FEMMES ACTIVES

FEMMES ACTIVES (165) La Filature Audincourt 11 septembre
Théâtre de l’Unité

 

Pour le 20 e anniversaire de l’association Femmes actives qui s’occupe de l’insertion professionnelle de femmes en majorité immigrées, le Théâtre de l’Unité a monté un spectacle en recueillant leurs paroles. Un bel espace quadrangulaire a été aménagé dans ce trop vaste lieu, avec tapis,fauteuils et canapés, l’assemblée générale de l’association dirigée par l’énergique Nora se tient : plus de 7000 femmes ont retrouvé une certaine indépendance grâce à l’association, même les ménages peuvent libérer ! Les huit comédiens du Théâtre de l’Unité entrent en piste pour relater des propos tenus par ces femmes à un rythme soutenu et ludique, sans pathos ni misérabilisme, même si beaucoup de ces vies ont failli être brisées. Rythmé par des chants choraux venus d’ailleurs accompagnés à l’accordéon, aéré par des moments comiques et un song de Mahagonny de Brecht, ce spectacle porteur d’espoir a beaucoup réjoui le public.

Edith Rappoport


Archive pour septembre, 2009

CYRANO OU LES EMPIRES DU SOLEIL

CYRANO OU LES EMPIRES DU SOLEIL. Château de Versailles

Par le Groupe F, mise en scène Christophe Berthonneau

Comment dessiner un espace après la mort ? C’est la question que s’est posée le Groupe F en s’attaquant à l’évocation de la vie de Cyrano de Bergerac dans ce lieu somptueux du bassin de Neptune où ils avaient déjà reçu un accueil enthousiaste en 2007, de la part des fontainiers, jardiniers, de la sécurité et des pompiers. En adaptant L’autre monde, texte de science-fiction inachevé paru après sa mort en 1655, ils font voyager le narrateur entre la lune et le soleil. Spectacle sans parole, quelques phrases sont projetées sur un écran de projection flottant au ras du bassin, il y a seulement une musique somptueuse de Scott Gibbons et une avalanche de prouesses technologiques qui m’ont laissée bouche bée : Des personnages lumineux s’envolent dans les airs, se perchent sur une boule qui devient globe terrestre, les étoiles et les galaxies s’allument et s’éteignent dans un flot d’étincelles, et jamais le groupe F ne se laisse aller à des images convenues. L’illumination rouge du château est un pic d’émotion. Seulement 7 acteurs, 50 techniciens pour le Groupe F, pour conter une histoire dont on a du mal à saisir le fil, tant notre stupéfaction est grande. Et tout ça dans la plus grande simplicité d’un discours clair et simple de ce jeune génie sorti d’Ilotopie voilà une vingtaine d’années, accompagné d’une superbe équipe.

Edith Rappoport 

TURANDOT OU LE CONGRÈS DES BLANCHISSEURS

TURANDOT OU LE CONGRÈS DES BLANCHISSEURS. Théâtre de l’Opprimé

 

De Bertolt Brecht, mise en scène Nicolas Thibaut
Nicolas Thibaut se lance dans le difficile exercice de monter cette pièce inachevée de Brecht qui comporte une trentaine de personnages avec 6 comédiens sur un plateau nu, avec seulement des têtes, des affiches et des statues conçues d’après des photos des acteurs posées sur des cubes et beaucoup d’allers et retours entre la scène et la salle. Pour raconter la ruine des paysans producteurs de coton organisée par le pouvoir, l’empereur poussé par son entourage dissimule toute la production. Le spectacle commence par une déclinaison de tous les personnages énoncée de la salle, chaque acteur tenant forcément plusieurs rôles. Il y a un bel engagement des comédiens qui butent sur la longueur et la complexité de la pièce. Et malheureusement tout l’aspect lyrique est gommé, ce que la compagnie TOC avait mieux réussi en Avignon. Peut-être un problème de droits d’auteur ?

Edith Rappoport

LILIOM

Liliom  Premiers pas Théâtre du Soleil Cartoucherie. Mise en scène Jean Philippe Morin, compagnie des Gobes Lunes, nouvelle traduction de Kristina Rady, Alexis Moati, Stratis Vouyoucas.

