Tristan et…

Tristan et…

Ça s’ouvre sur un mur de larmes et sur de la musique enregistrée de Wagner, ça continue en changeant tout le temps. Tristan et quoi ? Tristan et sa mort éternelle, donc Tristan jamais mort. Isolde ? Fatiguée, fâchée, obstinée, vivante, dédoublée en actrice et en chanteuse lyrique… Pas de récit, pas de continuité, un traître (Melot) mais pas de Roi Marc, sinon hors champ. Un Tristan blessé qui sort parfois fort ironiquement de son personnage pour nous faire partager les petites râlantes de l’acteur. De la peur, de la douleur et de la joie. L’Amour majuscule n’a pas besoin d’anecdote, ni de précautions particulières. Il n’est qu’une immense et insoluble question. 
Donc ,de ce spectacle, il n’y a rien à raconter, sinon le vertige d’une vision scénique constamment renouvelée, d’une musique en mouvement perpétuel.

  Le projet est annoncé : « puissions-nous (reprenant les paroles finales d’Isolde) ensemble, dans ce spectacle, nous noyer, nous engloutir, perdre conscience, volupté suprême ». C’est fait : on s’égare dans les milles pistes tracées avec une parfaite maîtrise, on avale la cuisine incroyablement riche de Mathieu Bauer et de son équipe ;  on nage dans les eaux agitées du moment présent, perdant à vrai dire le fil du mythe, mais çela nous est égal. Bref, un travail convaincant en lui-même – c’est pourquoi il faut citer vraiment tous les bâtisseurs du spectacle. Une façon radicale, et risquée, d’affirmer que le théâtre est l’art du présent.

Christine Friedel

Nouveau théâtre de Montreuil jusqu’au 13 octobre.
Libre adaptation d’après Richard Wagner – texte Lancelot Hamelin, mise en scène (et musique, sur scène à la batterie et aux percussions) : Mathieu Bauer, adaptation musicale (et guitares et basses) : Sylvain Cartigny.
Avec Marc Berman, Matthias Girbig, Judith Henry, Pauline Sikirdji (chant). Piano : Mara Dobresco, Trompette : Arthur Simon, son Jean-Marc Istria.
Scénographie et lumière : Jean-Marc Skatchko, avec les vidéos de Stéphane Lavoix, chorégraphie Roser Montllô  Guberna


Archive pour 9 octobre, 2009

Médée

  Médée d‘Euripide, traduction de Florence Dupont. Mise en scène de Laurent Fréchuret.

