Play Strindberg

 

Play Strindberg, de Friedrich Dürrenmatt

 

playstr.jpgUne phénoménale scène de ménage : Dürrenmatt a fait subir à la Danse de mort, de Strindberg, un traitement comparable à celui que Picasso a infligé, pour notre grand bonheur, aux Ménines de Vélasquez, calque, découpage au scalpel, accentuation des traits, et petits bouts de bois dans les oneilles. Car le Père et la Mère Ubu viennent hanter l’île nordique inhospitalière – autant qu’eux-mêmes – où le rigide capitaine et son ex-star d’épouse tirent leur chaîne depuis vingt-cinq ans. Leurs bien nommées « noces d’argent » : d’argent, il n’y en a plus, sinon caché, escroqué, brandi comme arme de chantage, trempé d’amertume. Un tiers vient ranimer la flamme de l’éternel conflit conjugal : le cousin de Madame, dans les douze rounds du combat, sera tantôt spectateur, tantôt arbitre, esclave, amoureux, garde-malade, et lui aussi escroc, un cran au-dessus des autres, puisqu’il a parcouru le vaste monde, lui.
La mise en scène d’Alain Alexis Barsacq est simple, vive, efficace et pleine d’humour, les comédiens sont carrément grandioses. Philippe Hottier, en bon militaire, éructe, grommelle, hurle, jure, parade, plastronne, barrit et barytonne au delà de l’imaginable, entre deux évanouissements et trois fausses morts ; Agathe Alexis répond au quart de tour, extra fine mouche, une merveille d’énergie et de précision, de culot à aller jusqu’où il faut dans le « trop loin » : il faut l’entendre passer d’un exaspérante douceur à la lourde trivialité d’une haine bien recuite, elle est parfaite. Dominique Boissel, dans un registre d’abord plus feutré – fonction d’ « invité » oblige – dévoile peu à peu une force impressionnante, froide et sèche.
Comme si Dürrenmatt, avec cet inépuisable tourbillon de vacheries bien ajustées, avait été chercher le clown qui sommeille dans le très grave Strindberg : allez, Auguste, fais-les rire ! Et ça, pour rire, on rit.

 

Christine Friedel

 

Théâtre de l’Atalante, jusqu’au 20 juin.


Archive pour juin, 2009

Vivant

Vivant d’Annie Zadek, mise en scène de Pierre Meunier.

 » Ni théâtre ni roman ni poésie, mais tout cela à la fois plus le reste. plus tout le reste. Ma conviction est qu’écrire contemporain, ce n’est pas faire table rase du passé ( processus d’exclusion) mais bien plutôt se situer comme héritière de l’histoire de la littérature, de l’histoire de l’art, de l’Histoire tout court dans un processus d’accumulation, ou rien n’est exclusif de rien, où l’on est à la fois vieux et jeune, homme et femme et vivant et mort, tout est rien tout est son contraire » écrit  Annie Zadek.
vivant.jpgEn effet Vivant, paradoxalement ne parle que de la mort ou plutôt de la peur de la mort, à la fois comme souhaitée et redoutée, mais aussi de la vie et des erreurs qu’on a commises mais qu’il faut bien assumer tant bien que mal.  « D’ailleurs c’est MOI qui meurs » dit l’homme, joué par Hervé Pierre, mais Vivant a aussi un écho profond, immédiat dans le bébé prêt à sortir du ventre de Julie Sicard que l’on devine d’abord enceinte dans l’ombre à l’avant-scène, puis que l’on verra attentive envers cet homme qu’elle déshabille puis lave. La dernière image et très belle image, ce sera Julie Sicard, en fond de scène , presque nue, en slip et soutien-gorge noir, debout dans l’ombre, en train de mettre un robe rouge. Message reçu: après cette interrogation sur la mort, la vie dans sa force, la vie encore fragile d’un futur bébé déjà presque là.
Ce monologue d’une heure a été inspiré par la fin, quelque peu suicidaire, à la fois triste et magnifique, de Léon Tolstoi, qui, un jour à 82 ans,  quitta tout ce qu’il aimait:  sa femme Sophie, ses sept enfants qu’il leur  restait sur les treize qu’ils avaient eu, et sa maison d’Isnaïa Poliana,  brutalement et  sans retour; il prit un train pour un ailleurs qu’il ne connaissait même pas, mais, en triste état, fut obligé de descendre dans une petite gare du village d’Astapovo où il mourut, seul ou à peu près, d’une pneumonie, après avoir refusé de voir sa femme. Enfin délivré de ses doutes et de ses obsessions, de ses peurs et des regrets qui le rongeaient.
L’homme- que joue Hervé Pierre-est là , à quelques mètres de nous et, dans une sorte de rêverie poétique sur la mort,  nous parle de sa vie qu’il considère comme ratée au moment où il voit lucidement qu’elle sans s’enfuit sans espoir de retour.Et, malgré son désir de rester vivant, il n’en peut plus de cette existence qu’il trouve absurde, sans intérêt; comme Tolstoï qui considérait avec mépris la plupart de son œuvre gigantesque , et se voulait plus terrien qu’intellectuel, tout en ayant passé cinq années à écrire Anna Karénine ; comme nous tous, il n’en est pas à une contradiction près. Déchiré mais encore vivant, à l’approche de la mort, de  sa mort qu’il veut vivre lucidement.
Pierre Meunier, à la fois brillant créateur de ses propres monologues, poète théâtral et réalisateur de films, vieux complice d’Hervé Pierre, qui avait mis en scène récemment mis en scène Eloge du poil de Jeanne Mordoj  (voir Le Théâtre du blog) a entrepris de donner chair à ce texte d’Annie Zadek pour arriver, comme elle dit, à  créer cette matérialité de la scène dont on la sent très admirative. Pierre Meunier a  bien réussi son coup en dirigeant Hervé Pierre, que vous pouvez aussi voir dans La Grande Magie d’Eduardo de Filippo à la salle Richelieu et qui a obtenu avec raison le Prix de la Critique; il se révèle une fois de plus, être un excellent comédien.
Dès les premières minutes, il sait se rendre crédible et juste; il est là, physiquement, à moitié affaissé sur ce petit plateau de bois incliné,pitoyable et digne en même temps, en donnant exactement le rythme ,l’énergie et la sensibilité qui convient à ce texte d’une heure, et Julie Sicard, apporte en contre-point, silencieuse et attentive, sa belle présence.

