HOMMAGE À JACQUELINE CAHEN

HOMMAGE À JACQUELINE CAHEN  Liber and C° Belle Isle  Lecture

Les Liber organisent dans leur chaleureuse librairie qui domine le port du Palais à Belle Isle, des soirées de lectures de textes divers, de Proust au dernier prix Goncourt Atiq Rahimi, ces derniers jours. Jacqueline Cahen, poétesse disparue voilà six mois, aimait Belle Isle et fréquentait la librairie. Cette promenade dans son œuvre est menée avec une belle allégresse par l’étonnant Claude Merlin, Claude Buchvald qui nous emporte derrière une Léontine de 23 à 95 ans et la jeune Hélène Liber plus maniérée. La partie audiovisuelle autour de Léontine m’a parue inutile. On se retrouve autour de belles bouteilles servies par nos hôtes, il y a du beau monde !


Archive pour août, 2009

Schraapzucht

Deuxième et dernière carte postale du Festival d’Aurillac

Schraapzucht par la Compagnie Tuigconcept  conception et mise en scène de Marc van Villlet; écriture Ank Boerstra.

 image5.jpg Cela se passe sur la pelouse de l’Institution Sainte-Eugène, avec,  à l’entrée, un statue de la Vierge Marie toute blanche. L’espace scénique est constitué d’une structure en bois avec , au- dessus,  une passerelle métallique et une grande roue qu’entraînent en silence trois servants zélés habillés de blanc.
En bas, une sorte de professeur Nimbus, en pantalon beige, chemise sombre et cravate, avec un ridicule petit pull-over à losanges  sans manches, s’affaire dans un invraisemblable bric-à-brac de planches et de fils que manipule une des comédiennes de la passerelle.  Soit quatre acteurs  en tout.
Il y a aussi des petits  sacs blancs /contre-poids, et un plus gros,  qui remontent et redescendent  sans cesse à chaque tour de roue. En silence d’abord,  puis sur une musique électronique répétitive.

 Les quelque deux cent cinquante spectateurs  sont assis de part et d’autre sur de rustiques gradins de bois, et quelques projecteurs latéraux éclairent la somptueuse machine célibataire qui ne produit rien mais dont la partie inférieure, petit à petit, comme par miracle, se construit;  petite table, lampadaire, chaise, étagère de bois, fenêtres, transatlantique, et même cheminée où vont brûler quelques planches , alors que personne n’y a mis le feu.
Il y a une espèce de belle naïveté, en même temps qu’une singulière poésie qui se dégage de ces quarante cinq minutes, dont quelques grincheux trouvent que c’est quand même trop long, alors que c’est sans doute le plus abouti et le plus malin des spectacles en plein air que l’an ait pu voir depuis longtemps. Il y à la fois du Bob Wilson et  du Phil Glass de la grande époque d’Einstein on the Beach dans cette installation hors du commun et d’une belle intelligence scénique.

 Tout est réglé avec  une précision millimétrique,  et c’est sans doute ce qui produit cet onirisme de grande qualité ; tout ,  bien entendu, va se détraquer; le savant fou  veut arrêter la roue, et plante une barre de bois qui, au contact de la roue,  va s’enflammer et la roue  s’arrête alors;  et   le savant fou ne sait plus alors très bien où  il en est et  se retrouve piégé par ses fils,  pendu! Quant aux assistants, ils vont réintégrer leurs sacs blancs/linceuls et se retrouver suspendus comme au début du spectacle.
Dans un silence complet,  la roue s’est définitivement arrêtée. En guise de salut, s’allument alors les guirlandes de petites ampoules lumineuses qui encadrent la roue et la structure de bois, mais les acteurs ne réapparaîtront pas.  Vous avez dit impressionnant de poésie et de beauté? Oui, on  confirme: impressionnant de  de poésie et de beauté.
A voir absolument en Belgique ou ailleurs…

consulter leur site:.www.fransbrood.com

Philippe du Vignal

A+ Cosa que nunca te conté

A+ Cosa que nunca te conté, de la Compagnie Senza Tempo , texte et mise en scène d’Inès Boza.

