Stille nacht

Stille nacht, conception Alexandra Fleischer et Joachim Latarjet.

stillenachtmax10edbfb.jpgC’est une sorte de récit qui n’en est pas un vraiment, puisqu’il combine les images vidéo et des morceaux de texte dits par les deux auteurs du spectacle sur une musique jouée par Joachim Latarget  dans le fond du grand plateau noir de l’Echangeur. Cela commence par les confidences d’un homme René Fleischer, filmé chez lui, dans le salon de sa maison, à Sambin dans le Loir et Cher; c’est le père d’Alexandra qui raconte  son histoire. Il est né en 35 mais il a toujours dit que son enfance commençait en 40; ses parents étaient allemands, juifs et ils l’avaient confié à une dame pour quelques mois mais il restera chez elle cinq ans et ne reverra ses parents qu’en 45. La dame qui a été sa seconde mère lui avait interdit de parler allemand, pour qu’il ne lui arrive rien quand les troupes d’occupation sont arrivées dans son village. C’est une sorte de document brut où il se raconte pauvre gamin, coincé par une langue qui était à la fois celle de sa mère éloignée et celle de l’occupant, et évidemment déchiré…La langue allemande encore synonyme de peur, de menaces, et d’uniforme kaki ,  avait été bien longtemps mise à l’écart, même si, paradoxalement on l’enseignait au lycée.  Mais René Fleischer ne voudra pas l’entendre ni parler pendant des années. Et le vieux monsieur se remémore cette époque de bruit et de fureur avec beaucoup de calme. Face caméra,  il est d’autant plus émouvant qu’il reste très pudique sur ce qu’il a vécu, surtout quand il repense à toutes les personnes disparues de sa famille et à cette femme qui l’avait recueillie. Il y a cette incroyable et magnifique galerie de portraits de sa famille juive. C’est  remarquablement composé, même si on aimerait en savoir encore plus sur René Fleischer, désormais citoyen français, et paisible retraité d’un petit village., autrefois petit juif allemand , qui a eu tant  de mal avec sa langue, c’est à dire finalement avec sa propre identité. Il y a aussi des extraits de dessins animés  comme ceux de Betty Boop, l’une des premières héroïnes plutôt sexy qui lancera son fameux poo-poo-pee-do que reprendra plus tard Marylin Monroë, dessins animés produits par les  Fleischer Studios dans les années 30… Sur le devant de la scène, Alexandra Fleischer, sa fille et Joachim Latarget  , disent des textes inspirés entre autres de Masse et puissance d’Elias Canetti; sans jamais tomber dans le réalisme, sans doute pour faire contre-point aux images sur grand écran; il y a ainsi une grande boîte où Bernard Latarjet est au début enfermé dans une grande boîte qui a un peu les allures d’un cercueil avec des meubles et des  tables de poupée. Disons que les aller et retour entre la partie vivante du spectacle et les images de cet homme tout à fait lucide sur ce qu’il a pu vivre et qui est encore si proche de lui, ne sont pas toujours évidents. sans doute, parce que c’est  toujours un peu mission impossible.  Alors à voir? Surtout pour la présence de René Fleischer , aussi discret qu’émouvant et dont la présence illumine tout le spectacle.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Echangeur Métro Gallieni jusqu’au 28 septembre.

 


Un commentaire

  1. martine s dit :

    euh, erreur: alexandre théry est le danseur, joachim latarget est le musicien (co fondateur de sentimental bourreau).

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