Les enfants de Saturne

Les enfants de Saturne, texte et mise en scène d’Olivier Py, décors et costumes de Pierre-André Weitz.

image21.jpgOlivier Py,  à la fois comédien, metteur en scène des ses propres pièces et du Soulier de satin comme de l’Orestie; il est aussi depuis presque trois ans directeur du Théâtre de l’Odéon. Il s’était fait surtout connaître en Avignon  en 95 pour son grand cycle de 24 heures La Servante. Il nous présente maintenant son dernier opus Les Enfants de Saturne, une sorte de grande saga familiale qui a pour cadre une scénographie imposante. On entre directement sur la scène soit un bureau de patron de presse avec bureau bas et fauteuil noir capitonné. Il y a des tas de journaux un peu partout, une cheminée avec une pendule en marbre un buste et un tourniquet à cachets en caoutchouc. Un peu plus loin , quelques plantes vertes en plastique ou desséchées sur l’appui d’une des deux  hautes fenêtres à 102 petits carreaux chacune répandant une lumière blafarde, un porte-manteau perroquet, un ancien poste de télévision installé sur une table roulante en stratifié et un drapeau français assez sale, deux chaises copie Louis XVI .
  Tout est chez Weitz précis et extrêmement réaliste, et d’une grande poésie: il sait parfaitement rendre l’écriture d’Olivier Py. Nous sommes installés sur un plateau de gradins tournant à 360 degrés à l ‘inverse des aiguilles d’une montre et les trois autres côtés  de la salle comportent aussi chacun un décor: d’abord une chambre d’hôtel assez pauvre et sale avec un couvre lit à chenilles, et une douche, puis  un quart de tour plus loin, une sorte de grand vestibule de château avec les mêmes deux hautes fenêtres. Encore un quart de tour , une boutique de pompes funèbres sordide et  sale , tenue par un vieil homme avec quelques plaques funéraires, des urnes et statues de la Vierge Marie en vitrine, et tout autour des toiles peintes gris et noir de tombes .
  Il est important de situer les choses ainsi ; en effet, Olivier Py doit une fière chandelle à Pierre-André Weitz qui a, sans doute conçu un des plus beaux dispositifs scéniques que l’on ait pu voir depuis dix ans. C’est à la fois sensible, intelligent et efficace, et les jeunes gens qui sont ses élèves aux Arts Déco de Strasbourg ont bien de la chance de l’avoir comme enseignant.
  Reste le texte : c’est l’histoire d’un quotidien qui va sans doute disparaître parce que son fondateur âgé n’a pas su, pas voulu sans doute non plus,  assurer sa succession. Comme Kronos, le Saturne des Romains, il  semble finalement tirer une certaine   satisfaction  d’amour-propre de n’avoir pu trouver de repreneur à sa hauteur et donc il doit bien constater  l’impossibilité de confier le journal à l’un de ses deux fils Paul ou Simon, ou à sa fille Ans. Paul fait l’amour avec sa sœur qui va bientôt être enceinte. Quant à Simon, il éprouve une sorte de passion pour son fils Virgile , qu’il va essayer d’assouvir en achetant les services de Nour ( en arabe: lumière), un jeune émigré qui a besoin d’argent pour offrir une sépulture digne de ce nom à son père récemment décédé, et qui apparaît comme une sorte d’ange à la fois damné  et merveilleux à la fois .Il y aussi Ré, une sorte de fils illégitime qui veut prendre la place du patriarche chef d’entreprise qui finira par lui confier son héritage. Mais il va se retrouver paralysé sur un fauteuil roulant, ne pouvant plus communiquer que par des battements de paupière… que traduit Ré, en interprétant évidemment les volontés paternelles….A la fin, Ré impose au vieillard de manger en pâté sa main gauche qu’il lui sacrifie ( il a déjà perdu l’usage de la droite dans un accident ).
  Soyons honnêtes: cela commence plutôt bien avec une espèce de discours patriotique revanchard  et assez drôle sur la violence de l’histoire qui se permet de prendre aux pauvres même ce qu’ils n’ont pas, que vocifère le vieux patriarche. « Mitterrand,  ajoute-t-il, son génie venait de la mort et nous ne le savions pas. Et c’est joué par un Bruno Sermonnne absolument magnifique,  comme le sont tous les autres interprètes, en particulier, Pierre Vial, très impressionnant dans le rôle de l’entrepreneur dune boutique de Pompes funèbres appelée Repos éternel -, à fois cynique et goguenard qui donne une grande profondeur à ce personnage secondaire, Michel Fau ( Ré) qui réussit à imposer à l’arrache ce personnage assez glauque, et Philippe Girard dans le rôle de Simon le fils. Il y a au fil du temps quelques belles scènes mais qui restent noyées dans une espèce de torrent qui charrie toutes les obsessions d’Olivier Py et qui paraissait ennuyer souverainement Lionel Jospin… Il faut dire qu’il y avait de quoi!
  En vrac: l’écriture de l’Histoire à la fois individuelle et collective, la notion d’apocalypse, l’obsession récurrente du rapport père/fils, la tyrannie de ce père mais aussi la fidélité au père, les relations homosexuelles, le sexe , le sang, la puissance de l’argent, le défi de l’Amour qui revient comme un leitmotiv, qu’il soit fondé ou non, réel ou supposé, le Temps qui nous engloutit, le suicide ,et l’avortement ( il n’y a dans la pièce qu’une seule femme: Ans, la fille du patriarche), l’idée de l’impossible transmission si chère pourtant au cœur de l’homme et que l’on retrouve à  chaque héritage, la mort qui guette en permanence, le sado-masochisme, la pitié, le meurtre, etc… tout cela sur fond de références  bibliques, catholiques surtout, claudéliennes et philosophiques (Py, on le sait est un grand lecteur),  et mouliné, repassé en boucle deux heures et demi durant. Tous aux abris…
  Ce qui en une heure vingt serait sans doute  intéressant ( mais ce n’est pas dans les habitudes d’Olivier Py) devient à la longue assez insupportable, et c’est dommage!  Malgré le petit tour de manège que nous effectuons à intervalles réguliers, le compte n’y est pas tout à fait; on se demande même finalement s’il y a un rapport au temps qu’Olivier Py n’aurait  pas réussi à maîtriser , quand on voit  la masse de thèmes qu’il traite sans pour autant épargner au public bon nombre de stéréotypes , si bien que cette pseudo saga familiale, dont les personnages sont  mal dessinés et où l’auteur prend prétexte de la pièce pour se confesser,  devient assez vite indigeste), malgré une solide mise en scène et une impeccable direction d’acteurs. Comme disait le cardinal Lustiger : qui trop embrasse mal étreint….Mais maintenant que tout est construit, c’est évidemment trop tard. Restent quelques  images d’une grande beauté qui parfois font penser à Bob Wilson, et quelques belles envolées lyriques., mais perdues dans un magma assez estoufadou.
  Alors à voir ? Oui, si vous êtes un inconditionnel de la prose d’Olivier Py, oui, si vous aimez voir d’excellent acteurs faire un travail de tout premier ordre, même s’il les fait souvent crier sans raison, mais à cette condition- là seulement…Et ne nous envoyez pas de commentaires acides en vous plaignant de vous être ennuyés: on vous aura prévenu…