image2.jpg   Sur la scène nue, une pauvre petite caravane grise, avec à l’intérieur du papier peint des années 60; avec un mat où un homme essaye d’accrocher un antenne râteau destinée à recevoir quelques images brouillées sur un vieux poste. Il a deux jeunes femmes dont l’une joue de temps à autre de l’accordéon sur le toit de la caravane, et un autre homme tout en noir avec des ailes d’ange toutes blanches. Elle prépare une citronnade sur une petite table dehors. Une autre  jeune femme arrive par la salle en imperméable et pantalon; elle raconte comme la première une histoire assez confuse. Tous les cinq parlent en fait assez peu mais dansent assez bien leurs sentiments, seuls ou à plusieurs: il est question d’homme que l’on n’a pas et que l’on voudrait absolument avoir. Bref, toujours ces relations difficiles dans les couples….La scène où une des trois jeunes femmes gifle son compagnon d’un revers de la main latéral et non frontal, comme elle le dit, est répétée en boucle plusieurs fois. Il y a de la nostalgie mais aussi de la violence dans l’air et certains moments sont de la veine et de la qualité des spectacles de la grande Pina Bausch, récemment disparue.
  La gestuelle est impressionnante de précision et de sensibilité et, malgré quelques longueurs, le public se laisse vite gagner par ce cocktail aussi brillant qu’explosif de musique disco au second degré, d’images vidéo et de chorégraphies bien réglées. Quant aux  images vidéo d’Alfred mauve et d’Alexis Zitman, qu’elles évoquent la nature ou les rues d’une villes chinoise avec ses enseignes lumineuses, elles remplissent, une fois n’est pas coutume, parfaitement leur fonction.
  Dans une sorte de mise en abyme de l’image qui n’aurais sans doute pas déplu à Vélasquez, il ya des projections vidéo sur la façade de la petite caravane montrant les personnages à l’intérieur. il n’est pas certain que cette sorte de théâtre dansé évoque ici « le nomadisme urbain du XXI ème siècle », ni que cette caravane soit vraiment « le symbole de l’utopie, de la liberté et du transit », comme Inès Boza voudrait nous en convaincre, mais, bon, comme le spectacle est  soigné et que les comédiens danseurs: Sarah Anglada, Iva Horvat, Carlos Mallol, Vivian Calviti et Nei Le Bot sont  tout à fait crédibles, avec leurs costumes façon  Deschiens et leurs perruques insensées, le public est conquis; même si le spectacle avait ramé quand il était joué en plein air à Châlons, sur la scène du théâtre d’Aurillac, le spectacle fonctionne bien.
  Alors à voir ? Oui, sans aucun doute à Aurillac ce samedi soir encore et ailleurs.

Philippe du Vignal

Compagnie Senza Tempo Théâtre municipal 20 h 30.

