Le père Tralalère

Le père Tralalère, de la compagnie D’ores et déjà, mise en scène de Sylvain Creuzevault.

leperetralaleretheatrefichespectacleune.jpg Le spectacle avait été conçu à Alfortville chez Christian Benedetti pendant l’été 2007.  C’est un peu La Noce chez les petits bourgeois, de nos jours, à partir d’improvisations, sur un thème proposé par Sylvain Creuzevault: la chute des origines ou comment les générations se passent le relais , la chose étant concrétisée par une repas pris en commun, avec une scénographie qui n’est pas sans rappeler celle qu’avait adoptée Antoine Vitez pour son très beau spectacle Catherine d’après Les cloches de Bâle d’Aragon.

  Deux gradins qui se font face, et au milieu une grande table de pin, et sur l’un des petits côtés, un praticable également en pin, avec une trappe. Cela se passe dans une maison au bord de la mer en Bretagne; c’est un repas de mariage; le père ( il n’y a pas de mère) reçoit les amis de sa fille Lise qui se marie avec Léo. Il y a aussi  Samuel, un associé du père, etle frère de la mariée,  un autre couple: Caroline est enceinte, et va  accoucher prochainement… Et un journaliste de télévision , très imbu de lui-même, à la diction trop parfaite et absolument ridicule.  Autour d’ une immense table dépourvue de nappe  des bouteilles de vin rouge , des corbeilles de pain et un vague hors-d’œuvre déjà servi dans les assiettes.
  Les conversations sont d’une banalité à pleurer, d’une justesse absolument cruelle, comme dans n’importe quel repas de fête, où les gens ne se connaissent pas vraiment: on parle  de surfaces d’appartement et de quartiers parisiens, de trajet du TGV, et le père annonce la promotion du jeune Samuel, Lise et Léo annoncent les projets d’ouverture d’un restaurant à thème: l’école primaire par le jeune couple près du cimetière du Père Lachaise. Le projet ,de toute évidence, ne tient pas la route , et va rapidement être fusillé par le père qui  se met en colère et qui refuse de leur avancer l’argent nécessaire.On discute d’argent et d’emprunts. Mais le père leur apprendra peu de temps après autour de la table où ils sont à nouveau réunis qu’il est atteint d’un cancer. Dès lors, il semble prêt à réviser ses positions.

  De temps à autre, les jeunes mariés s’échappent discrètement pour aller se mettre nus et faire l’amour sur le praticable devant tout le monde. La joyeuse bande chante aussi une petite comptine: Pirouette, cacahuète…. comme pour conjurer la mort du père à la fois souhaitée et redoutée, et le marié entonne   un air d’opéra. Mais il y a déjà du divorce dans l’air…
 La bande de jeunes comédiens qui se connaissent depuis longtemps fait ici un travail remarquable; ils sont  tous parfaitement crédibles  à la fois dans l’oralité et dans une gestuelle des plus élaborées, même si elle peut paraître « naturelle » et la direction  de Sylvain Creuzevault est impeccable et tout à fait rare chez une jeune metteur en scène; ils sont tous  à l’aise dans ce dispositif qui présente des risques évidents, puisque le moindre erreur de jeu est ici visible. Il y a bien parfois un peu de brouhaha et  suivant l’endroit des gradins où l’on se trouve, on n’entend pas toujours bien  ce qui se dit, alors que, de l’autre côté les spectateurs rient déjà. Et la fin patine: une petite coupe d’une douzaine de minutes ne serait pas un luxe, mais quelle intelligence de la chose théâtrale, quelle humilité dans le jeu! . Avec  la reprise de ce spectacle et la création dans ce même théâtre de la Colline de Notre Terreur, Sylvain Creuzevault et son équipe entrent dans la cour des grands. Alors à voir? Oui, ce serait dommage de rater un spectacle de cette dimension.

Philippe du Vignal

Théâtre national de la Colline jusqu’au 31 octobre, et ensuite au Théâtre du Nord du 5 au 15 novembre.

 


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