Le Cauchemar

  Le Cauchemar, texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux.

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Sur la  scène,  imaginez un grand drap noir en plastique suspendu au-dessus d’une petite estrade, et plus bas,  cinq téléviseurs posés à même la scène. C’est comme une sorte de procès; depuis l’Orestie d’Eschyle, comme le remarque Rabeux, « on sait que les deux s’entremêlent  » et que c’est même un des fondements de l’univers scénique, des farces du Moyen-Age en passant par les Plaideurs, jusqu’aux très nombreux  procès de Jeanne d’Arc et au sublime Palais de Justice mis en scène par jean-Pierre Vincent autrefois au Théâtre national de Strasbourg. Et ne parlons pas des films comme des innombrables séries télé.
Ici , c’est un peu différent; il y a une sorte de Procureur de la République, nommé La Question, un sinistre travelo, aux cheveux longs frisés et aux grosses lunettes, habillée d’une longue robe noire qui fait un peu penser à la figure de la Mort dans La Classe morte , le spectacle culte de Tadeusz Kantor ; il est  assis sur une banale chaise de bureau tournante;  on voit, par moments, son  visage grossi sur les écrans télé, et parle devant un micro, d’une voix aussi calme que sinistre:  » Aucune question ne peut être posée à La Question », précise-t-il d’emblée. La Question récuse vos généralités ». Le ton est déjà donné ,entre Kafka et Sade, et bien sûr Bataille…
Et puis, sur la petite estrade, il y a l’accusée, Eglantine, qui avoue avoir tué sa mère, son père et sa fille , qui se présente, nue avec juste un peignoir noir sur les épaules à quelques mètres du public, après qu’il lui ait ordonné de se déshabiller. On voit alors sur les écrans des gros plan de son ventre. »Caméra, puis « stop caméra « , dit-il, comme un metteur en scène. Ses phrases sont courtes, précises et tranchantes. Puis , plus tard, une très jeune et belle femme, presque androïde, en pantalon et chemisier blanc arrive simplement. Et cette espèce de simulacre de procès continue:  » La Question affirme que votre fille sait tout de vous ». Et La Question  demande à Eglantine de lui dire qui est le père de sa fille et précise qu’elle veut une réponse explicite… L’interrogatoire tourne effectivement au cauchemar.
Eglantine , tout au long de de ces quatre journées que dure le procès, se confesse, raconte sa vie sans la raconter vraiment, texte  souvent sublime, très théâtral , où l’on parle beaucoup de sexe et de relations familiales compliquées.
Le Cauchemar n’est  pas à mettre entre toutes les oreilles mais Jean-Michel Rabeux a sans doute écrit l’un de ses meilleurs textes, l’un en tout cas des plus sulfureux et des plus poétiques, si l’on veut bien considérer que le poétique est une sorte de métaphore aux méandres imprévisibles de la vie banale, et dont le spectateur ne ressort pas indemne.Le jugement final de La Question , dit de façon imperturbable, fait froid dans le dos, puisqu’il établit une sorte de compromis  existentiel;  en termes vulgaires, cela donne zéro partout, la balle au centre: la mère est condamnée à mort, la fille est condamnée à vivre… Et La Question insiste bien sur le mot  » condamnée »
Les agrandissements vidéo et les projections sur le grand rideau noir plastique  ne sont pas très convaincants, d’autant plus que l’on est très près des trois interprètes. D’abord,  et surtout Claude Degliame;  en une heure dix, elle accomplit un parcours sans faute, sublime à chaque minute, avec un sens des nuances  et une présence scénique des plus rares. Eugène Durif, dans le personnage surréaliste, glauque  et monstrueux de La Question  est pourtant tout à fait crédible, comme l’est aussi  Vimala Pons qui joue La Fille.   Un spectateur pas très content a déclaré à la fin, avant le salut des comédiens,  que le théâtre de Jean-Michel Rabeux était très ennuyeux. On peut certes reprocher quelques  défauts de mise en scène à ce spectacle sans doute encore un peu vert et que nous avons vu par une chaleur assez rude, mais, malgré cela, désolé, il y a peu de textes actuels qui aient  une telle dimension, à la fois dramatique et poétique, et servi par des comédiens  qui font un travail des plus remarquables.  Alors à voir? Oui, sans hésitation…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Bastille 76 rue de la Roquette jusqu’au 17 octobre  à 19 h 30


Archive pour septembre, 2009

Gaumont fête son patrimoine

 

photo.jpgCette année les journées européennes du patrimoine du 19 et 20 septembre ont été marquées par l’ouverture au public du musée privé de la société Gaumont installé au siège social de Neuilly sur Seine.
Depuis 20 ans cette société retrouve et conserve tout ce qui a trait à son activité cinématographique qui a 115 ans d existence.
Le public guidé par Martine Offroy responsable du patrimoine, découvre les premiers appareils, ancêtres des caméras rachetés en 1895 par Léon Gaumont, au comptoir général de la photographie, ( le musée possède 200 appareils photos et cinématographiques).
Au début de son existence ce sont les forains qui rendent public cet art en devenir. En 1908 Gaumont ouvre sa première salle de cinéma mythique le Gaumont palace à l’hippodrome de Montmartre et accueille 4500 spectateurs. Progressivement les forains se désintéressent du cinéma et donnent ainsi la possibilité, en 1930 à Gaumont d’ouvrir plusieurs salles à l ‘effigie de la marguerite.
Le cinéma quitte la foire, se sédentarise mais garde son aspect d’art populaire.
Au sous-sol de la société, dans de petites salles, qui ne sont pas faites pour accueillir un vaste public, nous découvrons dessins, photos et costumes de l’histoire du cinéma.
Le public a aussi le privilège de voir quelques affiches parmi le fond de 8000 affiches, en particulier la première affiche de 1905, « les rêves d’un fumeur d’opium », tout un programme….
La visite se termine par une projection cinématographique qui révèle les trésors muets et sonorisés des pionniers du cinéma.
Lors de cette même journée la cinémathèque de Paris, le grand Rex et le cinéma l’entrepôt ont aussi ouvert leurs portes notamment pour un public jeune.
Mais que propose le monde des arts du spectacle vivant ce jour là ?
La Comédie française, l’Opéra Garnier, l’Opéra comique et … le Moulin rouge ont accueilli le public.
De son coté le théâtre Sylvia Montfort rebaptisé le Montfort a ouvert ses portes à l’occasion de sa présentation de saison.
Pourtant il y a dans Paris, 160 salles de spectacle dont 5 théâtres nationaux ainsi que le Théâtre de la ville, le Théâtre du Châtelet, des théâtres privés et des théâtres municipaux, qui appartiennent au patrimoine national !
Pourquoi aucun de ces théâtres n’a jugé bon d’ouvrir sa boite de pandore, afin de donner « le goût du théâtre », à des spectateurs potentiels ?
Rendez-vous l’année prochaine, pour peut-être de nouvelles initiatives !…

