Bienvenue- Quelques mots pour dire d’où je viens

Bienvenue, conception, mise en scène et jeu: Paul Chevillard et Margherita Piantini et Quelques mots pour dire d’où je viens de Guillaume Hasson, mise en scène de Maria Cristina Mastrangeli. 

Le premier petit spectacle de 30 minutes se déroule dans le hall du théâtre avec juste un petit castelet fait avec un échafaudage de peintre. Thème: l’émigration et une sorte de petite chronique des mésaventures des étrangers dans notre douce France faite avec des moyens très simples: des petites marionnettes- dites de poing- habilement manipulées par deux clowns: Paul Chevillard et Margherita Piantini . C’est techniquement très bien fait mais on l’on reste un peu sur sa faim devant un spectacle qui n’a sans doute pas un scénario assez solide pour le soutenir. 

Quelques mots pour dire d’où je viens ,  est un texte écrit à partir de neuf témoignages  d’émigrés qui ont confié leur histoire et leur itinéraire; ils sont venus d’Afrique mais aussi d’Europe et d’Asie, pendant une longue résidence d’auteur à la maison de la Culture de Thonon et au Théâtre d’Evian. Ils disent leur volonté de s’ancrer dans ce territoire d’accueil qui constitue leur dénominateur commun de ces gens qui se racontent à travers leur culture et leurs expériences positives et négatives qu’ils ont eu en France . Ils racontent aussi leur pays d’origine, Arménie, Algérie, Italie, Allemagne amis aussi Sénégal, Cap-Vert et Turquie, mais aussi l’errance à lauqelle ils ont été condamnés parce qu’ils n’ont pas été là ni au bon moment ni au bon endroit.

  Leur témoignage a été écrit par Guillaume Hasson mais soumis, dit Maria Cristina Mastrangeli, à ces hommes et à ces femmes dont certains ont même réussi à trouver une sorte de bonheur dans un pays dont ils ignoraient tout, malgré les difficultés quotidiennes auxquelles ils ont dû faire face.  Les monologues sont mis en scène par Maria Cristina Mastrangeli,  avec un souci de fidélité à la parole entendue, avec quelques éléments scéniques efficaces: une série de chaises blanches et quelques anciennes bassines et lessiveuses de tôle. Au dessus du plateau, une palissade de bois comme le symbole d’une frontière à la fois franchie mais toujours menaçante: qui ne connaît pas un petit fils d’émigré italien, Français depuis toujours qui n’a même parfois jamais pénétré en Italie, à qui l’administration française, à l’occasion d’une demande quelconque,  demande un extrait d’acte de naissance d’un pépé ou d’une mémé né au 19 ème siècle.. qu’il est évidemment bien incapable de fournir !

Gaetan Kondzot , comédien congolais que l’on connaît bien , puisqu’il a été, entre autres, le personnage du Flic dans la série Un flic de Frédéric Tellier série de France 2 est tout fait juste et dit les choses avec beaucoup de pudeur et de justesse; mais Elsa Bosc surjoue et ne semble pas à l’ aise, ce qui plombe les témoignages qu’elle voudrait nous faire entendre. Il y a aussi la très belle voix de Lorraine Prigent qui ponctue de divers chants du monde chaque témoignage.

 Mais tout cela ne fait pas vraiment un spectacle; la mise en scène- honnête mais sans grande invention- manque , comme souvent, d’une dramaturgie solide et de véritables personnages; le texte en reste donc  à de petits  effets d’annonce, et ne nous apprend pas grand chose. Veut-on nous dire que la France, finalement, ne se débrouille pas si mal avec ses problèmes d’émigrés et que les fameux défis de l’intégration sont plutôt en bonne voie d’être résolus? On ne le saura probablement jamais, et le théâtre n’est sans doute pas le meilleur moyen de le dire. Ce spectacle voudrait « être une partition à deux voix, masculine et féminine, qui porte la symbolique de l’étrange et de l’étranger et qui incarne l’axe nord-sud de l’immigration en France ».Quelle prétention! On n’est ni dans un véritable théâtre de recherche ni dans un spectacle d’agit prop; et ce genre de choses  ne peut convaincre que les bons copains mais pas un public. Alors à voir? Non, sûrement pas; de toute façon, le spectacle a peu de chances d’être repris.

Philippe du Vignal

Théâtre Berthelot de Montreuil.

