Célébration

 Célébration d’Harold Pinter, mise en scène d’Alexandre Zeff.
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    La pièce de Pinter est l’une de ses dernières mais, même plus courte, elle a les mêmes qualités que Le monte-plats, Le Gardien ou Le Retour, pour ne citer que les plus connues . Nous sommes dans un restaurant londonien du West End pour être précis, pas vraiment l’excellent restaurant mais  ce genre de maisons à la cuisine correcte,  au décor  assez branchouille pour séduire les bobos ; il y a de grandes assiettes en verre rouge et sans doute de mini-portions du type fausse nouvelle cuisine qui a envahi jusqu’aux plus petits restaurants de la vallée du Lot,  et d’assez bonnes bouteilles. Lumière  très très tamisée et décor très chico obligatoire.

  Il y a ce soir-là assis à une  table ronde avec nappe blanche deux couples:  Lambert et Julie,  Matt et Prue; curieusement, les deux hommes sont frères et les les deux femmes sont soeurs, comme cela se pratiquait  souvent dans la campagne française, il y a un demi-siècle. Ils sont « conseillers en stratégie », et on se doute qu’ils ne doivent pas avoir trop de scrupules à magouiller  des affaires pas très nettes dans des pays que l’on qualifie en voie de développement, en Afrique ou en Asie; quant aux deux soeurs, elles travaillent ensemble dans une organisation humanitaire, sans doute occupées à ramasser des fonds. Mais on n’en saura guère plus… Ils sont là pour célébrer l’anniversaire de Lambert.

  Et il y a une autre table où dînent aussi Russel et Suki, lui  est cadre bancaire et elle,   institutrice, après avoir été autrefois secrétaire dans une boîte où cela lui ne lui déplaisait pas trop de disparaître derrière les classeurs avec l’un ou l’autre de ses patrons. Lambert et elle, qui n’ont pas l’air  franchement étonnés, se retrouvent par hasard: ils ont été autrefois amants, et  tout ce beau monde décidera de finir la soirée ensemble. Le directeur du restaurant et la chef de rang sont du genre attentif et obséquieux,  aux petits soins pour une clientèle fidèle qui représente leur capital commercial.

  Quant au serveur, il se permet , comme il dit ,des » interventions », aussi incongrues que délirantes, où il évoque la vie de son grand-père qui, à l’entendre, aurait connu la plupart des grands écrivains américains. Mais, comme toujours chez Pinter, c’est du refoulé dont il s’agit,  et chaque personnage ment à l’autre, et cela d’autant plus qu’il lui est très proche.Il y a ce que l’on dit avec la plus parfaite candeur, et tout ce que les répliquent  révèlent: « Mes dialogues, écrivait Pinter, ce n’est pas du Pinter, ce sont les gens. vous n’avez qu’à écouter les gens, à vous écouter vous-même ». Façon élégante de nous dire qu’entre ses personnages et nous-mêmes, la frontière est fragile..

  .Et le célèbre écrivain britannique, décédé le 24 décembre dernier, ne nous épargne rien: mensonges, cynisme,  abus de pouvoir financier, fantasmes en tout genre: Lambert ne sait plus où il en est, en proie à un profond désarroi , Prue  se livre  à une crise impitoyable de jalousie; et  Julie, elle,  se vautre dans ses délires et ses obsessions.

   Petites vengeances, phrases fielleuses , allusions cruelles sont au menu de l’anniversaire; quant à la fête, malgré quelques apparences de politesse bourgeoise, elle  ne signifie plus rien.C’est tout. Mais c’est beaucoup et,en une heure, la messe est dite:  Pinter , qui connaît bien son monde, se livre à une démonstration féroce  de  ce que peut être, malgré les apparences,  la vie de ces trois couples, sans que cela tourne jamais au procédé,comme parfois dans ses autres pièces, sans doute grâce à un solide scénario et à un dialogue superbement ciselé .

Alexandre Zeff a très bien su mettre en valeur  cet humour  sournois et cruel qui est ,en quelque sorte, la marque de fabrique de Pinter. Et tout l’intérêt de sa mise en scène est d’être arrivé à rendre visible, comme à travers une immense loupe, les petits gestes, les hésitations du langage , les attitudes comme  les regards, bref tout un climat  qui dénote la tension mentale de ces six jeunes gens qui, au départ, se sont réunis pour une fête joyeuse, et qui tourne au règlement de comptes organisé comme un ballet cruel, façon Quartett d’Heiner Muller…Alexandre Zeff a choisi de mettre cette courte pièce en scène, un peu comme  des séquences filmées, avec des personnages qui ont tous la trentaine et il  réussit un parcours sans faute qui a d’ailleurs été récompensé par le Prix du Théâtre 13. 

