » sexuels, et les évasions dans la drogue, contrevenant aux codes et à l’ordre moral de la société bourgeoise anglaise. Vice-versa, traduit par Marie-Claire Pasquier, est adapté, mis en scène et interprété avec brio par le collectif Ildi!eldi : Sophie Cattani, Antoine Oppenheim, François Sabourin.

  Dans un décor très simple : trois chaises, une grande table qui sert de bureau et de table d’examen médical avec une ampoule suspendue , deux micros sur pied de chaque côté du plateau et une table de mixage pour lancer à vue la musique. Et le spectacle décline sur le mode du cabaret vaudevillesque, les variations sur une relation sexuelle trouble entre un médecin et son patient. La situation jouée et le récit avec le parti pris de la théâtralité affichée et mise en abyme, sont ici parfaitement tenus. On voit, au départ, les trois acteurs en scène : John, patient en tee-shirt vice-versa, Alan, le médecin, en costume et cravate, et la présentatrice commentatrice en veste et  pantalon. Elle quitte le plateau et on assiste à la séquence où John consulte son médecin pour une étrange plaie et/ou brûlure derrière son genou qui s’avère être un vagin. Phénomène extravagant qui, dans les variations successives sur la même scène, nous introduit toujours plus loin dans l’intimité des pensées ou des fantasmes ? Des désirs, de la relation sexuelle, jusqu’à la séparation des deux hommes.

La progression dramaturgique est assurée par le regard extérieur et le commentaire au micro de la présentatrice mais aussi par le discours intérieur  des protagonistes confrontés à la conscience de la transgression,  dans les reprises successives de la même scène. Sophie Cattani, présentatrice, s’implique dans le jeu en campant la secrétaire du médecin et elle est, à la fin, l’animatrice d’un reality show télévisé sur cette histoire. Le tout est finement tissé, intelligent , drôle, et  servi par un trio brillantissime.

L’idée loufoque, de placer un organe sexuel féminin derrière le genou de John  d’emblée la relation entre les deux hommes de tout réalisme et la place dans la sphère du fantasme ou des désirs inhibés, permettant en même temps de jouer sur l’ambiguïté, voire la dualité sexuelle. À travers les tentations « sexuellement incorrectes » des protagonistes, Will Self met au jour la partie immergée de l’iceberg intime et social. Surgissent alors les interdits, les transgressions des codes moraux et sociaux, la culpabilité, les désirs inavoués, bref,  toute une matière qui alimenterait une lecture psychanalytique : inconscient, moi, surmoi. Certes, mais,  à quoi bon ? Un spectacle qui, avec humour et légèreté, met le doigt sur les codes moraux et sociaux en les démontant. À voir absolument.

Irène Sadowska Guillon

Vice-versa d’après Will Self
mise en scène et jeu collectif Ildi!eldi
au Théâtre de la Cité Internationale à Paris
du 14 mai aux 6 juin 2009

 


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