Septentrion

Septentrion de Louis Calaferte, mise en scène d’Alain Paris. 

  Quinze ans après sa mort, Calaferte reste aussi mal connu ou presque que de son vivant. Et pourtant, il écrivit vingt trois pièces, de nombreux essais et carnets; on avait pu voir de lui cet été en Avignon La Bataille de Waterloo mis en scène par Patrick Pelloquet. Alain Paris, lui, s’est attaqué à Septentrion écrit en 56, sans doute très autobiographique,  où l’auteur nous parle de ses années d’ouvrier pauvre qui voulait devenir écrivain , en proie à la faim, à la solitude et ne sachant pas toujours où il pourrait dormir le soir, mais aussi de sa liaison avec une certaine Nora qui le paye en repas pour qu’il lui fasse l’amour – en termes calafertiens « lui servir sa ration quotidienne ». Comme Calaferte appelle un chat un chat et se réjouit de faire participer le lecteur aux séances érotiques en n’oubliant aucun détail, on peut se douter que l’ouvrage fut aussitôt censuré puis  interdit à la vente. Le texte est écrit dans une langue magnifique: « Il n’y a pas de mesure à la mesure des mots, écrivait-il, il ne viendrait à personne l’idée de mettre un frein à la clarté nue de midi en été. Les mots: silex et diamant ». Reste à ce que l’on peut faire de ce texte incendiaire, violent, où les mots claquent, surtout quand il parle du sexe de Nora: « Le jus ruisselait d’elle comme une fontaine à soda ». C’est d’une violence parfois incroyable et aucun doute là-dessus, cela peut faire théâtre. Jean-Pierre Miquel ,metteur en scène et administrateur de la Comédie-Française ami proche de Calaferte l’avait bien compris.  Alain Paris met en scène un comédien , accompagné d’un batteur; sur le sol un tapis rouge et jaune brillant assez durs. Et cela ne fonctionne pas vraiment, même si la diction est impeccable. Mais le texte, souvent hurlé au micro HF, et parfois sur fond de batterie, n’est pas pris en compte.

  Et malgré la crudité des mots, le spectacle ne fonctionne pas vraiment passées les dix premières minutes. La faute à qui ? A une direction d’acteurs et à une mise en scène des plus médiocres.  Cela dit, les adolescents qui peuplaient en grande majorité la salle -etdont une de leurs enseignantes avait l’air horrifié- sont restés calmes pendant cette heure et quart mais semblaient quand même s’ennuyer. Ce n’est sans doute pas ce genre de prestation qui leur fera aimer le théâtre… 

  Alors à voir. Non, mieux vaut éviter ce genre d’épreuve et rester chez soi à lire Calaferte si l’on en a envie… De toute façon, le spectacle n’a été joué  qu’une fois  à  La Caravelle de Meaux et ne le sera que deux fois en Seine et Marne!

Philippe du Vignal

 


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