Reste la scénographie un peu compliquée, faite de toiles peintes sur châssis qui tombent petit à petit, et finalement peu convaincante, parce que trop prégnante: elle surligne le propos et ne se révèle pas indispensable. Mais il y a tout un travail sur le son d’Alain Mahé, tout à fait remarquable; c’est seulement dommage que le bruit du métro, sourd et pénible, pollue des moments qui devraient être silencieux, après le merveilleux vacarme des ferrailles des trains qui passent. Ce Studio-Théâtre, creusé dans les sous-sols du Musée du Louvre, est une salle décidément froide, sans âme et sans grand intérêt, qu’Hervé Pierre et Julie Sicard arrivent quand même à faire vivre.
Alors à voir, oui, si vous voulez découvrir un texte hors-normes, un peu inégal sur la fin, mais remarquablement interprété.

Philippe du Vignal

Théâtre-Studio de la Comédie-Française jusqu’au 28 juin à 18 h 30.

Enregistrer

Enregistrer

Festival du Teyat Zabim

 Festival du Teyat Zabim, ( Guadeloupe)
Après quatre ans de silence, et plusieurs mois d’agitation  sociale en Guadeloupe, les organisateurs du Festival de théâtre des Abymes, une commune à côté de Pointe-à-Pitre, ont pu  nous offrir  un excellent programme  qui a attiré les foules et donné lieu à des manifestations  populaires (musique, danse,)  sur le parvis du Centre Sonis, seul lieu de représenatation cette année,  vu les limites budgétaires.congres.jpg Il y eu la magnifique lecture  de Congre et Homard, une pièce de la martiniquaise Gaëlle Octavia. Lu par Joël Jernidier et Dominik Bernard , ce dialogue serré et  intense nous mène d’une situation apparemment cocasse vers une confrontation inquiétante. Un moins jeune (le mari), donne rendez-vous à un plus jeune, dans un café. Un jeu de chat et de souris verbal (ou plutôt de « congre » et de « homard »).

Alors que le mari  se montre très au courant de la trahison de sa femme avec ce jeune intrus, le désarroi de celui-ci  ne fait qu’agrémenter le plaisir sadique de  ce mari qui joue sur toutes les possibilités de la langue avant d’épingler son adversaire. Le dénouement choc nous laisse dans l’ambiguïté la plus totale.  Toutes les nuances,  dans cette orchestration de voix et de visages ont confirmé la force du texte et le travail absolument remarquable du duo Jernidier-Bernard. La pièce fera l’objet d’une mise en scène par la troupe Grace Art Theatre et sera présentée prochainement en Guadeloupe.