Aurillac 2009

   image1.jpgLe Festival, toujours cornaqué par Jean-Marie Songy à la tête d’une énorme organisation, fête cette année son 24 ème anniversaire avec une programmation officielle d’une quinzaine de compagnies, dont pour la France et entre autres,  Délices Dada et Kumulus,  maintenant bien connus dans le monde du théâtre de rue et nombre de compagnies étrangères qui sont autant de découvertes souvent fort intéressantes. Les compagnies de la programmation officielle sont rémunérées et prises en charge par le Festival, et certaines bénéficient de l’aide à la création du Parapluie, organisme doté de salles et de moyens propres dépendant du Festival et situé à la périphérie d’Aurillac.   Il y a aussi les compagnies dites de passage- plus de 500- pour la plupart dûment répertoriées dans un épais catalogue- qui s’éparpillent un peu partout dans la ville et ses banlieues, sans aucun soutien financier, souvent pas trop faciles à situer géographiquement… C’est dire que le public va plutôt à la pêche dans les rues et les places de la capitale du Cantal, complètement métamorphosée pour l’occasion: centre entièrement piéton, parcs de stationnement très vite saturés avec navettes gratuites, vigiles aux portes des supermarchés, cars de C.R.S. un peu partout, grade place du Gravier envahi par des restaurants sous tente ( Tex mex, bio, cantaliens  avec faux aligot à la purée déshydratée, merguez frites, etc…) et un marché de fringues africaines et indiennes , bijoux soi disant  orientaux, etc..  Bref, la population festivalière s’est encore accrue cette année avec une arrivée massive de chiens qui n’oublient pas de laisser quelques souvenirs et des boîtes de bières vides un peu partout: la ville est  sale et la Mairie, malgré l’emploi de jeunes chargés de ramasser les déchets, semble avoir bien du mal à contrôler ce phénomène sociologique qui ressemble, en plus petit,à celui d’Avignon.

  Michel Crespin, quand il a été le premier directeur du Festival, n’avait sûrement pas imaginé un tel délire … où le théâtre de rue de qualité semble quelque peu chercher ses repaires. Il y au moins une bonne chose: de nombreux spectacles de la programmation officielle  restent gratuits… à condition évidemment d’arriver à trouver une petite, toute petite place; les marchands de tabourets pliants en toile font des affaires en or..   Pour le reste, tout se passe en fait  comme si les gens venaient se balader dans les rues pour voir comment fonctionnait ce gigantesque bazar où l’on vend même dans ma rue de petits mégaphones pour les imprudents qui auraient oublié le leur et voudraient à tout prix essayer de se faire entendre dans ce  déluge de décibels. » Il n’y aura rien à vendre, dit Jean-Marie Songy dans son édito de présentation, et pas l’ombre d’un cours d’un dieu boursier, rien que de l’humain qui décloisonne et bazarde les lois du silence ».  

  On veut bien, mais c’est oublier un peu vite que toutes les compagnies  sont aussi là  pour essayer de vendre leur spectacle, qu’il se produise  dehors ou dans une salle.Il y a un côté marché des affaires dans tout festival, et c’est normal,mais Aurillac ne pourra pas, à court terme, continuer à vivre à ce rythme s’il veut garder son âme… A quoi sert de  vouloir accueillir plus de 500 « compagnies »  qui, et on est vraiment loin du compte, n’ont peu, et même pas du tout le rôle de « cambrioleur des esprits » pour reprendre l’expression de Jean-Marie Songy, et sont souvent d’un conformisme pathétique..Mais, la marge de manoeuvre est étroite: toute la ville d’Aurillac profite de cette manne financière due à cette afflux brutal de population…