  C’est  un travail cousu main,  brillant, mais  intelligent et sensible.  Grâce à une mise en place  rigoureuse ( et il en faut quand on veut monter correctement un Pinter et à une  direction d’acteurs  impeccable,  il y a une réelle unité de jeu, ce qui n’est pas si fréquent . Et les acteurs sont tous crédibles- en particulier,  Daphné de Quatrebarbes ( Suki ), qui atteint des sommets  de délire; Sophie Neveu (Julie)  et Philippe Cavales ( le serveur) qui  sont d’une drôlerie et d’une folie remarquable. La scénographie et les costumes sont très justes et bien vus.

  Et  Jean-Louis Martin Barbaz a eu  raison de les accueillir au Studio-Théâtre d’Asnières. Mais il y a un mais …Ce beau  spectacle ne s’est joué en effet que quelques soirées . Et,  sans doute,  à cause d’une distribution assez lourde, aucune reprise n’est prévue sur Paris. Espérons quand même qu’un théâtre voudra bien les accueillir; en tout cas, notez-le bien : si cette équipe de théâtre passe près de chez vous,  n’hésitez pas à aller les voir. La soirée est peut-être un peu courte (il y faudrait un autre texte  de Pinter) . En tout cas, on en  prendrait bien encore une petite louche!

  Quand on voit souvent des spectacles à la fois lourds et aussi tristounets que prétentieux, cette Célébration, est tout à fait réjouissante, même et surtout peut-être dans sa noirceur et son pessimisme absolus. Les dialogues de Pinter en effet ne donnent pas une bien haute idée des  bestioles humaines  qui peuplent nos villes contemporaines…

Philippe du Vignal


Archive pour mai, 2009

Liliom

Liliom, la vie et la mort d’un vaurien, légende la la banlieue en sept tableaux.
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   Au centre, la fête foraine ; au centre de la fête, un énorme King Kong qui vomit les personnages par un toboggan. Côté jardin, une caravane en coupe, logis pauvret, côté cour une porte de sortie, de fuite et un talus d’herbe pour jouer les terrains vagues. Voilà pour la scénographie, très réussie, très juste, de Sophie Pérez et Xavier Boussiron. Voilà pour la métaphore : Mesdames, Messieurs, entrez dans le cercle de ce monde d’où il  faut être très malin pour s’échapper, où l’on paye cash ; mesdames, messieurs, mesurez vous à King Kong et voyez comme vous êtes petits. Le vague, les appels, d’air, profitez-en  ou tant pis pour vous.
Là-dessus, Liliom : voyez le bel étranger au nom de fleur le « roi des bonimenteurs », séducteur presque passif, brutal, naïf, se glissant en souplesse entre les querelles de femmes, mais piégé par le premier voyou venu, le moindre gendarme, et sa propre incapacité à seulement concevoir qu’on puisse exercer un travail régulier.  Il aime ? Va savoir. De l’amour passe, trop ceci, pas assez cela, surtout mal vu mal dit. Sa Julie, il est capable de la cogner, de l’oublier des heures.

  Mais le jour où elle lui annonce l’arrivée d’un bébé, il se lance dans un coup foireux pour dépouiller le caissier juif – évidemment, et Férenc Molnar est lui-même juif – qui porte la paye des ouvriers à l’usine. Naturellement, son copain le  « cerveau  » s’ échappe,  la victime présumée sort un revolver au lieu de sacoche pleine d’argent, Liliom se poignarde… et épilogua au ciel, nouvel avatar de l’éternelle foire. Seize ans après,  il est mis à l’épreuve et envoyé sur la terre. Y aura-t-il, y-a-t-il eu de l’amour pour sa fille ? Molnar ne tranche pas : il fait subir aux autres – les amis, copains, comparses, le charme inexpliqué de Liliom et la rancune que cela crée. Il nous laisse  nous dépatouiller avec ce  « banni  » .

  La mise en scène, très belle,  suit la respiration de ces vies cahotées, avec ralentissements et emballements, avec une troupe d’acteurs qui joue tout l’éventail des sentiments entre humain fragile et  figure de jeu de massacre.

Christine Friedel

Mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia , Centre dramatique national de Montreuil, jusqu’au 18 mai