    medee.jpgCela se passe sur le grand et beau plateau du Théâtre de Sartrouville dont Laurent Fréchuret est le directeur depuis cinq ans. Imaginez une fosse d’orchestre au milieu de la scène pour trois musiciens ( batteur, violoniste et basse, et dans l’angle côté cour, quelques meubles dont un canapé et une table avec un miroir. En fond de scène, un praticable à deux étages en bois où Médée comme Jason feront quelques apparitions. Il y a d’abord la projection d’un petit film muet en couleurs: promenade et jeux sur une plage du couple en plein bonheur avec ses deux enfants: on n’entend pas leurs paroles mais, aucun doute, ils ont du plaisir à vivre ensemble. C’est magnifiquement filmé (Pierre Grange ) et en quelques minutes,  tout est dit sur la relation amoureuse de ces  deux êtres et de leurs deux enfants… qu’on ne reverra malheureusement plus ensuite, et c’est bien dommage…
  Puis débute la tragédie elle-même; vous connaissez le scénario par coeur,et l’on va faire bref: : Médée et Jason ne n’entendent plus; à qui la faute? Qu’importe,  mais Jason ne veut plus entendre la voix de Médée qui lui est insupportable et il ne voit pas ce qui va se passer ; comme le dit finement Euripide, dialoguiste hors pair: « La nature nous a faites , nous autres femmes, absolument incapables de faire le bien mais pour le mal les plus habiles des ouvrières ( traduction d’Henri  Berguin).  Dans celle de Florence Dupont , cela devient:  » Nous , les  femmes, nous ne sommes pas douées d’imagination pour le bien »… ce qui n’est quand même pas tout à fait  la même chose.Au passage, signalons quelle n’a pas  beaucoup de scrupules à respecter le texte grec, et ne nous épargne pas quelques vulgarités ou facilités de langage qui ne sont absolument pas chez  Euripide  du genre: « dégage » ,  » ramolli comme toi, , « gros problème « . Pour faire plus moderne plus croustillant ?
Les dialogues d’Euripide n’ont vraiment pas besoin de ce genre de nettoyage…. et c’est vraiment dommage car cela nuit  à l’unité du texte, et pas besoin de connaître le grec ancien pour s’en apercevoir.
 » Représenter Médée, c’est tenter de réinventer une musique et un jeu tragiques et nous ne traitons pas l’histoire de Médée comme un fait divers, un infanticide mais plutôt comme un sacrifice », dit Fréchuret. Et il faut dire que cette représentation qui donne une grande part à la musique et à la mélodie ne manque ni d’allure ni de  force; de toute façon, le peu que l’on sait des conditions de représentation de l’époque ne nous permettent guère d’imaginer des solutions vraiment satisfaisantes. Sinon que les airs de flûte et les percussions , comme le chant devaient agir avec force sur la sensibilité des spectateurs. Et  les premiers à s’être risqués dans l’aventure , il y a plus de soixante  dix ans au Groupe de Théâtre antique de la Sorbonne: le metteur en scène Maurice Jacquemont et le compositeur Jacques Chailley , avec les Ondes Martenot, ancêtre du synthé  en lieu et place de la flûte, des percussions  et des  voix , n’avaient pas si mal réussi leur coup, même si les vieillards du choeur étaient encore … étudiants. Et il y avait l’autre soir un peu de cette musique qui avait ébranlé le public de la cour de la Sorbonne. Cette musique dont Euripide  disait , dans Médée , que  » personne n’avait encore inventé le moyen de consoler les hommes de leurs chagrins sinon grâce aux chant des muses et à la musique des lyres qui l’accompagnent ».
  Même si la mise en scène- assez sage-  de Laurent Fréchuret  n’a sans doute pas les qualités dramatiques  de la grande Médée de Deborrah Warner ,  même si l’on reste peu  convaincu par un  dispositif scénique qui rend les déplacements compliqués, et qui conviendrait mieux à un oratorio. mais après tout, c’est sans doute ce qu’a voulu Laurent Fréchuret..  Même si  la scène est  chichement éclairée ( on l’a  déjà dit – mais ce n’est pas nouveau: ainsi va la mode – cette rentrée théâtrale s’effectue sous le signe de l’économie d’énergie … Ce qui ne rend les choses ni moins ni plus tragiques mais a le remarquable inconvénient de rendre les situations  moins vraies. Il y aussi une chose que l’on ne sent pas assez, c’est le fait que Médée est une « barbare » , c’est à dire au sens strict du terme, une non-grecque, ce qui pose d’emblée la question de l’exclusion, de la misère et de l’exil, question oh combien contemporaine. Ce que l’on perçoit asssez mal dans la mise en scène de Fréchuret, c’est la situation où s’est mise Médée, entièrement dépendante de Jason. Elle, l’étrangère intelligente et volontaire, a été assez naïve  de croire que  si l’on  tout donnait tout à l’être aimé,  elle serait elle-même aimée pour la vie, par un Grec.Et c’est cela qu’elle ne supporte plus: « L’amour est le pire des malheurs ». Comme Euripide, décidément très moderne , l’a finement analysé.En tout cas, à ces réserves près,on entend bien le formidable texte d’Euripide, et cela c’est tout à l’honneur de Laurent Fréchuret et de ses acteurs. 

