La maladie de la famille M.

  La maladie de la famille M. de Fausto Paravidino, mise en scène de Radu Afrim.

image2.jpg  D’abord , une petite piqûre de rappel; Fausto Paravidino est , à 33 ans, l’auteur dramatique vedette en Italie  et il est maintenant  bien connu chez nous, puisque nous avons pu voir, entre autres,  Deux frères montée par Jean-Romain Vesperini, Peanuts par Christian Benedetti,  Nature morte dans un fossé par  Patrice Bigel puis par le collectif DRAO, et le très beau Gênes 01 mis en scène par Victor Gauthier Martin, qui témoigne des violences policières sans précédent dans l’Italie contemporaine lors du sommet du G8 en 2001.; quant à  La  maladie de la famille M. , c’est la première pièce  de Fausto Paravidino qui a commencé par être acteur mais est aussi maintenant , scénariste metteur en scène et traducteur de l’anglais pour Shakespeare et Pinter, dont il est une sorte de  petit cousin.
   La pièce  vient d’être montée par Radu Afrim au Théâtre national de Timisoara   par Radu Afrim qui a le même âge que Paravidino;  jeune metteur en scène  roumain, il fut remarqué , quand il monta une adaptation des Trois soeurs de Tchekov et on le considère en Roumanie comme l’un des plus doués de sa génération.
  La pièce  a pour thème la vie au quotidien d’une famille ordinaire frappée d’une maladie bizarre; le père parait assez mal en point ; quant aux trois enfants, Martha l’aînée qui joue un peu le rôle de mère de famille depuis que la leur a disparu il y a quelques années,et dont ils n’ont pas fait le deuil Maria la cadette qui semble s’être réfugiée dans une vie sexuelle assez intense et Gianni , un garçon d’une vingtaine d’années. Il y a aussi Fulvio et Fabrizio, vieux copains qui se partagent les faveurs de la jolie Maria, et qui sont en conflit ouvert, tout en restant très proches. Gianni, mourra, dans des circonstances mal élucidées, suivi très vite par son père que l’on avait dû faire hospitaliser. C’est du moins ce que dit Gianni, à la toute fin de la pièce, dans la seule vraie belle scène, quand il raconte son décès et celui de son père.
   Quand on entre dans la salle, les acteurs sont déjà en place dans une sorte de sous-bois , au sol couvert d’écorces rouges de pin, et où sont plantés quelques dizaines de branches sans feuilles de bouleau et de chêne; côté jardin, il y a une grande table, une  étagère à bibelots, et un petit réchaud à gaz; et , côté cour, un lit en métal cuivré où le père, Luigi, dans un grand manteau de laine tricotée, plus ou moins incontinent,  passera le plus clair de son temps; en attendant, il tire un gros ours en peluche à roulettes. Il y a aussi dans le fond, une baignoire ancienne, et , pas très loin  ,un gros téléviseur posé à même le sol.

  Et puis la pièce commence avec de très courts dialogues entre les deux soeurs, ou entre Martha et le père. Il y aussi Fulvio et Fabrizzio qui débarquent à tour de rôle; le téléphone sonne ; c’est Fabrizio qui appelle d’une cabine en fond de scène et le père répond au moyen de bulles écrites. Scène de bagarre entre Fabrizzio et Fulvio; scènes de repas de polenta avec tout le monde. Conversations toujours banales, en général assez souvent sur fond de relations sexuelles qui obsèdent Maria comme les deux garçons. On parle, on parle , on mange parfois , on boit du café et et l’on vomit aussi mais les personnages sont assez mal définis, si bien qu’il faut attendre près d’une  heure pour savoir exactement qui est qui, qui fait quoi; c’est d’autant moins facile qu’il faut regarder la scène mais avoir aussi l’oeil sur l’écran de surtitrage. 

