BEAUCOUP DE CHOSES A VOUS DIRE

BEAUCOUP DE CHOSES A VOUS DIRE  Sautes d’humour Tarmac 29 juillet Solo de Souâd Belhaddad, regard extérieur d’Anne-Laure Liégeois

Souâd Belhaddad est journaliste, écrivain. Elle se lance dans de petites chroniques de la vie quotidienne en Algérie et en France, traitant du voile et de l’intégration dans la société française, caricaturant les bourgeoises, passant avec une grande aisance d’un accent à, l’autre. C’est un peu décousu, pas vraiment passionnant, l’assistance est pliée de rire, pas moi.

Edith Rappoport


Archive pour juillet, 2009

MARGOT

MARGOT  Paris Quartier d’été Pantin

Théâtre Dromesko, texte de Jean-Paul Wenzel haché menu par Dromesko, avec Lily, Monique Brun, Fernand Émile, un orchestre hongrois avec Igor à l’accordéon

dromesko.jpgMargot, comme tous les spectacles de Dromesko est un spectacle insolite et chaleureux, du grand art de l’inattendu. Annoncé comme un spectacle autour de la reine  Marguerite de Navarre, c’est en fait l’annonce d’une panne retenant les acteurs faite par Monique Brun en costume d’époque qui ouvre le spectacle. Qu’importe, en les attendant on va écouter l’orchestre et déguster le pot prévu par la municipalité abondamment remerciée comme tous les sponsors et financeurs. On dispose des petites tables dans les gradins, tout le monde boit un coup, Lily rousse hiératique en très hauts talons entonne des chansons et on la voit dans un numéro étonnant avec son marabout, les autres avec des chiens, un coq, un cochon. Après un faux final, le cadre de scène s’ouvre sur un château devant un grand lac et trois personnages emperruqués marionnettes vivantes accompagnés aux violons, dialoguent autour des jouissances corsées qu’ils se donnent les un aux autres. C’est à mourir de rire, le public fait un triomphe à ce spectacle créé il y a trois ans en Bretagne, destiné à tourner localement qui a beaucoup été joué hors de France.

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LETTRE PLEINE DE NOUVELLES DE L’UNITÉ PLUS OU MOINS IMPORTANTES.

JUILLET 2009.

Beaucoup trop de morts.
Pina Bausch, Augusto Boal, Roger Planchon
C’est une époque qui s'en va. La relève, je ne la vois pas.


Cris de joie lors de sa mort.
Au km 111 de l’A 11, le boxer Unité a coulé sa bielle, le 13 juillet 2009 à 15h45. Il devait encore effectuer une traversée de la France en diagonale en septembre. Il était redoutable, surchauffé, poussif, bruyant. Sa mort fait neuf heureux. Il avait 250 000 Kms au compteur.

J’étais à Nantes estuaire 2009.
C’est l’Art comme je l’aime, hors des musées, hors de lieux qui sont faits pour lui. Des oeuvres nichées dans l’estuaire de la Loire, on embarque à 9h30, on revient à 18h . 3 heures de bateau. La maison au sommet de la cheminée, on peut y dormir 70€ la nuit, mais c’est très demandé.
Nantes, ils prennent des risques, mais ils sont récompensés. 100 000 visiteurs rien que pour la maison -cheminée.


On nous a mis Mitterrand.
Ce n’est pas une mauvaise chose que la Présidence se décide à mettre la culture en visibilité.
Ce sera peut-être de la culture-paillette, mais au moins il y aura peut-être une ligne, un sens, une écoute. J’ai toujours un peu d’espoir, mais je me trompe, dès son premier discours sur la loi Hadopi on a senti un nouvel « étriqué » de service.


Le grand périple.
C’est un immense projet. Le théâtre de l’Unité entraîne une douzaine de compagnies dans une itinérance insensée. L’idée est de rejoindre le Niger, via l’Espagne, le Maroc, la Mauritanie, le Mali, le Burkina. À chaque étape, on joue, on fait la fête. 7500 Kms. C’est pour décembre 2010, janvier 2011. Mais ce serait trop facile de descendre, au retour on ramène une dizaine de compagnies africaines pour le voyage Sud-Nord. Un projet qui fait rêver, un des derniers grands voyages, puisque dans dix ans, il n’y aura plus de pétrole.
Quarante ans que j’y pense, là, je passe à l’abordage. 375 000€ à trouver. Une broutille.


Le matériel est en pleine méditerranée.
La brigade s’en va en Israël jouer dans un festival à Tel-Aviv. Quoi ? nous disent certains, vous allez jouer chez les massacreurs de palestiniens ! Je réplique « et toi en France tu vis bien dans un pays rempli de camps de rétention, tu vis dans un pays où un jeune vient de perdre son oeil à la suite d’un tir de flash ball d’un policier zélé. » Si on devait demander partout où l’on joue un certificat d’impunité d’Amnesty International on arrêterait toute activité. Nous allons jouer et aussi diriger un stage avec des acteurs israéliens, et puis nous discuterons et nous nous ferons notre avis tout seul. Font partie du voyage, :Youssri, notre corse d’origine marocaine, David, notre Kosovar, Catherine notre polonaise, Jacques notre français juif russe, Faustine notre toulousaine et Hervée, française depuis Adam et Ève.

Les 80 ans de ma mère.
On parle sans arrêt des jeunes des quartiers, mais un problème social encore plus grave, ce sont nos aînés, pour lesquels notre civilisation du jetable n’a aucun respect contrairement aux pays africains ou d’Extrême Orient où les anciens font l’objet d’un véritable culte. Alors nous allons attirer l’attention sur toutes ces personnes âgées qui vivent trop souvent dans l’isolement et la solitude. Nous montons dès la rentrée un projet concernant cette catégorie de population. Vous pouvez vous impliquer à nos côtés. C’est grâce à Montbéliard- agglo que ce projet peut voir le jour, nous sommes heureux de vous l’apprendre.


Oncle Vania à la campagne.
Franchement on peut être fiers. 57 représentations déjà, et tous ceux que l’on rencontre poussent des « Ah Vania, quel immense souvenir » !
Donc cela devient un incontournable. « Avoir vu le Vania de l’Unité ». Amis de Montbéliard, ça y est, nous avons la date de la représentation. Le 8 juin 2010. dans l’immense pré au bord de l’Allan près des ateliers municipaux. Précipitez vous en masse, comme ça on sera obligés d’en faire une seconde.

On a beaucoup d’autres dates, en Ardèche fin juillet.
À Choisy-le-Roi à la rentrée, puis dans les Pyrénées.
Franchement on se plaint tout le temps, mais il y a tout de même une justice.

Tout le monde dit que c’est de notre faute si Chaneaux revient.
Nous avons juste insisté : quitte à changer de majorité, l’agglo devrait en profiter pour écrire Chaneaux c’est l’adjoint à la culture de Montbéliard dans les années 90, celui qui nous a fait venir, il a fait partie du cabinet de Toubon, il a un passé chez Peugeot que les gens se racontent le soir au coin du feu. et s’inventer une politique culturelle originale. Alors est arrivée l’ère des audits, la maladie des municipalités, et Chaneaux, qui a répondu à un appel d’offres a été choisi et doit faire des propositions d’ici septembre.
Pour vivre dans ce pays de Montbéliard depuis 18 ans, je sais ce dont il a besoin, il a besoin de culture décoiffante et décalée, d’une culture de fantaisie, de drôlerie pour contrer ou compléter ce que nous appelions les 3 P « Peugeot, Protestantisme, Puritanisme ».


La grande enquête SOFRES sur le pays de Montbéliard.

L’avenir de ce pays nous intéresse, nous participons activement au conseil de développement. Inventer l’avenir d’une agglomération c’est passionnant et pas facile. Donc l’Agglomération a commandé une enquête, ça coûte 400 000€ une telle enquête avec questionnaire, et décryptage des réponses des habitants. Le directeur de la SOFRES s’est déplacé en personne pour annoncer les résultats de cette méga enquête. On a ainsi appris que la première préoccupation des habitants c’était l’emploi et qu’ils avaient tous un sentiment d’appartenance au pays de Montbéliard. Mais voilà, les jeunes ne s’intéressent guère à ce genre d’enquête, encore moins les jeunes des quartiers. Ainsi donc nous avons une photo du pays de Montbéliard, vue par ce qu’Hervée a appelé publiquement «les vieux cadres blancs». En résumé une image qui ne nous semble pas si juste que ça.


Et Facebook ?
Encore une posture d’Internet hyper dangereuse. Tous les hommes politiques y sont. Ils acceptent ou non d’être vos amis. Vous leur écrivez, mais ce qui est unique, c’est qu’ils répondent. Est ce leur secrétariat ou eux-mêmes ? Difficile de savoir. Je viens d’avoir une petite passe d’arme par ce biais avec Moscovici sur la participation du Pays de Montbéliard à Interville. Était-ce un choix judicieux ? J’aime l’échange et la polémique, j’aime me mêler de tout. C’est sûr, Hervée et moi, nous irritons avec notre libre parole. Mais si nous, nous ne parlons pas, qui le fera ? Le problème, c’est que cela peut coûter très cher. Pour Jean notre président qui n’a pas Internet, voilà notre calendrier.
29 juillet : Oncle Vania à la campagne à Laveyron (26), organisé par l’APSOAR
31 juillet : Oncle Vania à la campagne à Bogy (07), organisé par l’APSOAR
2 août : Oncle Vania à la campagne à Boulieu (07), organisé par l’APSOAR
Du 18 au 28 août : Workshop et interventions Brigade d’Intervention Théâtrale au Bat Yam International Street Theater en Israël 5 septembre : Oncle Vania à la campagne à Choisy-le-Roi (94), organisé par le
Théâtre Paul Eluard
11 septembre : Brigade d’Intervention Théâtrale à la filature Japy d’Audincourt (25) pour les 20 ans de l’association Femmes Actives 15 septembre : Princesse Limousine à Gradignan (33), organisé par le Théâtre des 4 saisons, ville de Gradignan 17 et 18 septembre : Oncle Vania à la campagne à Oloron Ste Marie (64), organisé par la
Communauté de Communes du Piémontais Oloronais
20 septembre : Brigade d’Intervention Théâtrale au Parc Naturel des Landes de Gascogne (33) (en discussion) 23 septembre : Princesse Limousine et Brigade d’Intervention Théâtrale à Eysine (33),
organisé par la ville d’Eysine et l’IDDAC
24 septembre : Gourmandisiaque à Eysine (33), organisé par la ville d’Eysine et l’IDDAC 25 septembre : Brigade d’Intervention Théâtrale à Eysine (33), organisé par la ville d’Eysine et l’IDDAC
3 octobre : Kapouchnik au studio des 3 oranges à Audincourt (25), on réserve le 21 septembre 6 octobre : 2500 à l’heure à Bayonne (64), organisé par la Scène nationale Bayonne – Sud Aquitain
7 octobre : 2500 à l’heure à Gradignan (33), organisé par le Théâtre des 4 saisons, ville de Gradignan 8 et 9 octobre : 2500 à l’heure à Périgueux (24), organisé par l’Odysée, scène conventionnée de Périgueux
31 octobre : Kapouchnik au studio des 3 oranges à Audincourt (25), on réserve le 19 octobre
21 novembre : Kapouchnik au studio des 3 oranges à Audincourt (25), on réserve le 9 novembre 11, 12, 13 décembre : Les Chambres d’Amour à Grande Synthe (59), organisé par la ville de Grande Synthe
19 décembre : Kapouchnik au studio des 3 oranges à Audincourt (25), on réserve le 7 décembre

Ecrit par Jacques Livchine le 23 juillet 2009.

