CELLE DES ÎLES

CELLE DES ÎLES  Tarmac
Théâtre en lecture de Koulsy Lamko présenté par Écritures en partage, interprété par Olivier Cherki, Koulsy Lamko et Odile Sankara

Koulsy Lamko né au Tchad, a passé sa jeunesse au Burkina Faso, il a travaillé au Rwanda, il vit actuellement au Mexique. Musicien, auteur de théâtre et de romans, poète, il avait été invité il y a des années au Festival des Francophonies de Limoge par Monique Blin alors directrice, initiatrice d’Écritures en partage. Celle des îles met en scène deux personnages, la conteuse, chanteuse de cabaret et le peintre fils du propriétaire du restaurant Le petit bateau négrier. Un dialogue vif et ambigu se tisse entre les deux personnages, entre blessure de la colonisée et désir amoureux.

Edith Rappoport


Archive pour juin, 2009

La rue est à Amiens


AUTOPSIE, PARFUM DE GUERRE POUR UNE FANFARE  Amiens
Conception Marjorie Heinrich, Krache théâtre

Cette autopsie, c’est celle des guerres, de toutes les guerres et des morts, l’obsession de Marjorie Heinrich qui décline ce thème, spectacle après spectacle. Le public est rassemblé sur les trois côtés du triangle de la place Marie sans chemise, Gaëtan Noussouglo entame un long et puissant lamento sur les guerres et les morts oubliés du Rwanda et du monde entier. D’autres personnages apparaissent, une violoncelliste et un accordéoniste en proie à des soubresauts mortels, deux anges musiciens, un échappé des camps de concentration remorquant un chariot technique. Les regards des spectateurs qui se dispersent sur la place,se concentrent avec le défilé funèbre qui traverse la ville, ce rituel étrange a une belle puissance en devenir.

 

LES FRÈRES FINCK La rue est à Amiens 21 juin
Spectacle de Jacques Auffray, Edilic compagni
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Comédien, chanteur lyrique, compagnon des Grooms depuis des années, Jacques Auffray travaille depuis 3 ans sur ce spectacle sur la mort, dont il avait présenté une ébauche, il y a 3 ans à l’Opéra des rues dans le parc de Bercy. Ces frères Finck c’est d’abord l’histoire d’une famille d’entrepreneurs de pompes funèbres dont la fortune périclite avec l’écrasement de la pyramide des âges. Une procession funéraire s’organise avec la mise en bière d’un spectateur, la reconstitution d’un défilé funéraire avec les spectateurs jusqu’au fourgon mortuaire. Et puis, là on perd le fil de la famille qui n’existe que par la voix de Jacques Auffray, bon ténor, comédien rompu à l’interpellation du public, mais dont les partenaires sont des musiciens, mais pas des comédiens. Malgré quelques moments de grâce comme le chorus of cold people du Roi Arthur de Purcell, ou le rock endiablé qui clôt le spectacle, ces Frères Finck ont encore besoin d’un œil extérieur qui imposerait un axe précis.

 

PLACE DES ANGES  La rue est à Amiens
de Pierrot Bidon, Stéphane Girard et Ana Rache, Studios cirque de Marseille

Sur des filins accrochés à l’immense tour surplombant la ville d’Amiens au-dessus de la gare, des formes blanches et angéliques opèrent une descente vertigineuse, dispersant autour d’eux des nuées de plumes au son d’une musique céleste. Une bande d’artistes spéléologues se sont investis dans  cette aventure folle stupéfiant l’énorme foule. Le spectacle laissera des traces jusqu’au fond des parkings, des milliers et des milliers de plumes blanches marquant les mémoires.