Jean Couturier 

L’Oral et Hardi

L’Oral et Hardi, allocution poétique, textes de Jean-Pierre Verheggen, texte et mise en scène de Jacques Bonnaffé.

image22.jpgC’est la reprise du spectacle que Jacques Bonnafé  avait donné en 2007 à la Maison de la Poésie;. Toujours aussi magnifique et aussi  jubilatoire. Il est là , seul, près de la scène dans la salle proposant aux spectateurs qui entrent « de prendre un verre après le spectacle ou tout de suite comme cela ce sera fait »… Et le feu d’artifice commence! N’ayant pas le temps  d’être  mal, je serai peut-être un peu long ». Bonnaffé s’en prend à tout et à n’importe quoi, d’abord à l’abribus qui occupe le trottoir juste devant le théâtre, et puis le ton monte ,dans un délire verbal rarement atteint. Calembours au premier ou au second degré, jeux sur la langue qui, dit-il, dans un énorme mensonge ,  lui échappe depuis toujours…jusqu’à l’absurde et au  poétique le plus délicieux.
Au hasard de ses petites impros ou des morceaux choisis de son complice Verheggen:  « vers l’avenir qui les attend de pied ferme » Rotule as-tu du genou,grande question qui nous questionne », » Absinthe , mère de Dieu ». Et tout d’un coup, dans une envolée lyrique, Bonnafé se met à parodier Malraux quand il prononçait sa fameuse oraison funèbre de Jean Moulin.Pour aussitôt prendre le ton du candidat politique en campagne électorale du genre:  » Je ne vous ai pas coupé quand vous m’écoutiez  » ou « content de vous rencontrer , glisse-t-il à quelques spectateurs en leur serrant la main d’air patelin et en glissant en aparté, très content de lui,: « J’ai salué l’opposition ». Le public ne boude pas son plaisir, surtout quand il reprend la désormais célèbre bourde raciste du génial  Hortefeux: « Tant qu’il y en a un,  cela va, c’est quand ils sont nombreux!
 » Au niveau du vécu, le top manager doit ménager sa mouture » , bref, Bonnaffé n’hésite pas à faire flêche de tout bois et à s’obstiner dans un dérapage verbal… parfaitement contrôlé, avec une diction et une gestuelle absolument impeccables,sans jamais tomber dans la facilité . Rien chez lui n’est en effet laissé au hasard, même et surtout quand il semble complètement perdu. Il y a peu de comédiens qui maîtrisent aussi bien cet art du monologue qui est un des fleurons du théâtre français. Et l’un des grand moments du s
image1.jpgpectacle est cette récitation ampoulée et faussement lyrique d’un poème  de Marcelline Desbordes- Valmore.
Il s’en prend aussi gentiment à notre consoeur du Monde Salino et à Jean d’Ormesson, s’emmèle les pinceaux dans les noms propres et parle du zappeur Camembert, et de Bernadette Soupirail… Il faut parfois être un peu de la paroisse mais les références sont suffisamment nombreuses pour que chacun y trouve son compte, qu’il soit parisien ou non.Un autre grand moment est celui où il se lance dans une auto-critique à la troisième personne dans le style et  sur le ton des commentateurs de matchs de foot. « Il lit le texte écrit sur la petite estrade. Quelle déception… Ce sont des images que l’on n’a pas envie de revoir ».
Et  Jacques Bonnaffé, seul en scène pendant une heure et quart,  n’a aucun accessoire autre qu’un caddie encombré de bouteilles mais il possède un tel savoir-faire qu’il réussit en quelques phrases à embarquer son public pour l’emmener là où il veut. Aucun cabotinage comme parfois chez Raymond Devos;c’est à la fois aussi intelligent que jubilatoire,et on l’a dit, les spectateurs sont ravis, même si deux fausses fins auraient pu  sans doute passer à la trappe. Mais c’est bien le seul  petit bémol que l’on peut mettre à la mise en scène de ce spectacle  magnifique.
Alors à voir? OUI, trois fois oui; on reproche assez au théâtre contemporain , et souvent avec raison , une certaine morosité, pour ne pas se précipiter à cet Oral et Hardi. Mais faites vite, c’est très très plein…

Philippe du Vignal

Théâtre de la Bastille à 21 heures, jusqu’au 9 octobre.

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L’ORAL ET HARDI  par Edith Rappoport . Allocution poétique de Jean-Pierre Verheggen, mise en scène et jeu de Jacques Bonnaffé

 

C’est  à un numéro d’équilibriste fascinant auquel se livre ce magicien de la parole qu’est Jacques Bonnaffé.  Jamais je n’avais éprouvé cet étonnement devant la mémoire d’un acteur se livrant à un tel déluge de mots, pour porter le verbe de Verheggen « handicapé de la langue, handicapé de naissance ». Bonnaffé se livre totalement, avec une très grande maîtrise et une splendide simplicité dans ces langues du terroir du Nord, de la Belgique et d’ailleurs, il a de beaux métissages linguistiques. On rit  parfois à gorge déployée, c’est beau, ça fait du bien. Qui disait que pour aller bien, il fallait rire au moins dix minutes par jour ?

 

L’Avare

L’Avare de Molière à la Comédie-Française

gpravare0910.jpgCatherine Hiegel qui met en scène l’Avare, conçoit Harpagon, personnage devenu synonyme de l’avarice, joyeux, heureux. Il adore, au sens propre, son argent, il en jouit paroxystiquement et lui sacrifie tout.
Un bonheur à la fois réel de posséder l’argent et potentiel d’avoir tout grâce à l’argent. Le problème, et ce qui fait ce personnage pathétique et tragique, c’est qu’il n’aura rien, incapable qu’il est de se séparer de son trésor.
Catherine Hiegel situe cette farce horrible dans un décor conçu par Goury : entrée monumentale d’un hôtel particulier, dominé par un imposant escalier descendant derrière vers le jardin et montant vers un balcon. Ce lieu de privation, aux murs nus, est complètement vidé de tout objet, de toute décoration, telle une prison.
Traitant la pièce comme métaphore, l’image emblématique et intemporelle de l’avarice, Catherine Hiegel ne cherche pas à l’extraire de son époque d’origine ni à l’actualiser. De sorte qu’elle conserve les costumes d’époque, soigneusement reproduits : Harpagon très strict, tout en noir, Frosine en robe noire, chapeau et bandeau sur un œil, les valets en costumes loqueteux. En cohérence avec l’option de l’intemporalité Harpagon, joué par Denis Podalydès, ni vieux ni jeune, tient d’un personnage de bande dessinée, rappelant souvent aussi Louis de Funès par la gestuelle et les expressions extrêmement vives, agitées. Il fait en effet un Harpagon « joyeux », farcesque, à la frontière du clownesque, il court, il rit, il danse, parfois à l’excès.
Le rythme rapide, l’agitation nerveuse, sont imprimés au jeu de l’ensemble des personnages. Le comique, les gags, les chutes, collisions, coups de canne, etc. s’inspirent du cinéma muet chaplinesque.
Une distribution cohérente qui tient sans peine cette convention du jeu, excepté peut-être Suliane Brahim en Élise peu audible et parfois mal assurée.
Un spectacle de bonne facture, agréable à voir, même s’il n’apporte pas une lecture neuve ni singulière à la montagne des exégèses de la pièce.