Philippe du Vignal

http://www.aurillac.net/

Molière, Tartuffe aux fêtes nocturnes de Grignan

Molière, Tartuffe aux fêtes nocturnes de Grignan

tartuffe.jpgSalle comble, ou plus exactement, cour pleine cet été au château de Grignan pour le Tartuffe mis en scène par Brigitte Jaques-Wajeman.
Pour commencer, une troupe d’acteurs jeunes, qui font feu des quatre fers, assez expérimentés pour “en faire trop“, c’est-à-dire toucher une vérité choquante, utilisant à cette fin la nécessité, dans ce lieu de plein air, de “porter la voix“. Cette contrainte a l’inconvénient de gommer les nuances et le grand avantage de donner aux comédiens un formidable tremplin au jeu : elle interdit de rien céder de la théâtralité de l’écriture et du vers. Un « Ah » ou un « Madame ! » ne sont jamais une cheville destinée à faire tenir le vers sur ses douze pieds, mais un saut, un appel, ce qu’on voudra, qui lance l’action et le jeu. Pour ce Tartuffe, donc, la belle façade du château convient parfaitement à cette famille prospère, du reste ordinaire, menacée de l’intérieur par la passion du père pour… On en reparlera : Tartuffe n’arrive qu’au troisième acte. L’une des trouvailles de cette mise en scène est d’avoir fait du “raisonneur“ un bon vivant, ce qui donne un sens très intéressant à la raison. Brigitte Jaques-Wajeman, au cœur de la pièce, lui fait dire au public la célèbre tirade en prose de Dom Juan contre l’hypocrisie. Intrusion choquante à l’oreille et rupture bienvenue : les adresses au public, propos généraux de moraliste tenus par Molière, fonctionnent très bien, dans la mesure où la même exactitude s’exerce sur le choix de ce qui est dit au partenaire ou adressé au public et sur les mots qui sont paroles ou directement actions. Molière retrouve ici son partenaire privilégié : le public. Et celui-ci lui en exprime sa reconnaissance en riant aux “bons endroits“, avec tout le plaisir de l’intelligence partagée. Car l’on rit.
Et cependant la pièce va, comme il se doit, vers la tragédie (avec un magnifique “effet spécial“ de la lumière fracassant la façade). L’arrivée de l’exempt ne sauve rien, l’intervention du Roi, “deus ex machina “, glace : qu’est-ce que ce roi qui sait tout de la vie de ses sujets, qui est au-dessus des lois ? Orgon a gagné en sécurité, retrouvé l’ordre, et perdu la liberté, le peu de liberté qu’il avait eue de protéger un ami en faute à l’égard du roi, et en danger. La fin de la pièce n’est qu’une grande soumission grise au pouvoir absolu, on comprend que la joie nous tourne le dos.
Reste Tartuffe. Le jeune acteur ne convainc pas entièrement, comme s’il n’osait user assez de sa jeunesse : il manque d’insolence, de dureté. Mais peut-être son charme indécis met-il l’accent sur un point fort de la pièce – ce qui fait qu’on peut encore en donner cent, mille nouvelles interprétations - : le désir (ici celui d’Orgon) se résume-t-il à son objet ? N’est-il pas plus puissant encore d’être presque sans objet ?
Tartuffe est de ces pièces si connues qu’on les écoute comme un opéra, attendant les moments de bravoure, les grands airs, etc… Cette mise en scène nous comble par l’abondance et la pertinence des trouvailles. Et mieux encore, elle nous laisse avec des questions.


Chritine Friedel

Distribution : Thibault Perrenoud, Pierre-Stefan Montagnier, Anne Le Guernec, Anne Girouard, Pascal Bekkar, Sophie Daull, Bertrand Suarez-Pazos, Marc Siemiatycki, Sarah Le Picard, Marc Arnaud.A suivre en tournée, en particulier à Colmar (Atelier du Rhin).

La Flûte enchantée.

La Flûte enchantée. Festival de Saint-Céré. (opéra éclaté) Opéra de W.A. Mozart. mise en scène Eric Perez

flute.jpgCet opéra de Mozart, un des plus célèbres  et sans doute l’un des plus joués,  se réclame, on le sait, d’une trame maçonnique: des épreuves  doivent réunir des jeunes gens  Tamino ((Raphaël Brémard) et Pamina (Marion Tassou) sur fond d’obéissance et d’antiféminisme (ce n’est pas une raison pour remplacer les récitatifs par des couplets politiquement corrects comme l’avait fait il y a quelques années Gérard Mortier!);  contrepoint fantaisiste, l’oiseleur Papageno (Christophe Gay) cherche sa Papagena. Zarastro (Patrick Schramm) est le principe mâle de ce mystère et lutte victorieusement contre la Reine de la nuit (Burcu Uyar) ici en rockeuse gothique déchainée.

Voilà une version bondissante et légère. le registre vocal de tous les interprètes est homogène et de très très bon niveau.  Le Festival s’appuie souvent sur de jeunes artistes en début de carrière, et ici c’est une réussite sans faiblesse. La première partie d’inspiration populaire et drolatique est un régal et après un orage qui a duré le temps de l’entracte, le second acte est aussi magique qu’il le faut. Belles voix, des costumes colorés et drôles dans le registre d’orange mécanique, les spectateurs étaient ravis.