  La création de la pièce Conte à mourir debout, œuvre de Frantz Succab fut plus problématique. Ce texte, accompagné vers une production par ETC. Caraïbe, l’Artchipel, et jouée par la Compagnie Savann (Guadeloupe) était mise en scène par Antoine Léonard Maestrati. Journaliste, poète et rédacteur d’une tabloid   « Mot fwasé »  une sorte de  Charlie Hebdo guadeloupéen ,transporte son mordant sur la scène théâtrale .Roberval (Aliou Cissé), grand tambouyé, vient d’apprendre que ses jours sont comptés. Il attend la mort avec une certaine angoisse mais surtout avec beaucoup de colère et surtout comment le dire à sa bien aimée Bertilia.  Il refuse de devenir une de ces légendes glorifiées hypocritement par le peuple,  exploitée par les médias. Un chroniqueur de la télévision intervient (Harry Balthus) pour nous reconstituer la vie « officielle » du grand homme. Roberval et ses proches qui refusent cette farce médiatisée , interviennent constamment pour « corriger » la version publique par des aperçus sur une vie privée savoureuse, moins glorifiée mais plus humaine. Les différents récits de cette vie mise en abyme  constituent une suite de moments où l’auteur insiste sur la nature ‘jouée’ non seulement des personnages mais de toute la réalité guadeloupéenne. Par la même occasion,  l’auteur semble remettre aussi en question les icônes de la culture guadeloupéenne.

  Le vieux tambouyé est un de ces vieux cadavres qu’il faut démythifier pour ne pas rester figé dans le passé et pour  faire progresser la créativité au pays. Vision optimiste, ludique, voire subversive qui pose des problèmes évidents au metteur en scène. Maestrati semble avoir eu du mal à cerner toutes les complexités de l’œuvre. Il a créé des très beaux moments, comme cet écran  qui transforme les personnages en ombres lorsqu’ils semblent passer de l’autre côté de la vie. Mais la direction d’acteurs est moins heureuse, malgré une distribution excellente dont Aliou Cissé (Roberval). Gladys Arnaud (Bertilia, la femme) et Joël Jernidier qui apporte une bouffée d’air frais  dans un monde un peu étouffant. alvina.jpgHarry Balthus, très bon comédien, joue le  narrateur/chroniqueur à la télévision. Son style de robot , amusant au départ mais  devient lassant.Mais Aliou Cissé a vu son personnage et sa belle voix restreints à une lecture inégale; cloué à son fauteuil, presque immobile, il a beaucoup de mal à  être crédible.  Gladys Arnaud, sa femme ,a souffert des mêmes décisions de mise en scène.

  Et, à  part quelques moments piquants, il y a une absence générale d’énergie ludique:les acteurs  semblent figés dans une temporalité suspendue entre la vie et la mort … Et la médiocrité  la salle du Centre Sonis n’a pas facilité les choses. Mais la pièce doit aussi  être jouée à l’Artchipel et en Martinique. 

  Compte tenu  de la situation actuelle en Guadeloupe, le fait même de pouvoir organiser cet événement hors-série  était un véritable exploit. Avec des moyens limités , la volonté de  l’équipe organisatrice n’a cependant jamais fait défaut .D’autres événements sont prévus cet automne aux Abymes. que l’on attend avec impatience.La pièce doit être jouée prochainement à l’Artchipel et en Martinique…

 

Alvina Ruprecht   

LES BONS, LES BRUTES ET LES TRUANDS

LES BONS, LES BRUTES ET LES TRUANDS  , texte et mise en scène de Christine Pellicane
Ce « western électrique en culottes courtes joué par 24 pieds tendres de Belleville » force l’admiration malgré les inévitables imperfections techniques. Christine Pellicane issue du rock alternatif a fondé Tamérantong en 1992 pour monter des spectacles  dans des conditions professionnelles avec des enfants des milieux défavorisés de Belleville. Depuis elle a monté plusieurs troupes de front, l’une à Mantes la Jolie, deux à Belleville, une autre à la Plaine Saint -Denis ( en lien avec la compagnie Jolie Môme à la Belle Étoile).

  Ce western spaghetti est joué sur des rythmes effrénés conçu par Ludwig von 88, groupe de rock cousin de la compagnie,  avec des décors et des costumes bricolés à partir d’objets récupérés. On ne peut que s’incliner devant cette énergie débordante, cette joie du plateau communiquée à une salle bourrée de parents et d’amis qui ont tous payé un prix symbolique. Comme  la compagnie Image aigüe de Christiane Vericel à Lyon  qui travaille, elle aussi, avec des enfants,avec une grande perfection plastique, Tamérantong , dans un tout autre style,  avec toute la générosité des amateurs engagés , ce qui  nous venge des froides soirées institutionnelles.