Théâtre de l’Unité : Jacques Livchine, Hervée de Lafond, Claudine Schwarzentruber, Nathalie Mielle et Aurélien Pergolesi.
9 allée de la filature BP 95168
25405 Audincourt cedex
Tel : 03 81 34 49 20
Fax : 03 81 34 14 37
mail : info@theatredelunite.com
site : http://www.theatredelunite.com

Compagnie conventionnée par la DRAC et la région Franche-Comté, aidée par le Conseil
Général du Doubs et hébergée par la ville d’Audincourt

 

Chalon dans la rue par Edith Rappoport

image4copie.jpgLE PASSAGE ET PEDIGREE  Chalon dans la rue Compagnie Pernette/Association NA, musique de Franck Gervais
Sur une table de dissection, un savant fou manipule deux corps, les tord, les malaxe, les transforme. Dans cette belle cour, le public se laisse fasciner par la précision desgestes des quatre danseurs, la subtilité avec laquelle il se laissent malaxer. La musique de Franck Gervais, à la manière d’Artaud donne une dimension étrange à ce court spectacle qui nous emmène très loin. Nathalie Pernette donnait aussi les miniatures, séquences de quelques minutes dans différents endroits de Chalon, que je n’ai pas pu voir.

 

SOURCE  CHALON DANS LA RUE Parcours organique et sonore de Tricyclique Dol (Besançon), conception de Ben Farey
Décidément la Franche-Comté engendre de prolifiques artistes. On est convoqués place ronde pour suivre des bruits, des rythmes émanant de tuyaux, de poubelles, de portes-bagages de bicyclettes. On suit ce dédale à travers les rues de ce quartier tranquille pour arriver dans un beau jardin, sous les arbres, une installation à l’intérieur d’un grillage circulaire, un système complexe de gouttes à gouttes arrosant des plantes. C’est l’origine des bruits que l’on entend sur le parcours et en même temps très beau. Comme Camille Perreau, cette bande d’inventeurs étranges laisse des images fortes.

 

CAUSE TOUJOURS BARBE BLEUE  Chalon dans la rue de et par Titus
Titus, c’est un pseudonyme de cet étonnant comédien qui fait partie de la bande d’OPUS, il a aussi longtemps accompagné Yannick Jaulin, raconte à sa manière l’histoire de Barbe bleue en se moquant des conteurs qu’il connaît bien. Il roule des mécaniques, éructe, joue faux, se moque, nous sommes pliés de rire !

 

MEMENTO Chalon dans la rue Komplex Kapharnaüm, conception Pierre Duforeau
Comme son nom l’indique, cette troupe bizarre met les villes sans dessus dessous. Après SquareE, vu sur les flancs des HLM de Calais et PlayRec sur la disparition d’une usine de velours dans les rues d’Amiens, ce Memento aborde les résistances à l’oppression abjecte qui frappe les immigrés de tous bords. L’équipe de 8 interprètes se déplace rapidement dans les rues avec des petits chariots projetant sur les murs des textes et des photos sur des affiches collées à toute allure. On y lit les raisons des poursuites, « a sifflé l’hymne national,, a hébergé des gens …» ou encore « embrasser tout ce qui a le visage de la colère et n’élève pas la voix ». On peut aussi voir un film, Chaban-Delmas venant inaugurer les HlM de Nanterre après laz destruction des bidovilles des années 60. Une belle force poétique et social


2 UN ÉTAT DES LIEUX  Chalon dans la rue Cheftaine d’idées et patchworkeuse d’installations Camille Perreau, artistique supervisor Servane Deschamps, compagnie Entre chien et loup.
Camille Perreau a le sens des installations, elle sait créer des univers étranges qui vous embarquent dans des voyages intérieurs bouleversants. J’avais vu en 2002, (dans quel festival ?) Les lampes de Paulette Wolkenwürze dont je conserve un souvenir très fort, sans pour autant pouvoir le restituer…Cet État des lieux précédé du chiffre 2, comme celui qui nous est attribué partout, à la sécurité sociale comme ailleurs, partout derrière les hommes, c’est une installation dans un appartement sur la place de l’hôtel de ville, avec des photos, des objets, des enregistrements, notamment sur l’orgasme à l’intérieur d’un petit igloo blanc. Marie Pascale Grenier s’assied sur une balançoire pour raconter posément le calvaire d’une femme battue et violentée par son mari pendant plus de 20 ans. On en sort remués, troublés, c’est du grand art qui ne dit pas son nom

 

JAMAIS 203  Chalon dans la rue  Générik Vapeur, trafic d’acteurs et d’engins
Pierre Berthelot et Cathy Avram ont voulu après 17 ans, rendre hommage au tour de France qu’ils avaient célébré avec « La petite reine » en 1992. Sur les bords de la Saône, une immense caravane publicitaire plus vraie que nature avec un empilement de vélos sur de grands camions, une caricature des comportements absurdes et des vociférations publicitaires. Nous suivons  quelques instants sans assister au final.

 

ALTERNATIVE LIVRE  Cour du musée Niepce Chalon dans la rue  Compagnie les chercheurs d’air (Franche Comté)
Un couple de militants associatifs en grande tenue milite sous une bannière « Arrêter de lire, c’est possible ! ». Le plus sérieusement du monde, ils expliquent que la lecture est la source de tous les maux dans notre société. Jusqu’à ce que l’assistante, bascule dans la fascination de la lecture d’un texte à perte de vue…Dominique Comby et Dominique Lemaître qui mènent depuis une quinzaine d’années un beau parcours dans le théâtre de rue, dernièrement avec Le S.A.M. et Ramdam, font preuve d’une belle présence dans ce duo insolite.

 

UN ROI ARTHUR  Cour du musée Niepce Chalon dans la rue Opéra pour fanfare et trois chanteurs d’après Henry Purcell, arrangements d’Antoine Rosset et Serge Serafini, mise en scène Étienne Grebot,
les Grooms Nés en 1985 dans le train Paris-Pékin 450 jeunes à la rencontre de la Chine dans le sillage du Théâtre de l’Unité, les Grooms ont égayé les foules dans les rues sur quatre continents. Après La flûte en chantier, La tétralogie de quat’sous, deux opéras pour la rue qu’ils ont beaucoup joué en particulier en Angleterre, le Royal National Theater et le Kultursommer Rheinlandplatz en Allemagne leur ont passé commande d’une mise en scène de cet étrange et célèbre opéra de Purcell, sur un livret de Dryden. Avec leur savoir-faire consommé dans les adresses ironiques aux spectateurs, les cinq grooms interpellent le public pour brosser à gros traits l’essentiel de la fable obscure du Roi Arthur , un affrontement entre Saxons et Bretons au 4e siècle de notre ère. Et l’opéra s’ouvre sur les cuivres, l’entrée du roi Arthur contre-ténor et d’Emmeline émouvante soprano. Interprété avec des accessoires de bric et de broc, des fausses barbes, un traitement en cinéma muet avec des pancartes déployées par le trompettiste, une scène de pastorale où des moustiques de bande dessinée viennent déranger la couronne de fleurs du contre-ténor, la grande cape enveloppant le méchant Osmond, bon ténor en même temps que saxophoniste , ce Roi Arthur qui doit encore trouver ces marques, est prometteur. Entre ironie et émotion, on retrouve à travers les rires la vraie beauté de cet opéra dont Klaus Nomi a popularisé le Chorus of cold people

 

Edith Rappoport

Les pointes et le hip-hop

Daniel Agésilas est directeur des études chorégraphiques au CNSMDP (Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris). Il explique pourquoi et comment, selon lui, un jeune danseur doit être ouvert à tous les langages chorégraphiques de son temps.

Le corps et la morphologie

agesilassmall.jpgDanseur ? Une carrière courte et sportive.
«Tout le monde est de plus en plus exigeant avec les danseurs, comme avec les sportifs d'ailleurs, constate Daniel Agésilas. Si l’on se réfère aux années 50, les corps ont changé. On est aujourd’hui plus grand, plus fort, et les performances ont changé elles aussi. Ce qu’on demande à un danseur, aujourd’hui, c’est la morphologie, mais aussi le sens de l’interprétation, la curiosité. Certains vont à l’université, ce que peu de danseurs faisaient autrefois. Et 100% ont leur bac, ce qui n’était pas le cas jadis.»
Les danseurs doivent également connaître le fonctionnement de leur corps dans le mouvement, sans quoi toute maîtrise de la danse est impossible. «Inversement, nous nous préoccupons aussi de leur santé, de leur nutrition. Un nutritionniste, un ostéopathe et un kinésithérapeute travaillent avec nous à plein temps.»

Danse classique ou danse contemporaine ?

«J’ai deux missions, explique Daniel Agésilas : une mission de conservation, une mission d’innovation. Nous nous souvenons tous de Noella Pontois, de Lisette d’Arsonval et d’Yvette Chauviré, qui étaient des artistes hors du commun et faisaient partie de l’élite d’une époque, mais nous formons désormais des danseurs interprètes, c’est-à-dire des danseurs au service de l’interprétation. Et les chorégraphes, de plus en plus, souhaitent recevoir des propositions de la part des danseurs.»
L’une des questions principales concerne le lien entre la pédagogie et le spectacle vivant : faut-il mettre les deux en adéquation ? «Je répondrai à la fois oui et non ! On ne peut pas concevoir notre pédagogie uniquement en fonction des chorégraphes d’aujourd’hui. J’ai récemment vu un spectacle de danse qui faisait appel au kung-fu, sans qu’il y ait véritablement d'écriture chorégraphique ; eh bien, je n’ai pas la possibilité de former mes jeunes danseurs à ce type d’esthétique. En revanche, nous prenons en compte tous les acquis de la danse contemporaine.»
Au Conservatoire de Paris, la manière d’enseigner est différente de celle qui prévalait autrefois. Depuis le début des années 90, c’est-à-dire depuis le déménagement du Conservatoire de la rue de Madrid à La Villette, existent deux cursus : danse classique et danse contemporaine. L’Opéra de Paris abrite une école de danse qui a pour vocation de former des danseurs pour sa propre compagnie ; le Conservatoire, lui, doit former de jeunes danseurs pour toutes les compagnies (y compris celle de l’Opéra !), pour les centres chorégraphiques régionaux, mais aussi pour des institutions situées à l’étranger.
«Nous proposons une formation supérieure organisée sur cinq ans, continue Daniel Agésilas. L’âge de départ étant de quatorze ans pour la danse classique, de quinze ans pour la danse contemporaine. La sélection est rigoureuse : sur plusieurs centaines de candidats, nous en prenons chaque printemps une vingtaine en première année sur audition. Les deux premières années sont appelées Cycle préparatoire supérieur ; les trois suivantes, qui proposent une spécialisation, Cycle supérieur ; après quoi les jeunes danseurs peuvent intégrer le Junior Ballet.»


