Dieu est-elle une particule ?


Dieu est-elle une particule ? par Emma la clown, un spectacle de Meriem Menant.

 

image1.jpgC’est un solo dans la grande tradition française  du monologue avec  personnage parodique et délirant, en l’occurrence celui d’un scientifique en blouse blanche  qui couvre son tableau noir d’équations, dans le but de nous éclairer sur l’existence de Dieu. Emma la clown, fait donc  part au public de son désir de partir à la recherche du  créateur de toutes choses comme on disait autrefois au catéchisme, et va essayer de donner aux spectateurs le minimum  scientifique des grandes bases indispensables soit les quatre dimensions, la loi de la gravitation formulée par l’immense Newton en 1666 : « les astres s’attirent de façon proportionnelle au produit de leur masse et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare » mais aussi les distances parcourues en années lumière et et l’espace temps, ce qui est déjà beaucoup, puis elle essaye de nous plonger dans le monde la physique dite quantique (en gros et pour faire très vite le monde de l’infiniment petit, le fameux corps noir et l’équilibre thermodynamique, découvertes faites par Max Plank vers 1900) ; avec une sorte de téléscope inversé, elle nous montre le grossissement de sa dent qu’elle n’arrive jamais à remettre dans sa bouche, jusqu’aux particules contenues dans le noyau. Comme elle dit avec beaucoup d’humour : « Je ne savais pas que j’avais tout cela dans la bouche ». Si l’installation est bidon, les  images venues de La Villette  sont vraies et absolument étonnantes, et sous des aspects clownesques, Meriem Menant – qui convoque au passage Albert Einstein dont elle sort la marionnette du département congélateur du réfrigérateur et qu’elle  manipule avec  bonheur – réussit habilement, avec un grand sens du burlesque, à nous interroger sur notre réalité physique, à nous pauvres humains. Il y a en amont comme on dit dans les milieux branchés, un grand et vrai travail d’information et de recherche qui donne une belle assise au spectacle. Même s’il y a une dernière partie que l’on peut oublier, celle ou enfermée d’une combinaison spatiale, Meriem Menant  veut nous emmener dans l’infiniment grand et les étoiles. Bien entendu, tout se détraque et le frigo relié au vieux poste de télé s’enflamme, dans la veine des catastrophes des spectacles de Jérôme Deschamps. Là, il faut dire que ce n’est pas vraiment drôle, que cela ne  fonctionne pas du tout, faute d’unité, et le spectacle aurait dû s’arrêter  bien avant… Mais il y a cette belle image de la fin : Emma le clown est là, terriblement seule, sous la voûte immense des étoiles chantant un chant de Villa Lobos, émouvante de fragilité. Le spectacle de Meriem Tenant possède de grandes qualités : elle réussit en une heure vingt  en abordant – sans les traiter bien sûr – les grandes théories scientifiques sur l’infiniment petit et à nous faire entrer dans une interrogation métaphysique que, peut-être, seul un bouffon, pouvait se permettre de traiter. Et cela d’autant plus que malgré un nez rouge foncé (assez laid), le personnage d’Emma n’a rien d’un clown, d’autant plus qu’il parle beaucoup et qu’il ne renie pas vraiment son identité féminine – comme le rappelle discrètement le titre – et ce décalage est encore plus efficace. Dieu est-elle une particule est encore très brut de décoffrage, et il y aurait un sérieux nettoyage à faire du côté de la dramaturgie : la dernière partie n’est vraiment pas du niveau du début pour dire les choses gentiment, et il faudrait au spectacle une véritable mise en scène (ce qui est loin d’être le cas !) qui puisse donner le rythme nécessaire à un spectacle de ce type, et surtout une solide direction d’actrice ; Meriem Tenant, surtout au début, criaille sans raison et a parfois une diction approximative, et c’est dommage parce que son jeu mérite beaucoup mieux que cela. Alors à voir ? Oui, malgré ces réserves ; Meriem Tenant, si elle veut bien retravailler d’urgence, pendant qu’il est encore temps, les solides matériaux qui composent son spectacle, a toutes les chances de parvenir à une belle réussite.

 

Philippe du Vignal

 


Comédie de Caen, Théâtre des Cordes jusqu’au vendredi 16 octobre puis à La Passerelle, scène nationale de Saint-Brieuc.


Archive pour 6 octobre, 2009

Dieu est-elle une particule ?