14 minutes de danse

  14 minutes de danse, texte et mise en scène de Sonia Ristic.danse.jpg

    Sonia Ristic, dont on avait déjà pu voir cette saison Sniper avenue, mise en scène par Magali Leiris, , est née d’un père serbe et d’une mère croate, mais elle vit à Paris depuis presque vingt ans. La guerre et ses ravages, et ses répercussions,plusieurs générations après, elle connaît, aucun doute là-dessus et l’univers de 14 minutes de danse est encore celui des déchirements , des viols en série et des massacres., et  » tout le propos de la pièce ,dit-elle, pour  ce jeune garçon et cette jeune fille, est  d’organiser leur mémoire, de trouver un début, un milieu et une fin, afin de pouvoir raconter l’irracontable, pour qu’il cesse de les grignoter de l’intérieur. Sauf que le souvenir émotionnel échappe à l’organisation, ne respecte pas la chronologie, est beaucoup plus désordonné ».
  Au moyen d’un dialogue, d’images vidéo et de moments chorégraphiés , Sonia Ristic essaye    de mettre en scène. le cauchemar qui  a hanté tout un peuple Pour dire la douleur  et le drame qu’ont vécu des dizaines de milliers de gens d’un côté comme de l’autre, et qui  savent que s’ il y a eu un passé, il faudra aussi qu’il y ait un avenir, même s’il doivent  y dépenser  une énergie considérable pour effacer  la guerre et ses blessures et pour tenter de se reconstruire personnellement et collectivement.

  Pour lui, il y a eu la perte irréparable d’un bon copain dont il n’ a retrouvé qu’un bras, et pour elle, un viol collectif qu’elle a dû subir, dont on peut penser vers la fin de la pièce, que lui,  justement  en a été l’un des participants. Et,  pour faire écho aux souvenirs douloureux qu’il se racontent, Sonia Ristic a imaginé de projeter une série d’images vidéo en noir et blanc… On n’ échappe décidément pas à cette foutue vidéo  quelque soit le spectacle,  qui ne se justifie que très rarement. Mais, puisque les autres le font, pourquoi, moi, je n’y aurais pas droit? semble dire  Sonia Ristic.   Le texte, sans doute écrit, comme celui de Sniper Avenue, à partir de témoignages, constitue une sorte d’exorcisme personnel que l’on peut respecter: la guerre, quand on la vit plusieurs années de suite au jour le jour, laisse des traces indélébiles pendant toute une vie, mais quand on  veut  que cela fasse corps sur le plan scénique,  là  les choses deviennent  plus difficiles. Comment dire la violence sans la montrer, comment dire l’indicible sans effet de pathos? Comment dire un drame historique sur le plan scénique?
  On retrouve à peu près les mêmes erreurs dans 14 minutes de danse que dans Sniper avenue: un texte qui n’offre pas  un immense intérêt, et des images vidéo des plus conventionnelles: paysages d’hiver, de neiges, de ruines, de soldats… Bref, tous les stéréotypes qu’on a pu voir des dizaines de fois.
  Le souvenir de la guerre, c’est bien autre chose, et c’est trop facile de nous resservir une fois de plus un langage fragmenté texte/ images aussi peu construit ,  comme si c’était la modernité même. Au secours, tous aux abris, c’est le cas de le dire… Les deux comédiens , Vincent Cappello et Salomé Richez, malgré une absence totale de direction de jeu , font un  travail remarquable  mais, dans des conditions pareilles- un texte  faible et une absence radicale de mise en scène- ils ne peuvent pas nous convaincre vraiment . Il y a bien quelques moments où perce l’ombre de l’ombre  d’une sensibilité dramatique, grâce à la chorégraphie de Tamara Saphir, mais on reste sur sa faim. La guerre et ses horreurs, sur un mode polyphonique aussi peu écrit, nous laisse indifférents… Dommage!

  Il faudrait que Sonia Ristic apprenne enfin ce qu’est un vrai dialogue théâtral et une véritable mise en scène: ce genre de choses ne peut pas s’improviser. On comprend mal que le Tarmac se soit laissé entraîner dans ce genre d’aventures…
  A voir? Non sûrement pas ; de toute façon, c’est fini, et on doute que le spectacle puisse être repris.

 

Philippe du Vignal

 Tarmac de la Villette

Biennale internationale des arts de la marionnette

Biennale internationale des art de la marionnette : Faust3 2360words et Mauvaise graine

image14.jpgFaust, seul, c’est le grand savant, le grand chercheur ; allié à Méphistophélès, c’est le grand magicien. À eux deux : toute connaissance, tout pouvoir. À la scène et aux objets scéniques  la    puissance de suggestion et de dérision.
Les Russes de l’Akhte Théâtre convient devant nous au moins 2360 bidouillages électroniques, produisent des sons littéralement inouïs, des éclats de lumières qui valent tous les “orages désirés“, et tout un petit bricolage manuel avec des bouts de ficelles qui fait les délices de l’art de la marionnette. Un impeccable conteur musicien allume le jeu d’un Faust de foire dépenaillé et grandiose, qui fait sortir de ses doigts de bûcheron minuscules poupées de papier, liquides diversement colorés, flammes froides, tableaux animés… Un beau bordel dont il tire les 2360 ficelles avec une rigueur égale à sa désinvolture. Au fond, un troisième homme incarne un professeur-Méphisto d’autant plus inquiétant qu’il pourrait être Faust. Quant à Marguerite, elle sera bue cul-sec, le mariage étant refusé avec horreur par Méphisto et remplacé par “mille et tre“ fantasmes cosmopolites.