Parois étanches ou parois poreuses
?

Daniel Agésilas est lui-même danseur classique et danseur contemporain. Il a obtenu un premier prix de danse classique au Conservatoire, il s'est produit au sein de la compagnie de l’Opéra de Paris puis, comme Brigitte Lefebvre (directrice de la danse à l’Opéra), comme Élisabeth Platel (directrice de l’école de danse de l’Opéra), a fait d'autres choix par la suite. «Au Conservatoire de Paris, j’ai souhaité croisé les formations, c’est là ma réforme principale. Les danseurs contemporains étudient la danse classique, et inversement. Il me paraît tout à fait possible de faire de la danse contemporaine sans avoir jamais étudié la danse classique, car la danse contemporaine est une discipline à part entière, avec des techniques qui ont fait leur preuve, mais le fait d’avoir reçu les deux formations est un atout supplémentaire. Après tout, il y a de grands pianistes qui ne savent pas lire une partition !»
Il est vrai aussi que la danse classique, telle qu’elle est illustrée par William Forsythe ou par Thierry Malandain, a elle aussi évolué. Il ne faut pas confondre danse classique et danse académique !
Question subsidiaire : peut-on être chorégraphe sans avoir dansé ? «Oui, car les danseurs sont aujourd’hui une force de proposition. Des directeurs de centres chorégraphiques nationaux qui n’ont pas beaucoup dansé, deviennent, grâce à leurs danseurs, chorégraphes, ou plutôt metteurs en scène de ballet. Frédéric Flamand, actuel directeur du Ballet de Marseille, n’était pas un danseur au départ.


Carrière et pédagogie

La pédagogie menée au Conservatoire ? Une pédagogie évolutive. «Il faut avoir une vision, dit Daniel Agésilas, imaginer quel devra être le profil du danseur dans quinze ou vingt ans, pour que nos jeunes élèves ne soient pas alors à la traîne. Les danseurs doivent savoir travailler au sol, ce qui est nouveau. C’est ainsi que l’an prochain j’inviterai un chorégraphie hip hop,auquel on a d’ailleurs confié la direction du centre chorégraphique de Créteil, à faire un ballet.»
Le département des études chorégraphique réunit une trentaine de professeurs, dont deux qui enseignent la danse-jazz – avec sa gestuelle propre, ses syncopes, etc. – dans des cours dits complémentaires. (La comédie musicale, en revanche, n’est pas inscrite au programme.). La plupart sont d’anciens danseurs titulaires d’un diplôme d’État. «Selon moi, reprend Daniel Agésilas, on ne peut transmettre que ce qu’on a vécu. Un danseur étoile n’est pas nécessairement un pédagogue, mais il me paraît difficile d’enseigner si on n’a pas fait de carrière.»
Le Conservatoire abrite par ailleurs une classe de composition et d’improvisation qui a pour but d’initier à la chorégraphie : on y enseigne les notions d’espace, d’écriture du mouvement, etc. On y donne des outils sans que ce soit une école de chorégraphie.

La musique et la danse

La musique est-elle importante pour les danseurs ? Ou n’est-elle pour eux qu’un support qui leur donne un rythme, un tempo ? «Dès mon arrivée, raconte Daniel Agésilas, j’ai souhaité, avec Alain Poirier, le directeur du Conservatoire, établir des passerelles entre les deux disciplines. Il y a des moments “musique danse” dans le parcours des jeunes danseurs, c’est-à-dire des chorégraphies en direct avec des musiciens, avec de futurs chefs d’orchestre. Tous nos cours sont accompagnés au piano, sachant que les méthodes des uns et des autres sont malgré tout différentes, et que les musiciens sont plus âgés.»

En France et à l’étranger

Le fait qu’il existe en France un ministère de la Culture distinct du ministère de l’Éducation nationale, crée une situation particulière. Comment y remédier ? «Comme le Conservatoire ne peut pas délivrer de diplôme de licence, de master ou de doctorat, répond Daniel Agésilas, nous avons mis sur pied un partenariat avec l’Université Paris VIII, qui tient compte de l’enseignement qu’ont reçu les jeunes danseurs et leur offre les unités de valeur complémentaires qui leur permettent d’atteindre le grade de la licence. Par ailleurs, depuis mon arrivée à la tête du département des études chorégraphiques, il y a six ans, j’ai souhaité aller à la rencontre des grandes écoles, partout en France et en Europe, à Copenhague, à la Scala, à Dresde, au Mariinski de Saint-Pétersbourg, au Bolchoï de Moscou. Le Junior Ballet a dansé à Vilnius, à la London Contemporary Dance School, etc. Et nous avons signé un partenariat avec la Juilliard School de New York : les élèves de cette école sont venus jouer dans notre théâtre il y a deux mois, et bientôt le Junior Ballet contemporain ira danser à New York avec notamment des pièces signées Jean-Claude Gallotta et Christine Bastin.»
Il ne s’agit pas évidemment d’imiter ce qui se fait ailleurs, mais de confronter les méthodes. D’ailleurs, les Français ont fait leurs preuves : la danse classique est française, les mots qu’on utilise («pas de deux», «ballet», etc.) sont là pour le dire.
Et puis, autre souci d’ouverture, Daniel Agésilas aimerait créer des liens avec le Conservatoire d’art dramatique. Il est vrai que musique, art dramatique et danse étaient unis autrefois, dans le bâtiment situé au 2bis, rue du Conservatoire ! «J’aimerais que nos élèves puissent aussi s’exprimer avec la voix. On m’avait d’ailleurs conseillé autrefois de prendre des cours de chant», raconte Daniel Agésilas. En effet : de même que les chorégraphes utilisent la vidéo, les écrans, etc., tous les moyens d’expression sont utiles aujourd’hui pour un jeune danseur.

Propos recueillis par Anne Rodet

• A lire : Frédéric Puilaude, Le Désœuvrement chorégraphique, Étude sur la notion d’œuvre en danse (éd. Vrin, 430 p., 2009).



Les cauchemars du Gecko

Les cauchemars du Gecko, de Jean-Luc Raharimanana,

Pourquoi le gecko ? Parce que lui, au moins, ne ferme jamais les yeux. Nous, si. Ce qui révolte Thierry Bédard : il a mal au monde, et qui a mal au monde a mal à l’Afrique. D’où cette urgence à développer un nouveau travail : le cycle des étrangers(s). C’est ainsi qu’il a passé commande à Jean-Luc Raharimanana de ce qui est devenu Les cauchemars du gecko.
La façon même dont le nom de l’auteur est écrit dit déjà la situation : sur le programme du festival, c’est Raharimanana, le pur nom malgache. Dans les entretiens avec Thierry Bédard, c’est Jean-Luc, l’ami, l’alter ego de l’artiste occidental. En deux mots la déchirure et la richesse d’un monde mondialisé. Donc, l’auteur de Za – roman lu en musique, à minuit à l’École d’art deux soirs de suite – a écrit une série de textes, une suite de cauchemars, au sommet desquels se trouvent les massacres au Rwanda, mais aussi les discours de GW Bush. Le cauchemar n’est pas tant qu’il y ait des méchants, mais que ces méchants soient en nous, qu’il y ait du sale, du lâche. Ça rend violent : « souvent dans ne phrase Jean-Luc peut-être très violent – tout en rendant ça très drôle par un jeu syntaxique – et, dans la même phrase, ce qui est porté comme un coup, on entend que cela fait mal aussi à celui qui porte le coup » (T.B., juin 09). Il s’agit de mettre en théâtre le triple cercle infernal : colonisation, indépendance, mondialisation. Trois marches vers le “progrès“, triple source d’inextinguibles cauchemars. Thierry Bédard a dressé  face à nous un joyeux rideau de sacs en plastiques – neufs ! -, Rija Randrianovosoa crée un fond musical obstiné, très vivant et très moderne, peut-être ce qui dans le spectacle traduit le mieux la volonté, le désir de vivre, de se sortir de tout ça, de ne pas oublier le passé  sans en faire un refuge, un fond, non pas une musique de fond, sur lequel le discours peut marcher solidement. Les essais de bribes de comédie musicale ne fonctionnent pas très bien : tous ces textes, de nature, de rythmes différents, sont trop graves, même dans l’ironie. Tous sont proférés dans le même axe, face public, ce qui les uniformise. On sourit quelquefois, on ne rit pas. On est d’accord, forcément. Il y a là un problème de théâtre non résolu : trop de théâtre s’il s’agit de dire au public et rien d’autre, trop peu s’il s’agit d’ouvrir dans les mots une brèche (une Brecht ? ) qui interroge encore plus. Ici, on dirait que l’artiste s’est à demi effacé devant sa propre conscience. Quelques  huées à la fin du spectacle ont du rassurer le metteur en scène autant que les vifs applaudissements de tout le reste du public

 

Christine Friedel

 

Avec Rodolphe Blanchet, Mame Fama-Ly, Mélanie Menu, Moustapha Mohamed Mouctari, Phil Darwin Nianga, Véronique Sacri.

Fada rive droite

Fada rive droite (divertissement africain à trois fins)

cielabarracavisuel.jpg   Un rade, un endroit où l’on peut être en rade entre amis, au moins. Avec même une dose très limitée d’espoir qui monte avec la fumette, et la musique. Dansons la danse mélancolique des filles séduites, des enfants morts, des “père Noël“qui font pleuvoir les stylos Bic et soyez contents, et de la pluie qui tombe trop ou pas assez, au gré de la magie des marabouts, un coup de chance, un coup d’pas d’chance. Margouillats et magouilleurs : le margouillat – le lézard - fuit l’homme, et l’homme,  à la vue du magouilleur, devrait prendre ses jambes à son cou. Cours, camarade !
La petite bande du Fada est gaie et triste, mais plutôt gaie quand même, parce que le copain a promis qu’il écrira, et qu’il écrit. On ne vous révélera pas la trouvaille qu’il a faite pour vous permettre d’“exoder“ en UE, elle vaut son pesant de sacs de riz (devant les caméras).
La pièce d’Arezki Mellal est d’autant plus gaie qu’elle ne ment jamais, que chacun en prend pour son grade, et son fait, et qu’elle ne console de rien. Mieux que ça : à toute vitesse et sans passer sur rien, elle avance, en une langue dansée, rythmée, vers une réjouissante lucidité. Toujours cette question : qu’est-ce qu’on applaudit ? On applaudit la danse, on danse, et puis on se tait, on sait que tout ne finit pas par des chansons. On a  compris quelque chose du monde, ensemble, et on applaudit. Au Fada, le théâtre populaire se porte bien.

Christine Friedel
Le Gilgamesh, à 17h45, jusqu’au 31 juillet. Mise en scène de Nabil el Azan, avec Jean-Baptiste Anoumon, Frédéric Kontogom, Nina Nkundwa, Dramane Dembélé (musicien).