Très petites réserves à faire: la scénographie (pas inintéressante) gagnerait à être un peu plus aboutie et les chœurs de la fin du spectacle sont un peu maigres  (je me souviens avec nostalgie d’une Flute avec un beau chœur à la bougie ici même il y a une dizaine d’années!). Après la fin du Festival, ce spectacle doit tourner durant l’année dans la région et en France, il ne faut pas se priver du plaisir d’y assister.

Claudine Chaigneau
http://www.opera-eclate.com

Les portes de la nuit

bartabas006.jpgFaute de places disponibles, beaucoup de candidats au dernier, « lever de soleil » de Bartabas ce dimanche 9 août sont restés derrière les grilles des arènes de Lutèce. Ils ont tenté d’apercevoir dans la longue allée qui mène aux arènes les passages furtifs du ballet que Bartabas réalise dans la pénombre avec son cheval, Le Caravage, au rythme d’une musique de flûte du musicien turc Kudsi Erguner. Pour la première, des centaines de spectateurs, dont le ministre de la culture Frederic Mitterrand, se sont retrouvé dès 5h du matin, derrières d’autres grilles, celles du jardin des tuileries. A l invitation de Patrice Martinet, c’est la 6ème fois que Bartabas propose cette cérémonie au public, animant d’une ferveur décalée, ces petits matins d été dans différents lieux de la capitale. A chaque fois le public a le privilège de vivre cet instant magique poétique et simple de la rencontre entre la musique, le cheval et l’homme. Vers 6H30 le rituel s achève, l’écuyer Bartabas quitte son cheval par un intime tête à tête dont lui seul a le secret.
Il retire la selle, laissant le cheval au milieu des spectateurs,le cheval s’ébroue dans le sable et retrouve pour quelques instants des mouvements de liberté perdus par ses ancêtres il y a bien longtemps….

 

Jean Couturier

 

 

CABARET GILLES Théâtre du Peuple Bussang


CABARET GILLES Théâtre du Peuple Bussang

Texte de Cédric Orain, mise en scène et scénographie de David Bobee, Groupe Rictus
David Bobee brosse une biographie imaginaire de Gilles Defacque, inénarrable clown, animateur depuis une trentaine d’années du Prato, théâtre international de quartier de Lille Moulins. Entouré de danseurs et d’acrobates, il joue un personnage en rupture familiale le jour même de ses noces, parti dans le sillage d’un cirque exercer 36 métiers. Son personnage mélancolique reste aux antipodes du vrai Gilles. Malgré de belles images un peu convenues, l’engagement émouvant des comédiens de l’Oiseau-Mouche de Roubaix, ce cabaret Gilles trop long, un peu vaseux me fait regretter les belles soirées du Prato. Mais le public lui fait un triomphe et Gilles Defacque est ravi d’avoir tenté l’expérience !