  On aura encore une allusion à Shylock (Faust se tranche le pied, qui pèse une livre).
Ce Faust au cube n’aura été joué que deux fois au Théâtre de la Cité internationale, donc vous ne le verrez pas. Mais cette petite chronique est là  pour donner, outre des regrets, l’envie de courir à la Biennale, y découvrir à quel point le théâtre d’objets est capable de donner de leçons d’émerveillement au théâtre vivant classique.

  Moins convaincant, Mauvaise graine, par la compagnie A (France). C’est l’histoire du vilain petit canard revisitée  dans une  jolie scénographie par une bon accordéoniste et une clownesse timide. De jolis détails, mais le spectacle a le double défaut de tirer en longueur et de tourner court. Conclusion : le théâtre d’objets, ou avec des objets, demande autant de rigueur et d’ambition que le théâtre vivant classique.


Christine Friedel

Pierres d’eau, carnet d’une actrice de l’Odin Teatret

Pierres d’eau, carnet d’une actrice de l’Odin Teatret
par Julia Varley

arton3189.gifJulia Varley, actrice, danseuse, metteur en scène (née en 1954 à Londres) rejoint en 1976 au Danemark l’Odin Teatret de Eugenio Barba. Elle est à l’origine du Magdalena Project, réseau de femmes de théâtre fondé en 1986.
Depuis 1990 elle participe à l’organisation de ISTA (International School of Theatre Anthropology). Elle est également directrice artistique de Transit Festival a Holstebro au Danemark et l’éditrice de The open page, revue axée sur le travail des femmes dans le théâtre.
Julia Varley retrace dans ce livre son parcours de 30 ans depuis ses premiers engagements politiques et ses expériences artistiques au Centre Social Santa Marta dans les années 1970 à Milan, sa rencontre avec Odin Teatret qu’elle rejoint à Holstebro, ses années d’apprentissage et de travail aux côtés de Eugenio Barba.
Il s’agit d’une sorte de journal professionnel d’une actrice qui note pas à pas l’avancée et les divers aspects de son apprentissage de la pratique scénique spécifique au sein de la communauté artistique cosmopolite de l’Odin Teatret. Des notes très précises et des réflexions personnelles sur les techniques de travail : la dramaturgie d’actrice, l’improvisation et la composition, le travail de la voix, etc. s’alternant, en suivant les étapes du travail spécifique de l’acteur, des répétitions, de la mise en scène du spectacle, illustrées par des photos d’improvisations et de spectacles.
Le livre tient à la fois d’une radiographie du travail de l’actrice et d’un témoignage sur la vie et le travail du groupe. Le point de vue féminin étant surligné. Car dès le départ la position militante féministe ne peut nous échapper autant chez l’auteur du livre que chez sa préfacière Josette Ferral. Cette dernière déplorant la quasi absence, la méconnaissance et le peu de reconnaissance pour les recherches et les études sur le travail théâtral des femmes.
De son côté Julia Varley s’emploie à démontrer la place secondaire et l’inégalité des femmes dans la pratique artistique.
C’est en apparence évident et en même temps discutable. Doit-on imposer aussi la parité dans le domaine de la vocation artistique et pratiquer la discrimination positive pour valoriser les recherches des femmes sur le travail théâtral des femmes ? Ne peut-on imaginer de sortir enfin l’artiste et son travail du clivage sexiste ?

Irène Sadowska Guillon

Pierres d’eau, carnet d’une actrice de l’Odin Teatret
de Julia Varley
collection « Les voies de l’acteur »
Éditions Entretemps, 2009
255 pages, 25 €