 

Edith Rappoport

Théâtre de l’Epée de Bois (  Cartoucherie de Vincenes)

FANTAISIES POUR ALICE

FANTAISIES POUR ALICE

Écriture et mise en scène de Richard Demarcy

Dans ce pauvre et chaleureux grand parquet, Richard Demarcy, grand amoureux de l’Afrique où il voyage souvent, développe une résidence depuis plusieurs années. Jusqu’à la fin du mois de juin, il a repris deux spectacles qui ont beaucoup tourné avec un beau succès populaire, Oye luna et ces Fantaisies pour Alice, interprétés par une troupe généreuse et multicolore. Six comédiens  de Taiwan, d’Angola, du Sénégal, du Portugal et de France  nous emmènent au pays de Lewis Caroll, une Alice noire y croise un lapin portuguais toujours en retard, un loir qui ne cesse de s’endormir, tous les animaux qui viennent la surprendre, l’inquiéter mais aussi  la réconforter quand elle cherche à échapper à l’ire de la méchante reine (noire elle aussi). Ce rêve éveillé ,qui peine  un peu à s’imposer dans les premières minutes, trouve rapidement son rythme et réjouit les spectateurs d’origine très diverse qui remplissent la salle. Quel contraste avec leur riche et vide voisin du  » 104  « qui a tout gardé des Pompes funèbres , son ancienne destination…

Edith Rappoport

 

Le Grand Parquet,  jusqu’au 23 juin.

Grand Prix de littérature dramatique

Grand Prix de littérature dramatique au Théâtre de la ville-Les Abbesses.

gpld091.jpg

Ce Grand Prix, comme l’a rappelé, dans une brillante présentation, Michel Corbin, le président d’Aneth*, qui a été créé par le Ministère de la Culture en 2005, a pour objet d’honorer un texte « théâtral « indépendamment de sa réalisation scénique déjà faite ou à venir; le jury, présidé cette année par Daniel Besnehard pour bien marquer cet attachement à l’écrit comme base dramaturgique, est uniquement composé d’écrivains qui ne travaillent pas que pour le théâtre, ce qui est de toute façon assez rare, avec entre autres:  Arnaud Cathrine, Remi de Vos, Koffi Kwahulé, Jean-Pierre Siméon pour ne citer que les plus connus, C’est l’occasion aussi, comme il l’a souligné , de donner un coup de projecteur sur les éditions qui ont publié les pièces des cinq finalistes  pour 2009 : L’Arche éditions et Actes-Sud Papiers  évidemment ,mais aussi Editions Espaces 34 et Les Solitaires Intempestifs. Jean-François Perrier, comédien, a présenté au public chaque auteur en essayant,  avec persévérance et  savoir-faire, de  faire  parler de leur travail d’écriture Carole Fréchette, auteure québécoise bien connue ,pour La Petite Pièce en haut de l’escalier, récemment  mise en scène au Rond-Point ( voir l’article dans le théâtre du blog), Samuel Gallet pour Encore un jour sans, Couteau de nuit de Nadia Xerri-L , jouée sur cette même scène des Abbesses (voir aussi Le Théâtre du blog); Les Arrangements de Pauline Sales et enfin La Conférence de Christophe Pellet, le lauréat qui, sans doute profondément troublé par ce Prix qui allait lui être attribué, avait du mal à trouver ses mots. Mais c’était aussi lui, le plus juste  et le plus émouvant .

  Les quatre autres écrivains, beaucoup plus aguerris à ce type d’exercice, ne dirent cependant  pas des choses bien passionnantes… même quand ils essayaient d’être convaincants. Puis des comédiens ( Christophe Brault, Anne Benoit, Marie-Armelle Deguy, Jérôme Kircher et Frédéric Marignani)  lurent quelques extraits de chaque pièce. Il y en  avait 81 en compétition et le jury ne s’est sans doute pas trompé en couronnant La Conférence de Christophe Pellet dont l’écriture exigeante, était incomparablement la meilleure et la plus originale.
C’est bien que cela soit annuellement rappelé: l’écriture théâtrale contemporaine a besoin de respirations nouvelles et des textes quelque peu audacieux dans leur forme, surtout quand ils ne font pas seulement appel au dialogue à deux ou trois personnages,  ont aussi droit de cité. Mais il ne faut pas se faire trop d’illusions: tant que les auteurs dramatiques ne seront pas correctement rémunérés, ce qui est loin d’être le cas à l’heure actuelle, le cinéma comme les chaînes de télévision kidnapperont les meilleurs dialoguistes et scénaristes…Il ne faudrait pas en tout cas que l’écriture  théâtrale ne devienne la cellule d’apprentissage des médias les plus en vogue.


