Chroniques de bords de scène

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Chroniques de bords de scène,Saison 2: Hello America, conception: Nicolas Bigards, Chantal de la Coste.

 Nous ne vous en avions pas parlé auparavant  pour des raisons d’éloignement de Paris lors des premières, et  nous avions  décidé avec Edith Rappoport d’y  aller un  dimanche après-midi. Pas de chance, c’était la fête à Bobigny et les rues étaient fermées, le parking de ma MC 93  aussi et pas de stationnement possible dans les alentours. Après avoir cherché puis fini par trouver une place pour la voiture à dix minutes à pied du théâtre, et réussi à nous faire admettre par les ouvreuses… Il aurait mieux valu prendre le métro, du Vignal; oui, mais, comme nous étions loin, même très loin, c’était un peu compliqué…  Mais, même avec ce retard important et donc une partie du spectacle impossible à voir autrement qu’en  captation prochainement, l’heure que nous avons pu en voir est  de toute beauté..
 On pénètre, par les couloirs des coulisses sur la grande scène à peu près nue,  avec son plateau noir, sauf quelques accessoires et décors, des projecteurs  rasants ou en hauteur et une enseigne  lumineuse en fluo vert  COSTA VERDE dans les cintres, un très beau juke-box contre le mur du fond de scène, et derrière un rideau métallique une sorte de motel fait de planches et d’escaliers métalliques avec une grosse limousine des années cinquante. Aucun siège,il y a  quelque quarante spectateurs qui peuvent se déplacer au gré des scènes qui leur sont proposées. Encore une fois, désolés,  nous ne pouvons vous parler du début où avait lieu le  le meurtre d’une jeune femme dans le sous-sol de la scène . Et quelques personnages issus de moments de romans noirs américains assemblés en puzzle; on reconnaissait entre autres Le fameux Dahlia noir que nous avions relu par hasard quelques semaines auparavant, Raymond Chandler  avec Le Grand Sommeil, Raymond Carver avec La vitesse foudroyante du passé, Dorothy Parker et quelques autres.  Dans une  traduction scénique exemplaire, c’est un peu comme une analyse et une mise en abyme  en quelque 90 minutes de la mythologie du rêve américain qui, comme le dit très bien Sylvie Laurent dans Homérique Amérique  » consiste pour chaque homme quel qu’il soit, à accéder à la réussite, symbole calviniste de l’élection. parvenir socialement et arborer fièrement les preuves de la réalisation du rêve, les biens matériels chèrement conquis, est devenu l’expérience indispensable de l’américanité ».
 Ce que fait très très bien ressentir Nicolas Bigards, par le biais d’images très fortes ,cadrées comme au cinéma; comme cette jeune femme, dans l’obscurité, penchée sur un juke-box ou bien cette engueulade entre deux hommes sur un escalier métallique. Tout le spectacle se déroule dans  une sorte de flux onirique où les images se conjuguent et s’entrechoquent, et comme  les acteurs: Raphaelle Bouchard, Clément Bresson, Noémie Dujardin, Aurélia Petit et Sébastien Poudéroux sont excellents et bien dirigés , comme l ‘est aussi  le musicien Theo Hakola à  la guitare électrique, on se laisse vite prendre par le charme très particulier de ce puzzle de scènes qui ont,  pour  dénominateur commun, la vision de l’Amérique ou plus exactement la mythologie personnelle que nous nous sommes forgés de la vie urbaine aux Etats-Unis, après des centaines d’images glanées au cours de voyages, lectures, écoutes de disques, tableaux. que nous avons glanées au fil des années sans véritable fil conducteur.  Nous en avons, c’est certain, une vision  personnelle marquée par notre expérience qui ne peut être comparable à celle des gens qui nous sont le plus proches. Malgré tout, il y a comme une sorte de fond commun à la fois d’une vérité absolue et  d’une autre le plus souvent fantasmée.
  Comme le dit intelligemment Nicolas Bigards,  il a essayé  d’appréhender cette mythologie qui possède de véritables fondements mais qui évolue , « entre aveuglement et éblouissement, sentiments contradictoires changeant au gré de nos humeurs ou des soubresauts de l’histoire. Et tout se passe , grâce à l’intelligente scénographie de Chantal de la Coste, comme si nous faisions partie du roman ou du film.
 Evidemment cette plongée dans cet univers mythique et légendaire  des Etats-Unis se mérite, et  l’on est soit debout soit assis par terre, et quelques coussins auraient été les bienvenus, mais, croyez-nous, nous n’avons pas regretté le déplacement! La seconde partie du spectacle aura lieu à la rentrée; si c’est du même tonneau, et l’on peut faire confiance à Nicolas Bigards, cela devrait être formidable. A moins que d’ici là, certains prédateurs officiels aient réussi leur O.P.A. sur la MC 93 au bénéfice de la Comédie-Française, comme cela semble encore d’actualité. Patrick Sommier, le directeur et ses collaborateurs ont bien raison de ne pas vouloir se laisser faire, et la liste des artistes et des spectateurs qui figure sur le livre à l’accueil du théâtre est impressionnante. ce que  l’Elysée où  tout semble se décider et, en tout cas, le nouveau ministre de la Culture ne pourront continuer à ignorer très longtemps….. Il est grand temps que l’Etat n’intervienne plus de façon aussi ridiculement autoritaire. Que pense, après le départ de madame Albanel,  Frédéric Mitterrand de toute cette histoire qui , près d’un an après qu’elle ait été découverte, n’est toujours pas réglée? Jueque là, on n’a a eu droit à aucun commentaire récent du Ministère de la Culture. Et la vigilance continue à s’imposer.

MC 93 Bobigny. du 16 au 20 octobre à 20 h 30 et le dimanche à 15 h Deuxième partie du spectacle  à l’automne 2009

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