Yano, un artiste japonais à Paris

Yano, un artiste japonais à Paris de Chantal Aubry.


yano.jpg

 Chantal Aubry, qui a dirigé longtemps la rubrique culture du quotidien  La Croix a cherché et réussi à faire une sorte de portait / biographie d’Hideyuki Yano ( 1943-1988), qu’elle a découvert , quand il arriva à Paris dans les années 70, après qu’il eut quitté le Japon pour faire des études aux Etats-Unis, puisqu’il avait échoué à entrer à l’université dans son pays. Il parla donc rapidement anglais et comme beaucoup de jeunes japonais, il eut donc une double culture à la fois orientale et occidentale. C’est, au début des années 60 que naquit  la danse butô  qui s’appuyait sur les concepts de libération du corps et d’érotisme transgressif , mais , comme le rappelle  avec juste raison, Chantal Aubry,cette danse populaire théâtralisée et populaire  inspira  beaucoup Yano , même s’il prit ensuite  ses distances. Et il passera ensuite à la performance et à la mise en scène avec le Théâtre rituel qu’il fondera en 70.
  Chantal Aubry, dans deux excellents chapitres, retrace l’itinéraire de ce créateur dans ce qu’elle appelle la lumière du japonisme qui a commencé en France il y a déjà plus d’un siècle. Yano débarquer  en 73 dans un pays qui venait  de connaître cette lame de fond que fut 68 et que révéla le festival de Nancy avec, entre autres, nombre de créateurs américains dont Bob Wilson, mais aussiTadeusz Kantor, Pina Bausch et, bien entendu, le très fameux Kazuo Ohno. qui doit friser les 102 ans.  Yano  rencontra à Paris Elsa Wolliaston et Susann Buirge. C’est quelques années plus tard que les Français découvriront le fameux Eloge de l’Ombre de Tanizaki Junichiro et  Rivière Sumida de Yano qui fut créé dans le studio de Jacqueline Robinson. C’est dire que l’ époque fut particulièrement féconde pour le théâtre comme pour la danse contemporaine.
  Il y a aussi de très belles pages sur la découverte du nô , les  écrits de Zeami qui enchantèrent nos années de Sorbonne, et les marionnettes bunraku  , et les débuts du groupe Mâ , sous la direction de Yano, qui fut dans doute l’un des premiers à mélanger des danseurs issus de continents et de culture très différents. Chantal Aubry analyse ensuite les spectacles de Yano, notamment Flux-Sape en 77, avec Lila Greene et Sidonie Rochon, Géo-Chorégraphie IshtarImpair Aka écarlate,La trilogie de Salomé et Tammuz duo d’amour avec Elsa Wolliaston, pour ne citer que les plus connus.
  L’ouvrage est à la fois précis, solidement documenté, bourré de belles photos( d’Anne Nordmann en particulier) et de dessins, et très riche de  lexiques et notes en tout genre. lI permet aussi de  connaître ou de vérifier ses connaissances sur l’époque qui fut celle de Yano, et même s’il  a toutes les apparences d’une thèse bien écrite ,il se lit comme Millenium…
  Artiste aussi discret qu’ exemplaire, Yano n’a sans doute pas eu, sa vie durant, la reconnaissance qu’il aurait méritée, sans doute parce que ce fut loin d ‘être un carriériste et qu’il ne fréquenta guère les milieux institutionnels.En tout cas, le grand mérite du livre de Chantal Aubry est de réparer cette erreur et de lui redonner vie.

  Il existe très peu de documents visuels sur les spectales de Yano, à part un film conservé à la Cinémathèque de la danse sur Hana Cristal-Fleur mais Chantal Aubry,  avec l’aide du Centre national de la Danse, est en train de numériser un certain nombre d’extraits de ses spectacles . Elle signale aussi que , le 9 mars prochain ( mieux vaut prévoir, ce n’est que dans neuf mois si vous comptez bien!), aura lieu au Musée du Jeu de Paume une soirée en l’honneur de Yano.


Philippe du Vignal

 Editions du Centre national de la danse; prix 28 euros; d’accord , ce n’est pas donné mais si vous voulez connaître Yano et son époque, c’est incontournable.

 


Pas encore de commentaires to “Yano, un artiste japonais à Paris”

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...