Fada rive droite

Fada rive droite (divertissement africain à trois fins)

cielabarracavisuel.jpg   Un rade, un endroit où l’on peut être en rade entre amis, au moins. Avec même une dose très limitée d’espoir qui monte avec la fumette, et la musique. Dansons la danse mélancolique des filles séduites, des enfants morts, des “père Noël“qui font pleuvoir les stylos Bic et soyez contents, et de la pluie qui tombe trop ou pas assez, au gré de la magie des marabouts, un coup de chance, un coup d’pas d’chance. Margouillats et magouilleurs : le margouillat – le lézard – fuit l’homme, et l’homme,  à la vue du magouilleur, devrait prendre ses jambes à son cou. Cours, camarade !
La petite bande du Fada est gaie et triste, mais plutôt gaie quand même, parce que le copain a promis qu’il écrira, et qu’il écrit. On ne vous révélera pas la trouvaille qu’il a faite pour vous permettre d’“exoder“ en UE, elle vaut son pesant de sacs de riz (devant les caméras).
La pièce d’Arezki Mellal est d’autant plus gaie qu’elle ne ment jamais, que chacun en prend pour son grade, et son fait, et qu’elle ne console de rien. Mieux que ça : à toute vitesse et sans passer sur rien, elle avance, en une langue dansée, rythmée, vers une réjouissante lucidité. Toujours cette question : qu’est-ce qu’on applaudit ? On applaudit la danse, on danse, et puis on se tait, on sait que tout ne finit pas par des chansons. On a  compris quelque chose du monde, ensemble, et on applaudit. Au Fada, le théâtre populaire se porte bien.

Christine Friedel
Le Gilgamesh, à 17h45, jusqu’au 31 juillet. Mise en scène de Nabil el Azan, avec Jean-Baptiste Anoumon, Frédéric Kontogom, Nina Nkundwa, Dramane Dembélé (musicien).


Archive pour 24 juillet, 2009

Cailloux

Cailloux, concerto pour marionnette et contrebasse

Pas de « Il était une fois » : Cailloux se joue au présent, et en présence d’un merveilleux contrebassiste (Jean-Luc Ponthieux) et de trois interprètes peu ou pas du tout causants, Yasuyo Mochizuki et Claire-Monique Sherer, les deux filles complices, avec ce que cela comporte de coups tordus et chiens-de-ma-chienne, et Brice Coupey, le garçon qui n’a pas de chance, qui se cogne partout et a mal à sa marionnette.
Car  chacun porte sa pierre, dans un petit sac de toile. C’est lourd, ça vous tire vers le bas, tandis que les cintres du théâtre s’envolent. Ça vit, surtout, devenu marionnette, avec des visages de dessins d’enfants, à égalité avec les acteurs, l’émotion, l’action passant de l’un à l’autre, et pas forcément dans le sens du “manipulateur “. Cailloux est une lumineuse réflexion théorique sur l’art de la marionnette en même temps qu’un concentré de questions et de réponses sans paroles. Poids le la tête et légèreté de la musique, répétition du « aïe » d’un pied par ailleurs virtuose, toc-toc du doigt contre une toile, l’illusion et son “truc“ dans le même geste : voilà de la philosophie en actes, à la portée des enfants, et à leur hauteur. C’est ce que dit leur rire.

Christine Friedel
Espace Alya, 10h30, jusqu’au 31 juillet. Spectacle de pierre Blaise, marionnettes de Véronika Door, gréements Andrew Kulesza, Lumières Gérald Karlikow.

Monsieur de Pourceaugnac


Monsieur de Pourceaugnac

Isabelle Starkier est une habituée du festival d’Avignon Off. Cette année, pas moins de quatre mises en scène à l‘affiche : deux spectacles pour enfants (Quichotte et Scrooge), Le Bal de Kafka et Monsieur de Pourceaugnac. Une spectatrice, à la sortie de ce dernier spectacle, a parfaitement résumé l’impression reçue : «  je n’ai pas beaucoup ri, mais ça m’a plu. Peut-être, à certains moments, ça criait trop. Mais ça m’a plu ». Étrange plaisir, en effet, que de voir dans sa parfaite cruauté une pièce de Molière peu jouée, pour cette raison même. Le pauvre Limousin (Pierre, Michon, nous pensons à vous !) venu épouser une jeune Parisienne est torturé par la médecine, pillé et menacé par une justice sans foi ni loi, déchiré par deux prétendues épouses délaissées, Molière reprenant au bénéfice de deux mystificatrices la scène de Dom Juan entre Charlotte et Mathurine. Tout cela joué en sous-main par les amoureux et leurs agents à gages.
Le coup d’audace, la réussite, et aussi le problème, sont là : à l’exception de monsieur de Pourceaugnac, seul être humain normal et raisonnable, tous les rôles sont tenus par quatre comédiens qui passent en virtuoses des amoureux aux médecins, de la vieille mère autoritaire et dupe (elle aussi…) à la servante aux poches grandement ouvertes, du Napolitain de service – on devrait dire de sévices – à tel ou tels des tortionnaires du pauvre provincial. Le travail est d’une précision réjouissante : masques, gestes, intonations, tout s’ajuste dans un rythme impeccable. Mais, mais, mais… Ce n’est pas pour le plaisir de n’être jamais tout à fait content, non. C’est juste une ou deux questions : faut-il vraiment que les méchants aient à ce point une tête de méchants ? Défoulement ? Consolation du fait que, dans la vie, ils ont une tête comme vous et moi et qu’on ne les reconnaît pas au premier coup d’œil ? Et si c’était un plaisir propre au théâtre, ce tiraillement entre la compassion pour la victime et les délices de notre propre sadisme ?

