Les Insomniaques

  Les Insomniaques de Juan Mayorga, mise en scène Anne Cosmao.

webjmayorga.jpgCette pièce de Juan Mayorga , dont avait pu voir cette saison, brillamment montée par Jorge Lavelli Le garçon du dernier rang,  a pour thème et prétexte, comme de nombreuses pièces et films, la nuit dans la ville contemporaine et  le changement des rapports humains qu’elle peut engendrer. Dans cet immeuble, il y a deux couples appelés par Mayorga les Petits et les Grands, sans aucune autre identité, qui se connaissent peu, voire presque pas, et deux hommes l’un appelé L’Homme au chapeau  et un autre nommé Le Docteur; l’Homme Petit a sans doute eu un jour l’intuition que son voisin du dessous était sans-papiers, et commence à exercer un chantage pour s’en faire une sorte d’ami mais cette amitié repose sur un malentendu, puisqu’elle est fondée sur une domination psychologique; quand le Petit rencontre le Grand pour la première fois, alors qu’il le croisait juste dans l’escalier, il commence par lui demander s’il connaît les termes de la loi 3754, et va commencer  par exiger qu’il boive un verre avec lui, alors que le Grand n’en éprouve visiblement aucune envie… Quant aux deux épouses, elles semblent attirées par deux hommes: pour  la Grande l’Homme au chapeau et pour l’autre, Le Docteur….
Le Grand a un travail, quelque chose comme veilleur de nuit/infirmier dans une sorte de résidence pour personnes très âgées et sa femme vient lui rendre visite, de même que la Petite va voir le Petit à son bureau. La Grande, qui est interprète/traductrice fait appel au Petit pour une réparation électrique et parle avec lui des choses banales de la vie; elle semble assez frustrée  et  quittera finalement son mari pour un homme qu’elle a à peine vu et qu’elle va retrouver sur un quai de gare. Ce sont quelques unes des  courtes scènes qui se succèdent et qui sont censées , à partir d’un thème sans cesse reconvoqué: celui des sans-papiers, nous parler de la société contemporaine, des choix que les hommes font, le plus souvent au détriment de leur propre liberté,des rapports souvent ambigus, parfois teintés de manipulation sournoise que les gens- entre curiosité parfois malsaine et vraie gentillesse- entretiennent avec leurs voisins les plus proches. Anne Cosmao  semble éperdue d’admiration devant cette pièce mineure de Mayorga dont la construction fait souvent penser à une impitoyable démonstration mécanique dont se réjouit sans doute l’auteur. Mais les dialogues,parfois brillants, tiennent plus  de l’exercice de style universitaire et  sont d’une sécheresse impitoyable; ils ne sont, sinon à quelques rares moments,  pas très savoureux pour le public, et déclenchent un ennui profond .
On nous rétorquera sans doute que c’est pour mieux  peindre l’anonymat des grandes villes, et les relations à l’intérieur des couples et  pour nous renvoyer à nos propres obsessions.  Mayorga, prétend Anne Cosmao,  revisite  la structure triangulaire chère aux vaudevilles »… On veut bien mais les « revisitations » sur ce mode démonstratif et sans efficacité théâtrale, grand merci , on a déjà donné!
La pièce de Juan Mayorga aurait peut-être pu être sauvée par une mise en scène et une direction d’acteurs efficaces, et une scénographie qui rende service à la pièce, ce qui est quand même en principe le but de l’opération. Malheureusement, on est loin du compte! Seul Thierry Barrèges ( l’Homme Petit) et Marine Segalen ( La Femme Grande semblent parfois crédibles, mieux vaut passer sous silence le jeu des autres acteurs sans doute englués dans une scénographie où il s’agit , dit Anne Cosmao,  » de gérer deux formes d’espace, le public et le privé » ; c’est pourquoi du sable blanc délimite au sol les deux appartements »;  » l’élément central de la scénographie ( de Nicolas Ganter) étant une fenêtre qui peut aussi signifier un écran de télévision ou la vitrine d’un café , un objet qu’on regarde et qui permet de voir »… Encore faudrait-il  que tous ces objets scéniques en carton beige , cet espèce d’écran en polystyrène assez tristounet et ces lignes de sable blanc fassent  sens et rendent service au texte, ce qui est loin d’être le cas. Quant aux costumes des hommes  » qui portent la même veste de travail, ouverte différemment, de façon à ( sic) traduire leur personnalité opposée tout en jouant sur une certaine gemmellité », mieux vaut là aussi oublier le charabia de ces pieuses  intentions!
Quel public Anne Cosmao espère-t-elle conquérir avec ce genre de réalisation, sinon les copains et la famille venus en force soutenir cette mise en scène improbable d’un texte  mineur?

 

Philippe du Vignal

 

Chaque pièce représentée pour le prix Théâtre 13/ Jeunes metteurs en scène 2009 est jouée deux fois; reste à voir Dernier remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Julie Deliquet les 19 et 20 juin à 19h30; La Cruche cassée d’Henrich von Kleist les 23 et 34 juin à 20 h 30,  mise en scène de Thomas  Bouvet et Chaos debout de Véronique Olmi, mise en scène de Nelly Morgenstein les 26 et 27 juin à 19 h 30.

 


2 commentaires

  1. Nico Ganter dit :

    Mes commentaires ont été censurés…
    Déni du droit de réponse ou allergie cutanée au polystyrène ???
    Nicolas Ganter

  2. la critiqueuse des critiques dit :

    Juste pour demander à ce Monsieur du Vignal « Savez vous à quoi vous servez ? Surtout quand vous publiez vos critiques sur la toile ? » A part « briser moralement » des gens qui travaillent dure pour DONNER aux autres.

    C’est important de savoir. Si on fait bien, si on fait mal. Mais le faire comme vous le faîtes, en public, FASTOCHE. Moi aussi je peux le faire. Nous sommes tous des êtres uniques et la critique, elle est unique aussi. Mais quand elle dessert, à quoi sert-elle au fond ? Elle aide qui ? Ceux qui n’iront plus envie d’aller voir le travail de ces jeunes metteur-en-scène. Mais ça n’aidera ni ces acteurs, ni ces décorateurs, ni ces metteur-en-scène? Vos remarques négatives, pourquoi vous ne leur adressez pas exclusivement à eux? Est-ce si difficile d’émettre des critiques sans pour autant « écrabouiller » et réduire à moins que rien le travail de plusieurs personnes.

    Sans doute jubilez-vous en couchant vos mauvais mots sur votre papier. Vous ne servez à rien Monsieur. A part assouvir votre soif d’écrire des choses qui ne servent à rien, et sûrement pas à faire avancer ceux qui en ont besoin. Vous auriez bien besoin d’être critiqué, vous, Monsieur le donneur de leçon. A part critiquer, que faites-vous de bien, dans la vie ?

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