Cailloux

Cailloux, concerto pour marionnette et contrebasse

Pas de « Il était une fois » : Cailloux se joue au présent, et en présence d’un merveilleux contrebassiste (Jean-Luc Ponthieux) et de trois interprètes peu ou pas du tout causants, Yasuyo Mochizuki et Claire-Monique Sherer, les deux filles complices, avec ce que cela comporte de coups tordus et chiens-de-ma-chienne, et Brice Coupey, le garçon qui n’a pas de chance, qui se cogne partout et a mal à sa marionnette.
Car  chacun porte sa pierre, dans un petit sac de toile. C’est lourd, ça vous tire vers le bas, tandis que les cintres du théâtre s’envolent. Ça vit, surtout, devenu marionnette, avec des visages de dessins d’enfants, à égalité avec les acteurs, l’émotion, l’action passant de l’un à l’autre, et pas forcément dans le sens du “manipulateur “. Cailloux est une lumineuse réflexion théorique sur l’art de la marionnette en même temps qu’un concentré de questions et de réponses sans paroles. Poids le la tête et légèreté de la musique, répétition du « aïe » d’un pied par ailleurs virtuose, toc-toc du doigt contre une toile, l’illusion et son “truc“ dans le même geste : voilà de la philosophie en actes, à la portée des enfants, et à leur hauteur. C’est ce que dit leur rire.

Christine Friedel
Espace Alya, 10h30, jusqu’au 31 juillet. Spectacle de pierre Blaise, marionnettes de Véronika Door, gréements Andrew Kulesza, Lumières Gérald Karlikow.



Monsieur de Pourceaugnac


Monsieur de Pourceaugnac

Isabelle Starkier est une habituée du festival d’Avignon Off. Cette année, pas moins de quatre mises en scène à l‘affiche : deux spectacles pour enfants (Quichotte et Scrooge), Le Bal de Kafka et Monsieur de Pourceaugnac. Une spectatrice, à la sortie de ce dernier spectacle, a parfaitement résumé l’impression reçue : «  je n’ai pas beaucoup ri, mais ça m’a plu. Peut-être, à certains moments, ça criait trop. Mais ça m’a plu ». Étrange plaisir, en effet, que de voir dans sa parfaite cruauté une pièce de Molière peu jouée, pour cette raison même. Le pauvre Limousin (Pierre, Michon, nous pensons à vous !) venu épouser une jeune Parisienne est torturé par la médecine, pillé et menacé par une justice sans foi ni loi, déchiré par deux prétendues épouses délaissées, Molière reprenant au bénéfice de deux mystificatrices la scène de Dom Juan entre Charlotte et Mathurine. Tout cela joué en sous-main par les amoureux et leurs agents à gages.
Le coup d’audace, la réussite, et aussi le problème, sont là : à l’exception de monsieur de Pourceaugnac, seul être humain normal et raisonnable, tous les rôles sont tenus par quatre comédiens qui passent en virtuoses des amoureux aux médecins, de la vieille mère autoritaire et dupe (elle aussi…) à la servante aux poches grandement ouvertes, du Napolitain de service – on devrait dire de sévices – à tel ou tels des tortionnaires du pauvre provincial. Le travail est d’une précision réjouissante : masques, gestes, intonations, tout s’ajuste dans un rythme impeccable. Mais, mais, mais… Ce n’est pas pour le plaisir de n’être jamais tout à fait content, non. C’est juste une ou deux questions : faut-il vraiment que les méchants aient à ce point une tête de méchants ? Défoulement ? Consolation du fait que, dans la vie, ils ont une tête comme vous et moi et qu’on ne les reconnaît pas au premier coup d’œil ? Et si c’était un plaisir propre au théâtre, ce tiraillement entre la compassion pour la victime et les délices de notre propre sadisme ?

Christine Friedel
Fabrik’ théâtre, à 16h30, jusqu’au 31 juillet. Avec Eva Castro, Daniel Jean, Pierre-Yves Le Louarn, Stéphane Miquel, Sarah Sandre.
Quichotte et Scrooge à la Salle Roquille, Le Bal de Kafka au Théâtre de Halles.

Pas de prison pour le vent

Pas de prison pour le vent

Ça souffle : dans cette villa de la Guadeloupe, Gerty Archimède, avocate et députée, et sa sœur Raymonde, sœur Suzanne en religion, attendent le cyclone. Arrive un autre cyclone : Angela Davis, en escale venant de Cuba, arrêtée avec ses compagnons portoricains par un douanier trop zélé. Et voilà en présence, sous l’aile bienveillante d’un “homme de maison“ peu causant mais doté de guitares sensibles, trois forces, trois vents. Gerty-la-révolte sait se taire quand il faut, plier, contourner, sans jamais mentir ni lâcher quoi que ce soit : elle se sert à fond de l’outil qu’elle a créé en se faisant avocate. Inébranlable. Angela-la-forte révèle ses faiblesses : le traumatisme insurmontable de la prison, de l’amour massacré, de l’écrasant déni de justice. Alain Foix ne nous présente pas la femme leader, mais la femme écorchée, à bout, impatiente. Mais, naturellement, c’est Sœur Suzanne-la douce qui va dénouer les choses, en les ramenant à leur petite dimension  pratique – où l’on voit que le Ciel conduit au terre-à-terre -. Et dehors, le vent souffle, tandis que se construit cette dialectique qui unit nos trois voix.
La mise en scène d’Antoine Bourseiller a la force de sa simplicité (encore que le démarrage de la pièce, très lyrique, fasse un peu pléonasme avec le texte), et les interprètes mènent remarquablement l’affaire, captivant de plus en plus le spectateur au fil de la représentation.

Christine Friedel
Au Petit Louvre (Templiers), à 12h40, jusqu’au 31 juillet. Avec Sonia Floire, Marian Mathéus, Mylène Wagram et Alain Aithnard.

Cérémonies

Cérémonies

Jumeaux, faux jumeaux, ou les deux orphelins : deux garçons déjà rivaux pour les filles, et encore assez gamins pour leurs jeux de menteurs, inventent de curieuses “cérémonies“ où l’un trouve sa jouissance à écouter l’affabulation de son malheur et l’autre à la lui donner, ou non. « Mens ! », dit l’un. « Si je veux ! », répond l’autre. C’est ce qu’ils appellent une cérémonie, ça en a la gravité, l’intensité, avec des pauses, rares, où l’on dit « Pouce ! ». Dominique Paquet s’est inspirée de la vie de Jean Genêt, des vérités et inventions qu’il a données de son enfance “à l’assistance“, dans sa ferme du Morvan, du besoin d’entendre sa vie transformée sinon en destin, du moins en épopée. Elle y a trouvé – peut-être sans l’avoir cherchée – une image de l’écrivain, tiré, tenu malgré lui par son destinataire.
Le dispositif (de Goury), toupie, culbuto, “assiette au beurre “ des jeux de foire, met les garçons – parfaitement athlétiques et adroits – en déséquilibre, cela tient du jeu et du danger. Trop de transpiration, quand même, pour l’exigeant “bourreau“. La jeune fille arrive comme principe de réalité : on ne joue plus. Dommage qu’à ce moment la mise en scène n’ait pas su changer d’énergie.

Christine Friedel

 Au Ring, à 15H30, jusqu’au 31 juillet. Mise en scène Patrick Simon, avec Ariane Simon, Julien Bouanich, Sylvain Levitte.

Les demoiselles d Avignon

Les demoiselles d Avignon

avigpina006.jpgRencontre étonnante, de celles que nous pouvons nommer les demoiselles d’Avignon.
Il s agit d’une intervention de rue, qui a eu lieu dans le mythique verger Urbain cinq du palais des papes, qui résonne encore des rencontres avec le public, des années passées.
Cette surprise nocturne se déroule, sans y être lié directement, juste avant l hommage que le festival a rendus à Pina Bausch dans le jardin du potager vers minuit le 20 juillet, réunissant près de 1500 orphelins de la chorégraphe.
Cinq comédiennes  dissimulées sous de longs parapluies noirs, aux jeux de jambes fort jolies, invitent le passant à venir découvrir une histoire intime sous l espace clos de leurs parapluies.
Ces comédiennes viennent principalement de Belgique et constituent la compagnie
«  La passante. ».
Les textes écrits spécialement, pour ces interventions, sont publiés aux éditions lanzmann.
Le jeu reste libre, ces dames sous cette alcôve mobile, peuvent refuser le partage selon leurs envies. Cet  instant éphémère reste mystérieux, pour le spectateur chanceux qui le vit.
Ces moments poétiques parfois dérangeant, ponctuèrent de belle manière, cette nuit hommage à Pina Bausch éternel œillet au cœur de la mémoire du festival.

Jean Couturier

GRISELIDIS

Théâtre des Feux de la rampe

 

D’après les lettres de Griselidis Réal « la catin révolutionnaire », mise en scène Régine Achille-Fould avec Annie Papin, au piano Gabriel Levasseur
Griselidis est péripatéticienne à Genève, elle n’en a pas honte, cela ne l’empêche pas de profiter de la vie, d’être fière de ses enfants et d’écrire chaque soir à son ami Jean-Luc Henning à Paris. Annie Papin qui a été longtemps chanteuse dans la rue avec Arthus, a une belle présence calme et terrienne, très épanouie. Elle livre ce texte insolite dans une grande proximité. Et pourquoi ce métier de putain n’en vaudrait-il pas un autre ?

Edith Rappoport

 

ESTUAIRE 2009

  Nantes Saint Nazaire

 

Il ne s’agit pas de théâtre, mais d’un parcours artistique en 3 éditions conçu par Jean Blaise, directeur du Lieu Unique de Nantes, grand inventeur d’événements devant l’Éternel, comme les Allumées et Faim de siècle. Pour cette deuxième édition de 2009, on nous emmène en bateau de Nantes à Saint Nazaire, une promenade touristique de 3 heures, qui prend une  dimension inédite  avec des œuvres  artistiques venues du monde entier, certaines pérennes et définitivement acquises par les communes riveraines, d’autres éphémères. Au détour d’installations industrielles souvent en déshérence, on a pu voir le Pendule de Roman Signer, un « serpent » tuyau rouge de Jimmie Durham artiste cherokee, une « installation » de Jeppe Hein , un simple jet d’eau de 20 m de hauteur intitulé Did I miss something ? Ensuite Misconceivable d’Erwin Wurm, voilier de 9 m de long enroulé autour de l’écluse du canal abandonné de la Martinière, la Villa-cheminée de Tatzu Nishi et I.C.I. Instant carnet Island, un rassemblement de microarchitectures et d’habitats légers qu’on nous propose de racheter. Le commentateur des rives nous accompagne agréablement, il laisse la place au rédacteur du catalogue sur les œuvres d’art. On nous débarque à Saint Nazaire ou d’autres œuvres sont installées dans la base sous marine, notamment le jardin du tiers paysage de Gilles Clément, sur le toit, décevant dans son état actuel. Ce qu’on y a vu m’a échappé. Retour en car avec trois arrêts pour arpenter de longues passerelles de bois jusqu’à un observatoire de Kayamata, et une visite de la villa-cheminée qu’on peut louer pour passer la nuit. Enfin une belle promenade en vélo dans l’île de Nantes pour voir le refuge de Stéphane Thidet, cabane en bois  dans laquelle tombe sans arrêt une pluie diluvienne, belle métaphore de notre époque.

