Monsieur de Pourceaugnac

Monsieur de Pourceaugnac de Molière
mise en scène Isabelle Starkier

spe580.jpgQue de misères arrivent au Limousin! Monsieur de Pourceaugnac débarqué à Paris pour y épouser Julie qui lui est promise. Éraste, amant de Julie, aidé par Sbrigani, voyou napolitain et Nérine, une fieffée servante, va multiplier les stratagèmes pour défaire le mariage, dégoûter le marié et le faire repartir dans sa province. Monsieur de Pourceaugnac, dupé sans cesse, ira de catastrophe en catastrophe : sa tenue, ses allures feront la risée de tout le monde ; soigné de force par deux médecins il est déclaré fou ; tandis qu’on annonce à la mère de Julie que de Pourceaugnac est criblé de dettes on fait croire à celui-ci que sa fiancé est une coquette, de sorte qu’il reçoit froidement les avances de Julie qui feint d’être follement amoureuse de lui. Et ce n’est pas fini, le voilà bigame. Arrivent deux femmes qui se prétendent ses épouses. Monsieur de Pourceaugnac se fait arrêter, puis sur le conseil de Sbrigani il s’évade déguisé en femme. Accusé d’avoir enlevé Julie il s’enfuit. Éraste ramène Julie à sa mère qui en reconnaissance la lui donne en mariage en augmentant la dot.
Isabelle Starkier condense dans son spectacle, d’une heure vingt, cette farce d’une cruauté peu commune, avec une absolue fidélité au déroulement de l’intrigue, en transposant les divertissements musicaux de Lulli dans trois brèves séquences chantées avec une musique originale de Amnon Beham.
Seul changement : Oronte, père de Julie, devient ici Mme Oronte, tout aussi autoritaire, décidée à marier bien sa fille.
Une farce sulfureuse, perverse, où le comique a pour ressort la violence. Pas de bons ici, tous s’acharnent, ourdissent des complots contre le provincial Monsieur de Pourceaugnac, victime désignée, naïf, d’une crédulité sans bornes, qui ne comprend même pas ce qui lui arrive. Monsieur de Pourceaugnac, joué par un comédien noir, Daniel Jean, fait certes figure d’un étranger dans ce petit monde de prédateurs, mais l’idée de voir dans le personnage l’Autre opprimé et d’inscrire le conflit dans la problématique de l’altérité me semble excessive. Mis à part un bref texte sur l’esclavage dit par de Pourceaugnac, arrivant dans la pièce comme un cheveu sur la soupe, (il vaudrait mieux le retirer) et quelques allusions à la différence, dans les séquences du chœur, rien n’étaye particulièrement cette interprétation du conflit dans ce spectacle fort réussi.

Le parti pris des costumes en revanche, contemporains pour Julie et Éraste, robe stricte évoquant le XIXe siècle pour Mme Oronte, costume blanc et perruque pour de Pourceaugnac, pantalon rouge à bretelles, veste jaune pour l’Italien Sbrigani, robes noires pour les médecins, ouvre à des lectures plus contemporaines de la pièce.
Isabelle Starkier s’empare avec un remarquable savoir-faire de cette machine à jouer, actionne avec adresse les faux-semblants, le jeu de masques, de travestissement, les coups de théâtre étourdissants qui nous tiennent en haleine.affmdeppetites.jpg
Un décor léger et très efficace de Jean-Pierre Benzekri : trois fauteuils blancs et deux panneaux mobiles, comme des cadres transparents d’un côté avec parfois un effet de miroir, à travers lesquels les personnages, tels les spectateurs d’un théâtre, observent l’action et de l’autre côté des panneaux un escalier qui sert pour le jeu. Un dispositif simple qui permet les apparitions soudaines et module l’espace dans lequel le jeu d’éclairages très soigné focalise les aires du jeu.
Cinq acteurs formidables jouent tous les personnages, mis à part Daniel Jean qui ne fait que de Pourceaugnac, endossant des personnages « réels » de l’intrigue, et se transformant, comme par un tour de magie, en personnages inventés pour duper le provincial. Ainsi, Eva Castro, Julie, fait l’apothicaire, l’exempt, Lucette, Pierre Yves Le Louarn, Sbrigani et le Flamand, un médecin, Stéphane Miquel, Éraste et une paysanne, un médecin, un garde, Sara Sandre, Nérine, Mme Oronte et une infirmière, un garde.
Pour créer instantanément cet effet du théâtre dans le théâtre on recourt aux masques grotesques pour les personnages des duperies jouées à Monsieur de Pourceaugnac, qu’on enlève aussitôt la scène finie.
Le ton de la farce poussée à l’extrême, donné dès le départ, est tenu avec une belle cohérence à la fois dans la construction des scènes s’enchaînant sur un rythme endiablé et dans le jeu d’une absolue maîtrise, outré, délirant, avec quelques clins d’œil à la préciosité parodiée dans la gestuelle.
Beau travail sur le registre vocal dans le jeu jubilant dans la truculence du langage et les injections de divers accents : flamand, espagnol, provençal, passant de l’extrême artifice à la sincérité profonde, parfois bouleversante. Le rire et la grimace de douleur se côtoient.
À mesure que l’apparente mécanique farcesque s’emballe dans un jeu cruel, destructeur, la farce prend l’allure d’un cauchemar. Un spectacle intelligent, extrêmement drôle et bouleversant. À voir absolument.

Irène Sadowska Guillon

Monsieur de Pourceaugnac de Molière
mise en scène Isabelle Starkier
Théâtre Silvia Monfort
du 26 mai aux 21 juin 2009
réservations 01 56 08 33 88
le spectacle sera repris pendant tout le mois de juillet au Festival d’Avignon Off

 


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