Bric-à-brac, du cauchemar réel au réalisme magique

 
Bric à brac, du cauchemar réel au réalisme magique
de Lucien Pintilie

traduit du roumain par Marie-France Ionesco

arton2978.gifÀ travers une sélection de ses textes les plus importants rassemblés dans cet ouvrage, Lucian Pintilie, le réalisateur de cinéma et le metteur en scène de théâtre et d’opéra roumain, revisite avec un regard critique, les deux versants de son œuvre. Il interroge le sens et le non-sens de l’histoire, son propre passé vécu sous la dictature de Ceausescu, livre sa vision du théâtre, de l’opéra et du cinéma mais aussi sa réflexion sur la société et la condition humaine. Une sorte d’autoportrait de l’artiste « encadré », côté scène, par la préface de Georges Banu et, côté écran, la postface de Bertrand Tavernier.
Le théâtre de Lucian Pintilie transcende sa finalité de représentation scénique. Georges Banu le qualifie de « théâtre d’art impliqué » qui «s’appuie dit-il sur les vertus des acteurs et la force de la scène en s’employant à la déborder non pas au nom d’un projet politique ou d’une quelconque utopie mais pour parvenir à ce qui compte le plus pour lui : la vérité concrète. L’esthétique pour lui est indissociable d’une éthique réfractaire au mensonge sur le monde autant que sur soi, éthique intransigeante, prix à payer pour un minimum de pureté. »
Dans la partie « Scène : théâtre et opéra », dans un langage très direct, parlé, Lucian Pintilie évoque et analyse avec lucidité et franchise quelques-uns des spectacles qui ont marqué son parcours : Le Revizor de Gogol, La mouette, La Cerisaie, Les trois sœurs de Tchekhov, Orestie
d‘Eschyle, Le canard sauvage d’Ibsen, Ce soir on improvise de Pirandello, Tartuffe de Molière, et pour l’opéra : Turandot de Puccini, La flûte enchantée de Mozart, Carmen de Bizet, Rigoletto de Verdi, etc.
Perfectionniste, intransigeant avec lui-même, infiniment plus exigeant que certains critiques qu’il cite, dans le chapitre « Comment détruire un spectacle » il revient sur ses spectacles ratés. Les ratages qu’il refusait d’affronter, et qui l’ont hanté pendant des années.
Il parle de son goût prononcé pour l’esthétisme « un de mes péchés les plus anciens et donc je ne me suis jamais complètement débarrassé ».
Dans la partie « L’écran », Pintilie revient sur sa création cinématographique, une vingtaine de films, dont Scènes de carnaval, La reconstruction, L’après-midi d’un tortionnaire, Trop tard, Un été inoubliable, Tertium non datur.
« Ses films – dit Bertrand Tavernier – font preuve d’insolence, refusent de se plier aux règles de la bienséance, (…) s’éloignent des sentiers battus, font la sourde oreille face aux diktats des pouvoirs et de la mode, refusant de prendre en compte les vérités officielles. »
Iconoclaste obstiné, regardant le mal en face, Lucian Pintilie se bat pendant des années sous la dictature et après, contre la censure, la bureaucratie, essayant de faire exister le cinéma roumain. Combats souvent perdu, beaucoup de ces films ne peuvent se faire, d’autres encore ne peuvent sortir.
Nommé en 1989, après la chute de Ceausescu, directeur du Studio de Création Cinématographique du Ministère de la Culture de Roumanie, Pintilie ne tarde pas à être licencié. Jack Lang prendra alors sa défense.
Des pages du journal, des anecdotes, des extraits d’articles, les lettres cités, émaillent ce parcours revisité, telles des touches plus intimes, plus secrètes et sensibles, révèlent dans cet autoportrait d’artiste combattant la paradoxale fragilité de l’être.
De nombreuses photos des films, des spectacles, des tournages, jalonnent ce saisissant face-à-face de l’article avec son œuvre et avec soi-même.
Il manque cependant dans ce livre des repères biographiques, la chronologie des réalisations cinématographiques et des mises en scène au théâtre et à l’opéra, enfin un index des noms.

 

Irène Sadowska Guillon

Bric à brac, du cauchemar réel au réalisme magique

de Lucien Pintilie
Collection « Théâtre et cinéma »,
Éditions Entretemps, 2009
475 pages, 30 €

La vie sinon rien

 La vie sinon rien d’Antoine Rault, mise en scène de Bruno Abraham Kremer.image13.jpg

  Les présentations d’abord: Antoine Rault est l’ auteur du Caïman qu’avait mis en scène Hans- Peter Cloos avec Claude Rich et dont Le Diable rouge , toujours avec Claude Rich, mais en scène par Christophe Lidon, a été récompensé cette année par deux Molières. Et cette fois, c’est Bruno Abraham Kremer qui met en scène et qui joue ce long monologue.

  C’est l’histoire du parcours d’un homme de cinquante ans qui va s’ouvrir à la vie, à la suite d’un choc terrible. Pierre ,en effet, est un homme qui a, comme on disait dans les années 50, une bonne situation; il est marié depuis toujours avec Mathilde, ils ont eu deux enfants, dont une fille qui a déjà un petit garçon qui l’appelle évidemment grand-père, ce qui ne lui plaît pas trop. Pierre, cadre d’entreprise  constamment stressé, fatigué, et après un cauchemar où il voit son corps se refroidir  et passer à l’état de cadavre, décide de consulter son médecin qui va le diriger, au vu des analyses , sur un spécialiste qui  lui révèle sans trop de ménagements qu’il est atteint comme une dizaine deFrançais d’une maladie très rare…
  Le monde s’écroule alors devant lui: et c’est le ballet bien connu de ceux qui l’ont vécu pour eux-mêmes ou pour un proche où le corps- votre propre corps -est sans cesse baladé de salle d’attente en salle d’attente avec son cortège interminable de radios, scanners, coloscopie, endoscopie, etc…, bref le parcours d’un homme ordinaire aux mains d’un spécialiste qui va lui répéter qu’il ne souffre d’aucun cancer mais d’une maladie rare, ce qui, bien entendu, ne le rassure pas pour autant. Chaque parole, chaque mot du spécialiste en question étant soigneusement analysé et  sans cesse repensé dans sa tête, jusqu’à l’obsession .

