Monsieur de Pourceaugnac


Monsieur de Pourceaugnac

Isabelle Starkier est une habituée du festival d’Avignon Off. Cette année, pas moins de quatre mises en scène à l‘affiche : deux spectacles pour enfants (Quichotte et Scrooge), Le Bal de Kafka et Monsieur de Pourceaugnac. Une spectatrice, à la sortie de ce dernier spectacle, a parfaitement résumé l’impression reçue : «  je n’ai pas beaucoup ri, mais ça m’a plu. Peut-être, à certains moments, ça criait trop. Mais ça m’a plu ». Étrange plaisir, en effet, que de voir dans sa parfaite cruauté une pièce de Molière peu jouée, pour cette raison même. Le pauvre Limousin (Pierre, Michon, nous pensons à vous !) venu épouser une jeune Parisienne est torturé par la médecine, pillé et menacé par une justice sans foi ni loi, déchiré par deux prétendues épouses délaissées, Molière reprenant au bénéfice de deux mystificatrices la scène de Dom Juan entre Charlotte et Mathurine. Tout cela joué en sous-main par les amoureux et leurs agents à gages.
Le coup d’audace, la réussite, et aussi le problème, sont là : à l’exception de monsieur de Pourceaugnac, seul être humain normal et raisonnable, tous les rôles sont tenus par quatre comédiens qui passent en virtuoses des amoureux aux médecins, de la vieille mère autoritaire et dupe (elle aussi…) à la servante aux poches grandement ouvertes, du Napolitain de service – on devrait dire de sévices – à tel ou tels des tortionnaires du pauvre provincial. Le travail est d’une précision réjouissante : masques, gestes, intonations, tout s’ajuste dans un rythme impeccable. Mais, mais, mais… Ce n’est pas pour le plaisir de n’être jamais tout à fait content, non. C’est juste une ou deux questions : faut-il vraiment que les méchants aient à ce point une tête de méchants ? Défoulement ? Consolation du fait que, dans la vie, ils ont une tête comme vous et moi et qu’on ne les reconnaît pas au premier coup d’œil ? Et si c’était un plaisir propre au théâtre, ce tiraillement entre la compassion pour la victime et les délices de notre propre sadisme ?

Christine Friedel
Fabrik’ théâtre, à 16h30, jusqu’au 31 juillet. Avec Eva Castro, Daniel Jean, Pierre-Yves Le Louarn, Stéphane Miquel, Sarah Sandre.
Quichotte et Scrooge à la Salle Roquille, Le Bal de Kafka au Théâtre de Halles.

 


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