Irène Sadowska Guillon

l‘Avare de Molière
mise en scène Catherine Hiegel
Comédie-Française — salle Richelieu
du 19 septembre 2009 aux 21 février 2010, en alternance.

TRANSFER

 

TRANSFER  Festival Sens interdits Théâtre des Célestins Lyon de Jan Klata (Wroclaw Pologne)

Je découvre Jan Klata, « l’enfant terrible du théâtre polonais », qui comme Didier Ruiz s’intéresse à la mémoire des déplacements et des résistances. Il nous conte le rapatriement forcé, à la fin de la deuxième guerre mondiale des Allemands transférés dans une Pologne disparue entre les deux guerres, remplacés par les Polonais qui en avaient été exilés. Onze personnes de la société civile témoignent sur leurs vies en polonais et en allemand, pendant que Staline, Roosevelt et Churchill qui se sont partagé le monde à Yalta pérorent cyniquement sur une haute plateforme qui monte au-dessus de leurs têtes, empoignant par instants des instruments pour brailler du rock. On perd un peu de l’intensité du spectacle à la lecture des sous-titres, mais on est bouleversés par ces vies simples et fortes, malgré les blessures iniques de cette grande boucherie qui les a malgré tout épargnés

Edith Rappoport

La Musique et les hommes

La Musique et les hommes De música i d’homes          

 

  La scène espagnole d’aujourd’hui

 

 

Les mélodies d’une vie    Spectacle en français
d’
Helena Tornero, sur une idée originale de Julio Alvarez
Mise en scène Scénographie Xesca Salvà | Lumières Sylvia Kuchinow | Création-son Laura Teruel |
Costumes
Bàrbara Glaenzel | Vidéo Teresa Bermudez | Maquillage Ignasi Ruiz |
Construction scénographie
Mariana Castellucci | Assistante à la mise en scène Helena Tornero | Collaboration à la mise en scène Arthur Häring | avec Anna Briansó et les voix d’Irene Alvarez, Julio Alvarez, Arthur Häring, Ferran Lahoz, Anna Pérez, Santi Pons, Laura Teruel et Helena Tornero.

Du 20 au 23 octobre 2009 à 20h00
Production | Tantarantana Teatre S.L | avec l’aide | de l’Institut Català de les Indústries Culturals (I.C.I.C.), de l’Institut Ramon Llull et du Ministère de la Culture d’Espagne (INAEM) | Partenariat | Hispanité Exploration, Compagnie Agathe Alexis et Compagnie des Matinaux
Coréalisation | Théâtre de l’Atalante

 

Tarifs : 20€, 15€, 10€  (soirée comprenant le spectacle et une lecture), 5€ (lecture seule)

 

« Show a little faith, there’s magic in the night » Bruce Springsteen
À cinquante ans passés, Patti a enfin rencontré l’homme de sa vie. Cette nuit est la dernière qu’elle passe en tête à tête avec sa solitude. Dès demain elle se met en ménage avec lui. Elle a tout préparé jusque dans les moindres détails pour saisir ce qu’elle considère comme sa dernière chance. Pourtant, elle ne parvient pas à dissiper l’incertitude qui l’assaille. Et s’il y avait une erreur quelque part ? Pareille à une fugue à la fois douce-amère et pleine d’humour, la dérive intime de cette femme seule face à elle-même est celle de toute une vie faite de rencontres manquées ou inopportunes, de non-dits, de petits miracles aussi parfois et de coïncidences cocasses, scandée par les chansons populaires – de Bruce Springsteen, Lou Reed, Leonard Cohen et d’autres – dont elle a fait autant de repères émotionnels dans le bric-à-brac de ses souvenirs.

 

Chaque soir, à l’issue de la représentation de La Musique et les hommes, une lecture d’une pièce contemporaine espagnole est proposée par le Tantarantana Teatre :
La Cage (Jaula) dItziar Pascual, le mardi 20 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture d’Alain Barsacq
Barcelone, paysage d’ombres
(Barcelona, mapa d’ombras) de Lluïsa Cunillé, le mercredi 21 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture d’Agathe Alexis
En une minute
(En un minuto) d’Inmaculada Alvear le jeudi 22 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture de Julio Alvarez
La Machine à parler ( La Màquina de parlar) de Victoria Szpunberg, le vendredi 23 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture de Javier Alberti

 

 

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PROGRAMMATION DU THÉÂTRE TANTARANTANA A PARIS AU MOIS D’OCTOBRE 2009 DANS LE CADRE DU PROJET ATALANTE-EXPLORATION

 Théâtre L’Atalante
10, Place Charles Dullin – 75018 Paris – métro Anvers, Abbesses www.theatre-latalante.com – Tel. +33.1 42 23 17 29

La Musique et les hommes du 20 au 23.10.2009 à 20 heures
Chaque soir, à l’issue de la représentation de La Musique et les hommes, une lecture d’une pièce contemporaine espagnole est proposée par le Tantarantana Teatre :

La Cage (Jaula) dItziar Pascual, le mardi 20 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture d’Alain Barsacq
Barcelone, paysage d’ombres
(Barcelona, mapa d’ombras) de Lluïsa Cunillé, le mercredi 21 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture d’Agathe Alexis
En une minute
(En un minuto) d’Inmaculada Alvear le jeudi 22 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture de Julio Alvarez
La Machine à parler ( La Màquina de parlar) de Victoria Szpunberg, le vendredi 23 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture de Javier AlbertiLa Cage (Jaula) dItziar Pascual, le mardi 20 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture d’Alain Barsacq
Barcelone, paysage d’ombres
(Barcelona, mapa d’ombras) de Lluïsa Cunillé, le mercredi 21 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture d’Agathe Alexis
En une minute
(En un minuto) d’Inmaculada Alvear le jeudi 22 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture de Julio Alvarez
La Machine à parler (
La Màquina de parlar) de Victoria Szpunberg, le vendredi 23 octobre 2009 à 21h45, dans la mise en lecture de Javier Alberti

 

Théâtre Du Rond Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt – 75008 Paris
www.theatredurondpoint.fr  – Tel. +33 1 44 95 98 21

Dans le cadre des « Mardis midi des textes libres »
Barcelone, paysage d’ombres
(Barcelona, mapa d’ombras) de Lluïsa Cunillé, le mardi 20 octobre 2009 à12h30 dans la mise en lecture d’Agathe Alexis

 

L´Espace Gérard Philippe
26 rue Gérard Philippe – 94120 Fontenay-sous-Bois
www.fontenayenscenes.fr  - Tel. +33 1 49 74 76 61

 lecture dramatisée de Barcelone, paysage d’ombres (Barcelona, mapa de sombras) de Lluïsa Cunillé, dans la mise en lecture d’Agathe Alexis, le 19 octobre 2009 à 20h30.

