LE CORPS FURIEUX

LE CORPS FURIEUX Trans 09 Théâtre de la Bastille 

Conception et mise en scène de Jean-Michel Rabeux
Huit complices de longue date de Jean Michel Rabeux accoutrés comme les Deschiens, tout le monde en jupes et perchés sur de très  hauts talons, se livrent à des déambulations grotesques, se couchent, se font réveiller par des aboiements, des tremblements…Il y a un accouchement, on se bagarre pour « l’enfant », un acteur surgi des jambes de la parturiente, une scène hallucinante d’une tablée où les convives armés de couteaux et de fourchettes se préparent à dévorer la femme nue sur la table, une tirade de Phédre ( que Rabeux avait monté avec Claude Degliame en un étrange solo), une fausse agonie de Georges, emperruqué de longs cheveux blanc. On n’en finirait pas d’évoquer cette folie salutaire et grotesque, les images saisissantes qu’il faudrait voir en photo. De Rabeux, je n’ai vu que Onanisme avec troubles nerveux chez deux petites filles, Phèdre, Emmène-moi au bout du monde, son Feydeau et Le songe d’une nuit d’été. C’est le plus fort breuvage qu’il m’ait servi.
Edith Rappoport


Archive pour 27 juin, 2009

LES CHARMILLES

LES CHARMILLES  Trans 09 Théâtre de la Bastille

D’après Les charmilles de Jean-Michel Rabeux, adapration et mise en scène de Cédric Orain
Depuis deux ans, Jean-Michel Rabeux impulse une rencontre autour de spectacles qui bouleversent et qui ont du mal à se faire voir ailleurs : « ce n’est pas un festival, c’est une intermittence, il ne produit pas, il n’en a pas du tout les moyens. Il patiente. Et puis hop, tir groupé, bouquet de fleurs (vénéneuses) feu d’artifice pour vous les offrir, les œuvres. Trans c’est aussi faire contact (électrique ?) entre les professionnels et la profession. Tout un monde de débats, empoignades, embrassades”…Après le Théâtre du Chaudron, c’est Jean-Marie Hordé, fan  de toujours de Jean-Michel Rabeux qui leur a ouvert les portes du Théâtre de la Bastille, sans avoir les moyens de produire, tout le monde paye sa place, même les professionnels de la profession et les recettes sont partagées.
Les charmilles c’est un décapant monologue interprété par Eline Holbo Wendelbo, pulpeuse comédienne au léger accent suédois ( ?) qui nous accueille en nettoyant énergiquement un sol blanc qu’elle ne parvient plus à rendre immaculé, puis se dénude pour se laver dans un seau et se livre à des méditations sur la mort « cette enfantine compréhension de la mort est un massacre(…) l’idiotie de l’espoir (…), espérons que ces minutes seront une manière d’éternité »…
Le spectacle se termine sur l’évocation insoutenable du dépeçage amoureux de l’être aimé, dont j’aimerais relire le texte s’il a été publié.

Edith Rappoport

travaux d’élèves du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique.(II)

Répertoire, classe de Daniel Mesguich.
La vie est un Songe de Pedro Calderon de la Barca, La Prise de l’Ecole de Madhubaï d’Hélène Cixous, Fantasio de Musset,  Bravo de Jean-Michel Ribes,  Faust de Goethe, Les Petits Aquariums de Philippe Minyana,  Ivanov de Tchekov, Médée d’Euripide, La consultation de Jean Tardieu, Le Soulier de Satin de Paul Claudel, Trahison d’Harold Pinter, Alpenstock de Rémi de Vos, Amphitryon de Molière, Andromaque de Jean Racine, Penthésilée de Henrich von Kleist, Seul de Wajdi Mouawad et Les Boulingrin de Georges Courteline.