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe Atelier Berthier (17 ème) jusqu’au 24 octobre.


Archive pour 20 septembre, 2009

Les enfants de Saturne

Les enfants de Saturne, texte et mise en scène d’Olivier Py, décors et costumes de Pierre-André Weitz.

image21.jpgOlivier Py,  à la fois comédien, metteur en scène des ses propres pièces et du Soulier de satin comme de l’Orestie; il est aussi depuis presque trois ans directeur du Théâtre de l’Odéon. Il s’était fait surtout connaître en Avignon  en 95 pour son grand cycle de 24 heures La Servante. Il nous présente maintenant son dernier opus Les Enfants de Saturne, une sorte de grande saga familiale qui a pour cadre une scénographie imposante. On entre directement sur la scène soit un bureau de patron de presse avec bureau bas et fauteuil noir capitonné. Il y a des tas de journaux un peu partout, une cheminée avec une pendule en marbre un buste et un tourniquet à cachets en caoutchouc. Un peu plus loin , quelques plantes vertes en plastique ou desséchées sur l’appui d’une des deux  hautes fenêtres à 102 petits carreaux chacune répandant une lumière blafarde, un porte-manteau perroquet, un ancien poste de télévision installé sur une table roulante en stratifié et un drapeau français assez sale, deux chaises copie Louis XVI .
  Tout est chez Weitz précis et extrêmement réaliste, et d’une grande poésie: il sait parfaitement rendre l’écriture d’Olivier Py. Nous sommes installés sur un plateau de gradins tournant à 360 degrés à l ‘inverse des aiguilles d’une montre et les trois autres côtés  de la salle comportent aussi chacun un décor: d’abord une chambre d’hôtel assez pauvre et sale avec un couvre lit à chenilles, et une douche, puis  un quart de tour plus loin, une sorte de grand vestibule de château avec les mêmes deux hautes fenêtres. Encore un quart de tour , une boutique de pompes funèbres sordide et  sale , tenue par un vieil homme avec quelques plaques funéraires, des urnes et statues de la Vierge Marie en vitrine, et tout autour des toiles peintes gris et noir de tombes .
  Il est important de situer les choses ainsi ; en effet, Olivier Py doit une fière chandelle à Pierre-André Weitz qui a, sans doute conçu un des plus beaux dispositifs scéniques que l’on ait pu voir depuis dix ans. C’est à la fois sensible, intelligent et efficace, et les jeunes gens qui sont ses élèves aux Arts Déco de Strasbourg ont bien de la chance de l’avoir comme enseignant.
  Reste le texte : c’est l’histoire d’un quotidien qui va sans doute disparaître parce que son fondateur âgé n’a pas su, pas voulu sans doute non plus,  assurer sa succession. Comme Kronos, le Saturne des Romains, il  semble finalement tirer une certaine   satisfaction  d’amour-propre de n’avoir pu trouver de repreneur à sa hauteur et donc il doit bien constater  l’impossibilité de confier le journal à l’un de ses deux fils Paul ou Simon, ou à sa fille Ans. Paul fait l’amour avec sa sœur qui va bientôt être enceinte. Quant à Simon, il éprouve une sorte de passion pour son fils Virgile , qu’il va essayer d’assouvir en achetant les services de Nour ( en arabe: lumière), un jeune émigré qui a besoin d’argent pour offrir une sépulture digne de ce nom à son père récemment décédé, et qui apparaît comme une sorte d’ange à la fois damné  et merveilleux à la fois .Il y aussi Ré, une sorte de fils illégitime qui veut prendre la place du patriarche chef d’entreprise qui finira par lui confier son héritage. Mais il va se retrouver paralysé sur un fauteuil roulant, ne pouvant plus communiquer que par des battements de paupière… que traduit Ré, en interprétant évidemment les volontés paternelles….A la fin, Ré impose au vieillard de manger en pâté sa main gauche qu’il lui sacrifie ( il a déjà perdu l’usage de la droite dans un accident ).