 Théâtre de l’Opprimé
78 rue du Charolais – 75012 Paris www.theatredelopprime.fr  – Tel. Réservations +33 1 43 40 44 44

 lecture dramatisée de En une minute (En un minuto) d’Inmaculada Alvear , dans la mise en lecture de Julio Alvarez, le  26 octobre 2009 à 20h30

 

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Barcelone, paysage d’ombres de Lluisa Cunille traduit par Laurent Gallardo

Lluisa Cunille
Née en 1961 à Badalona, près de Barcelone. Elle fait partie de la nouvelle génération d’auteurs dramatiques catalans formés dans les années 1990 dans le cadre des séminaires d’écriture dramatique dirigés par Jose Sanchis Sinisterra à la Sala Beckett à Barcelone. En 1995 elle fonde avec Paco Zarzoso et Lola Lopez la compagnie de théâtre Hongaresa.
Lluisa Cunille est aujourd’hui un des auteurs phares de sa génération en Espagne.
Elle a écrit une quarantaine de pièces, quasiment toutes créées et plusieurs traduites et jouées à l’étranger.
Parmi ses pièces : Rodéo (1992), Libracion (1994), Apocalipsi (1998), La cita (1999), El gat negre (2001), Barcelona, mapa d’ombres (2004), La cantant calba al McDonald’s (2006), Après moi le déluge (2007), El bordell (2008).
Lauréate de nombreux Prix, entre autres le Prix Calderon de la Barca 1991, le Prix Max 2006.
Sa pièce Accident, traduite en français, est publiée aux Éditions de l’Amandier à Paris.

 Barcelone, paysage d’ombres Barcelona, mapa d’ombres
Il est des lieux où les apparences supplantent si effrontément la réalité que le faux finit par s’imposer au vrai. Barcelone est de ces lieux-là, de ces villes-décors, temples d’une postmodernité rutilante, pasteurisée, résolument « cosmopolite ». Mais que recèle cette image idyllique et rassurante ? Lluisa Cunillé nous le montre dans Barcelone, ville d’ombres. Si la pièce s’ancre indéniablement dans la capitale catalane, elle se déroule presque exclusivement dans le huis-clos d’un appartement. Un vieux couple demande à ses différents locataires de quitter les lieux pour se retrouver seuls les derniers mois qu’ils leur restent à vivre ensemble. Les rencontres au sein de cette petite communauté d’individus deviennent une source inattendue de confessions intimes, tour à tour tragiques et comiques, dans cette étude de l’isolement, du désir et de la rédemption.
Ainsi, derrière le grand spectacle postmoderne de la cité idéale, Lluisa Cunillé découvre un paysage d’ombres, une cartographie intérieure de l’individu contemporain, où affleurent les cicatrices, les fêlures et autres stigmates insoupçonnés. Comme si, dans le monde du trompe-l’œil, il fallait nécessairement le détour du théâtre pour atteindre la réalité des choses.

 La cage de Itziar Pascual, traduit par David Ferré

Itziar Pascual
Née en 1967 Licenciée en Sciences de l’Information à l’Université de Madrid et en Dramaturgie à l’École Royale Supérieure d’Art Dramatique de Madrid où elle enseigne depuis 1999 la littérature dramatique et la dramaturgie. Elle est membre du comité de rédaction de la revue “Primer Acto”, collaboratrice au journal “El Mundo” et aux revues “Escena », « ADE Teatro », « Las puertas del drama ». Elle collabore également à l’émission “Escena” de la Radio Catalunya.
Elle a écrit plus d’une vingtaine de pièces de théâtre, publiées, traduites et mises en scène en Espagne, France, États-Unis et Bolivie.
Parmi ses pièces :
Me concede este baile ? – 1991
Confort - 1992
Fuga - 1993 Memoria – 1993
El domador de sombras - 1994
Nox tenebris – 1995
Holliday aut – 1996
Miauless – 1997
Elle a reçu de nombreux Prix dont une mention spéciale du Prix Maria Teresa Leon, l’accessit du Prix Marques de Bradomin, etc.
De 2000 à 2003 elle a été présidente de l’Association des Femmes dans les Arts Scéniques de Madrid – Marias Guerreras.
Sa pièce Dompteur d’ombres (El domador de sombras) traduite en français est publiée aux Éditions de l’Amandier à Paris.

La cage Jaula

C’est l’histoire d’un homme et d’une femme d’un certain âge. Lui, aimant les livres et les idées, un intellectuel, se confronte à la perte et à la dissolution graduelle de sa mémoire. Son histoire personnelle, ce qu’il a été, sa propre perception de l’Histoire, sont englouties dans un gouffre d’oubli. C’est la maladie, oui, mais aussi la façon dont un pays conçoit sa relation avec le passé, avec la guerre civile, avec l’après guerre et les exilés. Cet homme, qui se raccroche aux actions quotidiennes, se sent prisonnier d’une souffrance qui le guette au réveil chaque jour. Elle, sa compagne, aimant les promenades et les étreintes, témoin et complice d’une vie de lutte, assure les nécessités quotidiennes, soigne le malade et affronte la maladie, se rebellant devant tant d’oublis coupables.

En une minute de Inmaculada Alvear, traduit par David Ferré

Inmaculada Alvear

Née en 1960, Inmaculada Alvear est docteur en Histoire. Elle fait partie du collectif d’auteurs du Teatro Astillero. En 2004 elle a reçu le Prix Calderon de la Barca pour El sonido de tu boca et l’accessit au Prix Maria Teresa Leon de l’ADE pour Mi vida gira alrededor de quinientos metros.
Depuis 2008 elle est chef du Département de Coordination de l’INAEM (Institut National des Arts Scéniques et de la Musique) au Ministère de la Culture.
Elle a écrit entre autres
Mi vida gira alrededor de quinientos metros, El sonido de tu boca, La estrella de Thoth, En un minuto

En une minute En un minuto

Des milliers de rencontres ont lieu au hasard chaque jour aux coins des rues dans n’importe quelle ville. Voila une de ces rencontres, celle de Amal et de Elvira.Deux personnes qui surmontent leurs blocages causés causé par la peur de « l’autre » et s’autorisent à se parler. Dans l’ombre, un personnage qui surveille tout, image de la méfiance sociale. Dans une réalité où l’immigration fait partie du quotidien, la peur de ce qui vient de dehors se transforme en rejet social, aux coins des rues les différences se confondent, en attendant que quelqu’un essaye d’aller au-delà de sa propre image le miroir. Mais la violence de l’ignorance menace partout.

