Le Sermon sur la Mort de Jacques- Bégnine Bossuet

Le Sermon sur la Mort de Jacques- Bégnine Bossuet, mise en scène et interprétation de Patrick Schmitt.

bossuet.jpg  « Me serait-il permis aujourd’hui d’ouvrir un tombeau devant la Cour? Je ne pense pas que des chrétiens doivent refuser d’assister à ce spectacle. » Ainsi commence le célèbre Sermon sur la mort que  Bossuet , prononça  le 22 mars 1642 devant Louis XIV et la Cour , et que Patrick Schmitt, après Notre Dame et Saint-Eustache à Paris, et les cathédrales de Dijon, Metz et Meaux ,  présente aujourd’hui dans la très belle chapelle de la rue Calvet. C’est un édifice, rond, datant de 1710, cinq ans avant la mort de Louis XIV,  restauré en 2006 , en pierre blanche, surmonté d’une coupole avec un autel principal et plusieurs petits autels secondaires. Avec de magnifique proportions.
 La voix grave de Patrick Schmitt s’élance majestueuse, et les périodes de Bossuet  sur la vanité de l’existence humaine, s’envolent, mues par une diction et une gestuelle parfaite. Et c’est un très beau travail de comédien qu’il faut saluer. Mais cette chapelle n ‘était sans doute pas le lieu capable d’accueillir ce Sermon sur la Mort. D’abord parce que cette chapelle est encombrée d’une sculpture en bois délavé et de sable gris, de calebasses et d’un synthétiseur, qui doivent évidemment servir pour un spectacle précédent ou ultérieur, selon la dure loi du off où les spectacles se succèdent à un rythme  effréné, et cela parasite visuellement les choses …
  D’autre part, il n’y pas ici de chaire, (comme le montre abusivement l’affiche du spectacle), et cela change tout; en effet, le rapport entre l’évêque, représentant de Dieu et  les fidèles de l’église à qui s’adressait ce sermon dépendait aussi de cette situation dans l’espace très particulière, et les architectes au service de l’institution catholique étaient aussi de singuliers scénographes qui avaient bien compris les choses… Comme , ici, il n’y a que des gradins métalliques avec d’ horribles sièges coques, placés en travers de la chapelle, le moins que l’on puisse dire est que rien n’est dans l’axe et que Patrick Schmitt , habillé non pas d’un habit sacerdotal qu’il aurait été pourtant facile de trouver, mais d’une espèce d’invraisemblable -et très laide- grande robe noire, bordée de parements dorés,  est debout face public, tout est faussé. Désolé, mais un vrai et bon scénographe n’aurait jamais laissé faire cela. S ‘il n’y avait pas de chaire dans cette chapelle,  c’est que l’on ne prononçait sans doute pas de grand sermon comme celui-ci, et qu’il n’y avait donc pas  cette réverbération sonore insupportable qui pollue dès le début le sermon!
  Alors, on  a un beau faire un effort mais très vite, on finit  par décrocher, et c’est vraiment  dommage. Bien joli de vouloir à tout prix venir jouer  en Avignon mais encore faudrait-il choisir un lieu adapté au  propos. Au final, malgré  un travail de comédien tout à fait respectable mais  un spectacle raté que vous pouvez vous épargner. Il vous faudra revoir Patrick Schmitt dans des conditions scénographiques correctes. Désolé, mais même si l’on n’est pas chrétien et, n’en déplaise à M. Sarkozy qui ne doit pas plus aimer Bossuet que La Princesse de Clèves, ce Sermon sur la Mort  est un des grands textes français et n’a pas à être maltraité.

Philippe du Vignal

Tous les jours à la Chapelle de l’Oratoire à 16 heures ,32 rue Joseph Vernet.


