La nuit des rois de Shakespeare

À la MC 93 de Bobigny
Dans le cadre du Festival de la Rhénanie du Nord Westphalie, sur trois spectacles programmés, du 3 au 6 octobre 2009, on a pu en voir deux, La nuit des rois d’après Shakespeare et Ces merveilleuses dernières années de Sybille Berg.
Les représentations de La Toison d’or de Franz Grillparzer ont été annulées suite à l’accident d’un des comédiens. Ce spectacle néanmoins sera présenté ultérieurement à la MC 93.

La nuit des rois de Shakespeare mise en scène David Bösch

capturedcran20091007225113.jpgEn cinq ans David Bösch, jeune metteur en scène allemand de 30 ans, a fait une conquête éclair des grandes scènes suisses (Berne, Zurich) et allemandes (Hambourg, Bochum, Essen) s’imposant entre autres par ses lectures audacieuses et inédites des pièces de Shakespeare.
En voici celle de La nuit des rois. Comédie où le travestissement, le mensonge, la confusion des sexes, les débordements des passions, aveuglantes, dévorantes, des illusions et désillusions, atteignent le comble, entraînant les personnages dans un tourbillon grotesque.
Les jeunes jumeaux Viola et Sébastien, séparés dans un naufrage, vont s’échouer sur les rives d’une ile, l’Illyrie, la scène d’un monde sans contraintes où règnent le désir, les pulsions effrénées, la jouissance sans limites, la satisfaction immédiate, telles des forces brutes, sauvages, dont les personnages sont les jouets. Un monde qui ressemble étonnamment au nôtre. Un labyrinthe de pulsions et de passions amoureuses entrelacées.
Le duc Orsino aime à la folie Olivia, qui le repousse et tombe follement amoureuse de Viola déguisée en homme, laquelle tombe amoureuse du duc. Les complications et quiproquos ne s’arrêtent pas là,. On fera une farce cruelle à Malvolio, serviteur d’Olivia, secrètement amoureux de sa maîtresse, en lui faisant croire qu’il est aimé d’elle.
Alors que les amours des uns et des autres se compliquent, la joyeuse bande de sir Toby, oncle d’Olivia, alcoolique et fêtard invétéré, fait des siennes, va d’excès en excès.
L’arrivée de Sébastien, frère de Viola, qui lui ressemble comme une goutte d’eau, de sorte qu’Olivia les confond, amène les méprises à leur comble. Le tout s’achèvera par le double mariage d’Olivia avec Sébastien et de Viola avec le duc.
Le bouffon du duc, à la fois partie prenante et en retrait de ce jeu de passions irrésistibles, de méprises et de désillusions, en sera tantôt incitateur tantôt commentateur.
Traitant la pièce comme une métaphore de notre monde qui refuse toutes les limites, engouffré dans l’excès, avec la jouissance pour mot d’ordre, David Bösch met la pièce en abîme dès la première scène. Seule à l’avant-scène, devant le rideau fermé, Viola en robe moderne et en baskets, un verre d’eau à la main, en boit une gorgée et se trouve soudain prise dans une tempête et un naufrage invisibles. Une tempête intérieure, comme un cauchemar, que le jeu de l’actrice rend sensible : elle titube, gesticule comme si elle essayait de nager, s’étouffe, tombe, s’échoue sur le plateau, la rive d’Illyrie, un monde étrange agi par des pulsions irrationnelles, dans lequel le bouffon, le fou, seul parvient à rester dans la réalité. Vision d’un monde qui, tel le Titanic, sombre.
Au centre du plateau un petit mur d’où part une pente en arrondi, montant abruptement, avec au milieu d’une bâche transparente en plastique une porte et une chaise fixée en déséquilibre. Devant le muret un canapé, un frigo couché. Côté jardin deux panneaux en papier peint sur lesquels il y a des photos collées, et un fauteuil, côté cour un musicien avec une guitare et un clavier, qui chante, la musique intervenant et dialoguant avec le jeu des acteurs.
Les protagonistes de la pièce en costumes contemporains fantaisistes, avec de subtiles touches anachroniques : Viola troque sa robe contre le short du fou, Toby  en blouson ouvert sur son gros ventre et en kilt, Andrew en T-shirt, collant et petite jupette, Malvolio en costume strict, le duc Orsino en « soixante-huitard » vieilli, grand, élancé, cheveux blancs tombant dans le dos, gilet sur son torse nu, blue-jean taille basse serré.
Le jeu délibérément outré, excessif, grotesque, caricaturant des attitudes contemporaines, les chansons, les gags intervenant en permanence dans l’action.
L’adaptation, les chansons et les passages rajoutés, exacerbent la trivialité du le texte de Shakespeare, rajoutant des grossièretés, comme par exemple les couplets « j’aime baiser et boire » qu’entonnent à plusieurs reprises Toby et ses acolytes sur le mode des supporters de football. Orsino chante en se tortillant comme un chanteur rock, reprenant à un moment la chanson d’Elvis Presley « Are you lonesome tonight » ?
Le jeu fortement érotisé, l’ambiguïté des sexes soulignée.
On transgresse tout, plus de limites, le rire, la jouissance, l’excès jusqu’à la cruauté, la douleur. Malvolio s’efforçant de sourire en permanence pour satisfaire Olivia tire sur ses lèvres au point qu’elles saignent.
Les acteurs, tous excellentissimes, maîtrisent à la perfection le registre grotesque, farcesque, du jeu, faisant preuve d’une remarquable technique et d’une qualité vocale dans les parties chantées.
David Bösch offre une mise en scène d’une grande cohérence, d’une intelligence et d’une rigueur dans la construction dramaturgique. Un metteur en scène à suivre qui n’a sûrement pas fini de nous surprendre par son travail.
On regrette que ce spectacle ait été programmé pour une seule représentation.

Irène Sadowska Guillon


La nuit des rois de Shakespeare
mise en scène David Bösch
le 3 octobre 2009 à la MC 93 de Bobigny


Archive pour 7 octobre, 2009

LA ROSA BLANCA


LA ROSA BLANCA Théâtre Aleph Ivry

 

Texte et interprétation de Maryse Aubert, d’après le roman de B. Traven, mise en scène Adel Hakim
Maryse Aubert en présentateur de cabaret brechtien, brosse l’irrésistible montée de l’exploitation de l’or noir au début du XXe siècle, sur fond de révolution mexicaine. La Condor Oil Company veut prendre d’assaut la Rosa Blanca,  douce hacienda, dernier bastion agricole d’Indiens Mayas. Yacinto Yanez, le propriétaire du domaine qui vit de l’exploitation du domaine hérité de ses ancêtres avec ses enfants et ses serviteurs, ses compadres et commadres, puisqu’il est le parrain de tous leurs enfants, refuse les offres d’achat qu’on lui fait miroiter en vain. Deux mondes s’opposent, celui de la tradition respectueuse de l’être humain qui cultive la terre, marche nu-pieds, mais mange à sa faim et partage ce qu’il a, et celui de l’incroyable développement des champs pétrolifères avec l’argent roi, l’égoïsme et la montée de l’individualisme. Yacinto finira par se faire piéger en acceptant une invitation aux Etats-Unis où il se fera assassiner et la Rosa Blanca disparaîtra dans l’exploitation du pétrole.
Maryse Aubert en frac joue tous les personnages avec une étonnante agilité, avec de petits personnages de terre cuite, elle fait vivre cette épopée avec une belle théâtralité qui échappe à la désespérance.

Edith Rappoport

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