  Soyons honnêtes: cela commence plutôt bien avec une espèce de discours patriotique revanchard  et assez drôle sur la violence de l’histoire qui se permet de prendre aux pauvres même ce qu’ils n’ont pas, que vocifère le vieux patriarche. « Mitterrand,  ajoute-t-il, son génie venait de la mort et nous ne le savions pas. Et c’est joué par un Bruno Sermonnne absolument magnifique,  comme le sont tous les autres interprètes, en particulier, Pierre Vial, très impressionnant dans le rôle de l’entrepreneur dune boutique de Pompes funèbres appelée Repos éternel -, à fois cynique et goguenard qui donne une grande profondeur à ce personnage secondaire, Michel Fau ( Ré) qui réussit à imposer à l’arrache ce personnage assez glauque, et Philippe Girard dans le rôle de Simon le fils. Il y a au fil du temps quelques belles scènes mais qui restent noyées dans une espèce de torrent qui charrie toutes les obsessions d’Olivier Py et qui paraissait ennuyer souverainement Lionel Jospin… Il faut dire qu’il y avait de quoi!
  En vrac: l’écriture de l’Histoire à la fois individuelle et collective, la notion d’apocalypse, l’obsession récurrente du rapport père/fils, la tyrannie de ce père mais aussi la fidélité au père, les relations homosexuelles, le sexe , le sang, la puissance de l’argent, le défi de l’Amour qui revient comme un leitmotiv, qu’il soit fondé ou non, réel ou supposé, le Temps qui nous engloutit, le suicide ,et l’avortement ( il n’y a dans la pièce qu’une seule femme: Ans, la fille du patriarche), l’idée de l’impossible transmission si chère pourtant au cœur de l’homme et que l’on retrouve à  chaque héritage, la mort qui guette en permanence, le sado-masochisme, la pitié, le meurtre, etc… tout cela sur fond de références  bibliques, catholiques surtout, claudéliennes et philosophiques (Py, on le sait est un grand lecteur),  et mouliné, repassé en boucle deux heures et demi durant. Tous aux abris…
  Ce qui en une heure vingt serait sans doute  intéressant ( mais ce n’est pas dans les habitudes d’Olivier Py) devient à la longue assez insupportable, et c’est dommage!  Malgré le petit tour de manège que nous effectuons à intervalles réguliers, le compte n’y est pas tout à fait; on se demande même finalement s’il y a un rapport au temps qu’Olivier Py n’aurait  pas réussi à maîtriser , quand on voit  la masse de thèmes qu’il traite sans pour autant épargner au public bon nombre de stéréotypes , si bien que cette pseudo saga familiale, dont les personnages sont  mal dessinés et où l’auteur prend prétexte de la pièce pour se confesser,  devient assez vite indigeste), malgré une solide mise en scène et une impeccable direction d’acteurs. Comme disait le cardinal Lustiger : qui trop embrasse mal étreint….Mais maintenant que tout est construit, c’est évidemment trop tard. Restent quelques  images d’une grande beauté qui parfois font penser à Bob Wilson, et quelques belles envolées lyriques., mais perdues dans un magma assez estoufadou.
  Alors à voir ? Oui, si vous êtes un inconditionnel de la prose d’Olivier Py, oui, si vous aimez voir d’excellent acteurs faire un travail de tout premier ordre, même s’il les fait souvent crier sans raison, mais à cette condition- là seulement…Et ne nous envoyez pas de commentaires acides en vous plaignant de vous être ennuyés: on vous aura prévenu…

Philippe du Vignal

Odéon-Théâtre de l’Europe Atelier Berthier (17 ème) jusqu’au 24 octobre.

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