La machine à parler de Victoria Szpunberg, traduit par Laurent Gallardo

Victoria Szpunberg

Née à Buenos Aires en 1973. Elle vit en Catalogne depuis 1977. Licenciée en dramaturgie et mise en scène à l’Institut de Théâtre de Barcelone. Elle a participé à la Résidence Internationale d’auteurs au Royal Court Theatre à Londres en 2000. Ses pièces Entre aqui y allà (Lo que dura un paseo), L’aparador ont été écrites et créées dans le cadre du Projet T 6 du Théâtre National de Catalogne. La maquina de parlar (2007) a été mise en scène à la Sala Beckett à Barcelone et à la Sala PIM de Milan. Elle a été assistante aux mises en scène de Sergi Belbel et de Rafael Spregelburd. Victoria Szpunberg a écrit également des contes et des scénarios pour la Radio Catalane. Elle a reçu l’accessit du Prix Maria Teresa Leon. Actuellement elle donne des cours à l’Atelier de la Sala Beckett et au Département de Théâtre de l’Université Autonome de Barcelone.Boursière de Iberoescena pour l’écriture de sa nouvelle pièce La marca preferida de las hermanas Clausman. Ce texte fait partie d’un travail plus ample sur la fragilité de la mémoire et sur l’exil.

La machine à parler – La maquina de hablar

A mi-chemin entre Les temps modernes de Charles Chaplin et En attendant Godot de Beckett, La machine à parler est une tragicomédie grinçante sur les rapports de pouvoir, de dépendance et d’amour entre les êtres.L’action, nous dit-on, a lieu dans un futur proche, sorte de projection exacerbée de notre propre réalité. Dans ce monde-là, les êtres se vendent, s’achètent, puis se jettent. Comme, par exemple, Valeria, la machine à parler, que Monsieur Bruno a acquis chèrement pour qu’elle lui prodigue des conseils. Car Monsieur Bruno n’a qu’une obsession : devenir un jour directeur régional de son entreprise. Mais rien n’y fait, alors, pour passer le temps, il s’offre un nouvel esclave, made in Kowaït, un  « chien qui donne du plaisir »  aux multiples fonctionnalités érotiques. Entre ces trois personnages se tisse une relation cruelle et romantique, où la condition humaine, portée à ses limites, nous apparaît dans toute sa beauté

Stille nacht

Stille nacht, conception Alexandra Fleischer et Joachim Latarjet.

stillenachtmax10edbfb.jpgC’est une sorte de récit qui n’en est pas un vraiment, puisqu’il combine les images vidéo et des morceaux de texte dits par les deux auteurs du spectacle sur une musique jouée par Joachim Latarget  dans le fond du grand plateau noir de l’Echangeur. Cela commence par les confidences d’un homme René Fleischer, filmé chez lui, dans le salon de sa maison, à Sambin dans le Loir et Cher; c’est le père d’Alexandra qui raconte  son histoire. Il est né en 35 mais il a toujours dit que son enfance commençait en 40; ses parents étaient allemands, juifs et ils l’avaient confié à une dame pour quelques mois mais il restera chez elle cinq ans et ne reverra ses parents qu’en 45. La dame qui a été sa seconde mère lui avait interdit de parler allemand, pour qu’il ne lui arrive rien quand les troupes d’occupation sont arrivées dans son village. C’est une sorte de document brut où il se raconte pauvre gamin, coincé par une langue qui était à la fois celle de sa mère éloignée et celle de l’occupant, et évidemment déchiré…La langue allemande encore synonyme de peur, de menaces, et d’uniforme kaki ,  avait été bien longtemps mise à l’écart, même si, paradoxalement on l’enseignait au lycée.  Mais René Fleischer ne voudra pas l’entendre ni parler pendant des années. Et le vieux monsieur se remémore cette époque de bruit et de fureur avec beaucoup de calme. Face caméra,  il est d’autant plus émouvant qu’il reste très pudique sur ce qu’il a vécu, surtout quand il repense à toutes les personnes disparues de sa famille et à cette femme qui l’avait recueillie. Il y a cette incroyable et magnifique galerie de portraits de sa famille juive. C’est  remarquablement composé, même si on aimerait en savoir encore plus sur René Fleischer, désormais citoyen français, et paisible retraité d’un petit village., autrefois petit juif allemand , qui a eu tant  de mal avec sa langue, c’est à dire finalement avec sa propre identité. Il y a aussi des extraits de dessins animés  comme ceux de Betty Boop, l’une des premières héroïnes plutôt sexy qui lancera son fameux poo-poo-pee-do que reprendra plus tard Marylin Monroë, dessins animés produits par les  Fleischer Studios dans les années 30… Sur le devant de la scène, Alexandra Fleischer, sa fille et Joachim Latarget  , disent des textes inspirés entre autres de Masse et puissance d’Elias Canetti; sans jamais tomber dans le réalisme, sans doute pour faire contre-point aux images sur grand écran; il y a ainsi une grande boîte où Bernard Latarjet est au début enfermé dans une grande boîte qui a un peu les allures d’un cercueil avec des meubles et des  tables de poupée. Disons que les aller et retour entre la partie vivante du spectacle et les images de cet homme tout à fait lucide sur ce qu’il a pu vivre et qui est encore si proche de lui, ne sont pas toujours évidents. sans doute, parce que c’est  toujours un peu mission impossible.  Alors à voir? Surtout pour la présence de René Fleischer , aussi discret qu’émouvant et dont la présence illumine tout le spectacle.

Philippe du Vignal

Théâtre de l’Echangeur Métro Gallieni jusqu’au 28 septembre.

