Chalon dans la rue par Edith Rappoport

image4copie.jpgLE PASSAGE ET PEDIGREE  Chalon dans la rue Compagnie Pernette/Association NA, musique de Franck Gervais
Sur une table de dissection, un savant fou manipule deux corps, les tord, les malaxe, les transforme. Dans cette belle cour, le public se laisse fasciner par la précision desgestes des quatre danseurs, la subtilité avec laquelle il se laissent malaxer. La musique de Franck Gervais, à la manière d’Artaud donne une dimension étrange à ce court spectacle qui nous emmène très loin. Nathalie Pernette donnait aussi les miniatures, séquences de quelques minutes dans différents endroits de Chalon, que je n’ai pas pu voir.

 

SOURCE  CHALON DANS LA RUE Parcours organique et sonore de Tricyclique Dol (Besançon), conception de Ben Farey
Décidément la Franche-Comté engendre de prolifiques artistes. On est convoqués place ronde pour suivre des bruits, des rythmes émanant de tuyaux, de poubelles, de portes-bagages de bicyclettes. On suit ce dédale à travers les rues de ce quartier tranquille pour arriver dans un beau jardin, sous les arbres, une installation à l’intérieur d’un grillage circulaire, un système complexe de gouttes à gouttes arrosant des plantes. C’est l’origine des bruits que l’on entend sur le parcours et en même temps très beau. Comme Camille Perreau, cette bande d’inventeurs étranges laisse des images fortes.

 

CAUSE TOUJOURS BARBE BLEUE  Chalon dans la rue de et par Titus
Titus, c’est un pseudonyme de cet étonnant comédien qui fait partie de la bande d’OPUS, il a aussi longtemps accompagné Yannick Jaulin, raconte à sa manière l’histoire de Barbe bleue en se moquant des conteurs qu’il connaît bien. Il roule des mécaniques, éructe, joue faux, se moque, nous sommes pliés de rire !

 

MEMENTO Chalon dans la rue Komplex Kapharnaüm, conception Pierre Duforeau
Comme son nom l’indique, cette troupe bizarre met les villes sans dessus dessous. Après SquareE, vu sur les flancs des HLM de Calais et PlayRec sur la disparition d’une usine de velours dans les rues d’Amiens, ce Memento aborde les résistances à l’oppression abjecte qui frappe les immigrés de tous bords. L’équipe de 8 interprètes se déplace rapidement dans les rues avec des petits chariots projetant sur les murs des textes et des photos sur des affiches collées à toute allure. On y lit les raisons des poursuites, « a sifflé l’hymne national,, a hébergé des gens …» ou encore « embrasser tout ce qui a le visage de la colère et n’élève pas la voix ». On peut aussi voir un film, Chaban-Delmas venant inaugurer les HlM de Nanterre après laz destruction des bidovilles des années 60. Une belle force poétique et social


2 UN ÉTAT DES LIEUX  Chalon dans la rue Cheftaine d’idées et patchworkeuse d’installations Camille Perreau, artistique supervisor Servane Deschamps, compagnie Entre chien et loup.
Camille Perreau a le sens des installations, elle sait créer des univers étranges qui vous embarquent dans des voyages intérieurs bouleversants. J’avais vu en 2002, (dans quel festival ?) Les lampes de Paulette Wolkenwürze dont je conserve un souvenir très fort, sans pour autant pouvoir le restituer…Cet État des lieux précédé du chiffre 2, comme celui qui nous est attribué partout, à la sécurité sociale comme ailleurs, partout derrière les hommes, c’est une installation dans un appartement sur la place de l’hôtel de ville, avec des photos, des objets, des enregistrements, notamment sur l’orgasme à l’intérieur d’un petit igloo blanc. Marie Pascale Grenier s’assied sur une balançoire pour raconter posément le calvaire d’une femme battue et violentée par son mari pendant plus de 20 ans. On en sort remués, troublés, c’est du grand art qui ne dit pas son nom

 

JAMAIS 203  Chalon dans la rue  Générik Vapeur, trafic d’acteurs et d’engins
Pierre Berthelot et Cathy Avram ont voulu après 17 ans, rendre hommage au tour de France qu’ils avaient célébré avec « La petite reine » en 1992. Sur les bords de la Saône, une immense caravane publicitaire plus vraie que nature avec un empilement de vélos sur de grands camions, une caricature des comportements absurdes et des vociférations publicitaires. Nous suivons  quelques instants sans assister au final.

 

ALTERNATIVE LIVRE  Cour du musée Niepce Chalon dans la rue  Compagnie les chercheurs d’air (Franche Comté)
Un couple de militants associatifs en grande tenue milite sous une bannière « Arrêter de lire, c’est possible ! ». Le plus sérieusement du monde, ils expliquent que la lecture est la source de tous les maux dans notre société. Jusqu’à ce que l’assistante, bascule dans la fascination de la lecture d’un texte à perte de vue…Dominique Comby et Dominique Lemaître qui mènent depuis une quinzaine d’années un beau parcours dans le théâtre de rue, dernièrement avec Le S.A.M. et Ramdam, font preuve d’une belle présence dans ce duo insolite.

 

UN ROI ARTHUR  Cour du musée Niepce Chalon dans la rue Opéra pour fanfare et trois chanteurs d’après Henry Purcell, arrangements d’Antoine Rosset et Serge Serafini, mise en scène Étienne Grebot,
les Grooms Nés en 1985 dans le train Paris-Pékin 450 jeunes à la rencontre de la Chine dans le sillage du Théâtre de l’Unité, les Grooms ont égayé les foules dans les rues sur quatre continents. Après La flûte en chantier, La tétralogie de quat’sous, deux opéras pour la rue qu’ils ont beaucoup joué en particulier en Angleterre, le Royal National Theater et le Kultursommer Rheinlandplatz en Allemagne leur ont passé commande d’une mise en scène de cet étrange et célèbre opéra de Purcell, sur un livret de Dryden. Avec leur savoir-faire consommé dans les adresses ironiques aux spectateurs, les cinq grooms interpellent le public pour brosser à gros traits l’essentiel de la fable obscure du Roi Arthur , un affrontement entre Saxons et Bretons au 4e siècle de notre ère. Et l’opéra s’ouvre sur les cuivres, l’entrée du roi Arthur contre-ténor et d’Emmeline émouvante soprano. Interprété avec des accessoires de bric et de broc, des fausses barbes, un traitement en cinéma muet avec des pancartes déployées par le trompettiste, une scène de pastorale où des moustiques de bande dessinée viennent déranger la couronne de fleurs du contre-ténor, la grande cape enveloppant le méchant Osmond, bon ténor en même temps que saxophoniste , ce Roi Arthur qui doit encore trouver ces marques, est prometteur. Entre ironie et émotion, on retrouve à travers les rires la vraie beauté de cet opéra dont Klaus Nomi a popularisé le Chorus of cold people

 

Edith Rappoport

 

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