 

Cette année, le Festival Premiers pas, enfants de troupe fondé par Alexandre Zloto avec le soutien du Théâtre du Soleil, se déroule comme la première année voilà 7 ans sous chapiteau. En effet la grande Ariane prépare un nouveau spectacle, l’Aquarium dirigé par François Rancillac accueille le Théâtre Aftab, l’Épée de bois se prépare pour Un automne à tisser dirigé par Jean Claude Penchenat. Un joli chapiteau où l’on est comme d’habitude accueilli par un délicieux repas concocté par la troupe responsable de la semaine, le chapiteau est plein. La compagnie des Gobes Lunes issue de l’École de Claude Mathieu, présente une version des plus toniques de Liliom que j’avais déjà beaucoup apprécié dans la mise en scène de Stéphanie Chevara à Gentilly. Cinq musiciens ouvrent la fête foraine où le séduisant Liliom, bonimenteur de manège se fâche avec sa patronne pour suivre Julie, une petite bonne folle de lui. Leur vie difficile insupporte Liliom incapable de travailler, le drame se précipite au moment où Julie attend un enfant. Entraîné par un malfrat, Liliom échoue dans une tentative d’assassinat pour voler un caissier, déshonoré il se suicide après avoir perdu le gain escompté dans un spectaculaire jeu de cartes. Au ciel, il retrouve les anges policiers interprétés par Bérangère Delobelle et Ariane Brousse, deux splendides jeunes femmes qui lui donnent la chance  de revenir sur terre une journée retrouver sa femme et sa fille, après avoir expié pendant seize ans. Liliom se trouve face à sa fille, on lui a dit qu’il était mort en Amérique…Jonathan Nicolas et Camille Weale incarnent un Liliom et une Julie émouvants, il faudrait citer l’ensemble des onze comédiens, les musiciens qui rythment ce spectacle d’une troupe prometteuse.

Edith Rappoport

LA TROUPE DU ROY RÉPÈTE LE COCU IMAGINAIRE DE MOLIÈRE

 LA TROUPE DU ROY RÉPÈTE LE COCU IMAGINAIRE DE MOLIÈRE Arènes de Montmartre mise en scène et dramaturgie Nele Paxinou, les Baladins du Miroir (Belgique)

Le chariot des comédiens a été hissé en haut de l’escalier qui accède aux arènes de Montmartre, la troupe déploie ses tréteaux en un clin d’oeil. Les Baladins du miroir qui ont promené leurs magnifiques chapiteaux et leurs poétiques tréteaux sur les routes du monde du Québec au Niger, depuis une trentaine d’années- on a pu les voir ces dernières années à la Cartoucherie de Vincennes et à Villeneuve en scène en 2008-font escale au Festival de la Butte Montmartre pour notre plus grand plaisir. Comédiens virtuoses, bons musiciens, artistes complets et généreux, ils jouent cette hilarante farce de Molière qui doit à tout prix gagner les faveurs du roi après vingt années d’errance sur les routes de France. Ils mâchent délicieusement cette pièce en alexandrins présentée pour la première fois en 1660 pour le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche, inspirée d’un canevas italien : Gorgibus veut se délier de la promesse faite à Lélie de lui donner sa fille en mariage pour la donner à un plus riche parti. S’ensuit un quiproquo entre les deux amoureux à cause d’un portrait tombé par hasard dans les mains de la femme de Sganarelle qui éveille la jalousie du mari. La répétition du spectacle qui doit impérativement être présenté devant le roi le soir même, est sans cesse interrompue par des gêneurs. Cette vie d’une troupe qui finit par triompher grâce au public qui l’acclame et obtenir les faveurs du roi est une belle mise en abîme. Le public leur a fait un triomphe et moi, j’ai bien rarement éprouvé une si belle émotion devant ce spectacle aux antipodes de ceux présentés tous les jours par nos institutions françaises bien mieux dotées.