Archive pour juillet, 2009

Sortie d’André Benedetto


  Sortie d’André Benedetto   ( 14 juillet 1934- 13 juillet 2009).  andrbenedetto2003copie.jpg

    La petite planète théâtrale est un fois de plus en deuil ! Après  Roger Planchon et Pina Bausch, et un ami personnel, cela commence à faire beaucoup en quelques semaines….. André Benedetto s’est éteint lundi, la veille du 14 juillet où il aurait eu 75 ans. C’est , sauf erreur, la première figure historique du Off, dès 1967,  du temps où Vilar était encore directeur du in.
Le off se développa ensuite mais, à petite vitesse,  et encore assez méprisé par la profession et par les metteurs en scène du in. Mais, à l’heure actuelle,  il y a tout ,du meilleur au pire..,  et c’est de cette aventure hors normes et courageuse que naquit le Off avec le succès que l’on connaît. Et la première fois que nous l’avions vu, c’était , en 67,  au Théâtre Daniel Sorano avec un texte de lui, à la fois  d’une grande qualité poétique et singulièrement décapant: Zone rouge, feux interdits, qu’il avait lui-même mis en scène.

   Il dirigeait encore, malgré de sérieux soucis de santé, son petit Théâtre, Place des Carmes, où il accueillit notamment Philippe Caubère. On ne pouvait pas être toujours d’accord avec ses mises en scène, et je me souviens de singulières passe d’armes avec lui car il supportait mal que l’on critique si peu soit-il, certains aspects de ses créations et ne prenait pas de gants pour vous le dire ( Edith Rappoport en sait quelque chose  et s’était faite abreuver d’injures pour les mêmes raisons…
Mais c’était un homme entier et engagé, et un bon écrivain; il  lui sera rendu vendredi à 17 heures un hommage  en forme de cortège qui partira du Palais des Papes pour se rendre  jusqu’à  son théâtre , Place des CarmesLa quasi totalité des jeunes troupes ignore son nom- et c’est normal, puisqu’il faisait partie de la génération de leurs grands parents, mais André Benedetto restera dans notre mémoire à tous qui avons fréquenté ce festival depuis longtemps.
Il fait désormais partie de l’histoire du Festival d’Avignon, et de l’histoire du théâtre français. Salut André…

Philippe du Vignal

N’oubliez donc pas de venir lui rendre hommage demain vendredi, si vous êtes en Avignon. 

CONFIDENCES À ALLAH

CONFIDENCES À ALLAH  Théâtre du Chêne Noir 15 juillet
De Saphia Azzedine, mise en scène Gérard Gélas

Alice Belaïdi, issue des ateliers de pratique théâtrale du Chêne Noir, incarne Jbara une jeune fille issue d’une campagne profonde du Maroc, subissant les pires avanies comme domestique, puis prostituée, enfermée trois ans en prison suite à une partouze organisée par son riche souteneur en fuite. Sous une fausse identité, elle finit par épouser un imam, le seul à lui manifester de l’amour à la veille de sa mort. Mais comme une litanie, reviennent ses prières à Allah qui la soutiennent et lui conservent une véritable force de vie.  Seule en scène, au pied d’une immense barre drapée de noir puis de blanc, Alice Belaïdi, jamais désespérée porte l’espoir de la vie malgré tout.

Edith Rappoport

LES INEPTIES VOLANTES

LES INEPTIES VOLANTES Cloître des Célestins 15 juillet
De Dieudonné Niangouna et Pascal Conte
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Dieudonné Niangouna raconte sa traversée des trois guerres civiles subies par le Congo Brazzaville en 1993, 1997, 1998, l’horreur de ces événements et sa survie miraculeuse. Seul en scène, accompagné de façon étrange à l’accordéon par Pascal Contet, il se dissimule malheureusement derrière des effets techniques compliqués. On ne voit pas son visage, on entend mal son texte dont la force dramatique se dilue. On est loin de la simplicité d’une saison de machettes de Jean Hatzfeld monté par Dominique Lurcel. Trop de technique tue l’émotion !

Edith Rappoport

Destination Feydeau

Destination Feydeau,(  extraits de Léonie est en avance, Ne te promène  donc pas toute nue, Le Fil à la patte et un texte de Frédéric Tourvieille traitant de la dernière année de la vie de Georges Feydeau. Mise en scène de Frédéric Tourvieille.

 image1.jpgComme chacun sait, Feydeau est cette année le jeune auteur à la mode qui a connu cette année à Paris comme en tournée des records de fréquentation , et cela ne semble pas près de cesser. A chaque crise, son antidote , et c’est dans les vieux flacons qu’on trouve parfois les meilleurs remèdes. Frédéric Tourvieille a     donc emmené ses camarades et le public dans une ballade autour de la vie de Feydeau qui, s’est terminée assez tragiquement ( voir les articles précédents du Théâtre du blog).