 Soit au total dix auteurs classiques , et neuf du 20 ème siècle dont  cinq contemporains avec de courtes scènes ou des monologues… Après tout, pourquoi pas? Même si l’on a un peu de mal à se retrouver dans ce défilé , où l’on voit  les quinze jeunes comédiens arriver puis disparaître assez vite, pour réapparaître quelque fois. Et l’on a souvent l’impression que Daniel Mesguich, le nouveau directeur du Conservatoire national, n’ pas pu s’empêcher de se faire plaisir; on retrouve d’ailleurs souvent les mêmes tics de ses mises en scène y compris ses petites flammèches qui font soudain irruption ou ces fumigènes dont on ne voit pas bien l’utilité. Avec des éléments de décor pas toujours indispensables, pas non plus toujours de grande qualité, que toute l’équipe de comédiens avec les techniciens remettent en place comme par magie. C’est d’ailleurs assez beau, cette espèce de ballet où tout le monde s’y met et qui donne une certaine unité à cette présentation, comme la voix du petit garçon qui présente chaque scène en quelque phrases…
 Quant aux scènes jouées , ce qui est dommage,, c’est qu’à peine échauffés les comédiens « sortants » mêlés à ceux de deuxième et première année, partent très vite, et hop ! on passe à la suivante. Certes, il n’y a pas de recette miracle dans ce genre de présentation,quand il faut donner un petit morceau d’entrecôte à chacun des quinze comédiens, si l’on ne veut pas que cela dure quatre heures.. Dans ces cas-là, pourquoi ne pas faire une pause au lieu de galoper sans cesse? Alors ,entre les auteurs,, il y a obligatoirement des scènes de grande qualité et d’autres qui le sont beaucoup moins, et certaines  qui mettent en valeur le ou la comédienne, et d’autres pas du tout , comme cette misérable scène de répétitions d’Andromaque de Racine que Mesguich aurait pu nous épargner, ou celle du Soulier de satin qui tombe un peu à plat, parce que beaucoup trop courte., ou encore cette Consultation de Jean Tardieu  et dans Alpenstock ,dont la mise en scène est un peu lourde ;  les jeunes comédiens s’en tirent mieux dans des auteurs comme Pinter , en particulier Maxime Dambrin et Marilyne Fontaine, parce que ce sont des personnages qui sont sansextpromoeleveimage292oliveres.jpg doute plus proches d’eux.
  A noter aussi la belle performance  de Chloé Olivères qui joue  une petite vieille dans La Prise de l’Ecole, où, impeccable et juste, elle a une gestuelle tout à fait remarquable; Loïc-Emmanuel Devy  et Karl Eberhard qui ont tous les deux une belle présence en scène.
  Ces trois comédiens, qui, par ailleurs, ont une excellente diction et une belle voix, si les petits cochons ne les mangent pas , devraient vite trouver des rôles à leur mesure. Pour les autres élèves, c’est moins évident, il y a chez eux  – mais on le sait depuis longtemps- un certain formatage que les réformes mises en place par Daniel Mesguich devraient quelque peu gommer… Même si elles ont provoqué au début comme tout changement, quelques grincements de dents. De toute façon , les élèves sont ici particulièrement soignés et ont de très bons enseignants; et bénéficient à la sortie de cette aide précieuse à l’emploi que constitue le Jeune Théâtre National qui subventionne leurs premiers rôles…

Philippe du Vignal

Journées de juin, classe de Daniel Mesguich.

travaux d’élèves du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique.(I)

Phèdre cons.jpget Médée, Les damnées furieuses, travaux d’élèves du Conservatoire national supérieur d’Art Dramatique.

 Le travail que Sandy Ouvrier vient de proposer avec ses  quinze élèves est fondé d’abord sur un texte de Martin Crimp, Tendre et cruel  et sur  Hercule de Sénèque que nous n’avons pu voir. Mais aussi une suite de scènes issues de plusieurs pièces: d’abord et essentiellement Phèdre et Médée de Sénèque mais aussi de plusieurs textes écrits sur le même thème de Phèdre et de Médée comme L’Amour de Phèdre de Sarah Kane mais aussi de Dea Loher  Manhattan Medea, et de Roland Schimmelpfennig, La Femme d’avant.
Disons tout de suite que le grand gagnant est sans contestation Sénèque dont les élèves de Sandy Ouvrier se sont emparées avec jubilation. Malgré la traduction, Sénèque reste un excellent dialoguiste avec des phrases au scalpel: « Il y a des criminels impunis, il n’y a pas de criminels paisibles » Je suis une main qui rame sur une barque trop lourde. » Je suis trop vieille pour me faire complice d’un suicide » Ou  » Le pouvoir fait rêver l’impossible ». Les scènes qu’a choisies Sandy Ouvrier sont absolument celles qu’il fallait prendre car elles permettent aux jeunes comédiens d’être bien mis en valeur. En particulier Estelle Meyer,  et Pauline Ribat,tout à fait remarquables.

 Les choses paraissent moins évidentes avec les scène extraites des pièces de Sarah Kane, qui s’était très jeune , suicidée et dont les textes, très à la mode il y a une dizaine d’années, nous ont toujours parus souvent plats et sans grand intérêt; quant à Dea Loher, très bonne dramaturge allemande qui fut l’élève de Tankred Dorst et d’Heiner Muller, on peut préférer des pièces d’elle comme Tatouage ou Barbe-Bleue, espoir des femmes. Les élèves crient souvent comme pour nous convaincre de la force de ces textes, même si Manon Kneusé ( Médée) et Mathieu Sampeur s’en tirent assez bien, tout comme Flore Babled dans une autre scène de Medea Transfert. Comme d’habitude dans ce genre de présentation, les garçons sont moins convaincants, sans doute et d’abord, parce que les plus beaux rôles sont ici ceux de Médée et de Phèdre, et qu’ils n’ont pas encore la maturité de leurs camarades, mais  certains seront sans doute d’excellents comédiens.
 En tout cas, sans effets inutiles, avec une grande simplicité, Sandy Ouvrier a réussi un travail exigeant et d’une belle unité, avec une  mise en scène discrète et efficace où l’on voit bien ses élèves; ce qui est  après tout le but de l’opération; la dernière image où Flore Babled apparaît le visage ensanglanté, tandis que ses camarades , appuyés sur les murs de bois de la salle Louis Jouvet la regardent est tout à fait exceptionnelle.

Philippe du Vignal

Journées de juin 2009, classe de Sandy Ouvrier

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