 

1789 ”  La rue est à Amiens
de Frédéric Michelet, mise en scène Manu Moser, CIA (compagnie Internationale Alligator)

Six comédiens battent le rappel du public à l’entrée d’une rue attenante au Palais de justice pour évoquer les six premières années de l’ébranlement de la Révolution française. Vêtus de simples chemises avec quelques ornements plus riches pour les nobles, ils surplombent la foule en jouant sur des échelles et sur les toits, se portant à dos d’homme, avec vigueur et une belle virtuosité. Les grandes conquêtes révolutionnaires noyées dans le bain de sang de la terreur sont lancées devant une foule étonnée qui recueille la Déclaration des Droits de l’Homme qu’on lui distribue à la fin du spectacle. De la belle ouvrage de la part de cette compagnie de Villeneuve les Maguelone engagée depuis plus d’une vingtaine d’années.

 

LE MUSÉE BOMBANA DE KOKOLOGO  La rue est à Amiens
Office des Phabricants d’Univers Singuliers (OPUS), mise en scène Pascal Rome

Depuis plusieurs années, Pascal Rome issu des 26000 couverts fondés avec Philippe Nicolle, explore des patrimoines imaginaires à partir d’un conservatoire des curiosités où se croisent théâtre et arts plastiques. Pascal a séjourné au Burkina Faso, il y a rencontré Athanase Cabré, alias Monsieur Bakary, qui nous fait pénétrer dans son ministère des affaires inutiles, dans une jolie enceinte circulaire placardée de dessins naïfs , où il commente avec humour les exploits de Bakary Modibo son grand père qui a fait fortune en installant des poulets Bakary sur toutes les églises. S’ensuivent une série de commentaires des dessins agrémentés de dictons, » le grain de maïs n’a jamais eu raison de la poule » ou « qui trie bien prie bien » à partir d’objets introuvables dignes de Carelmann. La visite de ce musée Bombana et un moment délicieux grâce à la présence de ce généreux acteur qui porte la force de vie de son pays.

 

CIRQUE CYNIQUE ET MARITIME  La rue est à Amiens
Ronan Tablantec

Ronan Tablantec, alias Sébastien Barrier de Paimpol, revêtu d’un ciré jaune, une boîte de sardines attachée sur la tête devant le coffre ouvert de sa voiture d’où il sort une valise remplie de vieux papiers, harangue la foule, prend à partie  les petits enfants avec une aisance et un bagout d’enfer. Il parle de tout et de rien, de sa ville natale, de ses parents, de ses tournées, fait de mauvais jeux de mots dont il rit pesamment. Et ça marche, ce voltigeur des mots sait se faire écouter, il y a même une certaine poésie malgré quelques longueurs dues à des redites inévitables dans ces improvisations.

 

Edith Rappoport

SENSORAMA

SENSORAMA Ferme du Buisson

Spectacle performance imaginé par Luk Van der Dries, Louis Chardon et Lawrence Malstaf
Sensorama c’est une promenade artistique au sein des  Sens cibles, étonnante manifestation dans tous les espaces de la Ferme, conçue par ce groupe d’artistes belges hors normes, venu d’Anvers. On est accueillis par groupe de 6 personnes à l’Abreuvoir, on remet nos manteaux, nos sacs, avant de pénétrer dans le caravansérail où une jeune femme nous demande d’enlever nos chaussures et de rester silencieux. On  doit d’abord s’étendre par deux sur des matelas, ayant revêtu d’étranges lunettes qui nous font nous voir nous-même dans une position inversée par rapport à notre voisin ce qui donne un léger mal de cœur. On s’étend ensuite sur le dos sur un immense tapis roulant qui vous masse agréablement à l’aller et au retour, où un aveugle vous chuchote à l’oreille des mots gentils, vous remet un bandeau avant de vous guider jusqu’à l’entrée d’une vaste tente blanche qui tient du cocon ou de l’utérus et là, des mains vous frôlent, vous palpent, vous émeuvent bizarrement. On peut ensuite aller retrouver sa photo sur une boîte de conserve dans une alvéole entourée d’un rideau noir, converser avec de troublantes créatures derrière une vitre sur le bonheur ou la souffrance. Cette visite insolite  fait partie d’autres installations dans les différents lieux de la ferme,  visibles jusqu’au 12 juillet, elle fait beaucoup de bien.