Edith Rappoport

Danses et identités

 Danses et identités
de Bombaimage.jpgy à Tokyo

  Comme le fait justement remarquer Claire Rousier qui a assuré la coordination de cet ouvrage, que sait-on en France de l'histoire de la danse en Asie et de ses évolutions? Pourtant c'est une lapalissade, il y a bien, comme en Occident, des types de danse tout à fait différents, même si nous connaissons davantage en Europe le butô, quelques danses de cour et les ballets de la Chine maoiste, ce qui est tout de même un peu court. …
  Et ce n'est pas pour rien que le premier texte de cet ouvrage collectif est signé par une danseuse pakistanaise  Sheema Kermanidont le pays a interdit aux femmes de se produire dans les spectacles de danse classique,en public, sur scène ou dans les medias, à cause de la quête d'identité culturelle voulue par le gouvernement  qui s'est méfié de l'art de la danse. Ce que soit dit en passant, n'est nullement condamné par le Coran.  Avec pour ligne idéologique, la religion islamique, et malgré l'influence des  Bhutto, père et fille,  morts assassinés, les arts du spectacle sont considérés comme hautement subversifs au Pakistan. D'autant plus que l'Etat a mis en place une série de lois  contrôlant la vie des femmes, de leur habillement jusqu'à  leur sexualité. Sheema kermani explique qu'elle essaye de remettre en cause les idéologies dominantes d'un patriarcat qui abuse de son pouvoir, l'essentiel étant pour elle de redonner  la vie à des formes anciennes aussi bien que d'en créer de nouvelles
  Il y aussi un chapitre tout à fait intéressant sur la danse contemporaine au Japon, dont on sait toute l'influence qu'elle a pu avoir en Occident et  qui, selon Uchino Tadashi, a été marquée par les années 60 d'abord puis par les années 90; la     première période  post-coloniale où,  rappelons-le, les Japonais explorèrent des territoires neufs comme l'art de la performance,  comme celles de Hijikata dès la fin des années 50. Et c'est la forme de danse dite detarame qui donna naissance au butô.La seconde période qui parait très importante et qui marque aussi un tournant fut celle de la fin des années 90 avec deux catastrophes, un terrible séisme à l'Ouest du pays et l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo, qui eurent des répercussions sur l'ensemble de la vie japonaise. C'est à cette époque que naquit la danse dite contemporaine qui n'appartenait ni au butô, ni à la danse moderne, et que se répandirent les concepts de “subjectivité mince “théorisés par Sakurai Keisuké. Et l'auteur de cet article fait remarquer que cette nouvelle danse, conçue comme exploration du mouvement et du corps, apparait dans une époque de flux , de chaos et /ou de transition sociétale.Le national  semblant totalement absent de cette nouvelle danse, ce qui ne signifie pas, ajoute-t-il, qu'elle ne soit pas nationaliste…
  Sunil Kothari étudie dans un remarquable chapitre la contribution d'Uday Shankar ( le frère du célèbre musicien de sitar)  aux nouvelles orientations de la danse indienne qu'il enseigna et montra aux Parisiens des années 30, puis aux Américains. avant son retour en Inde où il créa un centre culturel dans l'Himalaya, et où il chercha à émanciper la danse indienne, tout en se référant  aux grands maîtres des styles classiques comme le bharata natyam,( étudié dans un autre chapître par Avanthi Meduri) le kathakali, le manipuri ou la kathak. La danse contemporaine indienne se trouve actuellement influencée par les medias électroniques et traverse une phase de mutation comme dans les pays occidentaux mais  revendique son identité.
  Il y a également un article sur le ballet Chinois pendant la révolution culturelle tout à fait précis, et un autre sur l'art de la chorégraphie taïwanaise. Bref , ce livre de témoignages mais aussi de réflexions critiques, permet de mieux aborder la danse sur le continent asiatique et,de voir combien elle a pu jouer sur notre façon à nous Occidentaux de concevoir la danse , mais aussi de mieux percevoir son  évolution pendant la dernière moitié du XX ème siècle. Que l'on soit spécialiste ou non de la danse contemporaine, ce livre permet de faire le point et de réviser bien des idées reçues….

Philippe du Vignal

Editions du Centre national de la Danse

(A)pollonia

  (A)pollonia, texte et mise en scène de Krzysztof Warlikowski. Production du Nowy Teatr de Varsovie.

warlik2030.jpgOn avait  pu voir en Avignon  Hamlet, Kroum, et Angels in America  du metteur en scène polonais qui avait déjà abordé  la question douloureuse des rapports entre son pays  et les Juifs;  Warlilowski  a choisi cette fois-ci de faire un montage de fragments d'Euripide (Alceste, Iphigénie à Aulis, Héraclès furieux) et d'Eschyle (L'Orestie),  et, du côté  des textes contemporains,  une pièce inédite de l'auteure polonaise Hanna Krall, ( (A)polonnia),  des extraits du  roman  Les Bienveillantes de Jonathan Littel, et des fragments d'Elizabeth Costello de John Maxwell Coetzee, qui aborde sans détours la question du meurtre officiel et programmé de millions de victimes animales réclamées par la société contemporaine pour sa nourriture quotidienne.

  Le spectacle débute par la pièce de Rabindranath Tagore, Amal et la lettre du Roi, et il y a aussi et  enfin de petits  textes issus d'improvisations réalisées au cours du travail entrepris par Warlilowski depuis plus d'un an. Ce qui aurait pu être une suite relativement incertaine d'extraits de pièces  aussi variées, se révèle être un montage intelligent et rigoureux,  qui, de toute évidence, a été  longuement mûri, et où rien, dans la dramaturgie,  n'a été laissé au hasard ; Krzysztof Warlikowski avait  d'abord suivi des études de philosophie et d'histoire, avant d'aborder le théâtre….Ceci explique peut-être cela. Avec,  comme fil rouge dans (A)polonia, la  longue histoire de meurtres, de sacrifices forcés ou volontaires, de vengeances mais aussi de pardons, avec des victimes par millions, et des bourreaux par milliers,  qui ont toujours cherché à justifier leurs crimes  par des ordres venus de leur hiérarchie , ou bien par la nécessité historique qui a bon dos chez les tortionnaires.

  C'est, revu, par le metteur en scène polonais, dans un mélange de textes, fragments de pièces et discours, un ensemble de crimes et d'exactions impunis parce que sans doute difficilement punissables, que l'humanité s'est offerte depuis sa naissance jusqu'à l'extermination de millions de juifs par le régime nazi… Pourquoi? Bien entendu, le metteur en scène polonais, ne prétend pas donner de réponse. Sur le plateau de la Cour d'Honneur du Palais des Papes, deux sortes de grandes  boîtes vitrées , l'une avec quelques meubles des années cinquante et une moquette mauve comme en voyait il y a a peu dans les pays de l'Est, et une autre absolument vide, juste munie de deux sièges de toilettes et de deux petits lavabos, et un peu plus loin, côté cour,  une grande table ovale de conférence,  une longue banquette-dossier noir et siège rouge- où sont assis trois mannequins de jeunes enfants, sans doute un clin d'oeil  à ceux de la célèbre Classe morte de Tadeusz Kantor, le grand artiste polonais.

  Au centre de la scène, un plancher couvert de feuilles d'aluminium brillant où un petit orchestre jouera la musique originale de Pawel Mykietin accompagnant la chanteuse Renate Jennet à plusieurs reprises tout au long du spectacle; dans le fond ,un mur en bois où sont projetées les images vidéos. Le dispositif scénographique  de Malgorzata Szczesniak, intelligent, sobre et efficace , contraste admirablement avec la grande facade moyen-âgeuse du Palais des Papes. On vous épargnera la description détaillée de ce long spectacle.

  Cela commence par l'histoire d'Amal, contée par Tagore dans Le Bureau de poste: un enfant  confie à sa tante son désir de voyager qu'elle n'approuve pas parce qu'il est atteint d'une maladie incurable; quelques jours après avoir monté  Le Bureau de Poste , les enfants de l'orphelinat du ghetto de Varsovie et leur éducateur , Janusz Korczak seront envoyés à Treblinka: ainsi commence  cette première partie du spectacle de Warlikowski qui donne le ton des épisodes suivants: sacrifice d'Iphigénie, consentante et fière, dont le courage tombe au moment de son exécution. Puis, c'est le retour d'expédition  d' Agamemnon  qui fait un bilan chiffré très précis, tiré du roman de Littel, des disparus  de la dernière guerre , expliquant au passage que nous avons tous vocation à être des meurtriers; puis il y a un petit film qui précède le mariage d'Admète et d'Alceste, avec des questions posées aux futurs époux: notamment la plus redoutable: serais-tu prêt à sacrifier ta vie pour moi? Il y aura aussi plus tard l'arrivée d'Oreste chez sa mère Clytemnestre  qui lui lit un passage d'un roman d'Andersen La Mère qu'on a trouvé sur le corps d'Agamemnon. On passe ensuite à l'histoire d'Apollon, devenu employé domestique chez Admète et Alceste, les deux protagonistes d'Alceste,  la formidable tragédie d'Euripide…Héraclès ramènera Alceste des enfers et la rendra à Admète.

  Puis, sans transition autre que celle des chansons et de la musique  (batterie, basses et sinthé), Warlikowski nous plonge dans l'interrogatoire par les nazis d'Apolonia Machzynka , figure remarquable de la résistance polonaise, qui cacha vingt cinq juifs et qui fut faite prisonnière puis exécutée, parce que son père n'avait pas voulu être tué à sa place… Entracte.

  Puis Elisabeth Costello , seule derrière un pupitre en plastique transparent, donne une conférence sur la faute et la peine, et sur l'impunité, comparant le destin des malheureux prisonniers de Treblinka  au sort des bêtes destinées à l'alimentation. Puis , c'est Héraclès qui interroge Ryfka Goldfinger , une femme sauvée par Apolonia ; son fils lit un poème d'Andrzej Czajkowski dont la mère fut une victime des chambres à gaz…Le spectacle se termine par la réapparition d'Elizabeth Costello, qui déplore la disparition des petits crapauds qui périssent en saison sèche en Australie.