  Le spectacle commence plutôt bien par un retour en arrière ,année par année jusqu’en 1921,  quand mourut le célèbre écrivain, avec des images   des actualités cinéma de l’époque, et un capitaine d’avion  accueillant  le public avec une hôtesse qui  traduit  ses propos dans la langue de Shakespeare en les commentant… La parodie des petits discours des stewards et hôtesses  de l’air  sur les consignes de sécurité n’a rien de très neuf mais cela fait toujours plaisir et attire tout de suite la sympathie du public, surtout quand c’est, comme ici, assez bien maîtrisé.
 Puis,  suivent  des extraits des pièces mentionnées plus haut, et  là,  les choses ne sont plus tout à fait  dans l’axe, d’autant que sont  évoqués des moments de la vie de Feydeau  qui servent  d’enchaînements: on a ainsi droit aux visites que lui faisait  Sacha Guitry et sa comédienne d’épouse, Yvonne Printemps… mais  cela a des parfums de Moyen-Age pour la plupart des spectateurs qui ne sont évidemment pas au fait des  coulisses  du théâtre parisien des années 1900. Mais l’on  rit parfois davantage aux moments de la vie de Feydeau qu’aux extraits de ses pièces présentées.
  Pourquoi? Fastoche: comme une bonne partie de la dramaturgie de Feydeau est fondée sur un mécanisme parfait où un personnage  pris au piège  d’une situation à forte connotation relationnelle et/ou sexuelle, arrive à se rétablir in extremis. Chez Feydeau , il faut toujours un peu de temps pour que la machine se mette à fonctionner, et ,comme ici , il n’y a guère de temps, cela patine, et la machine a des ratés. Comme la scénographie et les costumes bâclés  sont du genre amateur, si on ne s’ennuie pas vraiment, ce collage improbable de scènes a du mal à tenir la route.

  Côté interprétation,  les comédiens surjouent souvent et font un peu n’importe quoi, et  comme ils ne le font pas très bien, il n’y a pas vraiment de raisons pour s’intéresser  à ce qui se passe sur scène. En fin de spectacle, le dernier petit film repart de 1921 jusqu’à 2009, avec, assez vite et tous genres confondus, de grande figures  socio-historiques comme Mao, Clémenceau, Elvis Presley ou encore Michaël Jackson, ou Busch père, et des bribes de documentaires que l’on aurait arrachées  à l’Histoire. C’est  tout à fait  savoureux mais aussi bien dommage que le reste du spectacle ne soit pas du même tonneau…
 Alors à voir? Bof ???? Au moins, la salle est correctement climatisée.

Philippe du Vignal

L’Albatros côté rue 23 rue des Teinturiers à Avignon.

Le Collier d’Hélène

 Le Collier d’Hélène : lorsque le Québec et la Martinique se croisent.  La Compagnie du Flamboyant à la Chapelle du verbe incarné – Avignon 2009