Edith Rappoport

L’invention du théâtre public

L’invention du théâtre public
du Vieux-Colombier à la Comédie de Saint-Étienne
La scène natale, Le public a bien joué ce soir, Jean Dasté, et après ?
Trois pièces pour raconter par Évelyne Loew et François Rancillac

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Le théâtre public français, subventionné, décentralisé, un luxe que de nombreux pays nous envient, un acquis qui va de soi aujourd’hui au point qu’on a oublié son histoire. Les jeunes comédiens ignorent souvent l’histoire du théâtre public, secteur dans lequel ils travaillent pour la plupart.
Les parcours des auteurs de l’invention du théâtre public du Vieux-Colombier à la Comédie de Saint-Étienne, héritiers de cette histoire, sont profondément ancrés dans la décentralisation : Évelyne Loew rejoint en 1977 le Théâtre du Campagnol de Jean-Claude Penchenat et François Rancillac fait ses armes au Théâtre du Peuple à Bussang, avant de codiriger avec Jean-Claude Berutti la Comédie de Saint-Étienne.
L’enjeu de leur livre était de transmettre, en passant par la forme dramatique et en convoquant sur scène les pionniers du théâtre public et de la décentralisation, de raconter l’épopée de leur combat, leur utopie d’un théâtre d’art populaire qui a transformé radicalement en France l’art théâtral, son rapport au public et à la société. Ils proposent une approche non pas d’écrivains ou d’historiens mais de praticiens du théâtre ayant l’expérience du sujet, qui restitue non pas des figures abstraites, mais des humains à la fois exceptionnels et fragiles, intransigeants et hésitants, montrés dans le quotidien de leurs combats, dans les rapports de travail parfois conflictuels.
Trois pièces, au départ indépendantes, qui retraçant les trois épisodes fondateurs du théâtre public depuis Copeau et le Vieux-Colombier de 1911 à Jean Dasté et au TNP de Jean Vilar disparu en 1971, forment un continuum.
La scène natale d’Évelyne Loew, écrite pour les Rencontres Jacques Copeau à Pernand Vergelesses, met en scène l’aventure de Cocteau et ses filiations avec Dullin et Jouvet dont les pratiques étaient des écoles irremplaçables.
Dans Le public a bien joué ce soir,  Évelyne Loew convoque en scène autour de Copeau, ses proches collaborateurs et acteurs essentiels de la gestation d’un théâtre décentralisé : Agnès Copeau, Léon Chancerel, Jean Dasté, Marie Hélène Copeau, Marguerite Cavadaski, Madeleine Gauthier, Jean Villard-Gilles.
Dans Jean Dasté, et après ?,  écrite en 2004 , pour le centième anniversaire de la naissance de Jean Dasté, François Rancillac s’attache à dégager de l’intérieur les valeurs éthiques, artistiques et politiques qui ont fondé le CDN de Saint-Étienne et à évaluer sans nostalgie cet héritage, ce qui en reste et ce qu’on en a perdu en cours de route.
Un débat autour du projet et de la démarche de Jean Dasté où se confrontent, entre autres,  des expériences, des témoignages, les points de vue d’Edmond Michelet, Ministre de la Culture de l’époque, de Roger Planchon, de Louis Jouvet, de Jean Vilar, de Pascal Ory…Que fait-on aujourd’hui de cet héritage ? Jean Dasté, et après ? est une tentative « pour répondre à ce malaise ambiant, mon propre malaise de directeur de théâtre », explique François Rancillac. Écrites à partir d’enquêtes, de documents d’archives, de correspondances, de témoignages, ces trois pièces qui tiennent de la fiction documentaire, offrent une vision infiniment plus sensible et plus profonde , que ne pourraient le faire un essai historique. Ces visionnaires ont été les  constructeurs d’un théâtre exigeant et populaire qui forme les spectateurs en dialoguant avec eux.  Les auteurs du livre interrogent le théâtre public d’aujourd’hui qui, menacé par les impératifs du marché, se laisse tenter par les compromis, en  oubliant souvent ses enjeux fondamentaux.

