L’Affiche

L’Affiche de Philippe Ducros
mise en scène Guy Delamotte

capture2.jpgLe Québécois Philippe Ducros est auteur, acteur et metteur en scène, autodidacte, grand voyageur (il a parcouru une vingtaine de pays d’Amérique latine, d’Europe, d’Afrique et d’Asie). Sa démarche s’ancre dans ses voyages, dans ce qu’il a éprouvé du monde.
Ses textes comme 2191 nuits, 2025, l’année du serpent sur les médias et la guerre et sur le rôle de l’ONU, témoignent de son engagement d’artiste citoyen.
L’affiche est issue de la résidence qu’il a faite en automne 2004 en Syrie et au Liban dans le cadre des « Écritures nomades », créées par Monique Blin. Il est revenu ensuite à deux reprises en Palestine.
De son côté Guy Delamotte s’intéressait depuis quelques années au conflit israélo-palestinien. Sa rencontre avec Philippe Ducros à la mise en scène de la pièce.
Philippe Ducros s’affronte dans L’affiche à ce qu’on a l’habitude d’appeler le conflit israélo-palestinien. Sujet à plusieurs titres délicat, difficile. Comment traiter au théâtre ce drame qui fait souvent la une de l’actualité ? Comment le traiter sans prendre parti, ni se contenter, pour s’éviter les foudres de l’un ou l’autre parti, de redistribuer les torts et la responsabilité plus ou moins également sur les deux camps ? Comment décrire la violence insupportable d’un impossible quotidien sous l’occupation tellement inimaginable, sans tomber dans l’écueil du documentaire ?
Voici le défi relevé par Philippe Ducros en donnant dans sa pièce la parole aux gens simples qui subissent les impacts de l’occupation des deux côtés du mur. Un mur qui, telle une lame tranchante, sépare et qu’on traverse pourtant. Source de haine et de violence mais aussi de survie car, paradoxalement, pour gagner un peu d’argent il y a eu des Palestiniens qui participaient à sa construction.
Un espace fracturé dans lequel les deux camps s’affrontent, se combattent, s’interpénètrent, avec ses lieux topiques : le camp de réfugiés, un bureau de douane d’un aéroport, l’intérieur d’une baraque délabrée, la boutique d’un barbier, une imprimerie, un hôpital, le couloir de la morgue, la prison, le lit d’un couple.
La « petite humanité » de la pièce est concentrée autour de deux hommes, sorte de Caïn et Abel, Itzhak, le soldat israélien qui, pris par la peur, tire et tue Salem, le jeune Palestinien.
D’un côté la famille et les proches de Salem : sa mère Oum plongée dans sa douleur, sa sœur Shahida qui va sacrifier son amour pour Ismaïl à la vengeance, son père Abou Salem, imprimeur, chargé de faire des affiches placardées sur tous les murs avec les photos des terroristes martyrs, glorifiant leur héroïsme, et qui doit faire maintenant une affiche avec la photo de Salem, son fils unique.
Il y a encore Ismaïl, amoureux de Shahida, peintre dont les militaires israéliens confisquent les tableaux, un berger, un charpentier, un barbier, un médecin.
De l’autre côté Itzhak, soldat meurtrier de Salem, qui ne comprend plus rien à cette guerre et veut la fuir aux États-Unis avec Sarah son épouse, le lieutenant Lévi et plusieurs soldats, un rabbi.
Philippe Ducros montre avec beaucoup de finesse la montée de la violence, de la haine et de la répression, les arguments historiques, religieux du droit d’être là que les uns renvoient aux autres, les stratégies d’instrumentalisation et de médiatisation de l’horreur, comme la martyrisation devenue une arme de guerre, l’exploitation de la haine, de la peur et de la douleur par les religieux des deux côtés poussant à l’intégrisme, enfin les recruteurs des futurs martyrs. Mais aussi, alors que l’abîme se creuse, la fatigue, l’incompréhension et l’envie de fuir cette guerre, d’aller vivre ailleurs et autrement, attitude que représentent l’Israélien Itzhak et le Palestinien Ismaïl.
On a l’impression cependant qu’en voulant mettre les deux camps au pied du mur, dos au mur, dans un souci d’impartialité, Philippe Ducros s’attache à répartir le temps de parole à égalité entre les camps opposés, de sorte que la pièce paraît presque caricaturalement non manichéenne.
Guy Delamotte relève dans sa mise en scène le défi de la structure kaléidoscopique de la pièce où l’on passe en permanence d’un lieu à l’autre, d’un camp à l’autre, où les histoires des personnages se traversent et s’imbriquent. Se proposant de témoigner de l’actualité immédiate, de l’incompréhensible folie d’une guerre, à travers la fiction théâtrale, il fait davantage confiance à l’efficacité des moyens cinématographiques qu’aux théâtraux.
Le décor de Jean Haas se réduit à un mur au fond dont une partie pivote horizontalement, servant pour des entrées et des sorties, et une longue table de négociation avec des chaises, disposée en diagonale, encombrant tout l’espace et gênant le jeu des acteurs. Sur la table des petits drapeaux : palestinien, israélien, américain, européen et des micros.
Les divers lieux sont indiqués par des projections sur le mur du fond. Une petite caméra projette sur le mur certains détails comme par exemple les tableaux qu’Ismaïl est en train de peindre. Une grosse caméra sur pied projette par moments sur le mur du fond les personnages filmés, «anonymisés» comme dans les documentaires télévisés, avec un bandeau blanc cachant les yeux.
On projette un film, comme si on longeait en voiture le mur, puis des photos, des dessins et des inscriptions sur le mur. On est submergé d’images trop prégnantes et souvent déjà vues et revues. Trop d’images tue le théâtre, confisque l’espace de l’imaginaire et la liberté des spectateurs.
Les sept acteurs distribués dans les rôles centraux jouent aussi d’autres personnages, en changeant parfois de costumes.
Le spectacle s’achève par l’image des personnages qui s’éloignent portant des cages avec des canaris. Métaphore d’un peuple emprisonné, «encagé» ? Sur le mur du fond s’affiche « à suivre ».
La pièce de Philippe Ducros mérite un travail scénique plus exigeant et créatif qui ne cède pas à la facilité et à l’anecdote de l’image mais engage la réflexion et l’imaginaire du spectateur

Irène Sadowska Guillon

L’affiche de Philippe Ducros
mise en scène Guy Delamotte
Au Tarmac de La Villette, du 6 aux 31 octobre 2009
réservations : 01 40 03 93 95

 


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