Frères et sœurs

Frères et sœurs d’après Fedor Abramov, adaptation et mise en scène de Lev Dodine

 

frereetseur.jpg  La MC93 nous propose d’assister à vingt-cinq ans du répertoire de Lev Dodine. C’est un projet vraiment enthousiasmant: la renommée du théâtre Maly a depuis longtemps pénétré nos frontières. Le travail de Lev Dodine, cette « chère âme russe », est vraiment emblématique d’un théâtre de qualité. Et le compagnonnage de trente ans avec sa troupe a contribué à l’éclat de la scène saint-pétersbourgeoise. A son répertoire: autant des pièces d’auteurs classiques que contemporains, qui permettent aux occidentaux que nous sommes, d’appréhender dans toute sa complexité l’histoire douloureuse du pays et les destins qui s’y sont joué.

  Frères et sœurs de Fedor Abramov ouvrait cette saison russe. Ce spectacle, créé en 1985  au théâtre Maly deSaint-Pétersbourg, a été joué plus de trois cent fois en Russie ! Il raconte les aléas de l’existence de la famille Priasline, habitant le village de Pékachino, dans le Nord de la Russie, près d’une forêt. Nous sommes parmi les paysans, de « pauvres gens », en 1945 : le pays est en proie à la famine. Sur le papier, la guerre est peut-être terminée, mais, à la campagne, la vie ne change pas du jour au lendemain, et les malheurs et la vie de misère continuent. D’ailleurs, les autorités du kolkhoze surveillent et continuent de régenter leur vie….

  Mais des détails nuisent à la vraisemblance de la mise en scène : les acteurs sont bien portants: on peine donc à croire qu’ils ont le ventre vide, et qu’ils sont affamés et souffreteux ; et leurs vêtements ne sont pas si élimés que cela. L’organisation de cette communauté est une régression totale par rapport à notre société. Régression sociale, d’abord : dans le petit village, tout se sait, les ragots vont bon train, et il n’y pas de secret … Ainsi la veuve Varvara est huée, conspuée, parce qu’elle fréquente un « jeune homme », Mikhaïl Priasline. Le système est encore très patriarcal (ou plutôt matriarcal ici, car à cause de la guerre, les hommes sont devenus rares),et la famille est toute-puissante. Chaque membre doit tout lui céder, se sacrifier pour elle. Il n’existe pas en tant qu’individu, n’a pas droit au bonheur, l’honneur de la communauté passe d’abord. Régression économique ensuite : certes, l’économie du village est comme celle de l’Etat : le bilan est désastreux.

  Les communistes ont d’ailleurs mis en place un « plan », douloureux à suivre pour ceux qui n’ont déjà plus rien. Pourtant, on n’y croit pas quand, au tout début du spectacle, les Priasline sont heureux de manger un pain. Dans ce spectacle en fait, il se passe beaucoup de choses et , en même temps, presque rien. Frères et sœurs est l’adaptation d’une trilogie (1958) de Fedor Abramov, un roman-fleuve de plus de mille pages, Chronique de Pékachino, narrant les souffrances et les désillusions de ce village, le retour des soldats après la guerre, etc. Pendant six heures (sans les entractes), nous avons affaire à une somme de petits tableaux descriptifs mais trop peu narratifs. Qui plus est, comme le dit la brochure de la MC 93, la prose d’Abramov est rurale, et force est de constater que le symbolique, la mise en perspective, la hauteur font défaut (comme on peut les  trouver chez Dickens ou Hugo, par exemple). La scénographie est intéressante. Par exemple, un pan de planches de bois  qui peut servir de mur, de palissade, d’écran de projection, de marchepied… est une idée astucieuse.Par ailleurs, il y a un système de barrière, fait avec des poutres fixées à l’horizontale, dont on ne comprend pas toujours où il nous emmène. Mais il fait la transition entre espaces intérieurs (l’isba) et extérieurs (la cour de la ferme, la forêt…)

  Quant à la  direction et à la coordination de la quarantaine d’acteurs, elle sont  irréprochables: on comprend bien comment fonctionne le village et quelles sont les relations entre les gens. Mais le manque d’action et la faiblesse d’un texte qui était à l’origine un roman n’aident pas à fixer l’attention du public. Et quand le surtitrage a parfois des ratés, l’on perd vite le fil. Cela étant, on est concentré sur la diction russe et c’est peu dire que l’élocution est  convaincante, et que les comédiens ont du coffre ! . Mais on n’est pas vraiment captivé par cette histoire  qui devient ennuyeuse, même si l’on conçoit que les Russes aient eu du plaisir à s’y retrouver,. Nous avouons avoir déserté avant la fin, et nous n’étions pas les seuls ! Comme tous les romans, celui-ci est difficile à porter à la scène. On suivra Lev Dodine,mais dans d’autres mises en scène !