Une préface de Catherine Dasté et un entretien avec Évelyne Loew et François Rancillac introduisent cette traversée des démarches exemplaires  pour fabriquer le théâtre de demain. Des cahiers de photos et une postface de Christophe Allwright complètent cet ouvrage.

Irène Sadowska Guillon

L’invention du théâtre public
du Vieux-Colombier à la Comédie de Saint-Étienne
Trois pièces pour raconter d’Évelyne Loew et François Rancillac
Éditions de l’Amandier, Paris, 2009, 236 pages, 18 €

L’Ecole des Bouffons


L’Ecole des Bouffons de Michel de Ghelderode, mise en scène de Cyril Cotinaut et Sébastien Davis.

bouffons1.jpgLà aussi, il s’agit d’une pièce, de auteur belge dont le théâtre expressionniste est fondé à la fois sur un climat de farce carnavalesque unie à une sorte  de célébration parodique de fête religieuse.Dans  L’Ecole des Bouffons, un groupe d’acteurs se retrouve au coeur d’un dialogue entre un professeur et un maître. Sébastien Davis, qui avait suivi l’enseignement du grand Jerzy Grotowski, et a suivi  la formation à la mise en scène d’Anatoli Vassiliev à L’ENSATT de Lyon. Cyril Cotinaut est lui , formateur dans des ateliers de théâtre en Meurthe et Moselle, et a également suivi les cours de Vassiliev. Ils ont tous les deux présenté l’an passé Alcibiade sur le chemin de Damas, où on retrouvait associés un dialogue de Platon, et l’univers des films muets de Buster Keaton. On revoit toutes ces influences dans ce spectacle.
Les deux jeunes metteurs en scène , disent-ils, n’ont pas voulu chercher à illustrer le bouffon mais à en chercher sa résonance dans l’acteur tel qu’il vit son métier actuellement, et à mettre en valeur la notion de transmission. En effet, c’est bien cette éternelle question qui taraude en permanence le directeur et les enseignants d’une école de théâtre, et ils ont raison de la poser : qui peut  s’ériger en enseignant et  avoir la prétention  de transmettre, et transmettre quoi? Il y faut à la fois beaucoup de certitude et à la fois beaucoup d’humilité, une générosité sans failles en même temps qu’une rigueur absolue et une vaste et solide culture théâtrale. Faute de quoi, il est difficile d’être crédible auprès des élèves qui attendent quelquefois avec une certaine impatience  qu’on leur délivre des recettes plutôt qu’un lent et difficile apprentissage, le seul qui soit porteur de résultats à long terme… Que faire avec cette Ecole des Bouffons qui n’est quand même pas un chef d’oeuvre loin de là , et en tout cas loin derrière Pantagleize, brillamment monté cette saison par Philippe Awatt? Cela commence avec une bande de jeunes comédiens réunis autour de leur prof, tous en jeans et blouson gris à capuche. Tout le monde surjoue un peu mais, reconnaissons-le, les parties chantées sont soigneusement réalisées et il y a une belle gestuelle de groupe très bien réglée. mais les éclairages  ( pardon la « création-lumière ») de Julie-Lola Lanteri-Cravet     sont assez médiocres et ne soutiennent guère une mise en scène faite petits morceaux et qui ne possède pas beaucoup d’unité.
patricia2.jpgQuant au langage souvent savoureux de Ghelderode  avec ses mots crus et ses expressions savoureuses, bien difficile de le retrouver sur la scène. Et il a toujours, comme si c’était une règle imposée au Théâtre 13 des petites intrusions dans la salle, où la plupart des compagnies essaye ainsi de s’attacher- en vain- la complicité du public: c’est en effet à la fois difficile à réussir et  c’est le plus souvent ,vulgaire et peu efficace.

  La pièce va donc cahin-caha , au rythme d’une mise en scène et d’une interprétation, vraiment trop inégale et l’on est parfois près d »un jeu très amateur au plus mauvais sens du terme; on a pu  cependant repérer une sacrée comédienne Patricia Velzi  qui bouge admirablement et a une véritable présence sur le plateau . Dans les dix dernières minutes, se produit comme un petit miracle, une vierge qui se transforme en prostituée dans une sorte de niche, pleine de lumière: c’est à la fois drôle et méchant, même si les costumes sont  médiocres, et à l’extrême fin, il y aussi  un dialogue  savoureux entre le professeur et le Maître.