  Paravidino , quand il écrivit cette première pièce n’avait pas la maîtrise que l’on perçoit dans  les remarquables dialogues de  Nature morte dans un fossé,ou dans les récits de Gênes 01 , même si l’on y trouve déjà les thèmes de ses pièces ultérieures: la vacuité et l’absurde de toute existence, la fascination pour le sexe, le manque d’énergie, l’ennui, l’incapacité à créer quoi que ce soit d’un peu intelligent ou de sensible.  Ce qu’il réussit si bien à faire dans Deux frères, ou de Nature morte dans un fossé, semble ici encore à l’état de brouillon prometteur.
  La scénographie de Velica Panduru est d’une belle intensité  visuelle mais Afrim n’a sans doute pas eu l’idée du siècle quand il lui a demandé d’imaginer un sous-bois pour ce type de pièce; on veut bien que cette « chronique sociale prenne ainsi un relief poétique inattendu, portant à une nouvelle puissance la  fantaisie et l’humanité du texte », comme le déclare un peu triomphalement Daniel Loyaza dans le programme. Mais, à l’évidence, on attend encore de pouvoir savourer ce relief poétique inscrit au menu ; et ce sous-bois sophistiqué ressemble davantage à une installation plastique aux parfums surréalistes- avec  cette baignoire ancienne blanche, enrobée de fumigènes où les personnages vont faire trempette de temps à autre. Déjà peu probants, ils ont évidemment du mal à se situer et, donc,  à nous convaincre: dès lors, tout s’éparpille et n’offre qu’un intérêt des plus limités . Il y faudrait  un  texte plu solide que cette suite de petits dialogues qui ne font pas vraiment sens.

  Quant à Radu Afrim , il a reçu de nombreux prix  suisses et roumains..Mais, même s’il sait faire les choses et diriger des comédiens,  sa mise en scène ne déborde pas d’imagination… Et,  comme la chose dure deux heures dix sans entracte, le temps n’en finit pas de finir. Le jeune metteur en scène a, au moins, réussi à bien choisir ses comédiens : Claudia Ieremia et Malina Manovici sont tout fait crédibles, comme le sont  Victor Manovici, Colin Buzoianu et Eugen Jebeleanu; mais Ion Rizea, qui joue  Luigi le père, surjoue  sans arrêt et c’est dommage.
  Alors, à voir ? Il faut bien admettre que l’on ressort de là assez déçu, que l’on ait ,comme nous, vu les autres pièces de Paravidino ou pas. C’est à vous de juger: si vous êtes roumain, vous aurez au moins le plaisir de retrouver la  langue de votre beau pays ; si vous êtes italien et fana de théâtre contemporain, vous pourrez découvrir la première  pièce de Paravidino; sinon, il faut être poussé par une sacrée curiosité. Mieux  vaut  peut-être attendre une reprise de Gênes 01 ou de Nature morte dans un fossé pour découvrir l’univers de Paravidino…

Philippe du Vignal
Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe Ateliers Berthier , jusqu’au 21 juin.

 

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LA MALADIE DE LA FAMILLE Ateliers Berthier Odéon par Edith Rappoport

de Fausto Paravidino, mise en scène Radu Afrim
C’est une famille qui pourrait être ordinaire, mais Radu Afrim, jeune et talentueux metteur en scène roumain, situe l’action dans une  vaste forêt de bouleaux jonchée de copeaux et de feuilles rouges. Maria la cadette s’envoie en l’air avec de multiples amants, elle ne sait lequel garder. Marta, l’aînée est gardienne du foyer, depuis la mort de leur mère, elle materne leur père, étrange et difforme, autoritaire et tendre à la fois, ainsi que leur jeune frère Gianni.  Les deux amants qui se disputent les faveurs de Maria sont bien accueillis à la table familiale. L’étonnant décor et les costumes de Velica Panduru, l’impeccable interprétation des six comédiens  roumains (la formation des acteurs n’est tombée avec Ceausescu) donnent à cet étrange spectacle, au delà du quotidien sordide évoqué par la pièce, une vraie dimension poétique.

 

 


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