collierhlnfemme1.jpgLe Collier d’Hélène (de Carole Fréchette)  a été traduit dans  de  nombreuses langues et joué à travers le monde. Créée par Nabil El Azan et sa compagnie la Barraca en 2002 puis au Théâtre du Rond-point en 2003,  la pièce  vient d’être reprise  par El Azan avec une distribution palestinienne (voir la critique de Philippe Duvignal*). Maintenant,  à Avignon,  nous pouvons  voir  une nouvelle mise en scène du Collier créée en 2007  à Fort-de-France  par  la metteuse en scène martiniquaise Lucette Salibur.
Une réalisation extrêmement intéressante car elle resitue le texte  québécois, dans une dynamique nouvelle. Le travail très dépouillé d’El Azan a recours à des films de fond évoquant  une  ville ( peut-être Beyrouth) détruite par la guerre, mais mettant en valeur le personnage principal, Hélène une française  de passage dans le pays pour un colloque. Bien blonde, cette   Européenne blanche est le  symbole d’un premier monde arrogant, riche et indifférent aux souffrances des autres. Vision devenue sans doute,  assez stéréotypée  de nos jours puisque  les populations se déplacent, la richesse se distribue et que l’ethnie n’est plus du tout une indication des catégories politico-économiques associées à un individu.
Voici donc  Daniely Francisque (comédienne martiniquaise en plein essor actuellement), jeune bourgeoise antillaise (les références à la conférence universitaire ont été effacées)  qui  se retrouve dans un pays islamique et arabophone déchiré par la guerre. Certains y ont vu la Palestine, d’autres non mais l’absence de précision est  intentionnelle.  Entourée  de gens dont elle n’est même pas consciente de l’existence, (c’est à peine si elle remarque qu’ils parlent une autre langue), elle cherche désespérément un collier de perles  perdu quelque part dans cette  ville  où les habitants errent dans la détresse, la colère et la folie. Ces  personnages victimes  qui  se défilent  dans les décombres,  ne comprennent pas son affolement  à cause d’un collier alors qu’ils ont perdu leurs familles, leurs maisons, leur vie entière. La  rupture culturelle et économique entre Hélène et son entourage est  totale et cette aliénation  arrive à son comble au  moment où Ruddy Sylaire , un pauvre qui erre dans la ville saisit Hélène et la soulève en hurlant « on ne peut plus vivre comme ça ».
Hélène  se déplace dans le taxi de ‘Nabil’, une voiture représentée par un pneu que l’acteur fait avancer par deux bâtons comme un jeu d’enfant. Mais ceci n’est pas du tout un jeu d’enfant lorsque cet homme calme, imperturbable,  accompagne la femme dans sa quête de son objet fétiche, l’accumulation de tous les manques attribués à la société de consommation : la compassion, l’amour de l’autre et toutes les manifestations de la solidarité humaine.  La pièce évolue au hasard  des  rencontres  qui peu à peu, transforment Hélène. Elle peut enfin « voir » les autres, et elle peut enfin entendre le refrain  « on ne peut plus vivre comme ça »  et se reconnecter avec le monde.
Cette  mise en scène,  très physique, élimine les manifestations filmiques et situe les corps au centre du jeu.  Des fois, l’énergie corporelle nous paraît très juste et nous  engage à fond ;  d’autres fois cet excès de mouvement perturbe, sans pour autant enlever de l’ensemble une impression de grande humanité, surtout lors de  la scène finale entre  le chauffeur de taxi Nabil (un chaleureux,  sensuel et séduisant Patrice Le Namouric)  et  une Hélène  épanouie (bien cerné par Daniely Francisque) , enfin libérée de sa quête  névrotique.  Ici, Francisque et Le Namouric se fondent l’un dans l’autre, fusionnés  dans un élan de tendresse et de  sensualité presque brûlante. En effet,  Salibur  met en évidence  par les rythmes corporels  l’intensité des émotions et  pour insister sur la confusion,  les bruitages, l’activité de cette ville  étrange qui emporte  la femme dans son  tourbillon d’intensité,   la metteuse en scène  inscrit ce corps assaillis dans  une chorégraphie inspirée des mouvements circulaires d’un Islam mystique, les  rituels liturgiques  soufistes des derviches tourneurs .
En revanche, au départ, Daniely Francisque, à la recherche de son bijou, est frappée par une hyperactivité névrotique qui, à mon avis, aurait pu se ralentir plus tôt, surtout puisque nous comprenons  rapidement ce que cette frénésie corporelle  signifie. L’arrivée de Ruddy  Sylaire (un  excellent Hamlet  dans une mise en scène récente de Denis Marleau à Montréal) qui étale ses chiffons devenus des  cadavres gisant  dans la rue,  se livre à des moments quasi burlesques qui me semblaient déplacés. Il est vrai que la présence de Sylaire est si forte que le moindre effort de cet acteur à la  voix superbe prend des proportions énormes. Il faut ménager cet acteur, une  force de la nature,  ce que Denis  Marleau et  José Exélis  (metteur en scène martiniquais – Théâtre des enfants de la mer)  ont  bien compris.  De toute manière,  un Hélène moins frénétique au début  aurait mieux mis en évidence  l’explosion de colère de Sylaire qui arrive plus tard, lorsqu’il soulève une Hélène terrifiée dans un geste de violence qui annonce des vengeances meurtrières possibles. Un moment intéressant qui frôle une réflexion politique  tout à fait bien placée. . Ce moment cathartique selon la lecture de Salibur se retrouve  aussi  (mais marquée par un  rythme plus hiératique) dans la rencontre tragique avec la  mère  à la recherche d’un fils disparu  qu’elle savait déjà mort,  Salibur, qui joue cette mère frappée par la folie, les larmes aux yeux,  cerne avec une finesse  extraordinaire, toutes les nuances de la  situation tragique. Sa gestuelle d’une lenteur gracieuse lorsqu’elle manipule les tissus qui recouvrent sa tête,  révélait un jeu discret et délicat qui donnait à sa douleur  une délicatesse lumineuse.  Une douceur  presque maladive devant une telle horreur, qui a rendu le jeu de  Salibur profondément émouvant. Ce sont dans ces moments qu’elle cerne l’essence affective   que l’auteure Fréchette aurait souhaité capter.
Jusqu’à présent je connais le travail de Lucette Salibur  par ses spectacles pour jeune public. Il est évident cependant qu’elle est  une comédienne accomplie qui devrait élargir son répertoire et jouer plus souvent les rôles plus difficiles comme celui-ci.  D’ailleurs, dans la mouvance de l’esthétique scénique actuelle, sa  formation dans le domaine des marionnettes (ce qui explique sans doute son approche si physique avec l’acteur), pourrait l’amener à inscrire ces figures symboliques dans des mises en scènes pour « adultes.  Surtout en collaboration avec le scénographe  Ludwin Lopez (artiste formé au conservatoire de la Havane et cofondateur de la troupe  martiniquaise Les Corps beaux) une telle collaboration pourrait  renouveler les traditions  de mise en scène  en Martinique.
Cette  production du Collier d’Hélène fera l’objet d’une table ronde en présence  de la metteuse en scène et de l’auteur lors d’un colloque  à Montréal au mois d’octobre  (Les Théâtres francophones en Amérique),  organisé par Gilbert David, professeur à l’université de Montréal. 