  Mais il aura fallu attendre une heure vingt pour avoir ce petit morceau de bonheur. On oubliera le reste. Tout se passe comme si les deux metteurs en scène n’avaient pas réussi à maîtriser cette pièce mineure de Ghelderode, mais cela fait aussi partie  du métier  de choisir un texte qui soit suffisamment porteur et des comédiens qui puissent s’en emparer… Sinon à quoi bon!

Philippe du Vignal

Prix Théâtre 13/ Jeunes metteurs en scène; le spectacle a été joué le 16 et le 17 juin.

ROSE EST UNE ROSE

ROSE EST UNE ROSE  Théâtre Dunois

Compagnie Sisyphe heureux d’après Le monde est rond de Gertrude Stein, chorégraphie, danse et création vidéo Haïm Adri
Haïm Adri en tunique blanche danse avec ses mains devant un écran où une petite fille, Rose en robe rose se déplace aux quatre coins de l’écran. Ce spectacle pour très jeunes enfants n’a pas captivé les miens entre six et dix ans, ils ont seulement été surpris de retrouver Rose avec sa robe rose à la sortie.
Edith Rappoport

Les Insomniaques

  Les Insomniaques de Juan Mayorga, mise en scène Anne Cosmao.

webjmayorga.jpgCette pièce de Juan Mayorga , dont avait pu voir cette saison, brillamment montée par Jorge Lavelli Le garçon du dernier rang,  a pour thème et prétexte, comme de nombreuses pièces et films, la nuit dans la ville contemporaine et  le changement des rapports humains qu’elle peut engendrer. Dans cet immeuble, il y a deux couples appelés par Mayorga les Petits et les Grands, sans aucune autre identité, qui se connaissent peu, voire presque pas, et deux hommes l’un appelé L’Homme au chapeau  et un autre nommé Le Docteur; l’Homme Petit a sans doute eu un jour l’intuition que son voisin du dessous était sans-papiers, et commence à exercer un chantage pour s’en faire une sorte d’ami mais cette amitié repose sur un malentendu, puisqu’elle est fondée sur une domination psychologique; quand le Petit rencontre le Grand pour la première fois, alors qu’il le croisait juste dans l’escalier, il commence par lui demander s’il connaît les termes de la loi 3754, et va commencer  par exiger qu’il boive un verre avec lui, alors que le Grand n’en éprouve visiblement aucune envie… Quant aux deux épouses, elles semblent attirées par deux hommes: pour  la Grande l’Homme au chapeau et pour l’autre, Le Docteur….
Le Grand a un travail, quelque chose comme veilleur de nuit/infirmier dans une sorte de résidence pour personnes très âgées et sa femme vient lui rendre visite, de même que la Petite va voir le Petit à son bureau. La Grande, qui est interprète/traductrice fait appel au Petit pour une réparation électrique et parle avec lui des choses banales de la vie; elle semble assez frustrée  et  quittera finalement son mari pour un homme qu’elle a à peine vu et qu’elle va retrouver sur un quai de gare. Ce sont quelques unes des  courtes scènes qui se succèdent et qui sont censées , à partir d’un thème sans cesse reconvoqué: celui des sans-papiers, nous parler de la société contemporaine, des choix que les hommes font, le plus souvent au détriment de leur propre liberté,des rapports souvent ambigus, parfois teintés de manipulation sournoise que les gens- entre curiosité parfois malsaine et vraie gentillesse- entretiennent avec leurs voisins les plus proches. Anne Cosmao  semble éperdue d’admiration devant cette pièce mineure de Mayorga dont la construction fait souvent penser à une impitoyable démonstration mécanique dont se réjouit sans doute l’auteur. Mais les dialogues,parfois brillants, tiennent plus  de l’exercice de style universitaire et  sont d’une sécheresse impitoyable; ils ne sont, sinon à quelques rares moments,  pas très savoureux pour le public, et déclenchent un ennui profond .
On nous rétorquera sans doute que c’est pour mieux  peindre l’anonymat des grandes villes, et les relations à l’intérieur des couples et  pour nous renvoyer à nos propres obsessions.  Mayorga, prétend Anne Cosmao,  revisite  la structure triangulaire chère aux vaudevilles »… On veut bien mais les « revisitations » sur ce mode démonstratif et sans efficacité théâtrale, grand merci , on a déjà donné!
La pièce de Juan Mayorga aurait peut-être pu être sauvée par une mise en scène et une direction d’acteurs efficaces, et une scénographie qui rende service à la pièce, ce qui est quand même en principe le but de l’opération. Malheureusement, on est loin du compte! Seul Thierry Barrèges ( l’Homme Petit) et Marine Segalen ( La Femme Grande semblent parfois crédibles, mieux vaut passer sous silence le jeu des autres acteurs sans doute englués dans une scénographie où il s’agit , dit Anne Cosmao,  » de gérer deux formes d’espace, le public et le privé » ; c’est pourquoi du sable blanc délimite au sol les deux appartements »;  » l’élément central de la scénographie ( de Nicolas Ganter) étant une fenêtre qui peut aussi signifier un écran de télévision ou la vitrine d’un café , un objet qu’on regarde et qui permet de voir »… Encore faudrait-il  que tous ces objets scéniques en carton beige , cet espèce d’écran en polystyrène assez tristounet et ces lignes de sable blanc fassent  sens et rendent service au texte, ce qui est loin d’être le cas. Quant aux costumes des hommes  » qui portent la même veste de travail, ouverte différemment, de façon à ( sic) traduire leur personnalité opposée tout en jouant sur une certaine gemmellité », mieux vaut là aussi oublier le charabia de ces pieuses  intentions!
Quel public Anne Cosmao espère-t-elle conquérir avec ce genre de réalisation, sinon les copains et la famille venus en force soutenir cette mise en scène improbable d’un texte  mineur?