 

Barbara Petit

 

Les 7 et 8 novembre à la MC93 de Bobigny


Archive pour 12 novembre, 2009

Frères et sœurs

Frères et sœurs d’après Fedor Abramov, adaptation et mise en scène de Lev Dodine

 

frereetseur.jpg  La MC93 nous propose d’assister à vingt-cinq ans du répertoire de Lev Dodine. C’est un projet vraiment enthousiasmant: la renommée du théâtre Maly a depuis longtemps pénétré nos frontières. Le travail de Lev Dodine, cette « chère âme russe », est vraiment emblématique d’un théâtre de qualité. Et le compagnonnage de trente ans avec sa troupe a contribué à l’éclat de la scène saint-pétersbourgeoise. A son répertoire: autant des pièces d’auteurs classiques que contemporains, qui permettent aux occidentaux que nous sommes, d’appréhender dans toute sa complexité l’histoire douloureuse du pays et les destins qui s’y sont joué.

  Frères et sœurs de Fedor Abramov ouvrait cette saison russe. Ce spectacle, créé en 1985  au théâtre Maly deSaint-Pétersbourg, a été joué plus de trois cent fois en Russie ! Il raconte les aléas de l’existence de la famille Priasline, habitant le village de Pékachino, dans le Nord de la Russie, près d’une forêt. Nous sommes parmi les paysans, de « pauvres gens », en 1945 : le pays est en proie à la famine. Sur le papier, la guerre est peut-être terminée, mais, à la campagne, la vie ne change pas du jour au lendemain, et les malheurs et la vie de misère continuent. D’ailleurs, les autorités du kolkhoze surveillent et continuent de régenter leur vie….

  Mais des détails nuisent à la vraisemblance de la mise en scène : les acteurs sont bien portants: on peine donc à croire qu’ils ont le ventre vide, et qu’ils sont affamés et souffreteux ; et leurs vêtements ne sont pas si élimés que cela. L’organisation de cette communauté est une régression totale par rapport à notre société. Régression sociale, d’abord : dans le petit village, tout se sait, les ragots vont bon train, et il n’y pas de secret … Ainsi la veuve Varvara est huée, conspuée, parce qu’elle fréquente un « jeune homme », Mikhaïl Priasline. Le système est encore très patriarcal (ou plutôt matriarcal ici, car à cause de la guerre, les hommes sont devenus rares),et la famille est toute-puissante. Chaque membre doit tout lui céder, se sacrifier pour elle. Il n’existe pas en tant qu’individu, n’a pas droit au bonheur, l’honneur de la communauté passe d’abord. Régression économique ensuite : certes, l’économie du village est comme celle de l’Etat : le bilan est désastreux.

  Les communistes ont d’ailleurs mis en place un « plan », douloureux à suivre pour ceux qui n’ont déjà plus rien. Pourtant, on n’y croit pas quand, au tout début du spectacle, les Priasline sont heureux de manger un pain. Dans ce spectacle en fait, il se passe beaucoup de choses et , en même temps, presque rien. Frères et sœurs est l’adaptation d’une trilogie (1958) de Fedor Abramov, un roman-fleuve de plus de mille pages, Chronique de Pékachino, narrant les souffrances et les désillusions de ce village, le retour des soldats après la guerre, etc. Pendant six heures (sans les entractes), nous avons affaire à une somme de petits tableaux descriptifs mais trop peu narratifs. Qui plus est, comme le dit la brochure de la MC 93, la prose d’Abramov est rurale, et force est de constater que le symbolique, la mise en perspective, la hauteur font défaut (comme on peut les  trouver chez Dickens ou Hugo, par exemple). La scénographie est intéressante. Par exemple, un pan de planches de bois  qui peut servir de mur, de palissade, d’écran de projection, de marchepied… est une idée astucieuse.Par ailleurs, il y a un système de barrière, fait avec des poutres fixées à l’horizontale, dont on ne comprend pas toujours où il nous emmène. Mais il fait la transition entre espaces intérieurs (l’isba) et extérieurs (la cour de la ferme, la forêt…)

  Quant à la  direction et à la coordination de la quarantaine d’acteurs, elle sont  irréprochables: on comprend bien comment fonctionne le village et quelles sont les relations entre les gens. Mais le manque d’action et la faiblesse d’un texte qui était à l’origine un roman n’aident pas à fixer l’attention du public. Et quand le surtitrage a parfois des ratés, l’on perd vite le fil. Cela étant, on est concentré sur la diction russe et c’est peu dire que l’élocution est  convaincante, et que les comédiens ont du coffre ! . Mais on n’est pas vraiment captivé par cette histoire  qui devient ennuyeuse, même si l’on conçoit que les Russes aient eu du plaisir à s’y retrouver,. Nous avouons avoir déserté avant la fin, et nous n’étions pas les seuls ! Comme tous les romans, celui-ci est difficile à porter à la scène. On suivra Lev Dodine,mais dans d’autres mises en scène !

 

Barbara Petit

 

Les 7 et 8 novembre à la MC93 de Bobigny

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