Christine Friedel
Fabrik’ théâtre, à 16h30, jusqu’au 31 juillet. Avec Eva Castro, Daniel Jean, Pierre-Yves Le Louarn, Stéphane Miquel, Sarah Sandre.
Quichotte et Scrooge à la Salle Roquille, Le Bal de Kafka au Théâtre de Halles.

Pas de prison pour le vent

Pas de prison pour le vent

Ça souffle : dans cette villa de la Guadeloupe, Gerty Archimède, avocate et députée, et sa sœur Raymonde, sœur Suzanne en religion, attendent le cyclone. Arrive un autre cyclone : Angela Davis, en escale venant de Cuba, arrêtée avec ses compagnons portoricains par un douanier trop zélé. Et voilà en présence, sous l’aile bienveillante d’un “homme de maison“ peu causant mais doté de guitares sensibles, trois forces, trois vents. Gerty-la-révolte sait se taire quand il faut, plier, contourner, sans jamais mentir ni lâcher quoi que ce soit : elle se sert à fond de l’outil qu’elle a créé en se faisant avocate. Inébranlable. Angela-la-forte révèle ses faiblesses : le traumatisme insurmontable de la prison, de l’amour massacré, de l’écrasant déni de justice. Alain Foix ne nous présente pas la femme leader, mais la femme écorchée, à bout, impatiente. Mais, naturellement, c’est Sœur Suzanne-la douce qui va dénouer les choses, en les ramenant à leur petite dimension  pratique – où l’on voit que le Ciel conduit au terre-à-terre -. Et dehors, le vent souffle, tandis que se construit cette dialectique qui unit nos trois voix.
La mise en scène d’Antoine Bourseiller a la force de sa simplicité (encore que le démarrage de la pièce, très lyrique, fasse un peu pléonasme avec le texte), et les interprètes mènent remarquablement l’affaire, captivant de plus en plus le spectateur au fil de la représentation.

Christine Friedel
Au Petit Louvre (Templiers), à 12h40, jusqu’au 31 juillet. Avec Sonia Floire, Marian Mathéus, Mylène Wagram et Alain Aithnard.

Cérémonies

Cérémonies

Jumeaux, faux jumeaux, ou les deux orphelins : deux garçons déjà rivaux pour les filles, et encore assez gamins pour leurs jeux de menteurs, inventent de curieuses “cérémonies“ où l’un trouve sa jouissance à écouter l’affabulation de son malheur et l’autre à la lui donner, ou non. « Mens ! », dit l’un. « Si je veux ! », répond l’autre. C’est ce qu’ils appellent une cérémonie, ça en a la gravité, l’intensité, avec des pauses, rares, où l’on dit « Pouce ! ». Dominique Paquet s’est inspirée de la vie de Jean Genêt, des vérités et inventions qu’il a données de son enfance “à l’assistance“, dans sa ferme du Morvan, du besoin d’entendre sa vie transformée sinon en destin, du moins en épopée. Elle y a trouvé – peut-être sans l’avoir cherchée – une image de l’écrivain, tiré, tenu malgré lui par son destinataire.
Le dispositif (de Goury), toupie, culbuto, “assiette au beurre “ des jeux de foire, met les garçons – parfaitement athlétiques et adroits – en déséquilibre, cela tient du jeu et du danger. Trop de transpiration, quand même, pour l’exigeant “bourreau“. La jeune fille arrive comme principe de réalité : on ne joue plus. Dommage qu’à ce moment la mise en scène n’ait pas su changer d’énergie.

Christine Friedel

 Au Ring, à 15H30, jusqu’au 31 juillet. Mise en scène Patrick Simon, avec Ariane Simon, Julien Bouanich, Sylvain Levitte.

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