* ANETH organise ce prix en partenariat avec le Théâtre de la Ville et France-Culture, en association avec le Centre national du Livre , la DMDTS, les Ecrivains associés du Théâtre (EAT), la SACD et le 5 ème salon du théâtre et de l’édition théâtrale.

Philippe du Vignal

La maladie de la famille M.

  La maladie de la famille M. de Fausto Paravidino, mise en scène de Radu Afrim.

image2.jpg  D’abord , une petite piqûre de rappel; Fausto Paravidino est , à 33 ans, l’auteur dramatique vedette en Italie  et il est maintenant  bien connu chez nous, puisque nous avons pu voir, entre autres,  Deux frères montée par Jean-Romain Vesperini, Peanuts par Christian Benedetti,  Nature morte dans un fossé par  Patrice Bigel puis par le collectif DRAO, et le très beau Gênes 01 mis en scène par Victor Gauthier Martin, qui témoigne des violences policières sans précédent dans l’Italie contemporaine lors du sommet du G8 en 2001.; quant à  La  maladie de la famille M. , c’est la première pièce  de Fausto Paravidino qui a commencé par être acteur mais est aussi maintenant , scénariste metteur en scène et traducteur de l’anglais pour Shakespeare et Pinter, dont il est une sorte de  petit cousin.
   La pièce  vient d’être montée par Radu Afrim au Théâtre national de Timisoara   par Radu Afrim qui a le même âge que Paravidino;  jeune metteur en scène  roumain, il fut remarqué , quand il monta une adaptation des Trois soeurs de Tchekov et on le considère en Roumanie comme l’un des plus doués de sa génération.
  La pièce  a pour thème la vie au quotidien d’une famille ordinaire frappée d’une maladie bizarre; le père parait assez mal en point ; quant aux trois enfants, Martha l’aînée qui joue un peu le rôle de mère de famille depuis que la leur a disparu il y a quelques années,et dont ils n’ont pas fait le deuil Maria la cadette qui semble s’être réfugiée dans une vie sexuelle assez intense et Gianni , un garçon d’une vingtaine d’années. Il y a aussi Fulvio et Fabrizio, vieux copains qui se partagent les faveurs de la jolie Maria, et qui sont en conflit ouvert, tout en restant très proches. Gianni, mourra, dans des circonstances mal élucidées, suivi très vite par son père que l’on avait dû faire hospitaliser. C’est du moins ce que dit Gianni, à la toute fin de la pièce, dans la seule vraie belle scène, quand il raconte son décès et celui de son père.
   Quand on entre dans la salle, les acteurs sont déjà en place dans une sorte de sous-bois , au sol couvert d’écorces rouges de pin, et où sont plantés quelques dizaines de branches sans feuilles de bouleau et de chêne; côté jardin, il y a une grande table, une  étagère à bibelots, et un petit réchaud à gaz; et , côté cour, un lit en métal cuivré où le père, Luigi, dans un grand manteau de laine tricotée, plus ou moins incontinent,  passera le plus clair de son temps; en attendant, il tire un gros ours en peluche à roulettes. Il y a aussi dans le fond, une baignoire ancienne, et , pas très loin  ,un gros téléviseur posé à même le sol.

  Et puis la pièce commence avec de très courts dialogues entre les deux soeurs, ou entre Martha et le père. Il y aussi Fulvio et Fabrizzio qui débarquent à tour de rôle; le téléphone sonne ; c’est Fabrizio qui appelle d’une cabine en fond de scène et le père répond au moyen de bulles écrites. Scène de bagarre entre Fabrizzio et Fulvio; scènes de repas de polenta avec tout le monde. Conversations toujours banales, en général assez souvent sur fond de relations sexuelles qui obsèdent Maria comme les deux garçons. On parle, on parle , on mange parfois , on boit du café et et l’on vomit aussi mais les personnages sont assez mal définis, si bien qu’il faut attendre près d’une  heure pour savoir exactement qui est qui, qui fait quoi; c’est d’autant moins facile qu’il faut regarder la scène mais avoir aussi l’oeil sur l’écran de surtitrage. 

