Ces merveilleuses dernières années

Ces merveilleuses dernières années de Sybille Berg
mise en scène Schirin Khodadadian, dans le cadre du Festival de la Rhénanie du Nord Westphalie

 

capturedcran.jpgNée à Weimar (en ex-Allemagne de l’Est) Sybille Berg part en 1984 pour l’Ouest où elle se fait connaître comme romancière et auteur de théâtre. Elle vit actuellement à Zurich.
Les traces de l’expérience du régime communiste totalitaire sont perceptibles dans son écriture. La misère banale, les abus d’une société tournant en rond sont au centre de son écriture où, avec un sens rare de l’observation, du grotesque et de l’humour noir, elle porte un regard extrêmement lucide, sans misérabilisme, sans concession aucune ni moralisme, sur les faiblesses humaines.
Dans Ces merveilleuses dernières années, sous forme d’un vaudeville, Sybille Berg raconte l’histoire de quatre « loosers » qui se sont connus à l’école, Uwe, Béa, Paul et Rita, marqués tous par un handicap, défiant la norme.
Tous les quatre, tout au long de leur vie, ont été victimes de rejet, du mépris, des moqueries, de la malveillance et de l’exclusion sociale. Victimes mais pas tout à fait perdants, car en fin de compte ce sont eux qui, dans cette société narcissique qui essaye de conjurer le temps, n’ayant jamais eu rien à perdre, trouvent la paix intérieure et une forme de bonheur dans la vieillesse, dans ces merveilleuses dernières années qui leur restent à vivre.
Les valeurs imposées dans la société actuelle : beauté, réussite sociale, célébrité, fortune, etc. nous protègent-elles contre le temps qui passe inexorablement, contre l’âge, la vieillesse ?
Il ne s’agit guère ici d’une consolation simpliste dans le genre : on est tous égaux face au temps, à la vieillesse, à la mort.
Les quatre protagonistes se battent à leur façon, finissent par assumer leurs défaillances et trouver une place dans une société hostile.
Schirin Khodadadian souligne dans sa mise en scène le ton grotesque, l’humour noir de la pièce, osant l’option du jeu caricatural, excessif, parfois outré.
Sur scène, au fond, un cyclorama représentant une jungle avec les bêtes sauvages dont on entend les rugissements au tout début du spectacle. Image trop appuyée de la jungle sociale. Devant, trois canapés arrondis, dont un au centre, sur roulettes. Un peu partout, éparpillés, des animaux en peluche et des peaux d’animaux avec leur tête (lion, ours, etc.) qu’enfilent les acteurs à certains moments.
Les quatre protagonistes : une femme souffrant de séquelles de la polio, un gros malodorant à l’élocution postillonnante, une femme «transparente» que personne ne remarque ni ne reconnaît, un grand roux autiste et leur vieux professeur accomplissent une sorte de rituel annuel de retrouvailles. Une traversée de leurs existences d’outsiders : des souvenirs amers, douloureux de l’école où ils étaient les souffre-douleurs de leurs camarades riches, beaux et brillants dont les réussites pourtant se soldent par des échecs, les rapports désastreux avec leurs parents et leur entourage, des tentatives de trouver un travail qu’ils perdent régulièrement, rejetés, exclus à cause de leurs infirmités, leur repliement sur eux-mêmes, enfin la volonté et la force de s’en sortir, de monter une affaire, de se construire une vie simple et confortable, hors des moules sociaux.
Le tout se déroule à la manière d’un vaudeville avec des clins d’œil au music-hall et à Brecht.
Le professeur, tel un Monsieur loyal, en meneur de jeu, présente ses ex-élèves, commente et intervient dans l’action, introduit les scènes.
Les acteurs incarnent les quatre « loosers », jouant en même temps plusieurs autres personnages : leurs parents, les trois camarades de classe qui les maltraitent, des animaux. Le passé faisant sans cesse irruption dans le présent. Les séquences s’enchaînent, parfois s’imbriquent les unes dans les autres instantanément. On perçoit parfois des réminiscences, sans doute autobiographiques, des références à la société sous surveillance (celle de l’Allemagne de l’Est), à la peur intériorisée d’être dénoncé, aux clichés de l’idéologie de masse, traités toujours avec ironie. Le spectacle est jalonné par des chansons interprétées par les cinq acteurs, la musique et le chant légèrement scandé, rappelant les songs de Brecht et de Kurt Weill.
Les acteurs tiennent remarquablement le tempo extrêmement rapide du jeu très expressif, survolté, parfois excessivement violent.
La mise en scène gagnerait en légèreté en éliminant certaines images trop appuyées (par exemple la jungle dans le décor, l’abondance d’animaux sur le plateau, etc.) et des effets surjoués.

 

Irène Sadowska Guillon

 

Ces merveilleuses dernières années de Sybille Berg
mise en scène de Schirin Khodadadian
MC 93 Bobigny, les 3 et 4 octobre 2009

 

 


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