 


6 commentaires

  1. Gérald PARAS dit :

    Je suis très supris par votre vision du spectacle. Pourquoi attendre une trame dramaturgique dans un spectacle qui se définit lui-même comme la présentation successive de témoignages. Lorsque je l’ai vu cela ne m’a en tout cas pas manqué car la trame reste ce thème fort qui relie ces témoignages : le parcours de ces émigrés tel qu’ils l’ont ressenti. Vous savez bien que l’ajout d’une dramaturgie aurait été superflue et aurait même pu dénaturer la force de ces témoignages, admirablement mis en voix par les comédiens. Comment pouvez-vous dire qu’il n’y a « pas de véritable personnage ». Ils sont bien là et c’est eux qui donnent justement leur force à cette pièce. Et moi je les ai clairement vu, tout ces personnages, avec leurs origines et personnalités si différentes, leurs émotions, leurs contradictions, leur singularité, à chacun, qui fait oublier qu’ils ne sont pourtant interprêtés que par les deux mêmes acteurs. Vous connaissez beaucoup de pièces où l’on a autant de personnages singuliers, et où l’on entre autant dans la profondeurs de chacun d’eux, à égalité ? Bien sûr que vous n’y avez pas trouvé le message que vous attendiez (message politique théorisant l’immigration). C’est le propre même du TEMOIGNAGE que de s’éloigner des théories (souvent formulées par ceux qui n’y connaissent rien), pour s’ancrer dans le concret, la vraie vie, la façon dont les choses se passent réellement. Je ne sais pas vous mais moi j’ai peu de contact avec les personnes dont il était question, et les rares que je connaisse s’expriment difficilement sur leur parcours et leur ressenti. C’est pourquoi je trouve au contraire que c’est un spectacle riche en émotions où ON EN APPREND BEAUCOUP. Quel dommage que vous soyez passé à côté de ces tranches de vies (au parcours sinueux) car moi en voyant ce spectacle je m’y suis plongé et c’était passionnant. L’admirable travaille réalisé autour des chants de chaque pays (Mmmmm cette chanteuse… QUELLE VOIX DIVINE) et autour de l’ambiance sonore de la pièce, y est aussi pour beaucoup. Et c’est ça qui fait que c’est VRAIMENT UN SPECTACLE.

  2. Sylvie Meynard dit :

    Quelques mots… un spectacle fort et émouvant. M.le critique n’aime pas voir et entendre la vraie vie,l’itinéraire,le ressenti de femmes et d’hommes déracinés, heureux, malheureux, torturés par leurs contradictions.
    L’articulation des scènes mêlant les personnages est très réussie, grâce à une mise en scène rigoureuse, une chanteuse épatante et le talent des comédiens, notamment celui d’Elsa Bosc qui passe avec brio et modestie de l’émotion à la colère,la révolte, l’indignation, la douleur…
    Il faut que ce spectacle soit joué partout, que les diffuseurs s’engagent à le faire vivre afin que leur public en sorte
    enrichi et heureux d’avoir vu un spectacle important et de grande qualité.

  3. roux dit :

    fak you

  4. Jean-Claude Lavoyer dit :

    J’ai vu le spectacle « Quelques mots…. » et je n’ai perçu aucune prétention dans la mise en scène ni une quelconque tentative de démonstration politique. Par contre j’ai été pénétré par l’approche profondément humaine retenue dans la mise en scène et le jeu très dépouillé et pudique des trois acteurs qui, dans une harmonie parfois mêlée d’une pointe d’humour et scandée par des chants d’une pureté émouvante, nous transmettent fidèlement les messages de ces hommes et femmes projetés par l’histoire dans des mondes étrangers. Ce spectacle est une oasis (le sable, l’eau, les bassines) dans un monde trop enclin aux sectarismes et anathèmes en tous genres oublieux de l’universelle poésie. Je conseille vivement ce spectacle à tous ceux qui préfèrent l’écoute fraternelle à l’assujettissement idéologique pontifiant : ils y trouveront une forte émotion et matière à réflexion.

  5. Perron dit :

    Je comprends mal la critique de Philippe du Vignal. D’abord, ce spectacle est remarquablement écrit et il ne fait pas l’apologie d’une intégration à la française. Il ne verse pas dans le pathos, pas dans le didactisme. Il laisse libre cours aux points de vue que confrontent les personnages entre eux. Nous ne sommes pas là dans le compte-rendu journalistique et le raccourci manichéen du politique. Tout le contraire de la prétention ! C’est douloureux, lumineux, chargé d’interrogations, d’attentes… Je ne suis pas une bonne copine, je fais partie du public, et nombreux semblent ceux qui en sont sortis comme moi envahie d’humanité.

  6. Feix dit :

    Quelques mots pour dire d’où je viens. Apparemment nous ne venons pas du même endroit, M. du Vignal et moi. M. du Vignal n’a pas vu de spectacle et nous le déconseille, moi j’ai vu mieux qu’un spectacle et je presse toutes les personnes qui attachent encore de l’importance à l’humain de s’y rendre et de s’y enrichir.

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...