  Il acceptera, pour se changer les idées d’aller avec quelques collègues de son entreprise faire un petit voyage en Autriche, sans Mathilde.. à qui il prétend qu’il n’y a plus de place. Voyage  proche de la catastrophe: il se fait draguer par une collègue , Bernadette,-devenue subitement veuve -qui le laisse assez indifférent. Seul avec lui-même, il succombe, sans beaucoup de plaisir , aux charmes d’une jeune personne chèrement  tarifée, avant d’aller rejoindre ses collègues dans une auberge pour touristes tristounette et  enfumée.
  Revenu à Paris, il finira par céder- c’est d’une rare banalité mais c’est tellement juste ! -  aux recommandations d’une amie proche de Mathilde qui, justement, connaît, elle,  un excellent  spécialiste de cette maladie rare qui lui annoncera sans détours qu’il  en est au stade 3, le dernier stade étant le stade 4, ce qui , dit-il , lui assure un an, voire dix huit mois de survie dans le meilleur des cas, mais ce serait, lui précise-t-il, exceptionnel. Il lui conseille donc de mettre ses affaires en ordre avant le grand départ…

  Pierre, l’homme solide et bien dans sa peau, heureux  de sa vie et de sa carrière, est   accablé, anéanti, et s’aperçoit alors qu’il est  seul et, même si c’est  naïf, s’estime victime d’une injustice, lui, le citoyen honnête et travailleur au sein d’une entreprise qu’il a contribué à faire évoluer dans une France riche et prospère. Être relégué au rang d’un citoyen d’un pays du Tiers-Monde, obligé de subir les choses au lieu de les diriger, passer au rang d’objet médical et donc changer radicalement de statut, lui semble insupportable, surtout quand il s’aperçoit  qu’il représente davantage une gêne, voire un  poids pour ses proches et pour la société, lui,  le grand malade, qu’on traite avec compassion, voire avec une certaine indifférence. Bref, pour les autres, ses ennuis ne regarderaient presque  que lui. Petit exemple : sa fille Sandra arrive en larmes chez lui, et Pierre croit naïvement  que c’est à cause de la maladie de son papa  qu’elle pleure autant mais non, malentendu total, Sandra a des problèmes de couple et veut lui refiler son petit garçon pour le week- end, le temps d’aller passer quelques jours à l’étranger avec son bel amant.
 Enfin,  Pierre retrouve un certain goût de vivre, en tout cas suffisamment pour avoir la force d’emmener Mathilde  à l’Opéra puis à un dîner en amoureux, le temps de souvenir qu’il est encore bien en vie, contrairement aux prédictions du grand professeur, et de jouir de cette vie aux petits  bonheurs incomparables. Comme le disait le grand Eschyle qu’Antoine Rault connaît sûrement:  » Jouissez chaque jour des joies que le vie vous apporte car la richesse ne sert à rien chez les morts ».
  Dans une mise en scène d’un extrême sobriété, juste un peu polluée par une inutile vidéo, Bruno Abraham-Cremer se livre à un exercice qu’il connaît et exerce avec beaucoup de passion communicative: le monologue, ou plutôt le faux monologue, puisque le texte comporte finalement de nombreux personnages qu’il incarne avec beaucoup de savoir-faire et de précision. Il est vraiment seul en scène : c’est dire qu’il prend tous les risques. Mais non, rien, pas la moindre hésitation, pas la plus petite erreur d’interprétation ou de mise en scène. Tout est constamment juste et vrai, et Bruno Abraham Cremer sait encore se débrouiller, quand le texte patine un peu sur la fin. C’est d’un grand professionnalisme, et les dieux du théâtre  savent bien que prendre en charge un monologue d’une heure et demi chaque soir n’est pas à la portée d’ un débutant. Il y faut à la fois une sacrée expérience du plateau, une solidité nerveuse à toute épreuve ( c’est du travail sans filet), et en même temps, une sensibilité des plus aiguisées . La salle de la Comédie des Champs Elysées est sans doute moins bien adaptée que celle du Studio  à ce type d’exercice mais Bruno Abraham Cremer sait faire passer le texte d’Antoine Rault avec une rare efficacité. Ce monologue, tel qu’il nous est superbement livré ici  par le comédien-metteur en scène, rejoint la lignée de ses grands ancêtres, que ce soit ceux de Büchner,  Beckett , Berhnard et plus récemment ceux d’ Achternbusch , de Guy Bedos ou encore de l’immense Dario Fô…Ce type de  texte comporte en fait autant de récit,  que de prise de conscience d’un état psychologique du personnage, au moment même où le comédien le profère. Il y faut tout l’art du conteur mais c’est moins évident quand il s’agit de parler de soi-même et d’une maladie sournoise qui vous tombe dessus sans crier gare.