   medee2.jpgIl  a demandé à Zobeida , l’excellente comédienne bien connue du groupe TSE d’être la voix du choeur qui devrait être comme une sorte de passeur;  à travers ses chants, il prolonge en effet le dialogue et amplifie la voix des protagonistes. Mais ici,  cela ne fonctionne pas vraiment  puisqu’il n’y a qu’un seul acteur , surtout quand une partie du texte est dite au micro. Dans la tragédie grecque telle qu’elle était jouée, le choeur avait  aussi une fonction symbolique: celle de représentant de la cité… Alors avec un seul acteur…. on est un peu loin du compte.
Mais autant dire tout de suite que peu de metteurs en scène contemporains ont réussi à trouver une solution  à cette question presque insoluble de mettre en scène le choeur: comment  mettre sur un plateau et faire vivre un ensemble d’une dizaine de personnes ou même moins. Vitez dans Electre l’avait réduit- avec une certaine efficacité- à trois jeunes femmes. Peter Stein dans L’Orestie d’Eschyle  est peut-être le seul qui ait vraiment réussi la chose en choisissant douze  comédiens véritablement âgés pour donner vie  au choeur d’Agamemnon. Mais, quelle que soit la musique et le style de mise en scène, on est toujours sur le fil du rasoir pour des raisons à la fois économiques mais aussi scéniques, surtout quand une pièce comme dure près de deux heures, et que la part  belle reste quand même aux protagonistes.
  Ce que Laurent Fréchuret a bien réussi en revanche  c’est, on l’ a dit, c’est sa direction d’acteurs: tous font ici un travail exemplaire de sobriété, d’unité  et d’ efficacité qui emporte tout de suite l’adhésion du public: Thierry Bosc ( Créon),   Jean-Louis Boulloc’h ( Jason) le garde-chasse de L’Amant de Lady Chatterley, Catherine Germain ( Médée), Mireille Mossé ( La nourrice)  et Martin Seize ( Le précepteur). Et le public , pour une fois assez jeune, a été, tout au long de la représentation,  d’une rare attention et les a généreusement applaudis.
  Alors à voir? Oui, pourquoi pas? On n’a pas tous les jours l’occasion de fréquenter des textes  de cette hauteur et de cette intelligence.  D’autant plus que vous avez une navette (gratuite) à l’Etoile…à l’aller comme au retour.

Philippe du Vignal

Centre dramatique national de Sartrouville, jusqu’au  23 octobre.  01-30-86-77-77
 