  Tout au long du spectacle, le passé se bouscule avec le présent , la vie avec la mort,  les huamains avec leurs frères animaux dans une espèce de cataclysme  inédit. Parler d'un tel spectacle en quelques pages est forcément réducteur, et ce montage de textes dans ce voyage mythique à travers le XX ème  siècle ,  avec une référence permanente au sacrifice consenti ou imposé, au désespoir, à la crainte de la mort, tels que les voyait un  écrivain et dialoguiste tout à fait remarquable comme Euripide, est d'une qualité exceptionnelle. Passé/ présent; vie/mort; héroïsme/vie quotidienne; guerre interminable avec son cortège d'atrocités en tout genre /paix difficilement acquise au prix de millions de morts; destin personnel/ vie et souffrances  du peuple polonais plongé dans le conflit de 40…

  Quelque soixante ans après, les fantômes de l'effroyable histoire de la Pologne ne cessent de hanter  Warlikowski  qui essaye d'exorciser ce passé encombrant avec un montage de textes qui se bousculent sans doute mais dont l'unité textuelle et scénique est indéniable. Musique, chant, texte, dialogues sont en harmonie absolue avec la scénographie, les costumes  et les images vidéo  de visages filmés en gros plan par un cadreur placé sur scène, pour une fois et c'est bien rare, sont absolument justifiées. Et l'interprétation des comédiens du Nowy Teatr, comme la mise en scène et les éclairages de Felice Ross sont de tout premier ordre.

  Là, Warlikowski, metteur en scène, a fait très fort; on peut aller chercher: il n'y  a pas le moindre défaut dans ce travail  d'une exigence et d'une précision absolue.  (A) polonia est un spectacle parfois difficile certes,  et, sans doute inégal, qui  demande beaucoup au spectateur. Il n'y  pas de différence avec une pièce traditionnelle, prétend Warlikowski. Soit. Mais il  faut quand même  que le public accepte de faire un effort, d'autant qu'il ne connaît généralement pas les fragments d'œuvres qu'on lui propose, et il y a souvent  chez Warlikowsi un peu de relecture dans l'air!

  Il faut aussi accepter  de regarder  les images qui sont souvent de toute beauté mais, en même temps, essayer d'attraper le surtitrage, puisque le spectacle est joué en polonais. Cet aller et retour est loin  d'être  évident. Mais, c'est à prendre ou à laisser; et dans ce cas, mieux vaut prendre, même si l'on est parfois un peu dérouté par cet ouragan de musique et de paroles trop souvent monologuées.  Sans doute faudrait-il mieux avoir le petit résumé distribué à l'entrée du spectacle,  (et ce n'est pas le nom des personnages qui est  projeté qui peut vraiment aider à la compréhension des choses,) sinon il y a un côté spectacle pour initiés un peu agaçant !

  Mais  (A)polonia, même avec ses longueurs,  par la force de son texte et de ses images, finit par s'imposer. Il y a bien une petite hémorragie du public ( une bonne centaine de personnes après l'entracte, ce qui n'est pas grand chose pour la Cour d'Honneur) ; en effet le spectacle est trop long sans doute ( 4 heures trente) ,  et, avant-hier, il ne faisait pas bien chaud vers une heure du matin,ce qui a encore un peu vidé  la salle,  mais tout y est tellement beau et fort, que  l'on se laisse vite entraîner par cette réappropriation de la tragédie grecque, qui atteint l'universalité.

  La seconde partie, malgré l'heure tardive, passe très vite. Et les jeunes gens, malheureusement peu nombreux qui sont souvent réticents , quand il s'agit de théâtre au sens strict du terme , ne cachaient pas leur admiration devant un tel spectacle .Alors à voir? Oui, incontestablement, mais  vous devez vous armer de patience et si vous n'aimez pas les spectacles longs, celui-ci n'est pas fait pour vous, mais il y en a peu sur la scène européenne qui aient cette dimension et cette intelligence à l'heure actuelle, et (A)polonia devrait encore gagner en force dans une salle fermée…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé en mai dernier à Varsovie et a été joué au Festival d'Avignon du 16 au 19 juillet; il sera repris au Nowy Teatr à Varsovie du 9 au 13 et du 14 au 18 septembre. Au Théâtre de la Place à Liège du 29 au 31 octobre puis  au Théâtre National de Chaillot  Paris du 6 au 12 novembre,au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles du 4 au 5 décembre,  et enfin, .à la Comédie de Genève-Centre dramatique du 12 au 15 janvier 2010.

Festival d’Avignon 17 juillet

ANITYA d’OU  La manutention 17 juillet Concert spectacle dirigé par Christophe Cagnolan, textes de Roland Fichet
Une quinzaine de musiciens, chanteurs, danseurs et comédiens s’en donnent à cœur joie dans un concert de musiques très variées, du jazz au lyrique avec des séquences dansées et théâtralisées autour d’un leitmotiv, celui d’un fils ou d’une fille annonçant une rencontre amoureuse à son père qui les bannit, refusant d’accueillir l’étranger, plutôt mourir ! Tonique et plein de vitalité.

FICELLES Théâtre des Doms 17 juillet
Foule Théâtre, mise en scène Véronique DumontCe spectacle pour très jeunes enfants s’ouvre sur deux personnages qui se mettent au lit dans une armoire bretonne. Ils m’ont promptement endormie pour ne me réveiller qu’aux applaudissements.

LE PRÉAU D’UN SEUL (140) La Miroiterie 17 juilletLFKS Jean-Michel Bruyère
Ils sont plus d’une trentaine qui ont apporté leur pierre à cette troublante exposition sur les camps de rétention administrative, honte suprême de notre XXIe siècle, qui cernent notre Europe. De Pierre Bongiovanni à Thierry Arredondo en passant par Philippe Foulquié et Richard Castelli et bien d’autres, ils ont construit une œuvre plastique et audiovisuelle et aussi théâtrale essentielle, élément capital du Festival officiel.

Edith Rappoport

Les Dames Buissonnières

Les Dames Buissonnières  de Mariane Oestreicher-Jourdain, mis en scène de Didier Perrier.

image11.jpgCela se passe dans un espace d'accueil  du genre Bureau d'aide sociale.  Quatre femmes sont là,  Coline, Marie, Cathy et Andrée,vêtues de robes ou de pantalon grège, et toutes chaussées de Pataugas. Pauvres, atteintes au plus profond d'elles-même par des problèmes personnels ou familiaux et/ ou de logement et qui  n'ont pas réussi vraiment à remonter la pente… Elles vont vite faire connaissance, d'autant plus qu'elle ont tout leur temps pour parler, puisque, pour une raison incompréhensible, il n'y a personne pour les recevoir. L'une d'elles est enceinte, une autre a une ribambelle d'enfants, une autre encore ne voit plus le sien, qu'en fraude , sans qu'il s'en aperçoive, parce qu'il lui a dit un jour que cela sentait mauvais chez elle.

  Ce sont des “misérables “comme le dit l'auteure,   qui ont décidé de reprendre leur destin en main et de passer la nuit dans ce bureau, et au besoin, d'y faire une grève de la faim ..  Elles vont pendant une heure vingt à la fois nous parler de leur détresse et, en même temps, en ayant l'occasion peut-être unique avant longtemps  pour elles , d' improviser une petite fête en l'honneur du futur bébé qui s'appellera Victoria.  C'est une sorte de fable contemporaine où les personnages ont une façon dérisoire mais bien à elle sde dire non au malheur et à la  profonde détresse qui continue à les imprégner. Il y a à la fois un fond de désespoir mais aussi une colère que l'on sent monter chez elles face aux puissances administratives qui les broient sans pitié. Elles réussiront quand même, sous l'autorité de la plus âgée , à reprendre conscience qu'elles aussi, même dans leur misère physique et morale,  ont droit à la parole, que c'est un bien inaliénable qu'elles doivent se réapproprier et que c'est grâce à cette parole qu'elles pourront être de nouveau inscrites dans un tissu social, aussi mince soit-il. Au moins, cette convocation  dans un service social aura  eu une utilité , celle de leur redonner espoir ensemble  et  de penser , avec l'appui de chacune d'entre elles , qu'elles ne sont pas seulement des gêneuses mais des être à part entière qui ont des droits, et qu'elles n'ont pas à être ignorées et méprisées par les énarques de tout poil qui sont aux manettes. Le  dialogue est à la fois criant de vérité,mais aussi des plus subtils, doté d'un sous-texte chargé d'émotions. Et comme c'est tout à fait bien dirigé par Didier Perrier, et que les quatre comédiennes- Dominique Bouché, Chantal Laxenaire, Catherine Pinet, Hélène Touboul- font un remarquable travail de création de personnage, le public  est ravi. Malgré une scénographie maladroite et un peu encombrante, le texte   de Mariane Oestreicher-Jourdain passe bien.  Même si les petits monologues/ chansons au micro, qui ponctuent l'action, n'apportent pas grand chose ; la pièce aurait aussi gagné à perdre quelque dix minutes mais ce n'est pas si fréquent d'entendre un texte contemporain de cette qualité; difficile en effet de ne pas être aussi simple,  aussi près des réalités les plus quotidiennes sans être jamais vulgaire, avec une certaine distance entre le propos et une langue qui dénonce  les choses sans pathos inutile mais avec efficacité. L'auteure comme le metteur en scène ont visé juste.
Certes, l'on ne peut être dupe, et Mariane Oestreicher-Jourdain ne l'est  pas : le théâtre- y compris celui d'agit-prop- n' a jamais réussi à réformer une société mais s'il peut, à la mesure de ses moyens , aider  à éveiller les esprits, ce n'est déjà pas si mal. Et que la Région Picardie, qui, elle aussi, doit compter ses petits sous, crise oblige, ait choisi d' aider ses compagnies  à venir en Avignon, sur le plan logistique,  comme l'ont aussi fait d'autres grandes régions françaises, cela correspond à une politique culturelle responsable et intelligente.. . Cela permet  que tout le monde puisse aller à la rencontre de ce type de spectacles dans le Festival Off qui, d'année en année, grignote des parts de marché: bien des spectacles sont sans grand intérêt, c'est incontestable mais celui- ci   fait partie  des meilleurs, disons même d'une certaine aristocratie , celle d'un in dans le off, et dans des conditions exigeantes qui n'ont rien à envier à celle d'un théâtre en ordre de marche d'une ville française: salle correcte, scène de bonnes dimensions et  bien équipée, accueil sympathique … Que demande le peuple? Qu'il soit repris à  Paris assez vite…
Alors à voir? Oui, sans aucun doute.

Philippe du Vignal

Espace Alya  31 bis rue Guillaume Puy, à 18 h 45; il y a un autre spectacle de la même auteure , Ecoute un peu chanter la neige, également mis en scène par Didier Perrier  au Ring 13 rue Louis Pasteur, que nous n'avons pas encore pu voir.

Une journée en Avignon à l’écart du bruit et de la fureur….


 Une journée en Avignon à l'écart du bruit et de la fureur....

avlgnonn007.jpgD'abord à 11 h 30, la grand messe ,disons pour faire court, des Syndicats  et organisations syndicales du Spectacle dans la Cour du Palais des Papes, avec sur la scène le décor d'Apollonia mise en scène de Warilowski que nous irons voir ce soir, et dans les gradins aux trois quarts pleins- soit un millier de personnes, des comédiens, techniciens , quelques figures poltiques dont François Parly, mais aussi de très nombreux directeurs de lieux, y compris Hortense Archambault, directrice avec Vincent Baudriller du Festival d'Avignon, tous inquiets et à juste titre pour l'avenir de la profession du spectacle vivant en France. François Le Pilouer , directeur depuis déjà longtemps du Théâtre National de Bretagne a  d'abord rappelé  avec calme mais fermeté que les trop fameux entretiens dits de Valois, du nom de la rue où officie désormais Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture,avaient été porteurs d'espoir mais qu'ils avaient  finalement  accouché d'une souris.

