Maraina. L’aventure des premiers Réunionnais
Sylvia Monfort
Maraina. L’aventure des premiers Réunionnais
Maraina, colonisation et passion sur la scène du théâtre Sylvia Monfort, lors du passage de la troupe Vollard à Paris à la fin de juin. Cette deuxième version a bénéficié d’un dispositif scénique perfectionné, à la différence des systèmes sonores et lumières qui laissaient à désirer au théâtre Jean Vilar à Vitry où Maraina avait fait sa première parisienne en octobre 2008. Ici, la musique a récupéré toute sa profondeur et la qualité de l’orchestre, recruté localement, a bien affirmé sa maturité.
Il faut absolument signaler la venue de Vollard à Paris car cette troupe a laissé et continuera à laisser des traces importantes dans son sillage.
Vollard est à l’origine de la modernité scénique à la Réunion. Paradoxalement, les autorités locales l’empêchent désormais de produire ses spectacles sur le territoire car Emmanuel Genvrin, son fondateur et celui qui fournit tous les textes de ses spectacles, connaît bien l’histoire coloniale de l’Océan indien. Ses lectures précises, bien documentées, inspirées d’une vision populaire de l’histoire et surtout le résultat de recherches méticuleuses, ont souvent révélé des éléments ’oubliés’, voire gênants, de l’histoire officielle et son désir de dénoncer certaines interprétations du passé lui a attiré des ennuis.
Désormais il revient au théâtre lyrique, en partenariat avec le compositeur, musicien et chef d’orchestre Jean-Luc Trulès qui a accompagné le travail de Vollard dès ses débuts dans les années 1970.
Maraina, princesse légendaire du groupe malgache Antanosy, et maitresse de Louis Payen, gérant de la petite compagnie française (1642) avant qu’elle ne devienne la Compagnie des Indes, est aussi convoitée par Jean Managna, chef du groupe malgache dissident Masikoro. Ce guerrier violent et fougueux, (chanté par le baryton Steeve Heimanu Mai) , propulsé par un irrépressible esprit de liberté, incite les travailleurs malgaches à résister aux colons français (ici, on ne parle pas encore d’esclavage pour cette période particulière). La rivalité entre le chef malgache et Louis le Français, par rapport à Maraina : « sorcière » disent les uns, « ange » disent les autres, crée une tension meurtrière sur fond de résistance anticoloniale, qui fait de ce spectacle à la fois un drame romantique et une leçon fascinante de la présence malgache dans l’histoire de la colonie française à la « Mascareigne », devenue par la suite l’Ile Bourbon et finalement l’Ile de la Réunion.
Mais c’est aussi par la musique que la « postmodernité » du pays est signifié puisque les sonorités vocales et instrumentales aux réminiscences de Stravinsky, de Debussy, des traditions musicales malgaches, les conventions de l’opéra romantique européen et les échos de jazz moderne produisent une harmonie transculturelle parfaite, la célébration d’un métissage musical qui signifie l’émergence d’une nouvelle société moderne.
À part les belles voix de Maraina (la mezzo soprano ’Aurore Ugolin ), de la jalouse Ravelo ( la soprano Landy Andriamboavonjy), et du « Roi Soleil » (le baryton Josselin Michalon) il y a le décor éblouissant de Hervé Mazelin. Visions filmiques qui nous transportent de la mer vers les hauts des « cirques », restes des volcans qui façonnent le paysage montagneux du paysage réunionnais où les Marrons se sont retirés pour fonder leurs propres sociétés. Les images filmées projetées sur le fond de l’espace scénique, s’opposent au décor minimaliste et fortement illuminé, coupé en bandes horizontales par des étendues de couleurs qui créent une surface d’une pureté formelle évocatrice des visions scénographiques de Bob Wilson. La fracture visuelle et auditive entre une esthétique scénique moderne et le récit d’une ancienne aventure historique était très puissante.
Vollard reviendra. La troupe a désormais créé un nouveau genre, l’opéra lyrique d’outre-mer , une forme qu’il faudra suivre avec la plus grande attention.
Alvina Ruprecht
Paris 2009
*car sous l’influence de … XXX .confrérie l’esclavage a été banni de Fort-Dauphin (‘Grande Ile’ de Madagscar) C’EST DANS LE PROGRAMME DE MARAINA





