La Chaise-Dieu ou la musique au sommet

Le Festival de La Chaise-Dieu a lieu chaque fin d’été dans une abbatiale qui est un miracle d’architecture et d’acoustique, alliance particulièrement rare.

La 43e édition du Festival de La Chaise-Dieu était la septième sous la houlette de Jean-Michel Mathé, son jeune directeur artistique. C’est en 2003 en effet que Guy Ramona, qui fut pendant plus de trente ans le directeur d’un festival voulu, au départ, par Georges Cziffra, en en est devenu le président. Poste auquel il a renoncé en juin dernier : c’est Jacques Barrot, homme politique bien implanté dans la région et par ailleurs commissaire européen, qui a été élu à ce poste.
Sans attendre, saluons la performance de Vaclav Luks à la tête de son Collegium 1704 qui nous a révélé le Requiem pour Auguste II de Zelenka, soirée que France Musique a eu la bonne idée de diffuser. Remarquable interprétation qui nous a fait goûter la manière dont les voix et les instruments se mariaient idéalement. Du velours !
Clermontois d’origine, issu d’une école d’ingénieurs de Lyon où il lui est arrivé d’inviter l’Orchestre National de Lyon, Jean-Michel Mathé a effectué un service civil à l’Auditorium Maurice Ravel du temps d’Emmanuel Krivine puis de David Robertson, qui ont succédé à Serge Baudo au poste de directeur musical de cet orchestre. Il a aussi été bénévole du Festival de La Chaise-Dieu pendant plus de dix ans : «Les bénévoles font un travail remarquable et créent une ambiance chaleureuse, dit Jean-Michel Mathé. C’est dans ce cadre que j’ai été un beau jour remimage6.jpgarqué par Guy Ramona, qui m’a proposé d’être son successeur.» Aujourd’hui, Jean-Michel Mathé est aussi trésorier de la fédération France Festival.

 

Accents lyriques

Parmi les œuvres qui sonnent le mieux à La Chaise-Dieu, il y a bien sûr le Requiem de Verdi, familier des passionnés du festival. Cette fois, c’était le Chœur et l’Orchestre de la Philharmonie nationale d’Ukraine, dirigés par Mykola Dyadyura, qui l’interprétait : une lecture superbe, aux accents on ne peut plus lyriques.
Accusé ça et là d’élitisme, le festival a réussi à triompher des préjugés et à s’imposer comme étant la grande manifestation artistique de l’été en Auvergne. A ce titre, il bénéficie d’une convention signée pour 3 ans avec le Conseil régional, et reçoit aussi des subsides de l’agglomération du Puy-en-Velay, du Conseil général de la Haute-Loire, etc. «Mais notre première source de financement est la billetterie», ajoute Jean-Michel Mathé.
Le Festival de La Chaise-Dieu, qui bourdonne pendant quinze jours, n’occupe durant l’année que sept emplois permanents. Outre le directeur, on trouve un administrateur, deux postes pour le mécénat, la communication et la presse, un comptable et deux assistants.

De la Renaissance à la musique d’aujourd’hui

Sur le plan artistique, Jean-Michel Mathé reste fidèle aux choix de son prédécesseur : on retrouve régulièrement à l’affiche de La Chaise-Dieu les noms de Paul McCreesh, Françoise Lasserre, Michel Corboz, mais d’autres ensembles comme l’Ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon ou le Collegium 1704, qu’on a cité, ont fait leur apparition ces dernières années. «J’ai aussi ajouté la musique contemporaine, qui apparaît à petite dose mais dans plusieurs concerts, ainsi que la musique de la Renaissance, avec l’ensemble Doulce Mémoire, qui était peu représentée jusque là. Je fais aussi appel aux forces musicales locales, quand elles sont de grande qualité : le Concert de l’Hostel-Dieu installé à Lyon, l’Orchestre d’Auvergne. Mais nous n’avons fait appel qu’une seule fois au Chœur d’Auvergne, formation amateur, et ce pour un projet qui avait été précisément défini.»
Jean-Michel Mathé ne dédaigne pas non plus des formations de l’est de l’Europe, si elles placent la barre très haut. «Je me suis rendu en Ukraine, et j’ai compris que je pouvais inviter les interprètes que dirige Mykola Dyadyura, à jouer dans l’abbatiale la Symphonie des mille de Mahler, qu’ils avaient rodée à Kiev. Ce concert a produit un effet magistral à La Chaise-Dieu.
Depuis quelques années, le festival propose, au sein de plusieurs de ses concerts, une page de musique de notre temps. Cette année, entre autres, on a pu entendre le Concerto pour flûte de Marc-André Dalbavie interprété par Benoît Fromanger en compagnie du plus qu’excellent Orchestre français des jeunes dirigé par Kwamé Ryan. Maîtres de la technique, ces jeunes musiciens peuvent aller au-delà de la grammaire et se donner tout entiers à leur passion de jouer. Autre exemple, le Festina lente (1988), pour orchestre à cordes et harpe ad libitum, d’Arvo Pärt par l’Orchestre d’Auvergne dirigé par Ari van Beck. Un beau moment de sérénité.
Un nouveau site internet, des actions pédagogiques, des conférences gratuites, etc. ont par ailleurs renouvelé un festival qui, avec un budget d’1,8 million d’euros (dont 1 million pour l’artistique), propose plus de trente concerts payants par édition. «Il nous reste à améliorer le stationnement, la restauration, l’hôtellerie ; songez qu’il n’y a que 600 habitants à demeure à La Chaise-Dieu ! Et que certains soirs il nous faut 300 chambres pour loger un chœur et un orchestre !»

 

L’espace et le temps

Depuis quelques années, certains concerts du festival ont lieu ailleurs dans la région (au théâtre du Puy, où sont donnés des opéras en version de concert, à Brioude, etc.). Mais le rayonnement du Festival de La Chaise-Dieu est tel que son activité tend à s’accroître aussi dans le temps : il collabore, pendant la saison, avec le théâtre du Puy et le Centre lyrique d’Auvergne. Le plan de soutien à l’économie permet par ailleurs à des travaux d’êtres menés dans les bâtiments qui jouxtent l’abbatiale et qui permettront de mieux en mieux accueillir l’Académie de la Chaise-Dieu, dont le directeur artistique est le pianiste Cyril Huvé, et qui depuis trois ans fait vivre la musique l’hiver, à La Chaise-Dieu. Un nouvel auditorium de 220 places est en outre prévu dans les anciennes écuries, et les projets sont nombreux qui poussent à imaginer la naissance d’un centre culturel sur la présence monastique, sur le rôle des bénédictins, sur le thème de la danse macabre (il y en a une magnifique à l’intérieur de l’abbaye, ainsi que de somptueuses tapisseries). «L’évêque est très bienveillant à notre égard, les frères de la communauté de Saint-Jean, qui vivent dans l’abbaye, également.» Enfin, un Centre de recherche sur les maîtres de musique de province, à partir de partitions retrouvées à la cathédrale du Puy, pourrait lui aussi voir le jour dans cette ville.

 

En 2010 ?

 

«En 2010 (ne le répétez pas !), il y aura du Chopin, peut-être du Schumann – ils sont nés tous deux en 1810 –, et nous fêterons les 400 ans des Vêpres de Monteverdi avec le chœur du King’s College et The Academy of Ancient Music. Nous avons aussi des projets, à l’avenir, avec l’Orchestre de Saint-Étienne, que dirige Laurent Campelone. Et j’aimerais bien programmer le Requiem allemand de Brahms.»

 

Anne Rodet

 


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