  En attendant, l'on voit bien qu'effectivement , l'engagement de l'Etat s'effrite  de tous les côtés.  Mais François Le Pilouer a aussi reconnu l'habileté de ce gouvernement à faire passer les pilules amères; le secrétaire adjoint de la CGT pour le personnel du Ministère a dénoncé toute la malfaisance de la RGPP , sigle devenu maudit ( Réduction  drastique des dépenses…) Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point à Paris a mis en garde contre les ouvertures rapides qui sont, a-t-il dit dans un raccourci, autant de fermetures éclair. Ce qui est loin d'être faux!

  Les intervenants ont aussi rappelé avec raison que 80% de la profession gagnait  1, 3 SMIC, qu'un tiers de la profession avait été sortie du régime des intermittents du spectacle, et qu'enfin 1% seulement des intermittents ( les mieux rémunérés évidemment) se partageaient 25 % des indemnités de chômage…. Emmanuel Wallon, professeur d'Université, dans un très court exposé aussi brillant que concis, a fait remarqué qu'il ne pouvait y avoir d'appel à l'Etat qui ne soit aussi  un appel au peuple, et que le gouvernement était   pour le moment ,  passé en force, parce qu'il avait réussi à gagner l'opinion publique., et qu'il fallait donc réfléchir d'urgence à la nature des ripostes et  à recréer un univers de mobilisation générale .

  En effet, comme l'ont rappelé plusieurs intervenants,  de nombreux lieux de spectacle vivant étaient  devenus pauvres, voire exsangues, y compris  certains des plus prestigieux… Il faut tout de même remarquer que, les centres dramatiques et chorégraphiques importants, même s'ils ont dû rogner sur leurs dépenses de personnel, ont quand même en général un niveau de vie que peuvent leur envier bien des compagnies indépendantes qui ne savent même pas de quoi leur avenir est fait.P

 Puis François Le Pilouer a demandé que la salle vote pour l'élaboration d'un loi d'orientation spécifique à la profession du spectacle vivant, ce qui fut fait à l'unanimité moins trois abstentions, pour servir à la fois à des créations d'emplois, à la mise en place de contrats plus longs, et à des augmentations de salaires, et que soit mis d'urgence aux oubliettes cette espèce de monstre mis en place par les amis de M. Sarkozy, sorte de comité d'experts nationaux qui déciderait des grands axes de la création artistique, coiffant ainsi au poteau à la fois les différents structures nationales , notamment les directions régionales des affaires culturelles mais aussi les instances ministérielles. Bref, hier dans la grande cour du palais des Papes, il y avait , enfin, comme le commencement d'une véritable prise de conscience de la situation et de la nécessité d'une  d'unité.

  Le Festival d'Avignon , on l'oublie un peu trop souvent, est aussi un formidable lieu de rencontres professionnelles, tous genres confondus et une chambre d'écho  efficace.Un appel a été lancé pour un grand rassemblement le 21 septembre. A suivre donc…Frédéric Mitterrand aura ainsi l'occasion de mesure l'ampleur du travail qui l'attend; en tout cas, une chose est certaine: la France de la Culture est, elle aussi, entrée dans l'ère de la récession. Bienvenue dans le club….

Philippe du Vignal

Hommage à André Benedetto

Sur la Place des Carmes où est situé son théâtre qui était noire de monde, a eu lieu la cérémonie d'adieu à celui qui fut le premier créateur d'un spectacle off en 1967 ;  le Corse Jean Guérini, avait envoyé un message  émouvant qu'a très bien lu un petit garçon, où il rappelait que ce poète engagé avait aussi accueilli nombre de troupes étrangères dans son théâtre, à une époque où la chose ne passait pas pour évidente.

  Greg Germain , comédien des Caraïbes et directeur de la Chapelle du Verbe incarné, a magnifiquement lu un court poème de Derek Walcott, et a évoqué ses premières rencontres avec Benedetto, ses colères magistrales et sa générosité . Beaucoup d'autres, dont son frère René qui joua aussi dans ses spectacles , ses enfants, petits enfants ont rappelé  le père et le grand-père qu'il avait été, l'homme qui n'avait rien à faire d'une quelconque carrière et  était resté ancré à Tavel comme en Avignon, et n'avait pas cherché à monter à Paris, comme on disait alors. Il y avait aussi sa famille théâtrale: ses comédiens d'abord:  Hélène Raphel et Ludivine Bizot, qui jouent  dans La Sorcière ,  son scénographe Claude Djian, Guy Lenoir, le metteur en scène bordelais qui était à ses côtés depuis tant d'années,et qui rappela qu'il avait reçu généreusement les comédiens de Tananarive et d'Afrique dans son théâtre, Philippe Caubère , comédien et ami de toujours, Clémence Massart, comédienne qui a joué à l'accordéon et à la trompette Le temps des Cerises, Ernest Pignon-Ernest, peintre maintenant renommé , qui fit le décor d'Emballage en 69, Melly Puaux, l'amie et la veuve de Paul Puaux qui succéda à Jean Vilar à la tête du Festival, Jean-Pierre Léonardini, le critique théâtral de L'Humanité, Viviane Théophilidès, comédienne. …

  Tout le monde était bien triste. Mais au moins, comme disent les paysans, le poète et metteur en scène n'est pas parti tout seul, et c'est bien que ,loin du bruit et de la fureur, les quelques centaines d'amis qui, sans doute , ne l'avaient pas tous vraiment connus de près,  aient ce vendredi , le matin devant le Palais des Papes et le soir Place des Carmes aient pris de leur temps pour aller le saluer une dernière fois. C'est en tout cas, encore une page de l'histoire de ce Festival qui se tourne, et André manquera aux siens d'abord et au paysage avignonnais. Chaque fois que nous passerons Place des Carmes, une chose est sûre, nous aurons maintenant et plus qu'avant, une pensée pour lui.

 

Philippe du Vignal

Ph. du V.

Plaisanteries: L’Ours et La Demande en mariage

Plaisanteries: L'Ours et La Demande en mariage d'Anton Tchekov.

Les deux petites pièces de Tchekov sont souvent jouées ensemble et Sophie Bauret a entrepris de les monter avec, évidemment les mêmes trois comédiens. L'Ours est l'histoire de cette veuve plaisanteries4b.jpginconsolable, pour laquelle la vie a perdu tout attrait toute en deuil, qui n'arrête pas de pleurnicher sur son défunt mari, même s'il la trompait copieusement et qui reçoit un propriétaire terrien qui vient lui réclamer une importante somme d'argent -deux traites de 1200 roubles-qui restait à devoir au moment du décès, et dont, dit-il, il a un besoin urgentissime. Mais elle ne peut pas disposer de cette somme  dans l'immédiat. Ce que  ce Grigori Stepanovitch  ne peut admettre,  et le ton monte vite entre les deux, d'autant qu'il n'est pas spécialement diplomate et entend régler l'affaire séance tenante. il crie , tempête, menace mais elle ne lâche rien et accepte de se battre en duel. Le valet qu'elle a appelé à l'aide pour le mettre dehors, n'est pas d'un grand secours…

  Mais, devant tant de détermination, la situation commence à  échapper à  Grigori. ” Le deuil vous va à ravir, lâche-t-il et on devine qu'il commence à être amoureux. Elle, après l'avoir traité de tous les noms, tombe vite dans ses bras. C'est écrit dans une langue simple mais toute en nuances que Sophie Bauret réussit à mettre en scène , malgré quelques petites facilités dans le jeu et  vulgarités dont elle aurait pu se passer ( du genre minauderies du valet qui en fait des tonnes , et petites bouteilles d''eau minérale en lieu et place de la vodka qui volent à travers la scène, costumes  et accessoires improbables)
La  Demande en mariage suit.  C'est encore, d'amour et de sentiments qu'il s'agit,  vu aussi du côté des petits propriétaires terriens que Tchekov connaissait bien. Elle est là, en train d'écosser des petits pois par une chaude après-midi d'été, et lui, un voisin un peu endimanché,  arrive et avoue à son père qu'il veut la demander en mariage. Un peu gêné et ne sachant comment trop aborder le sujet, il parle du temps, de la moisson, comme on fait dans ces cas-là,  et  il évoque , au passage, un champ qui appartient à sa famille. mais elle n'est pas d'accord du tout et lui déclare qu'il fait une grossière erreur, que ce champ en fait est depuis longtemps son bien.

  Là aussi, le ton monte vite mais elle est très déçue quand elle apprend qu'il est parti et le fait rappeler aussitôt; le père les sommera alors de se marier. Ce qu'ils feront bien entendu. C'est  écrit dans une langue merveilleuse, toute en nuances subtiles. Sophie Bauret, qui a pris le parti de renoncer à tout réalisme,embarque cette petite comédie, dans une espèce de mise en scène clownesque: Marie Viaz est habillée en grande jupe de mousseline bleu pâle, et on y va :  roulements d'yeux, gestes faciles, n'importe quoi considéré comme gagesque : tout tombe évidemment à plat. Maria Vaz qui était tout à fait bien dans L'Ours, est ici assez peu convaincante, comme les deux comédiens, Frédéric Imbard et Sylvain Favreuille, ils en font tous les trois les tonnes souhaitées par la metteuse en scène qui aurait dû avoir un minimum d'exigence, dans sa direction d'acteurs. Et mieux vaut oublier très vite les choses chichiteuses qui font office de scénographie..
Et évidemment, Tchekov, cela résiste, on n'en fait pas n'importe quoi sans y laisser des plumes et l'ensemble laisse donc le goût d'une expérimentation clownesque, assez douteuse, entre élèves d'un cours de théâtre,  quand ils cherchent des choses en privé qui, éventuellement, un jour peut-être, si tout va bien, pourra, et encore, être introduit dans un spectacle, à condition qu'un véritable metteur en scène contrôle les choses.. Mais , quand il y a un public, on peut toujours appeler cela Plaisanteries! , le compte n'y est pas du tout. On n'a pas le temps de s'ennuyer mais on sort de là quelque peu perplexe…. d'autant plus que le spectacle a remporté le 2 7 ème Prix  Coup de coeur du Club de la Presse d'Avignon en 2008. Intelligente Sophie Bauret, gardez l'énergie dont vous faites preuve et  ressaisissez -vous, reprenez tout à zéro,et entourez-vous d'un dramaturge et d'un scénographe… et  votre spectacle aura une autre allure….
A voir? Oui, pour Marie Viaz dans L'Ours mais vraiment , à éviter si vous appréciez Tchekov ;  essayez plutôt de voir, si vous êtes par là, le très tonique et très réjouissant  Vania à la campagne du Théâtre de l'Unité, mise en scène d'Hervée de Lafond et Jacques Livchine qui se balade cet été en Ardèche; allez, pour vous consoler, une petite pour la route: ” Ce sont les les vivants qui ferment les yeux des morts mais ce sont les morts qui ouvrent les yeux des vivants”. Merci, grand Anton, et n'oubliez pas justement le cortège en hommage à André Benedetto , le premier metteur en scène à avoir joué off en 1967 et disparu ce 13 juillet, qui partira du Palais des Papes jusqu'à son théâtre Place des Carmes   CE SOIR À  17 HEURES. ( Admirez au passage l'art de la transition duvignalesque)

Philippe du Vignal

Théâtre Le Grand Pavois, 13 rue la Bouquerie. Avignon.