  Alvina Ruprecht

*http://theatredublog.unblog.fr/2009/03/07/le-collier-dhelene/

PAPIPOL ZIRKUS

Villeneuve en scène Festival d’Avignon 14 juillet

Paul Fisher a aménagé un joli petit chapiteau du pour très jeune public, il y agite des petites peluches sans vraie dimension théâtrale. Il s’est aménagé une péniche à Villeneuve sur Lot, travaille hors des sentiers battus, semble comblé par ces représentations dans la belle pinède de Villeneuve en scène.  

Edith Rappoport

UNE FÊTE POUR BORIS

UNb>E FÊTE POUR BORIS  Tinel de la Chartreuse Festival d’Avignon De Thomas Bernhard, mise en scène Denis Marleau
Cette première pièce de Thomas Bernhard met en scène trois personnages étranges, une patronne cul-de-jatte tyrannisant sa bonne muette interprétée par un homme pour préparer l’anniversaire de son frère Boris qu’elle a fait sortir de l’hospice, qui mourra à la fin de la fête. Malgré l’impeccable interprétation des acteurs, on sent monter une irritation qui s’efface dans la deuxième partie, avec l’apparition d’un chœur d’une douzaine de vieillards cul-de-jatte  eux aussi, installés dans des boîtes sur un gradin. Ils entament un lamento sarcastique sur leurs conditions de vie à l’hospice. On ne sait si ce choeur est représenté par des images virtuelles (il semble que ce soit le cas, car ces acteurs ne viennent pas saluer à la fin), ou par des vivants en chair et en os. C’est la première fois que les nouvelles technologies jettent un trouble étrange en moi, sans doute à cause de cette désespérante fin de vie qui nous menace tous.