  Paravidino , quand il écrivit cette première pièce n’avait pas la maîtrise que l’on perçoit dans  les remarquables dialogues de  Nature morte dans un fossé,ou dans les récits de Gênes 01 , même si l’on y trouve déjà les thèmes de ses pièces ultérieures: la vacuité et l’absurde de toute existence, la fascination pour le sexe, le manque d’énergie, l’ennui, l’incapacité à créer quoi que ce soit d’un peu intelligent ou de sensible.  Ce qu’il réussit si bien à faire dans Deux frères, ou de Nature morte dans un fossé, semble ici encore à l’état de brouillon prometteur.
  La scénographie de Velica Panduru est d’une belle intensité  visuelle mais Afrim n’a sans doute pas eu l’idée du siècle quand il lui a demandé d’imaginer un sous-bois pour ce type de pièce; on veut bien que cette « chronique sociale prenne ainsi un relief poétique inattendu, portant à une nouvelle puissance la  fantaisie et l’humanité du texte », comme le déclare un peu triomphalement Daniel Loyaza dans le programme. Mais, à l’évidence, on attend encore de pouvoir savourer ce relief poétique inscrit au menu ; et ce sous-bois sophistiqué ressemble davantage à une installation plastique aux parfums surréalistes- avec  cette baignoire ancienne blanche, enrobée de fumigènes où les personnages vont faire trempette de temps à autre. Déjà peu probants, ils ont évidemment du mal à se situer et, donc,  à nous convaincre: dès lors, tout s’éparpille et n’offre qu’un intérêt des plus limités . Il y faudrait  un  texte plu solide que cette suite de petits dialogues qui ne font pas vraiment sens.

  Quant à Radu Afrim , il a reçu de nombreux prix  suisses et roumains..Mais, même s’il sait faire les choses et diriger des comédiens,  sa mise en scène ne déborde pas d’imagination… Et,  comme la chose dure deux heures dix sans entracte, le temps n’en finit pas de finir. Le jeune metteur en scène a, au moins, réussi à bien choisir ses comédiens : Claudia Ieremia et Malina Manovici sont tout fait crédibles, comme le sont  Victor Manovici, Colin Buzoianu et Eugen Jebeleanu; mais Ion Rizea, qui joue  Luigi le père, surjoue  sans arrêt et c’est dommage.
  Alors, à voir ? Il faut bien admettre que l’on ressort de là assez déçu, que l’on ait ,comme nous, vu les autres pièces de Paravidino ou pas. C’est à vous de juger: si vous êtes roumain, vous aurez au moins le plaisir de retrouver la  langue de votre beau pays ; si vous êtes italien et fana de théâtre contemporain, vous pourrez découvrir la première  pièce de Paravidino; sinon, il faut être poussé par une sacrée curiosité. Mieux  vaut  peut-être attendre une reprise de Gênes 01 ou de Nature morte dans un fossé pour découvrir l’univers de Paravidino…

Philippe du Vignal
Théâtre de l’Odéon-Théâtre de l’Europe Ateliers Berthier , jusqu’au 21 juin.

 

*******************************************************************************************************************

LA MALADIE DE LA FAMILLE Ateliers Berthier Odéon par Edith Rappoport

de Fausto Paravidino, mise en scène Radu Afrim
C’est une famille qui pourrait être ordinaire, mais Radu Afrim, jeune et talentueux metteur en scène roumain, situe l’action dans une  vaste forêt de bouleaux jonchée de copeaux et de feuilles rouges. Maria la cadette s’envoie en l’air avec de multiples amants, elle ne sait lequel garder. Marta, l’aînée est gardienne du foyer, depuis la mort de leur mère, elle materne leur père, étrange et difforme, autoritaire et tendre à la fois, ainsi que leur jeune frère Gianni.  Les deux amants qui se disputent les faveurs de Maria sont bien accueillis à la table familiale. L’étonnant décor et les costumes de Velica Panduru, l’impeccable interprétation des six comédiens  roumains (la formation des acteurs n’est tombée avec Ceausescu) donnent à cet étrange spectacle, au delà du quotidien sordide évoqué par la pièce, une vraie dimension poétique.