Dieu est-elle une particule ? par Emma la clown, un spectacle de Meriem Menant.

 

image1.jpgC’est un solo dans la grande tradition française  du monologue avec  personnage parodique et délirant, en l’occurrence celui d’un scientifique en blouse blanche  qui couvre son tableau noir d’équations, dans le but de nous éclairer sur l’existence de Dieu. Emma la clown, fait donc  part au public de son désir de partir à la recherche du  créateur de toutes choses comme on disait autrefois au catéchisme, et va essayer de donner aux spectateurs le minimum  scientifique des grandes bases indispensables soit les quatre dimensions, la loi de la gravitation formulée par l’immense Newton en 1666 : « les astres s’attirent de façon proportionnelle au produit de leur masse et inversement proportionnelle au carré de la distance qui les sépare » mais aussi les distances parcourues en années lumière et et l’espace temps, ce qui est déjà beaucoup, puis elle essaye de nous plonger dans le monde la physique dite quantique (en gros et pour faire très vite le monde de l’infiniment petit, le fameux corps noir et l’équilibre thermodynamique, découvertes faites par Max Plank vers 1900) ; avec une sorte de téléscope inversé, elle nous montre le grossissement de sa dent qu’elle n’arrive jamais à remettre dans sa bouche, jusqu’aux particules contenues dans le noyau. Comme elle dit avec beaucoup d’humour : « Je ne savais pas que j’avais tout cela dans la bouche ». Si l’installation est bidon, les  images venues de La Villette  sont vraies et absolument étonnantes, et sous des aspects clownesques, Meriem Menant – qui convoque au passage Albert Einstein dont elle sort la marionnette du département congélateur du réfrigérateur et qu’elle  manipule avec  bonheur – réussit habilement, avec un grand sens du burlesque, à nous interroger sur notre réalité physique, à nous pauvres humains. Il y a en amont comme on dit dans les milieux branchés, un grand et vrai travail d’information et de recherche qui donne une belle assise au spectacle. Même s’il y a une dernière partie que l’on peut oublier, celle ou enfermée d’une combinaison spatiale, Meriem Menant  veut nous emmener dans l’infiniment grand et les étoiles. Bien entendu, tout se détraque et le frigo relié au vieux poste de télé s’enflamme, dans la veine des catastrophes des spectacles de Jérôme Deschamps. Là, il faut dire que ce n’est pas vraiment drôle, que cela ne  fonctionne pas du tout, faute d’unité, et le spectacle aurait dû s’arrêter  bien avant… Mais il y a cette belle image de la fin : Emma le clown est là, terriblement seule, sous la voûte immense des étoiles chantant un chant de Villa Lobos, émouvante de fragilité. Le spectacle de Meriem Tenant possède de grandes qualités : elle réussit en une heure vingt  en abordant – sans les traiter bien sûr – les grandes théories scientifiques sur l’infiniment petit et à nous faire entrer dans une interrogation métaphysique que, peut-être, seul un bouffon, pouvait se permettre de traiter. Et cela d’autant plus que malgré un nez rouge foncé (assez laid), le personnage d’Emma n’a rien d’un clown, d’autant plus qu’il parle beaucoup et qu’il ne renie pas vraiment son identité féminine – comme le rappelle discrètement le titre – et ce décalage est encore plus efficace. Dieu est-elle une particule est encore très brut de décoffrage, et il y aurait un sérieux nettoyage à faire du côté de la dramaturgie : la dernière partie n’est vraiment pas du niveau du début pour dire les choses gentiment, et il faudrait au spectacle une véritable mise en scène (ce qui est loin d’être le cas !) qui puisse donner le rythme nécessaire à un spectacle de ce type, et surtout une solide direction d’actrice ; Meriem Tenant, surtout au début, criaille sans raison et a parfois une diction approximative, et c’est dommage parce que son jeu mérite beaucoup mieux que cela. Alors à voir ? Oui, malgré ces réserves ; Meriem Tenant, si elle veut bien retravailler d’urgence, pendant qu’il est encore temps, les solides matériaux qui composent son spectacle, a toutes les chances de parvenir à une belle réussite.

 

Philippe du Vignal

 


Comédie de Caen, Théâtre des Cordes jusqu’au vendredi 16 octobre puis à La Passerelle, scène nationale de Saint-Brieuc.

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...