L’Affiche

L’Affiche de Philippe Ducros
mise en scène Guy Delamotte

capture2.jpgLe Québécois Philippe Ducros est auteur, acteur et metteur en scène, autodidacte, grand voyageur (il a parcouru une vingtaine de pays d’Amérique latine, d’Europe, d’Afrique et d’Asie). Sa démarche s’ancre dans ses voyages, dans ce qu’il a éprouvé du monde.
Ses textes comme 2191 nuits, 2025, l’année du serpent sur les médias et la guerre et sur le rôle de l’ONU, témoignent de son engagement d’artiste citoyen.
L’affiche est issue de la résidence qu’il a faite en automne 2004 en Syrie et au Liban dans le cadre des « Écritures nomades », créées par Monique Blin. Il est revenu ensuite à deux reprises en Palestine.
De son côté Guy Delamotte s’intéressait depuis quelques années au conflit israélo-palestinien. Sa rencontre avec Philippe Ducros à la mise en scène de la pièce.
Philippe Ducros s’affronte dans L’affiche à ce qu’on a l’habitude d’appeler le conflit israélo-palestinien. Sujet à plusieurs titres délicat, difficile. Comment traiter au théâtre ce drame qui fait souvent la une de l’actualité ? Comment le traiter sans prendre parti, ni se contenter, pour s’éviter les foudres de l’un ou l’autre parti, de redistribuer les torts et la responsabilité plus ou moins également sur les deux camps ? Comment décrire la violence insupportable d’un impossible quotidien sous l’occupation tellement inimaginable, sans tomber dans l’écueil du documentaire ?
Voici le défi relevé par Philippe Ducros en donnant dans sa pièce la parole aux gens simples qui subissent les impacts de l’occupation des deux côtés du mur. Un mur qui, telle une lame tranchante, sépare et qu’on traverse pourtant. Source de haine et de violence mais aussi de survie car, paradoxalement, pour gagner un peu d’argent il y a eu des Palestiniens qui participaient à sa construction.
Un espace fracturé dans lequel les deux camps s’affrontent, se combattent, s’interpénètrent, avec ses lieux topiques : le camp de réfugiés, un bureau de douane d’un aéroport, l’intérieur d’une baraque délabrée, la boutique d’un barbier, une imprimerie, un hôpital, le couloir de la morgue, la prison, le lit d’un couple.
La « petite humanité » de la pièce est concentrée autour de deux hommes, sorte de Caïn et Abel, Itzhak, le soldat israélien qui, pris par la peur, tire et tue Salem, le jeune Palestinien.
D’un côté la famille et les proches de Salem : sa mère Oum plongée dans sa douleur, sa sœur Shahida qui va sacrifier son amour pour Ismaïl à la vengeance, son père Abou Salem, imprimeur, chargé de faire des affiches placardées sur tous les murs avec les photos des terroristes martyrs, glorifiant leur héroïsme, et qui doit faire maintenant une affiche avec la photo de Salem, son fils unique.
Il y a encore Ismaïl, amoureux de Shahida, peintre dont les militaires israéliens confisquent les tableaux, un berger, un charpentier, un barbier, un médecin.
De l’autre côté Itzhak, soldat meurtrier de Salem, qui ne comprend plus rien à cette guerre et veut la fuir aux États-Unis avec Sarah son épouse, le lieutenant Lévi et plusieurs soldats, un rabbi.
Philippe Ducros montre avec beaucoup de finesse la montée de la violence, de la haine et de la répression, les arguments historiques, religieux du droit d’être là que les uns renvoient aux autres, les stratégies d’instrumentalisation et de médiatisation de l’horreur, comme la martyrisation devenue une arme de guerre, l’exploitation de la haine, de la peur et de la douleur par les religieux des deux côtés poussant à l’intégrisme, enfin les recruteurs des futurs martyrs. Mais aussi, alors que l’abîme se creuse, la fatigue, l’incompréhension et l’envie de fuir cette guerre, d’aller vivre ailleurs et autrement, attitude que représentent l’Israélien Itzhak et le Palestinien Ismaïl.
On a l’impression cependant qu’en voulant mettre les deux camps au pied du mur, dos au mur, dans un souci d’impartialité, Philippe Ducros s’attache à répartir le temps de parole à égalité entre les camps opposés, de sorte que la pièce paraît presque caricaturalement non manichéenne.
Guy Delamotte relève dans sa mise en scène le défi de la structure kaléidoscopique de la pièce où l’on passe en permanence d’un lieu à l’autre, d’un camp à l’autre, où les histoires des personnages se traversent et s’imbriquent. Se proposant de témoigner de l’actualité immédiate, de l’incompréhensible folie d’une guerre, à travers la fiction théâtrale, il fait davantage confiance à l’efficacité des moyens cinématographiques qu’aux théâtraux.
Le décor de Jean Haas se réduit à un mur au fond dont une partie pivote horizontalement, servant pour des entrées et des sorties, et une longue table de négociation avec des chaises, disposée en diagonale, encombrant tout l’espace et gênant le jeu des acteurs. Sur la table des petits drapeaux : palestinien, israélien, américain, européen et des micros.
Les divers lieux sont indiqués par des projections sur le mur du fond. Une petite caméra projette sur le mur certains détails comme par exemple les tableaux qu’Ismaïl est en train de peindre. Une grosse caméra sur pied projette par moments sur le mur du fond les personnages filmés, «anonymisés» comme dans les documentaires télévisés, avec un bandeau blanc cachant les yeux.
On projette un film, comme si on longeait en voiture le mur, puis des photos, des dessins et des inscriptions sur le mur. On est submergé d’images trop prégnantes et souvent déjà vues et revues. Trop d’images tue le théâtre, confisque l’espace de l’imaginaire et la liberté des spectateurs.
Les sept acteurs distribués dans les rôles centraux jouent aussi d’autres personnages, en changeant parfois de costumes.
Le spectacle s’achève par l’image des personnages qui s’éloignent portant des cages avec des canaris. Métaphore d’un peuple emprisonné, «encagé» ? Sur le mur du fond s’affiche « à suivre ».
La pièce de Philippe Ducros mérite un travail scénique plus exigeant et créatif qui ne cède pas à la facilité et à l’anecdote de l’image mais engage la réflexion et l’imaginaire du spectateur

Irène Sadowska Guillon

L’affiche de Philippe Ducros
mise en scène Guy Delamotte
Au Tarmac de La Villette, du 6 aux 31 octobre 2009
réservations : 01 40 03 93 95

Ces merveilleuses dernières années

Ces merveilleuses dernières années de Sybille Berg
mise en scène Schirin Khodadadian, dans le cadre du Festival de la Rhénanie du Nord Westphalie