Edith Rappoport

LES HOMMES NE VEULENT PLUS MOURIR

LES HOMMES NE VEULENT PLUS MOURIR  Manufacture des Abbesses

 

De Juliette Speranza, adaptation et mise en scène et jeu Hélène Darche avec Christophe Allwright, compagnie du Passage.
Après quatre spectacles créés avec la compagnie de l’amour fou (j’avais vu Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig et Algérie en éclats dont je garde de vifs souvenirs près de dix ans plus tard), Hélène Darche s’engage dans une nouvelle démarche avec la compagnie du passage. Elle joue un duo poignant, celui d’une mère obsédée par son fils absent qu’elle rabroue sans cesse, face à son docteur qui tente de la ramener à la raison dans son délire maternel. Ses efforts sont vains, lui-même est alcoolique, les seuls moments de vrai dialogue ont lieu un verre à la main, quand Louise tente de le retenir avec la bouteille de whisky cachée dans la sacoche du vélo de son Antoine, qui ne paraît pas en scène. Il est question de son anniversaire, peu à peu on remonte dans le temps pour découvrir que plusieurs années auparavant, l’enfant est devenu tétraplégique à la suite d’un accident de voiture ! Hélène Darche a une belle présence face à un Christophe Allwright étrange, lui aussi proche de la folie. Les séquences sont rythmées par des musiques de Schubert, Mahler, Pergolese et Vivaldi. Celle du dernier tableau pendant l’accident succédant à la supplication de l’enfant pour sortir en vélo m’a donné des frissons.

Edith Rappoport

Suzanne, une femme remarquable

Suzanne, une femme remarquable.

suzannetheatrefichespectacleune.jpgRencontre avec une femme remarquable : Suzanne – c’est un pseudonyme  – dit avoir été façonnée elle-même, conduite par les rencontres. Juriste (comme sa mère), elle aurait pu aussi bien être médecin (comme son père). Femme, elle découvre que les droits de l’homme ne recouvrent pas tout à fait les droits des femmes, et milite pour une parité révolutionnaire, partout. Car elle se dit née de la Révolution, inspirée par le « tous les hommes naissent libres et égaux en droits… » de 1789, active dans le réseau Jeanson durant la guerre d’Algérie, longtemps militante au parti communiste, où cette bourgeoise a rencontré une famille – remarquable -, scandalisée par un capitalisme qui enchaîne les jeunes générations à cinquante ans de dettes, scandalisée par l’impossible transgression dans la société d’aujourd’hui…
On peut se demander ce que c’est que cet objet, dans le « théâtre documentaire » de Laurence Février, après Quartiers et Ils habitent la goutte d’or. Un moment de l’histoire des femmes, l’interview sans scories d’un personnage exceptionnel : ce serait déjà beaucoup, mais ne suffirait pas à nous tenir en haleine. C’est qu’il y a bien du théâtre, là-dedans. Un théâtre de la pensée en mouvement, de la pensée naissant avec les mots. Suzanne parle avec l’aisance, l’autorité de l’universitaire et de la conseillère de tel ou tel ministre. Mais ce qui nous est donné à voir et à entendre, ce n’est pas un discours répété, mis au point, c’est le bouillonnement d’une pensée à la fois sûre d’elle et toujours en marche et en interrogation. De la même façon, la comédienne n’imite pas son “modèle“ : elle travaille et trouve le rythme de cette pensée passionnée, son exactitude, et par-là son humour, le tout un fer à repasser à la main : le « genre » ne se laisse pas oublier, mesdames.
Laurence Février avait testé il y a deux ans sa Suzanne au Théâtre des Halles d’Avignon. Elle revient avec plus d’acuité, avec un enjeu affûté : faire du théâtre un lieu de débat, bien sûr, et surtout faire la preuve que l’émotion théâtrale, le suspense, l’attente, peuvent trouver leur source dans la réflexion. Gai savoir, joyeuse pensée, qu’elle avait déjà mise en scène avec La fontaine ou Erasme.
Christine Friedel

Spectacle de et avec Laurence Février. Théâtre du Lucernaire, 21H

avec son « théâtre documentaire »,

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