 

Philippe du Vignal

 

Chaque pièce représentée pour le prix Théâtre 13/ Jeunes metteurs en scène 2009 est jouée deux fois; reste à voir Dernier remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, mise en scène de Julie Deliquet les 19 et 20 juin à 19h30; La Cruche cassée d’Henrich von Kleist les 23 et 34 juin à 20 h 30,  mise en scène de Thomas  Bouvet et Chaos debout de Véronique Olmi, mise en scène de Nelly Morgenstein les 26 et 27 juin à 19 h 30.

JOURNAL D’UNE AUTRE

JOURNAL D’UNE AUTRE 

D’après Notes sur Anna Akhmatova de Lydia Tchoukovskaïa, adaptation et mise en scène Isabelle Lafon et Valérie Blanchon.
« Non, je n’ai pas pleuré toutes mes larme. Elles se sont amassées en moi. Depuis longtemps, mes yeux n’en ont plus, n’en ont plus aucune, et je vois le monde » Anna Akhmatova dialogue avec Lydia Tchoukovskaïa, journaliste.

  Staline est mort, on réhabilite leurs maris qui ont été exécutés. Elles dialoguent dans la douleur, sans pathos et sans haine dans la nudité d’un appartement communautaire. Le spectacle se joue dans un salon du Théâtre Paris Villette, atour d’une simple table remplie de livres, c’est Johanna Korthals qui a repris le rôle de la journaliste créé par Valérie Blanchon. C’est tout simplement beau !