XVIIe festival international de théâtre à Pilsen en République Tchèque

 

XVIIe festival international de théâtre à Pilsen en République Tchèque du 9 au 13 septembre 2009
Les théâtres en Europe Centrale 20 ans après la chute du mur de Berlin

S’étant donné pour vocation de présenter les récentes créations théâtrales d’artistes, pour la plupart la jeune génération, de la République Tchèque et les pays voisins, le Festival de théâtre de Pilsen, dirigé par Jan Burian, a articulé sa 17e édition autour de l’interrogation des changements politiques, économiques et artistiques qui se sont produits dans les théâtres de l’Europe Centrale depuis 1989.
Un symposium international : « 20 ans après : transformations du théâtre après 1989″ organisé par le festival et l’Association tchèque des Critiques de Théâtre en collaboration avec l’AICT (Association Internationale des Critiques de Théâtre) a tenté de dresser un bilan et un état des lieux de ces changements à la fois dans les pratiques scéniques, dans les rapports établis entre les théâtres de l’Est et de l’Ouest de l’Europe après la tombé du rideau de fer. Ainsi les participants, critiques et théâtrologues de Tchéquie, du Canada, de Corée, de France, d’Angleterre, de Pologne, de Suède ont-ils interrogé la réception, l’influence, voire « l’invasion » des théâtres de l’Est en Occident, les transformations et souvent l’adaptation de leurs pratiques scéniques aux normes du marché théâtral et aux tendances dominantes, les critères d’échanges, les collaborations mises en place etc. Globalement on constate que l’intérêt de l’Occident pour les théâtres des pays de l’Est s’est déplacé aujourd’hui plus à l’Est, vers les pays baltes et les anciennes républiques soviétiques et que l’aura dont bénéficiaient ces théâtres de l’Europe Centrale n’est plus le même, le nivellement et l’effacement des spécificités artistiques étant à l’œuvre.
La programmation du festival, vitrine en quelque sorte de la création théâtrale actuelle, en était une démonstration éloquente.
oresteia.jpgParmi les leaders de la jeune génération des metteurs en scène de l’Est, le Polonais Jan Klata, monté au pinacle dans son pays, a présenté un digest très postmoderne de l’Orestie d’Eschyle assaisonnée de fragments de Médée matériaux de Heiner Müller et de moult inventions de son propre cru. Une Orestie retraversée au pas de course en 1 h 30, ramenée à une sorte de manga, scandée par une musique pop. On n’y voit Agamemnon boitant, en uniforme militaire, le meurtre, la hache ensanglantée, le demi squelette d’Agamemnon, Électre jouant à la poupée, Oreste en costume d’écolier portant un jeu électronique intitulé « Vengeance », les Érinyes masquées en maillot de bain sur des chaises de plage, Apollon en chanteur pop avec un micro, Athéna en robe de soir dorée, le chœur en costume-cravate. Tout ce petit monde évidemment sonorisé, la musique rock très forte ponctuant les meurtres, des nuages de fumée enveloppant parfois le plateau, les effets exploités avec insistance, les gags abondent.
Parmi les valeurs montantes en Tchéquie le jeune metteur en scène Jan Mikulasek, lui aussi adepte du postmodernisme, nous a gratifié de ses versions pour le moins surprenantes de Hedda Gabler d’Ibsen et de Hamlet de Shakespeare.
La pièce d’Ibsen, hachée en permanence par des noirs parfois même au milieu d’un dialogue ou d’une réplique, est traitée sur un ton de dérision, mélange de comique et de pathétique, dans un décor encombrant : canapé, grand tas de livres, des éléments surdimensionnés : piano à queue prenant la moitié du plateau, cerf aux énormes cornes etc., le tout de travers, dégringolant dans la seconde partie.
Le personnage de Hedda Gabler démultiplié en cinq femmes à longue chevelure noire rappelant des personnages des tableaux de Gustave Klimt. D’autres références picturales ou cinématographiques, des effets et signes symboliques émaillent le spectacle très kitsch. Le jeu souvent outré, tout comme les costumes modernes avec des éléments discordants. Tout cela manque de cohérence et s’éparpille.
Jan Mikulasek situe son Hamlet de Shakespeare dans un décor années 1950, intérieur délabré, sordide : chaises, piano, tableaux, papiers peints qui se décollent, pots de fleurs en plastique, un poste de télévision. Costumes années 1950, Hamlet en jean et blouson.
Le metteur en scène déstructure la pièce, rajoute des morceaux de textes, des chansons et coupe la fin l’arrêtant à la mort d’Hamlet. Le tout est traité comme une bande dessinée à la Walt Disney. Le jeu sur le mode hystérico-comique, certains effets et références anecdotiques, répétés à n’en plus finir, des gags usés. Bref, un vide rempli de bric à brac, de pacotille.
Quitter, dernière pièce de Vaclav Havel mise en scène par Martin Glaser, donnée en présence de l’auteur, a fait incontestablement l’événement politico artistique du festival. Une pièce à l’allure d’un testament politique dans laquelle Vaclav Havel règle ses comptes avec le pouvoir. À travers le personnage central, le chancelier Rieger qui, non réélu, quitte la scène politique, Vaclav Havel porte avec ironie et humour un regard lucide, acide et cruel sur le jeu et les arrangements du pouvoir et sur l’évolution de la société de son pays libéré et « libéralisé ».
Le thème de la dépossession, du dépouillement, de la trahison, constitue le fil conducteur de la pièce. Un décor unique, représentant une vieille demeure avec son jardin, d’emblée met en place la référence permanente à la Cerisaie de Tchekhov à laquelle s’ajoute celle au Roi Lear. Le chancelier Rieger s’y trouve envahi et traqué par des visiteurs : un homme politique du nouveau gouvernement, journalistes, anciens amis qui ont tourné leur veste, policiers. On exige qu’il quitte la maison, on le dépouille de ses souvenirs, on le tracasse et on l’accuse.
Vaclav Havel fait preuve dans la pièce d’une grande maîtrise dramaturgique : une écriture ciselée, dialogues vifs, percutant, humour. Sans doute pour créer une distance la mise en scène de Martin Glaser, à dessein, installe la pièce dans la convention de la comédie presque de boulevard, dans laquelle du coup les références au Roi Lear et à la Cerisaie, par exemple l’abattage des arbres à la fin souligné avec insistance, paraissent parfois parodiques.
Où le vent souffle, création de Jiri Havelka, spectacle « gadget », collection de trucs, de gesticulations, de musiques et d’effets ressassés à l’infini, est une tentative maladroite et ratée de parler, à travers la parabole du surf, du manque de sens, de l’immobilisme, de la superficialité des rapports humains, de la pauvreté du langage dans notre société actuelle.
Le théâtre de Nitra de Slovaquie a présenté un beau spectacle Tout pour la patrie d’après le roman de B. Slancikova Timrava mis en scène par Michal Vajdicka. Belle gestion de l’espace bi-frontal et des éléments scéniques, maîtrise du jeu, simplicité et efficacité de la mise en scène, sans prétention, sans effets inutiles.
ceskenebe.jpgJara Cimrman, personnage inventé mais doté d’une existence et d’une œuvre littéraire fictive, « contemporain » de Kafka, un phénomène unique dans la culture tchèque, inspire depuis 40 ans le travail de la compagnie Jara Cimrman. Sa dernière création Le paradis tchèque, articulée autour de quelques figures emblématiques, est un feu d’artifice, quintessence d’humour tenant à la fois de l’esprit surréaliste et pataphysique, subversif qui prend pour cible la bêtise, l’imposture, l’oppression politique, religieuse, idéologique. De magnifiques acteurs virtuoses, incarnant des figures historiques et mythiques, avec simplicité, extraordinaire naturel et naïveté feinte jonglent avec des idées politiquement et idéologiquement incorrectes, démontent des vérités établies, installent une complicité jamais vue avec le public. C’est brillant, intelligent, raffiné et populaire.
Gabor Tompa, metteur en scène réputé du Théâtre hongrois de Cluj en Roumanie a proposé une adaptation d‘Andras Visky de Kaddish pour un enfant non né d‘Imre Kertesz. Sa mise en scène empruntant à l’esthétique kantorienne, recentrée sur la thématique de l’holocauste et du destin des juifs, truffée de chants en hébreu et d’autres langues et de prières, en donne une vision simpliste, démonstrative, misérabiliste.
vanoceuivanovovych.jpgEn revanche le théâtre hongrois Jozsef Katona de Budapest n’a pas démenti sa réputation avec Noël chez les Ivanov d’Alexandre Vvedensky mis en scène par Peter Gothar. Il s’agit d’une paraphrase absurde et grotesque de Crime et châtiment : un soir de Noël dans une famille bourgeoise une nurse coupe la tête de l’enfant qu’elle garde. La mise en scène brillante, intelligente, efficace et inventive, joue sur le recto et le verso de la réalité sur le mode absurde, à la frontière entre l’humour noir et le surréalisme, s’imprégnant au fur et à mesure de tragique. Les excellents acteurs virtuoses, la tension dramatique et le rythme tenus à la perfection, pas de superflu, pas d’effets inutiles, chaque détail, chaque mouvement et geste concourant à l’extraordinaire cohérence de l’ensemble.
Un festival à suivre. Un des plus importants espaces de découverte et de confrontation d’artistes et de nouvelles pratiques des théâtres de l’Europe centrale.