 

Festival Teatro a Corte

Festival Teatro a Corte à Turin et dans la région du Piémont
du 10 au 26 juillet 2009arton1617350x259.jpg

     Si vous n’avez pas en juillet en Avignon allez en Italie découvrir un festival unique qui a pour vocation de provoquer et stimuler la création théâtrale contemporaine européenne en l’inscrivant dans les plus beaux sites du patrimoine architectural de Turin et du Piémont. Un festival qui crée des relations inédites, insolites, entre la modernité et les lieux de l’histoire et de la mémoire, investissant ces espaces avec des formes, des genres, des langages artistiques différents et innovants : théâtre, danse, cirque contemporain. Théâtre équestre, théâtre gestuel, visuel, théâtre de rue, installation, danse verticale, performance in situ, des projets pensés et créés pour des lieux et des espaces uniques, porteurs : palais, cours, résidences royales du Piémont : châteaux d’Aglié, de Rivoli, de Santena et de Moncalieri, le bourg de Pallenzo, la Reggia de Venaria, Druento et plusieurs lieux prestigieux de Turin.
Créé en 2001 à Turin et dirigé par Beppe Navello, le festival a affiché d’emblée son ambition d’être un rendez-vous résolument européen ouvert à la diversité d’expressions artistiques. Depuis trois ans, sous sa nouvelle forme de Teatro a Corte, il s’est affirmé dans le panorama européen comme le « signaleur » et le « susciteur » des nouveautés.
Sa programmation 2009, particulièrement riche, accueillant 31 compagnies de huit nationalités différentes, propose des spectacles dont presque tous sont des premières nationales et huit créations pour le festival.
À l’affiche 2009 les créations chorégraphiques de Maguy Marin et de Mélanie Munt, de la compagnie anglaise Tmesis, de la compagnie belge Furiosas, de Daniel Larrieu, de la chorégraphe russe Tatiana Baganova, la création de danse acrobatique présentée sur la façade de la Cour d’Honneur de Reggia par la compagnie française 9.81.
Des spectacles événements comme La bonne voie /le banquet de la compagnie française Ilotopi, réinventé pour la résidence royale de Pollenzo, mettant en scène le rapport de l’homme à la nourriture ; le théâtre équestre Flux du théâtre du Centaure, l’installation interactive de Judith Nab à la Cavallerizza Reale ou encore le spectacle de feu, vidéo art, danse et musique de la compagnie allemande Pan.Optikum.
Enraciné dans le Piémont le festival affirme sa dimension nationale en s’associant avec d’importants théâtres d’autres régions d’Italie pour proposer une vitrine des nouvelles sensibilités. Sept spectacles sélectionnés et produits par des théâtres partenaires : Teatro Nuovo de Naples, Teatro Pubblico Campano, Teatro Stabile delle Marche, Teatro Filodrammatici de Milan, Teatro Stabile de Sardaigne et la Fondation Teatro Piemonte Europa.
De nombreux rendez-vous de réflexion : tables rondes, rencontres réunissant des partenaires européens du festival Teatro a Corte, complètent la programmation 2009.

 

Irène Sadowska Guillon

Teatro a Corte
www.teatroacorte.it

Nuit Blanche chez Francis

Nuit Blanche chez Francis,  textes, chansons, vérités profondes et autres plaisanterie, spectacle conçu, réalisé et présenté par La Belle Equipe: Jean-Baptiste Artigas- Guillaume Destrem- Alain Dumas- Didier Le Gouic.image11.jpg

 Francis Blanche a, pour beaucoup d’entre nous, disparu des écrans radar depuis bien longtemps… Il était né en 1921 et a commencé vers 17 ans au cabaret; il a joué au théâtre avec les fameux Branquignols de Robert Dhéry , écrivit aussi et interpréta plusieurs pièces dont Adieu Berthe, joua dans une centaine de films dont un bon nombre de nanars comme il le reconnaissait lui-même, mais a tout de même joué dans Belle de nuit  de Luis Bunuel,  dans plusieurs films de Jean-Pierre Mocky, et dans Les Tontons de Georges Lautner . C’était lui encore le dialoguiste du film La grande bouffe  de Marco Ferreri.Il aussi fait de tout, quelques 673 chansons dont la fameuse Débit de lait, débit de l’eau de Charles Trenet , de nombreux poèmes réunis notamment dans le recueil Mon Oursin et moi, Il était sans aucun ans doute curieux de tout, je l’avais même rencontré en 1967,  à Mysteries and smaller pieces, le fameux spectacle qui fit connaître le  Living Theatre en France.

  C’était aussi le précurseur des canulars téléphoniques comme cette réclamation  à propos d’un ouvre-boîte dont il n’arrivait pas à se servir pour ouvrir une boîte de petits pois. Il  s’était  aussi rendu célèbre avec son complice et ami Pierre Dac, en créant les  fameux feuilletons radiophoniques comme Malheurs aux barbus ou Signé Furax ( 1043 épisodes!)  ; au lycée, ceux qui avaient le privilège de pouvoir rentrer chez eux déjeuner, racontaient aux copains l’épisode quotidien…

  Francis Blanche  était une sorte d’ovni dans le monde artistique, qui ne manquait pas d’impertinence et d’irrespect par rapport aux valeurs établies, politique comme religieuses, et l’on reste encore admiratif trente cinq ans après sa disparition, des jeux verbaux, mots à tiroirs, devinette stupides, calembours, tous porteurs d’une véritable poésie, comme ses chansons réécrites sur des musiques célèbres, que ce soit sa  formidable Truite de Schubert d’après son Quintette en la majeur , ou d’autres comme La Pince à linge d’après La Symphonie n°5 de Beethoven. 