Edith Rappoport

Théâtre Paris-Villette

Les artistes de Wallonie Bruxelles font leur festival d’Avignon

Au Théâtre des Doms
Les artistes de Wallonie Bruxelles font leur festival d’Avignon
du 8 au 28 juillet 2009

chouxaffich72dpi.jpgPour promouvoir la création des artistes de la scène wallonne et bruxelloise francophones,  le Gouvernement de la Communauté Française de Belgique achète en 2001 le Théâtre de l’Escalier des Doms à Avignon. Sa direction est confiée à Philippe Grombeer qui ,dès 2002,  imprime à ce lieu de 120 places l’identité d’un espace de diffusion et d’action culturelle, pluridisciplinaire, en offrant un panorama de la création artistique actuelle de Wallonie Bruxelles. Le théâtre des Doms  fonctionne dans l’esprit de partenariat et de projets fédérateurs avec une programmation sur toute l’année et des temps forts parmi lesquels le Festival des Doms au Festival d’Avignon.
Sa devise « pas de produits formatés à l’usage consumériste, ni de postures d’isolement, élitaires et nihilistes ».
Pour ce Festival d’Avignon , dix  spectacles dont six dans la salle, un dans le jardin, une chorégraphie présentée au  Studio des Hivernales, un spectacle de cirque sur l’île Piot et du théâtre itinérant à « Villeneuve en scène ». Spectacles qui tous, souvent avec humour et sous des formes insolites, inventives, accessibles à tous les publics, pointent les problèmes et les inquiétudes de notre société.
Du théâtre dramatique avec Chatroom d’Enda Walsh, mise en scène par Sylvie de Braekeleer, création du Théâtre de Poche à Bruxelles (à 15 h 15), sur six adolescents dont le jeu du « chat » sur le net dérape, les entraînant dans une spirale de manipulations, alimentées par l’ennui et les frustrations, conduisant l’un d’eux à commettre un acte irréparable.
Le Rideau de Bruxelles présente à 20 heures sa création de Hamelin de Juan Mayorga dans une mise en scène exemplaire de Christophe Sermet, spectacle qui a fait l’événement en janvier à Bruxelles. À travers la référence au conte du joueur de flûte de Hamelin des frères Grimm, la pièce parle des rapports difficiles et parfois pervers entre les adultes et les enfants et met à jour la mauvaise conscience d’une société qui refoule ses réalités sordides : la misère morale, les arrangements pour la survie, le commerce sexuel des enfants etc.
Sans ailes et sans racines (à 13 h 30) écrit et interprété par Hamadi et Soufian El Boubsi (compagnie La charge du rhinocéros). Histoire d’une fracture entre le père, arrivé à sept ans avec ses parents à Bruxelles, totalement intégré, athée, rejetant le fanatisme et son fils né, élevé en Europe, qui en quête de ses origines se tourne vers l’islam militant dans un repli communautaire.
Spectacle jeune public avec Ficelles (à 17 h 30) théâtre d’objets mis en scène par Véronique Dumont avec Valérie Joyeux et Vincent Raoult (Foule théâtre).
La compagnie Le corridor propose Le diable abandonné (11 h) théâtre pictural conçu par Patrick Corillon, interprété par Dominique Roodthoof, spectacle inclassable entre théâtre, arts plastiques et poésie.
Dans le Salon du théâtre des Doms,  à 21 h 30 : Causerie sur le lemming mise en scène  d’Élisabeth Ancion ,qui, partant du lemming, étrange micromammifère de l’Arctique, nous entraîne dans un voyage énigmatique au-delà des mots, des apparences du monde connu.
Enfin, à 22 heures L’atelier 2010 propose L’héroïsme aux temps de la grippe aviaire, mis en scène par Alexandre Drouet. Spectacle drôle et amer, portrait d’un « super héros » du quotidien, fou de films de Kung-fu et de musique de John Williams, chômeur tentant de survivre à la misère sociale ordinaire.
Enfin trois spectacles « décentralisés ». Dans le cadre des collaborations du Théâtre des Doms. Manteau long en laine marine porté sur un pull à encolure détendue avec un pantalon peau de pêche et des chaussures pointues en nubuck rouge, pièce chorégraphique interprétée par Nadine Fuchs et Marco Delgado (10 h 30 au Studio des Hivernales), La légende merveilleuse de Godefroy de Bouillon, théâtre itinérant, mis en scène par Bernard Massuir  présenté à 19 h 30 à « Villeneuve en scène » et dans le cadre de « Midi-Pyrénées fait son cirque » Slip Inside spectacle de clowns acrobatiques présenté à 22 h 15 à l’île Piot.  Il y aussi une série de rencontres, débats, « Apper’auteurs »,  animés par Émile Lansman dans le jardin du Théâtre des Doms pour les professionnels du théâtre et le public durant tout le festival.