La Pleurante des rues de Prague

La Pleurante des rues de Prague de Sylvie Germain, adaptation, conception, jeu  de Claire Ruppli.

photo3lapleurante.jpgC'est, l'histoire d'une rencontre avec une géante qui apparaît dans les rues de Prague,  écrit par l'auteure fort estimable qu'est Sophie Germain qui a vécu dans cette ville. Il y a dans ce très beau récit comme une sorte de mémoire de ce que la cité a pu vivre , de tous ses habitants disparus,  de Terezin, le camp nazi réservé aux artistes, dont le Théâtre de l'Unité avait su rendre le destin tragique il y a une dizaine d'années., mais aussi du fameux poète Bruno Schulz, froidement abattu dans  le dos , qui  avait écrit Les Boutiques de cannelle dont s' était inspiré le grand artiste polonais Tadeusz Kantor.  Le texte est écrit dans une très belle langue, à la fois précise et musicale,  dont Claire Ruppli a écrit une adaptation, puis conçu une mise en scène puis enfin joué, seule dans une petite chapelle.
Cela commence plutôt mal: quelques minutes dans le noir , qui font présager le pire, mais, même si Claudel a écrit que le pire n'était pas toujours sûr, cette  fois le pire arrive:  une espèce de logorrhée insupportable avec une  mise en scène pathétique d'inexistence. Claire Ruppli est là dans ces quelques mètres carrés sous une voûte  où le son se réverbère, pieds nus en imperméable clair, à essayer de nous persuader du bien fondé de son entreprise. Et l'ennui tombe implacable pendant une heure qui en parait presque deux. Il y a bien quelques petits effets sonores intéressants, en particulier ceux d'une gare d'autrefois qui n'auraient pas déplu à  Znorko, le metteur en scène marseillais. Mais cela ne fait pas évidemment  un spectacle….

  Décidément , les chapelles , grandes ( hier pour Le Sermon sur la Mort de Bossuet), aujourd'hui pour cette Pleurante) ne portent pas chance aux monologues! On veut bien que Claire Ruppli, après quelques nuits passées à lire et à relire le texte de Sylvie Germain, ait eu envie de faire passer cette écriture au théâtre, mais, une fois dissipée cette espèce de fièvre qui peut tous nous prendre après une lecture, comment cette comédienne n'a-t-elle pas eu l'intuition qu'elle faisait fausse route? Le mystère reste entier mais, en tout cas, c'est le public qui paye cher  ce manque de lucidité…. et cette bêtise théâtrale Alors, à voir? Oui, si voulez être bien au frais pendant une heure, mais il vaut mieux être  un peu moins au frais et libre de partir quand vous voulez, dans le merveilleux jardin qui jouxte la Chapelle…

Philippe du Vignal

Théâtre des Halles, à 17 heures , jusqu'au 30 juillet.

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LA PLEURANTE DES RUES DE PRAGUE  Théâtre des Halles 16 juillet De Sylvie Germain, adaptation, conception et jeu de Claire Ruppli

Echouée au Théâtre des Halles après avoir raté une pièce de Dominique Paquet, je n’ai rien compris à ce monologue sur Prague, hormis un passage sur une envolée de cygnes. 

Edith Rappoport

Le Sermon sur la Mort de Jacques- Bégnine Bossuet

Le Sermon sur la Mort de Jacques- Bégnine Bossuet, mise en scène et interprétation de Patrick Schmitt.

bossuet.jpg  “Me serait-il permis aujourd'hui d'ouvrir un tombeau devant la Cour? Je ne pense pas que des chrétiens doivent refuser d'assister à ce spectacle.” Ainsi commence le célèbre Sermon sur la mort que  Bossuet , prononça  le 22 mars 1642 devant Louis XIV et la Cour , et que Patrick Schmitt, après Notre Dame et Saint-Eustache à Paris, et les cathédrales de Dijon, Metz et Meaux ,  présente aujourd'hui dans la très belle chapelle de la rue Calvet. C'est un édifice, rond, datant de 1710, cinq ans avant la mort de Louis XIV,  restauré en 2006 , en pierre blanche, surmonté d'une coupole avec un autel principal et plusieurs petits autels secondaires. Avec de magnifique proportions.
 La voix grave de Patrick Schmitt s'élance majestueuse, et les périodes de Bossuet  sur la vanité de l'existence humaine, s'envolent, mues par une diction et une gestuelle parfaite. Et c'est un très beau travail de comédien qu'il faut saluer. Mais cette chapelle n 'était sans doute pas le lieu capable d'accueillir ce Sermon sur la Mort. D'abord parce que cette chapelle est encombrée d'une sculpture en bois délavé et de sable gris, de calebasses et d'un synthétiseur, qui doivent évidemment servir pour un spectacle précédent ou ultérieur, selon la dure loi du off où les spectacles se succèdent à un rythme  effréné, et cela parasite visuellement les choses …
  D'autre part, il n'y pas ici de chaire, (comme le montre abusivement l'affiche du spectacle), et cela change tout; en effet, le rapport entre l'évêque, représentant de Dieu et  les fidèles de l'église à qui s'adressait ce sermon dépendait aussi de cette situation dans l'espace très particulière, et les architectes au service de l'institution catholique étaient aussi de singuliers scénographes qui avaient bien compris les choses… Comme , ici, il n'y a que des gradins métalliques avec d' horribles sièges coques, placés en travers de la chapelle, le moins que l'on puisse dire est que rien n'est dans l'axe et que Patrick Schmitt , habillé non pas d'un habit sacerdotal qu'il aurait été pourtant facile de trouver, mais d'une espèce d'invraisemblable -et très laide- grande robe noire, bordée de parements dorés,  est debout face public, tout est faussé. Désolé, mais un vrai et bon scénographe n'aurait jamais laissé faire cela. S 'il n'y avait pas de chaire dans cette chapelle,  c'est que l'on ne prononçait sans doute pas de grand sermon comme celui-ci, et qu'il n'y avait donc pas  cette réverbération sonore insupportable qui pollue dès le début le sermon!
  Alors, on  a un beau faire un effort mais très vite, on finit  par décrocher, et c'est vraiment  dommage. Bien joli de vouloir à tout prix venir jouer  en Avignon mais encore faudrait-il choisir un lieu adapté au  propos. Au final, malgré  un travail de comédien tout à fait respectable mais  un spectacle raté que vous pouvez vous épargner. Il vous faudra revoir Patrick Schmitt dans des conditions scénographiques correctes. Désolé, mais même si l'on n'est pas chrétien et, n'en déplaise à M. Sarkozy qui ne doit pas plus aimer Bossuet que La Princesse de Clèves, ce Sermon sur la Mort  est un des grands textes français et n'a pas à être maltraité.

Philippe du Vignal

Tous les jours à la Chapelle de l'Oratoire à 16 heures ,32 rue Joseph Vernet.

Sortie d’André Benedetto


  Sortie d'André Benedetto   ( 14 juillet 1934- 13 juillet 2009).  andrbenedetto2003copie.jpg

    La petite planète théâtrale est un fois de plus en deuil ! Après  Roger Planchon et Pina Bausch, et un ami personnel,cela commence à faire beaucoup en quelques semaines….. André Benedetto s'est éteint lundi, la veille du 14 juillet où il aurait eu 75 ans. C'est , sauf erreur, la première figure historique du Off, dès 1967,  du temps où Vilar était encore directeur du in .Le off se développa ensuite mais, à petite vitesse,  et encore assez méprisé par la profession et par les metteurs en scène du in. Mais, à l'heure actuelle, s'il y a tout du meilleur au pire.., c'est de cette aventure hors normes et courageuse que naquit le Off avec le succès que l'on connaît. Et la première fois que nous l'avions vu, c'était , en 67,  au Théâtre Daniel Sorano avec un texte de lui, à la fois  d'une grande qualité poétique et singulièrement décapant: Zone rouge, feux interdits, qu'il avait lui-même mis en scène.
   Il dirigeait encore, malgré de sérieux soucis de santé, son petit Théâtre, Place des Carmes, où il accueillit notamment Philippe Caubère. On ne pouvait pas être toujours d'accord avec ses mises en scène, et je me souviens de singulières passe d'armes avec lui car il supportait mal que l'on critique si peu soit-il, cerains aspects de ses créations et ne prenanit aps de gants pour vous le dire ( Edith Rappoport en sait quelque chose  et sétait faite abruver d'injures pour les mêmes raisons… Mais c'était un homme entier et engagé, et un bon écrivain; il  lui sera rendu vendredi à 17 heures un hommage  en forme de cortège qui partira du Palais des Papes pour se rendre  jusqu'à  son théâtre , Place des CarmesLa quasi totalité des jeunes troupes ignore son nom- et c'est normal, puisqu'il faisait partie de la génération de leurs grands parents, mais André Benedetto restera dans notre mémoire à tous qui avons fréquenté ce festival depuis longtemps. Il fait désormais partie de l'histoire du Festival d'Avignon, et l'histoire du théâtre français. Salut André.

Philippe du Vignal

N'oubliez donc pas de venir lui rendre hommage demain vendredi, si vous êtes en Avignon. 

CONFIDENCES À ALLAH

CONFIDENCES À ALLAH  Théâtre du Chêne Noir 15 juillet
De Saphia Azzedine, mise en scène Gérard Gélas

Alice Belaïdi, issue des ateliers de pratique théâtrale du Chêne Noir, incarne Jbara une jeune fille issue d’une campagne profonde du Maroc, subissant les pires avanies comme domestique, puis prostituée, enfermée trois ans en prison suite à une partouze organisée par son riche souteneur en fuite. Sous une fausse identité, elle finit par épouser un imam, le seul à lui manifester de l’amour à la veille de sa mort. Mais comme une litanie, reviennent ses prières à Allah qui la soutiennent et lui conservent une véritable force de vie.  Seule en scène, au pied d’une immense barre drapée de noir puis de blanc, Alice Belaïdi, jamais désespérée porte l’espoir de la vie malgré tout.

Edith Rappoport

LES INEPTIES VOLANTES

LES INEPTIES VOLANTES Cloître des Célestins 15 juillet
De Dieudonné Niangouna et Pascal Conte
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Dieudonné Niangouna raconte sa traversée des trois guerres civiles subies par le Congo Brazzaville en 1993, 1997, 1998, l’horreur de ces événements et sa survie miraculeuse. Seul en scène, accompagné de façon étrange à l’accordéon par Pascal Contet, il se dissimule malheureusement derrière des effets techniques compliqués. On ne voit pas son visage, on entend mal son texte dont la force dramatique se dilue. On est loin de la simplicité d’une saison de machettes de Jean Hatzfeld monté par Dominique Lurcel. Trop de technique tue l’émotion !

Edith Rappoport