Turandot

Turandot, ou le congrès des blanchisseurs de Bertold Brecth


  Leçon de rhétorique politique : comment rectifier le réel, le retourner en son contraire ou tout simplement en détourner l’intention, à la demande de l’empereur de Chine qui a lui-même détourné les stocks de coton pour faire monter les prix. Ce n’est que la première étape. La seconde se passe même de masquer la supercherie : elle est pur cynisme, les Tui, les intellectuels propagandistes du régime, les lâches, les vaincus sont écartés et persécutés comme trop pensants, et les malfaisants prennent le pouvoir brutalement, avec l’empereur en otage, sous prétexte  de le protéger. Crise, chômage forcé, chantages, exactions : l’empire de Chine, la princesse Turandot – sorte d’allégorie de l’opinion publique – , séduite par le bandit après avoir fait les yeux doux aux beaux parleurs,  tout cela n’a rien d’exotique, le questionnement ironique du vieillard qui veut apprendre non plus.

  La fable habille à peine le réel, non seulement du temps de Brecht, mais d’aujourd’hui.Nicolas Thibault  a voulu prendre la pièce au mot, dans toute sa rigueur.  Donc une mise en scène sans d’ornement, sans d’exotisme, et sans « réalisme » non plus : du pur théâtre, avec de beaux costumes fonctionnels concentrant les signes tout en restant minimalistes, et aucun autre décor que des cubes empilés figurant des tronçons de corps cibles possibles d’un jeu de massacre.  Pas de rôles attribués : chacun porte la parole de plusieurs « personnages », fictions et fonctions, quitte à se donner la réplique à soi-même ou à sa marionnette. Le metteur en scène parle de manipulation, et manipule sous nos yeux les outils du théâtre. C’est impeccable, et pourtant il manque plusieurs choses, pour que le spectateur ne manque rien des plaisirs de l’intelligence : une vraie virtuosité, si discrète soit-elle, dans la manipulation des têtes de marionnettes, qui ne nuirait en rien à l’économie du spectacle, et une vraie liberté des acteurs. On aimerait les voir entrer dans le jeu sous nos yeux, faire et défaire le théâtre et nous y embarquer pour trois secondes ou dix minutes. Mais ce Turandot manque de cette vie-là : avant même d’entrer en scène, à la vue du public, les acteurs sont déjà enfermés dans une raideur contre-productive – puisqu’il s’agit de cela.Une pièce tout à fait d’actualité, mais  un travail exigeant gâché par une sorte de puritanisme…

Christine Friedel

Théâtre de l’Opprimé 20H30

 


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