Irène Sadowska Guillon

contact : www.festivaldivadlo.cz

Théâtre Ouvert entame une nouvelle étape

Théâtre Ouvert entame une nouvelle étape. Auteurs réjouissez-vous !

Micheline et Lucien Attoun ont annoncé le 17 septembre dernier l’heureux événement : le 1er janvier 2011, année de son 40e anniversaire, Théâtre Ouvert sera promu Centre National des Dramaturgies Contemporaines. Le sigle reste le même, juste le D et le N s’intervertissent, de CDNC (Centre Dramatique National de Création) qu’il est depuis 1988, il devient CNDC (Centre National des Dramaturgies Contemporaines).
En attendant l’investiture officielle (1er janvier 2011) Micheline et Lucien Attoun d’ores et déjà mettent en place les nouveaux objectifs du CDNC :
1. la permanence de la lecture des manuscrits reçus alliée au développement des commandes passées aux écrivains,
2. un développement des formes expérimentales de Théâtre Ouvert depuis la mise en espace jusqu’à l’École Pratique des Auteurs de Théâtre (EPAT), créée en 2005, destinée à révéler des nouvelles écritures en donnant la possibilité à leurs auteurs de vérifier le questionnement sur leurs textes avec un metteur en scène et des comédiens confirmés, puis avec le public.
Les publications en Tapuscrit ou Enjeux et le Journal témoigneront de ces travaux.
Une attention croissante sera portée à la formation et au partenariat avec des écoles de comédiens et de techniciens qui, en lien avec l’EPAT, travailleront avec les auteurs au sein de leurs cursus,
3. l’attribution de bourses de création à des textes prometteurs en vue de leur future création en coproduction à Théâtre Ouvert ou dans les lieux partenaires concernés par l’écriture contemporaine,
4. l’établissement de partenariats et de relais avec d’autres structures à Paris, en province et à l’étranger.
Ces nouvelles orientations réaffirment la mission de Théâtre Ouvert de découvreur de nouvelles écritures théâtrales, reposant sur le soutien aux auteurs francophones et désormais également européens, et leur mise en relation avec les praticiens des arts du spectacle.
Mission qui comporte aussi une initiation aux écritures contemporaines à travers un travail déjà amorcé de sensibilisation en direction des Universités, notamment avec un séminaire en partenariat avec celle de Nanterre, et des milieux scolaires.
La saison 2009 / 2010 préfigure ces nouvelles orientations.
Dans la programmation entre autres : des spectacles, La séparation des songes de Jean Delabroy mise en scène par Michel Didym qui mettra aussi en scène Les mardis à Monoprix d’Emmanuel Darley, 399 secondes de Fabrice Melquiot mise en scène Stanislas Nordey, Le vélo et Pourrie, une vie de princesse de Sofia Freden mises en scène Édouard Signolet, reprise d’Ébauche d’un portrait de Jean-Luc Lagarce mise en scène François Berreur, des sessions de l’École Pratique des Auteurs de Théâtre dirigées par Alain Françon, Stanislas Nordey, Stuart Seide, un échange avec Traverse Théâtre d’Édimbourg, séminaires de dramaturgie à l’Université de Nanterre, mises en voix Meeting with Hammet de Michel Deutsch par l’auteur, Comment te le dire d’Armando Llamas par Michel Didym, hommages à Antoine Vitez et Roger Planchon.

Irène Sadowska Guillon

Théâtre Ouvert
4 bis cité Véron
75018 Paris
www.theatre-ouvert.net

Partage de midi

  Partage de midi de Paul Claudel, mise en scène d’Yves Beaunesne.