 

capturedcran.jpgNée à Weimar (en ex-Allemagne de l’Est) Sybille Berg part en 1984 pour l’Ouest où elle se fait connaître comme romancière et auteur de théâtre. Elle vit actuellement à Zurich.
Les traces de l’expérience du régime communiste totalitaire sont perceptibles dans son écriture. La misère banale, les abus d’une société tournant en rond sont au centre de son écriture où, avec un sens rare de l’observation, du grotesque et de l’humour noir, elle porte un regard extrêmement lucide, sans misérabilisme, sans concession aucune ni moralisme, sur les faiblesses humaines.
Dans Ces merveilleuses dernières années, sous forme d’un vaudeville, Sybille Berg raconte l’histoire de quatre « loosers » qui se sont connus à l’école, Uwe, Béa, Paul et Rita, marqués tous par un handicap, défiant la norme.
Tous les quatre, tout au long de leur vie, ont été victimes de rejet, du mépris, des moqueries, de la malveillance et de l’exclusion sociale. Victimes mais pas tout à fait perdants, car en fin de compte ce sont eux qui, dans cette société narcissique qui essaye de conjurer le temps, n’ayant jamais eu rien à perdre, trouvent la paix intérieure et une forme de bonheur dans la vieillesse, dans ces merveilleuses dernières années qui leur restent à vivre.
Les valeurs imposées dans la société actuelle : beauté, réussite sociale, célébrité, fortune, etc. nous protègent-elles contre le temps qui passe inexorablement, contre l’âge, la vieillesse ?
Il ne s’agit guère ici d’une consolation simpliste dans le genre : on est tous égaux face au temps, à la vieillesse, à la mort.
Les quatre protagonistes se battent à leur façon, finissent par assumer leurs défaillances et trouver une place dans une société hostile.
Schirin Khodadadian souligne dans sa mise en scène le ton grotesque, l’humour noir de la pièce, osant l’option du jeu caricatural, excessif, parfois outré.
Sur scène, au fond, un cyclorama représentant une jungle avec les bêtes sauvages dont on entend les rugissements au tout début du spectacle. Image trop appuyée de la jungle sociale. Devant, trois canapés arrondis, dont un au centre, sur roulettes. Un peu partout, éparpillés, des animaux en peluche et des peaux d’animaux avec leur tête (lion, ours, etc.) qu’enfilent les acteurs à certains moments.
Les quatre protagonistes : une femme souffrant de séquelles de la polio, un gros malodorant à l’élocution postillonnante, une femme «transparente» que personne ne remarque ni ne reconnaît, un grand roux autiste et leur vieux professeur accomplissent une sorte de rituel annuel de retrouvailles. Une traversée de leurs existences d’outsiders : des souvenirs amers, douloureux de l’école où ils étaient les souffre-douleurs de leurs camarades riches, beaux et brillants dont les réussites pourtant se soldent par des échecs, les rapports désastreux avec leurs parents et leur entourage, des tentatives de trouver un travail qu’ils perdent régulièrement, rejetés, exclus à cause de leurs infirmités, leur repliement sur eux-mêmes, enfin la volonté et la force de s’en sortir, de monter une affaire, de se construire une vie simple et confortable, hors des moules sociaux.
Le tout se déroule à la manière d’un vaudeville avec des clins d’œil au music-hall et à Brecht.
Le professeur, tel un Monsieur loyal, en meneur de jeu, présente ses ex-élèves, commente et intervient dans l’action, introduit les scènes.
Les acteurs incarnent les quatre « loosers », jouant en même temps plusieurs autres personnages : leurs parents, les trois camarades de classe qui les maltraitent, des animaux. Le passé faisant sans cesse irruption dans le présent. Les séquences s’enchaînent, parfois s’imbriquent les unes dans les autres instantanément. On perçoit parfois des réminiscences, sans doute autobiographiques, des références à la société sous surveillance (celle de l’Allemagne de l’Est), à la peur intériorisée d’être dénoncé, aux clichés de l’idéologie de masse, traités toujours avec ironie. Le spectacle est jalonné par des chansons interprétées par les cinq acteurs, la musique et le chant légèrement scandé, rappelant les songs de Brecht et de Kurt Weill.
Les acteurs tiennent remarquablement le tempo extrêmement rapide du jeu très expressif, survolté, parfois excessivement violent.
La mise en scène gagnerait en légèreté en éliminant certaines images trop appuyées (par exemple la jungle dans le décor, l’abondance d’animaux sur le plateau, etc.) et des effets surjoués.

 

Irène Sadowska Guillon

 

Ces merveilleuses dernières années de Sybille Berg
mise en scène de Schirin Khodadadian
MC 93 Bobigny, les 3 et 4 octobre 2009

 

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