 

Edith Rappoport

Anjo Negro

 Anjo Negro de Nelson Rodrigues, mise en scène de Marc Adjadj.
avignon.jpeg

 image2.jpgNelson Rodrigues, auteur brésilien ( 1912-1980) est maintenant bien connu en France, où son théâtre- en particulier Valse n°6-  fut très vite  accueilli avec intérêt, ( voir notamment les divers numéros de la revue Théâtre Public) alors que dans son pays, la censure  en avait longtemps interdit les représentations à plusieurs reprises; sans doute les thèmes qu’il développait, dont la représentation scénique de l’inconscient, du non-dit ou non-avouable, et des relations sexuelles hors-norme, dérangeaient singulièrement les autorités comme les universitaires.
 Dans Anjo Negro, Ismaël a des rapports d’une violence inouÏe avec son épouse Virginia qui a tué ses trois premiers enfants; en fait, Virginia n’a qu’une idée en tête: redevenir la jeune fille, pure et vierge qu’elle a été autrefois: autant dire qu’elle nie sa propre identité. Tout comme Ismaël qui lui refuse sa négritude, dont on ne sait plus trop si Virginia aime ou n’aime pas finalement son mari noir parce qu’elle est blanche. Et elle finira par faire l’amour avec un blanc, Elias, le frère aveugle d’Ismaël,  pour enfin, croit-elle, accéder vraiment à al part la plus intime de l’autre, même s’il est aveugle. Noir, blanc, clairvoyance, cécité, fascination sexuelle, désir aussi absolu que la répugnance la plus absolue: on a l’impression que tout se bouscule dans la vie de ces trois puis quatre personnages, puisque Virginia accouchera d’une fille blanche. Preuve irréfutable de sa trahison pour Ismaël qui avait pourtant jeté sa femme à la porte, si l’on a bien compris.
 Ismaël finira par tuer cet amant blanc aveugle de Virginia qui  séduit aussi sa propre fille. En fait, rien n’est simple chez Nelson Rodrigues y compris cette étrange répulsion pour le métissage, et la pièce qui a parfois des airs de mauvais mélo écrit à la lumière de papa Freud, va plus loin que cela et  nous renvoie souvent , comme à travers un miroir grossissant, à nos désirs comme à nos peurs les plus enfouis au fond de nous-même. Mais Nelson Rodriguez  arrive toujours à tenir à distance l’horrible et la noirceur absolue de l’action en cours.
  La mise en scène de Marc Adjadj a de la tenue, même s’il ne dirige pas très  bien ses comédiens et que tout semble  flotter un peu; seul est vraiment convaincant Ricky Tribord ; mais Brune Renault ( Virginia) , est au début , tout à fait crédible mais a plus de mal à s’imposer,  parce que la pièce est sans doute un peu longuette, et qu’il y  a de la répétition des thèmes traités dans l’air.Mieux vaut aussi  oublier les images vidéo sans aucun intérêt qui sont diffusées  sur les rideaux noirs qui entourent la scène: comme d’habitude, la vidéo surligne , tout en mobilisant le regard du spectateur, ce qui n’était  sûrement pas le but de l’opération.. Il  y a aussi un choeur de deux jeunes femmes africaines qu’Adjadj a du mal à introduire sur le plateau.
  Le travail de Marc Adjadj est honnête et scrupuleux, trop sans doute; il  manque à sa mise en scène la prise en compte d’une certaine violence qui nous ferait entrer dans cet univers où la haine, celle des autres comme de soi-même, et le racisme le plus ordinaire serait traités plus en profondeur. Alors à voir? Eventuellement, si  vous avez envie de découvrir l’univers assez glauque de Nelson Rodriguez ….