  Mais Bruno Abraham Cremer arrive même à nous faire rire, grâce sans doute à cette universalité qu’il réussit à créer avec ces histoires  d’hôpital , haut lieu de toutes les passions et désespoirs humains. Mais sans malaise ou sinitrose; avec ,au contraire, un humour et une tendresse  qui n’ont rien de factice.Il y a un côté farcesque et bon enfant chez lui, presque forain, qui a quelque chose à voir avec les superbes démonstrations des camelots d’autrefois vendant sur le marché  des produits ou des appareils improbables à la seule force de leur discours.Et quant le comédien sort de scène épuisé, il sait qu’il a gagné un formidable pari; s’il ne le savait pas, la longue ovation du public serait là pour le lui rappeler…
  A voir? Oui, absolument et sans réserve…

Philippe du Vignal

Comédie des Champs-Elysées, puis en tournée.

BIENNALE INTERNATIONALE DES ARTS DE LA MARIONNETTE

LA FLÛTE ENCHANTÉE .BIAM Théâtre de la Cité Internationale

La flûte enchantée : un examen d’après Mozart et Schikenader, Thalias compagnon, Ensemble Kontraste et Daniel Gloger (Allemagne).
Cette flûte enchantée est interprétée par un ensemble de huit musiciens, sur un arrangement musical de Marcus  Marius Reissenberger et Daniel Gloger, étonnant contre ténor qui interprète toutes les voix. Joachim Thorbahn et Tristan Vogt manipulent des marionnettes peu suggestives, plutôt dénuées de dimension poétique, dont les images sont retransmises sur grand écran. Le plaisir pris à écouter la musique compense la déception théâtrale de cet examen dont le microscope ne dévoile pas les facettes cachées. Peut-être est-ce un excès d’amour pour les mises en scène qu’on a pu voir, de Louis Erlo à celle des Grooms…

 

FAUST 3260 WORDS BIAM Théâtre de la Cité internationale

Akhe Théâtre (Russie) texte de Maxim Isaev, mise en scène Yana Tumina
On pénètre dans la Galerie du Théâtre de la Cité dans un vacarme assourdissant de musiques de boîte de nuit, rythmées par des lumières électroniques. Trois acteurs aux costumes étranges se déhanchent, la musique baisse et l’un d’eux s’installe devant une table kiosque de magie noire, étal de commerçant, baraque de foire, lanterne magique. Il va nous conter l’histoire de Faust qui se joue à côté de lui dans un bizarre castelet, habité par un acteur manipulateur. L’étonnante présence des 3 comédiens, la très belle diction du russe dont on peut suivre les principales séquences projetées en français sur un tableau font un régal de cet étrange spectacle. Nous sommes invités à déposer une pièce à la fin du spectacle pour boire un coup avec la compagnie qui a dû jongler entre deux avions venus de Corée pour pouvoir jouer dans cette Biennale Internationale du Théâtre de la marionnette à Paris.

 

 

Edith Rappoport

PEANUTS

PEANUTS Théâtre Paul Éluard de Choisy le Roi de Fausto Paradivino, mise en scène Magali Léris

Magali Léris a travaillé pendant plusieurs semaines avec 23 adolescents de Chevilly Larue et de Choisy le Roi pour donner 4 représentations d’un spectacle plein d’une énergie rageuse, mais dont j’ai eu du mal à démêler les fils. Un jeune homme chargé par un ami de garder un appartement, se voit envahi par une bande d’amis ravageurs, dont il ne connaît que bien peu d’entre eux. Il y a ensuite des scènes de répression dans un commissariat, le détenu soumis à une interdiction de boire comme d’aller aux toilettes finit par succomber. Je n’ai pas compris le lien entre ces séquences, d’autant plus que l’articulation du texte restait imprécise. Mais je reste séduite par le courage et la générosité de la démarche.

Edith Rappoport

Identité

Identité , un spectacle de Gérard Watkins, scénographie de Michel Gueldry.

image3.jpgCela se passait rue du Faubourg du Temple, au fin fond d’une ruelle pavée,  bordée d’anciens ateliers, avec des tas de plantes et de géraniums en pots; c’est une ancienne usine où l’on fabriquait des petites cuillers; le lieu a dû servir ensuite à un plombier, vu le nombre de tuyaux et de ferrailles entassés. Dans le fond, une vaste cuve d’électrolyse d’une dizaine de mètres sur sur deux et demi de largeur et d’une profondeur de deux mètres environ, qui tient lieu de scène avec au-dessus sur toute la longueur des gradins sommairement aménagés pour une soixantaine de spectateurs.