UN COEUR MANGÉ Théâtre du Peuple Bussang

UN COEUR MANGÉ  Théâtre du Peuple Bussang

De Guy Benisty et Pierre Guillois, mise en scène de Pierre Guillois`
Jamais Bussang n’a mieux mérité son nom de Théâtre du Peuple qu’avec ce spectacle écrit à deux mains par ces deux artistes généreux qui avaient tissé leur complicité autour de la création d’un spectacle dans un quartier de Colmar. Ce spectacle historique sur la première croisade lancée par le pape Urbain II, premier grand choc entre l’occident et l’orient, qui avait mobilisé derrière les nobles 30 000 gueux à l’assaut des places fortes comme Nicée ou Antioche occupées par les « infidèles », a été brossé avec un vrai souci d’exactitude et une belle distance ironique. Interprété par une cinquantaine d’acteurs, un splendide chameau, des chevaux et des chiens, cette épopée sanglante écrite à la manière de Shakespeare et de Brecht tient en haleine un auditoire de 900 personnes très mélangé, de 6 à 77 ans pendant plus de 2 heures et demie. On y voit les apprêts du départ, Philippe le suzerain abandonnant sa femme Isabelle, lui laissant son filleul, le jeune Thomas qu’il avait promis d’emmener. Elle le maudit, lui promettant de le tromper s’il n’est pas revenu dans un an. Les gueux se rassemblent derrière les nobles. A des milliers de kilomètres, le deuxième tableau met en scène l’esclave Nourredine conduisant sa maîtresse voilée sur son chameau, victime d’une flèche perdue. Il entame un dialogue comique et savoureux avec le chrétien Raoul autour d’alliances économiques et de conversions multiples qui se poursuivront tout au long du spectacle. Ces deux clowns qui  parviennent à se maintenir en vie au milieu des massacres en trafiquant de fausses reliques et se prêtant à toutes les compromissions, apportent un vrai souffle d’air à cette épopée sanglante et grotesque. Pierre Guillois présente un vrai travail de chronique d’un invraisemblable massacre perpétré au nom de la chrétienté en 1095, avec des scènes d’anthropophagie, des meurtres sanglants, des exécutions et aussi des échappées de rires salutaires. Du seul côté chrétien, sur les 30 000 gueux, n’en sont revenus que 3000… Cinq acteurs professionnels seulement dans la distribution prêtent un véritable engagement dans une équipe soudée qui fait merveille. On aimerait goûter plus souvent de tels plaisirs.

Edith Rappoport 

Festival des arts de la rue La Chaux de Fonds (Suisse)

PLAGE DES SIX POMPES Festival des arts de la rue La Chaux de Fonds Suisse

 C’est ma troisième visite dans ce festival sympathique fréquenté par des familles, avec beaucoup de guinguettes et de bars chinois, indiens, italiens. Il y a du sable et des jeux, il y règne un climat bon enfant,  mais les spectacles qui prolifèrent au coin des rues manquent pour le moins de poésie  et d’exigence professionnelle, malgré les ovations du public qui se presse nombreux et alimente la manche réclamée par 350 bénévoles pendant la semaine du festival. Il faut souligner l’abus de sonorisations ainsi que la piètre qualité des musiques régnant sur cette Plage des six pompes. Tango Sumo, une équipe de danseurs de Morlaix présente un nouvel essai Moyen plume, deux lutteurs qui s’affrontent accompagnés par un percussionniste. Le noir domine le petit blanc, les rapports s’inversent. On se laisse distraire par cet humour matamore techniquement réussi, qui reste tout de même anecdotique. The Pitts family circus de Tasmanie avec Famille, je te hais présente un duo acrobatique plutôt bien fait d’un couple anglophone, perturbé par une sonorisation et des musiques de grandes surfaces, avec un joli final grâce à la présence de leur étonnant petit acrobate de 4 ans. Henri Gallot-Lavallée et Plonk et Replonk  venu de Royal de luxe nous déçoit avec sa machine à barbapapa à claquette électrique. Une installation au coin d’une rue, machine étrange près d’un tepee qui se déploie, une présentatrice qui nous sert un discours en italien, et sur fond des Neiges du Kilimandjaro d’Adamo, les castagnettes s’entrechoquent et la machine fait un peu de barbapapa .  Un grand plouf que ce Plonk ! Le clou de la soirée annoncé par Manu Moser directeur du festival, Pluie d’argent conçue par Superbuffo and the crew peine à relever le niveau, malgré un présentateur suisse allemand doué d’un beau talent de bonimenteur. On envoie en l’air deux petits avions téléguidées qui  font tomber mille francs suisses sur la foule. On peut parler encore d’un plouf malgré l’accueil chaleureux des spectateurs locaux.

Edith Rappoport

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