  On connaît beaucoup de choses de Francis Blanche mais c’est un vrai régal de les redécouvrir aussi  subtilement interprétées. Donc, La Belle Equipe s’est emparée de ces chansons, petites fables « idiotes »,  imitées des grandes, devinettes stupides , faux interviews ou poèmes, aphorismes et autres pensées, avec beaucoup de savoir-faire  et d’intelligence scénique. Disons,les choses sans hésitation, c’est un spectacle tout à fait remarquable : à la fois bien équilibré ,avec une dramaturgie exemplaire où rien n’est laissé au hasard; entre le cabaret et le théâtre; à quatre ,ils  savent à peu près tout faire; ils chantent aussi bien qu’ils  jouent, sans jamais en faire de trop, en s’ accompagnant au piano ou à la guitare…

  Il n’y a pas grand chose sur la scène que des rideaux noirs et cinq chaises tubulaires d’école maternelle. Et ils ont tous les quatre un réel talent de conteur: diction et gestuelle très précise, unité dans le jeu, facilité pour passer du chant choral au jeu. C’est à la fois tout à fait simple et d’une grande rigueur; le seul petit bémol est l’évidente médiocrité des costumes qui ne sont pas signés et qui devraient être revus et corrigés d’urgence.
Et tous les sketches qu’ils soient joués en solo ou en groupe sont de petit bijoux: comme celui du cinéaste italien très branché qui déclare :  » Le cinéma pour moi est visuel  » et précise avec beaucoup de prétention qu’il a innové ces dernières années en supprimant la voix et le son, c’est à dire en inventant  un cinéma  qu’il qualifie de muet On retrouve ce qu’il y a de meilleur dans l’univers déjanté de Francis Blanche: à la fois cette espèce de délire et de jubilation  devant la bêtise et la prétention humaines, souvent teintée d’une certaine mélancolie  en filigrane qui fait tout le charme de ces textes où chaque mot est pesé, chaque phrase est à sa juste place.

  Et vraiment, cela fait du bien, de rire mais de rire vraiment, surtout en fin de saison, quand on a vu   des spectacles aussi sinistres que le Let me alone de Bruno Bayen à la Colline ; même si, parfois, il y  de la tristesse dans l’air quand les quatre compères disent des extraits de Mon oursin et moi:  » On ne peut ruiner  que celui qui fut riche. Et l’on ne peut tromper que celui qu’on aima » ou  » Le chagrin est une sorte de chat sauvage, de couleur grise. son cri est plutôt triste et lugubre. Il faut se mettre à plusieurs pour en venir à bout. Car tout seul, on arrive mal à chasser le chagrin ».
A voir? Pas le moindre doute là-dessus;  et cela aurait fait plaisir  à Francis Blanche,cette nuit blanche se passe dans la salle du Théâtre noir….

 

Philippe du Vignal

Théâtre  du Lucernaire, 53 rue Notre Dame des Champs, à 20 heures

www.dailymotion.com/video/x1xs46_extraits-nuit-blanche-chez-francis_creation

HOP LÀ FASCINUS

HOP LÀ FASCINUS  Grande Halle de la Villette

 

Cabaret allumé sur une idée originale de Pierre Guillois, avec Cheptel Aleikoum, les Octavio et les Posséd és
Trois groupes dont les parcours différents s’affirment depuis une dizaine d’années avec une belle originalité, du cirque et du clown pour les deux premiers au théâtre pour les Possédés se sont lancés à Bussang dans une soirée d’improvisations débridées, avec en ouverture une descente  du plafond de bouteilles de vin sur les tables des spectateurs, des séquences de ruptures et de réconciliations amoureuses, des contes de fées interprétés par des clowns gore, de beaux élans de corde volante, batman, du trampoline et un final hallucinant dans une baignoire et  un bain de mousse qui envahit la salle. Le vide absolu du propos répond à celui de notre époque, la technique est très au point, les entrées bien réglées. Qui disait que le théâtre résidait uniquement en un problème d’entrées et de sorties ? C’était pour moi et mes deux Brigitte une soirée jubilatoire
.

Edith Rappoport

123456

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...