Irène Sadowska Guillon

« Nom de Doms » au Théâtre des Doms
du 8 au 28 juillet 2009
1 bis rue des escaliers Sainte-Anne
04 90 14 07 97
www.lesdoms.eu

La coupe et les lèvres

    Prix Théâtre 13/ jeunes metteurs en scène

La coupe et les lèvres d’Alfred de Musset, mise en scène de Maxime Kerzanet.

prixm.gifLa pièce est la première de ce curieux théâtre d’Alfred de Musset qui continue d’enflammer les écoles de théâtre mais disons-le tout de suite, celle ci n’ a rien de fabuleux; il s’agit de l’histoire d’un jeune homme, quelque peu déboussolé au sortir de l’adolescence.  Le malheureux Frank pourrait être un adolescent d’aujourd’hui, en proie à un profond mal-être que l’on enverrait sûrement consulter vite fait un psychiatre. Le texte de Musset , dit Maxime Kerzanet, « nous interroge sur notre rapport au monde et sur notre identité, sur ce que nous pouvons faire de notre vie, et la pièce est fondée sur l’envie de  confronter nos projets  à la réalité ».

  Et c’est bien ce dont il s’agit, toute la pièce un peu laborieuse porte  sur la désillusion et le désenchantement qui suivent la quête passionnée du jeune Frank, surtout dans les rapports nécessairement compliqués qu’il entretient avec les femmes. Maxime Kerzanet a rajouté un personnage l’adolescent  dont  le rôle est extrait d’autres textes de Musset dont une préface de la pièce Dédicace à M. Alfred Tattet, mais cela ne réussit pas à sauver ce qui n’est guère qu’un brouillon de ses  pièces ultérieures , même si l’on y retrouve les thèmes habituels du fameux auteur romantique.Rien à voir avec la qualité d‘On ne badine pas avec l’amour ou bien sûr de Lorenzaccio.., pour ne citer que les plus  connues.Et comme Maxime Kerzanet éclaire le début de la pièce avec des lampes de poche et la suite avec un éclairage minimal, on devine qu’un ennui de première qualité ne tarde pas à s’installer…

  image8.jpgEt malheureusement, ce n’est ni la mise en scène ni la direction d’acteurs assez flottantes ni la scénographie  non signée qui peuvent arranger les choses: c’est sans doute vue, par Maxime Kerzanet, la chambre d’un jeune homme d’aujourd’hui: soit un joyeux foutoir avec un matelas par terre, et un tas d’objets divers un peu partout: et il faut être bien naïf pour penser comme lui  » que la scénographie consistera à symboliser l’univers quotidien d’un adolescent actuel  » ????? et  » que chaque élément de la chambre pourra se transformer en en un accessoire nécessaire au déroulement de l’histoire de Frank ».  Désolé, une vraie scénographie est d’abord fondée sur une dramaturgie solide .Entre la coupe et les lèvres, il reste encore de la place pour un malheur dit le proverbe que cite Maxime Kerzanet.Cette mise  en scène n’a rien d’un vrai malheur  mais n’aurait jamais dû  arriver là. Daniel Mesguisch, nouveau directeur du Conservatoire national, dont sort  ce jeune homme , peut multiplier les cours de dramaturgie ; cela contribuera peut-être à faire réfléchir les élèves avant de se lancer dans la mise en scène et à écrire des notes d’intention un peu moins prétentieuses… Une petite consolation: une diction tout à fait correcte du texte, ce qui est quand même la moindre des choses-mais qui n’est pas toujours le cas- et la belle présence d’Aurore Paris, jeune et intelligente comédienne.

Philippe du Vignal 

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