   Les gens de théâtre n’ont pas leur pareil pour reconvertir les anciennes cartoucheries, raffinerie de sucre, usines , entrepôts divers et variés, petits ateliers de  confection, base-sous marine allemande, j’en passe et des meilleurs!  Mais celui-ci est exceptionnel d’étrangeté et de poésie; tel qu’il est, c’est déjà une installation artistique avec son mobilier récupéré, son gros poêle  en fonte bricolé et ses nombreux recoins. Cela fait du bien ,de temps en temps,  de voir un lieu de spectacle au charme aussi prégnant, même s’il n’est sans doute pas aux normes…  L’endroit a vraiment quelque chose de magique, et c’est une belle   idée que d’avoir obligé le public à voir les deux comédiens en plongée  dans ce lieu très clos aux murs  peints en blanc, avec un sol gris, juste couvert de deux longs tapis de laine flokati. Donc l’endroit est peut-être d’autant plus fascinant  qu’il est voué, parait-il, à la démolition comme le reste de l’îlot.  Dommage, dommage que la Mairie ne s’en soit pas occupée avant. Paris verra-t-il disparaître un à un ses havres de vie paisibles, à quelques centaines de mètres de la Place de la république? 

  Gérard Watkins a eu l’idée d’y créer sa dernière pièce Identité ; il s’agit d’un jeune couple , André et Marion Klein,  désargenté qui croit avoir déchiffré sur une bouteille de vin une sorte de règlement de concours qui leur permettrait, leur permettrait seulement,  d’être éligible, comme on dit maintenant,et donc de figurer sur une possible liste d’heureux gagnants.Mais elle, Marion, a décidé de se lancer dans une sorte de jeûne/grève de la faim; cela ne l’empêche pas avec André d’absorber allègrement le contenu d’une bouteille de vin blanc , arrivée avec d’autres par miracle sur leur paillasson dans une caisse en bois, avec une pochette de  tests, du genre:  » Vos parents sont-ils vos parents? », à fort  relent de lois racistes et de possibles contrôles physiologiques à partir d’échantillons ( cheveux, mouchoirs, tache de sang, sperme….). 

  André évoque la rafle du Vél d’Hiv et s’interroge avec elle sur cette invraisemblable loi parue au Journal Officiel du 18 juin 1940, pondue par l’administration française et  validée par le Maréchal Pétain, chef de l’Etat français et par les ministres concernés: « Est regardé comme juif, pour l’application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou deux grands parents de la même race, si son conjoint lui- même est juif, lit Marion Klein. » Les deux jeunes gens ne cessent de s’interroger sur la nature même du ou des cerveaux humains qui ont pu réussir à mettre en place ce savant calcul…

  Le droit rabinnique classique considère lui,qu’est juif toute personne née d’une mère juive même si son père n’est pas juif; inversement, il considère qu’en enfant né d’un père juif et d’une mère non juif ne l’est pas et doit, s’il veut être reconnu comme juif, se convertir ».. André, obsédé par la question de cette reconnaissance d’identité, va même, fantasme ou réalité, au cimetière de Montrouge, violer la tombe de sa mère pour y récupérer une de ses dents,  puis ira voir son père,  vieil homme qui habite dans un HLM de banlieue. Quant à Marion, elle est allongée, délirante,  en proie à des sortes de râles assez inquiétants…. Le téléphone sonnera et il finira par décrocher; une personne lui dira de sortir de l’appartement après avoir pris soin de fermer l’eau, le gaz et l’électricité…
Ce huis-clos, plutôt bien écrit, ne manque pas d’intérêt, même si le texte est d’inégale valeur et que cela  traîne en longueur mais, comme la direction d’acteurs et la mise en scène sont impeccables, on se laisse prendre au jeu inventé par Gérard Watkins, d’autant plus que les deux comédiens Anne-Lise Heimburger et Fabien Orcier maîtrisent parfaitement les choses. Et puis, il y a cette idée formidable de faire jouer la pièce dans cette fosse, sans aucune pause, ni entrée ni sortie des personnages, ce qui place le public en curieuse position  de voyeur.
Alors, à voir? Oui, mais, à moins de miracle, comme ce lieu merveilleux doit être démoli, la reprise se fera ailleurs, et même si le metteur en scène réussit à  à faire bâtir par son complice Michel Gueldry une scénographie comparable, cela n’aura sans doute pas le même charme. A moins de trouver un endroit  du même genre dans Paris…

Philippe du Vignal

Comète 347, 45 rue du Faubourg du Temple. Métro République; même si c’est fini, allez jeter un coup d’œil sur le lieu si vous passez par là, vous ne le regretterez pas.

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