Philippe Du Vignal

Chapelle du Verbe incarné, jusqu’au 31 juillet, rue des Lices. Avignon

Bintou

bintou.jpg Bintou

Nous connaissons déjà  l’œuvre de Koffi  Kwahulé, à mon  avis un des  meilleurs auteurs dramatiques de langue française de sa génération. Souvent jouées à Avignon, ses pièces construisent un monde symbolique qui décortiquent les  soubassements du pouvoir où les anges exterminateurs mènent leurs victimes à leur perte. Un monde terrifiant qui cerne la psyché ébranlée de ces êtres pris dans un monde en transformation qu’ils essaient de cerner mais que souvent, ils ne comprennent pas.
Bintou  nous place devant une de ces expériences limites. Ce texte  très  puissant, issu du monde de la culture populaire urbaine est d’une actualité brulante, il est structuré comme une tragédie grecque. Un chœur syncopé  nous accueille dès le départ dans cette descente vers les enfers.  Bintou, une jeune révoltée genre Antigone, défie les dieux, refuse la tradition de ses parents et ensorcelle les membre de sa bande qui se laissent mener vers leur propre destruction. Un réquisitoire ontre l’excision, une mise en évidence des conflits  profonds qui déchirent les jeunes de l’immigration, un texte lyrique, féroce, réaliste et mythique à en couper le souffle.
Mais  le nom de  Bintou est désormais associé à celui d’une autre jeune femme dont l’immense talent pour la mise en scène  a su capter le sens profond de ce cérémoniel enragé et nous tenir en haleine pendant 1h30.  Laëtitia Guédon, fondatrice de la Compagnie O,10  en collaboration avec une excellente équipe d’artistes, a réussi une orchestration méticuleuse  des voix, des corps et des sonorités. Avec  la chorégraphie de Yano Iatridès (surtout la bataille entre les bandes  à la boite de nuit),  l’éclairage de Mathilde Foltier-Gueydan, les costumes  dont le responsable n’est pas précisé, les chansons originales de Dawa Litaaba-Kagnita  et les extraits de salsa, jazz et musiques africaines sélectionnées  par Henry Guédon, grand musicien et artiste  martiniquais  décédé en  2006,  père de Laëtitia à qui elle dédie le spectacle,  la pièce nous transporte vers les cimes d’un opéra urbain dont les références musicales existent déjà dans le texte de Kwahulé. 

  On aurait pu même imaginer une rencontre  encore plus hiératique lors du  martyre de la jeune femme, prise entre un  symbolique de rédemption chrétienne et  la déchirure de la tradition africaine. La mise en scène discrète et puissante de cette  dynamique  de   transformations culturelle douleureuse  interpellera  les jeunes autant que les moins jeunes.
. Un mot sur les comédiens. L’oncle Drissa, vieux libidineux qui renforce et justifie la révolte chez Bintou est joué par Aliou Cissé.  Formé  au Conservatoire national d’art dramatique au Sénégal, il s’installe en Martinique et devient vite  une des grandes présences de la scène martiniquaise. Mata Gabin, (la tante) qui a déjà joué sur les grandes  scènes de France est vouée à un bel avenir si les metteurs en scène comprennent toutes ses possibilités qui me semblent infinies.  Olivier Desautel, (Kelkhal), un acteur d’une très grande sensibilité qui intériorise son désir lorsqu’il tente d’expliquer  pourquoi il est si attiré par Bintou.  Yohann Pisiou, (Blackout),  autre membre de la bande et le plus  agressif, qui passe entre la colère meurtrière et la tendresse animale devant Bintou, est un acteur fascinant. Nous ne pouvons parler de tous ces jeunes gens (16 sur scène)  dont la passion éclaire la scène mais surtout,  il faut noter l’exquise Annabelle Lengronne, qui incarne  Bintou.  Une « Grace Jones »  sculpturale en plus jeune; une présence  scénique androgyne qui projette une rage, une sensualité  et un mépris de tout sauf de « sa » bande.  Elle joue avec une maturité surprenante.   Laëtitia Guédon a bien choisi ses comédiens. En effet le niveau était si élevé que la moindre défaillance s’est  fait sentir immédiatement et c’était malheureusement le cas pour Dilène Valmar (la mère de Bintou)  dont la voix  jeune et la présence   chancelante  ne semblaient pas  convenir à cette confrontation quasi titanique entre la tradition et la modernité vécue dans les espaces de la banlieue. Bintou est une pièce importante et cette mise en scène annonce l’avenir du théâtre en France. Il ne faut pas la manquer. 
D’ailleurs, en  collaboration avec Kristian Frédric, Koffi  Kwahulé prépare  une nouvelle mise en scène  de Jaz (publiée en 1998) . Le spectacle  sera créé   à Montréal  en 2010 avant de se retrouver sur le plateau de la Chapelle du verbe incarné au Festival d’Avignon  2010.  Nous avons déjà vu le travail de Frédric à Montréal (un Big Shoot de  Kwahulé qui a ébranlé la salle de l’Usine C) . Tous les détails de ce projet seront dévoilés  cette semaine, le 20 juillet à 10h30 au théâtre de la Chapelle du verbe incarné,  rue des Lices , et le public  festivalier est invité à  assister à la discussion.  

Alvina Ruprecht

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