   claudel.jpg La pièce a déjà plus d’un siècle ( écrite en 1905 et parue en 1906) mais Claudel, pour des raisons personnelles,  en avait interdit la représentation. Artaud – mais oui!- en monta le premier acte en 1928 mais  sans son autorisation, et la véritable première de la pièce eut lieu dans ce même théâtre Marigny en 1948, puis fut reprise en 54 avec une distribution exemplaire déjà: Pierre Brasseur, Edwige Feuillère, Jean-Louis Barrault et Jacques Dacqmine. Nous nous souvenons aussi du remarquable décor de Labisse et du soleil qui se reflétait sur la mer, quand ils étaient sur le pont du transatlantique., » au milieu de l’océan indien entre l’Arabie et Ceylan en route vers la Chine ».
  Depuis la pièce, devenue mythique, plus de 50 ans après sa création, tient toujours aussi bien la route, et a été constamment montée avec des fortunes diverses mais on a tous en mémoire la clébrissime mise en scène d’Antoine Vitez avec Ludmilla Mikaël , prodigieuse actrice et mère de cette autre grande comédienne qu’est Marina Hands que l’on a pu voir dans L’Amant de Lady Chatterley.
  Les qualités de la pièce sont indéniables, sans doute parce qu’elle a été écrite à partir d’un épisode de la vie de Paul Claudel quand il rencontra sur le bateau cette femme qui lui donna un bébé avant de le quitter définitivement , le marquant pour toujours. Les deux premiers actes sont sans doute mieux construits que le troisième, qu’il a mis plus de temps à élaborer et ces retournements de situation ne sont pas faciles à gérer par un metteur en scène, car la pièce a par moments un côté roman d’aventures.
  On connaît  le scénario:  Mesa, un jeune homme,  » un sale petit bourgeois, très égoïste, très sevré, très concentré sur lui-même » (sic) qui ne connaît rien des femmes , rencontre dans ce microcosme que pouvait être un paquebot en route pendant plusieurs semaines vers l’Extrême-Orient, Ysé, une  femme plus âgée que lui, trente ans, mariée à de Ciz qu’elle n’aime pas  et qui ne semble pas l’aimer beaucoup non plus. Ysé est déjà mère de plusieurs enfants dont on parle peu dans la pièce. Mais il y a aussi sur ce bateau- ce qui n’est pas étonnant – mais  le hasard dramaturgique fait aussi bien les choses, Amalric, l’ancien amant d’Ysé, personnage aussi intelligent et brillant que cynique. De Ciz , malgré les vagues supplications d’Ysé , va partir pour trois semaines en mission, sur ordre de Mesa, et l’histoire d’amour entre Mesa et Ysé va  évidemment se mettre en marche aussitôt, avec l’accord tacite de de Ciz qui semble ne pas être dupe de ce qui est en train de se préparer. Ysé sent bien, elle aussi,à ce moment-là  qu’elle est prise au piège et que les choses ne vont pas être faciles.  D’autant plus que Mesa partira, et Ysé se retrouvera,  devenue veuve, seule avec leur enfant et Amalric, dans une maison en Chine, où il y a des sacs de sable  et des matelas devant les fenêtres car il y a de l’insurrection dans l’air. on entend d’aileurs des coups de feu dans le lointain, vieille histoire coloniale restée encore bien actuelle cent ans après en Afrique…. Mesa revient tout d’un coup, « reprendre cette femme qui est à moi et cet enfant qui est le mien et après une bagarre avec Amalric qui  » n’est nullement heureux de le revoir », et qui le blesse d’un coup de revolver. Ysé annoncera à Mesa que leur bébé est mort; et elle s’apprête à fuir quand il est encore temps avec Amalric, non sans avoir fait les poches de Mesa…Claudel n’hésite pas devant ce genre de mesquineries et il a probablement raison. La belle et grande amoureuse Ysé n’ a pas que des qualités
  Sans doute prise de remords, Ysé reviendra pour mourir avec Mesa  » dans le partage de minuit ». Mais une telle pièce ne se résume évidemment pas à un scénario, et il n’est pas besopin d’être un inconditionnel de Claudel pour admirer cette langue admirable et exigeante, où chaque mot est juste et précis et Elsa Triolet en 48 avait raison de parler « d’un drame à la beauté d’un miroir brisé ». Il n’y a pas tellement de pièces de cette époque qui se complaisait dans le drame bourgeois,  à avoir conservé cette dimension  et cette force en 2009, surtout quand on sait qu’elle a été créée quarante ans après avoir été écrite.Rien qui ne soit datée sion évidemment les conditions de ce voyage qui devait quand même être singulièrement épuisant… Et pourtant, il y a bien à la base la même figure du trio de boulevard: mari, femme amant, mais auquel Claudel a très intelligemment ajouté le personnage d’Amalric, ancien et sans doute futur amant d’Ysé, on le sent dès qu’il arrive sur scène qu’il est resté très proche d’elle.
  partag2.jpgYves Beaunesne a repris sa mise en scène qui lui avait valu un triomphe il y a trois ans à la Comédie-Française avec les mêmes interprètes:  Hervé Pierre ( Amalric), Christian Gonon ( De Ciz ),  Eric Ruff ( Mesa) et  Marina Hands ( Ysé) . Que dire? Rien; il y a quelque chose qui tient ici du miracle et bien sûr d’un  travail exemplaire sur le texte; d’abord, ces quatre  comédiens, aussi discrets qu’imposants sont tous crédibles, en parfaite harmonie chacun avec les autres, savent donner la forme orale exacte aux sentiments qu’ils doivent exprimer; il n’y pas l’ombre dune erreur de jeu  ou de placement, pas l’ombre non plus de quelque chose qui pourrait ressembler même de loin à un léger cabotinage.Le cynisme et l’humanité dAmalric interprété par Hervé Pierre,l’espèce de côté faux et  fuyant  de De Ciz que sait traduire à merveille  Christian Gonon , la jeunesse et la fougue d’Eric Ruff et  l’intelligence, la fascination et l’incroyable  sensualité  qu’exerce Marina Hands sur ces trois hommes. Cette interprétation est aussi exemplaire que la direction d’acteurs d’Yves Beaunesne, et la pièce qui dure quand même deux heures vingt ne souffre d’aucune rupture de rythme.  Du côté du décor et des éclairages, c’est sans doute un peu moins réussi : les cordages  et le morceau de voile qui figurent le pont du bateau sur fond noir ne recréent pas vraiment cet univers étouffant de lumière et de chaleur où les sentiments du quatuor devaient s’exaspérer quelque part au milieu de l’océan, en plein été. Et le cimetière de Hong-kong, avec ses grosses suspensions en tôle et un éclairage très réduit  où se retrouvent Ysé et Amalric, comme la maison « dans  l’ancien style colonial » sont sans doute moins convaincants mais bon…tant pis, on fait avec,et les interprètes aussi.
    Elsa Triolet se demandait, en voyant les costumes 1900 de Christian Bérard à la création si  » ces sentiments tiendraient le coup dans les habits de nos jours ». Qu’elle se rassure dans son paradis des poètes, cela fonctionne parfaitement  en 2009, avec les costumes de Patrice Cauchetier et Marina Hands en robe rouge légère et lunettes de soleil est aussi sensuelle que pouvait l’être Feuillère en longue robe blanche…  Yves Beaunesne, qui avait eu plus de mal avec L’Echange, signe là une mise en scène de tout premier ordre, différente mais de la même qualité que celle de Vitez. Ce qui faisait le plus plaisir à voir, c’était l’attention et le regard des jeunes gens qui – ce n’est pas si fréquent – peuplaient la salle samedi soir.
  Alors à voir? Oui, bien sûr: c’est, dans le théâtre actuel, un évènement exceptionnel, d’autant plus qu’il s’agit d’une reprise mais faites vite, cela se joue peu de temps.

Philippe du Vignal
Théâtre Marigny, jusqu’au 3 octobre.

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