Sutra

“Sutra” de Sidi Larbi Cherkaoui

      sutra1.jpgSidi Larbi Cherkaoui a conçu une chorégraphie singulière pour ce spectacle qui fait actuellement l’objet d’une tournée mondiale et qui a fasciné le public québécois, grâce aussi à la création visuelle d’Antony Gormley et à la musique de Szymon Brzoska jouée  sur scène. Le danseur et chorégraphe belge d’origine marocaine, maintenant bien connu à Paris et en Europe, et les dix sept  moines du temple chinois Shaolin spécialistes d’arts martiaux en particulier de kung-fu, présentent un spectacle poétique empreint d’imagination et d’émotion .
Selon la légende, c’est  un moine boudhiste Bodhidharno qui  inventa au V ème siècle ce fameux kung fu, pour que les moines  puissent se défendre contre les brigands. Sutra, comme son nom l’évoque, associe  spiritualité et philosophie bhoudiste à la danse contemporaine et  au  Kung-fu, dont les moines sont de grands experts   

     Antony Gormley a créé  dix sept  boîtes en bois, de dimension humaine pour les moines Shaolin, plus une mais en aluminium pour Sidi Larbi Cherkaoui, boîtes qui se trouvent au cœur du spectacle: admirablement manipulées par les danseurs, de façon à construire et déconstruire des architectures  figurant, entre autres, un labyrinthe, des gratte-ciel de New York, des ponts… C’est dire que Sutra constitue aussi, comme on le voit sur les photos, une belle réussite sur le plan plastique.
 Shi Yandong, moine  adolescent, virtuose des arts martiaux, apporte une nuance de douceur et de légèreté au spectacle: le jeune garçon campe un être innocent, capable d’effectuer des aller et retour entre le monde des moines et celui de  Sidi Larbi Cherkaoui qui  incarne, lui, un étranger qui souhaite entrer dans leur univers spirituel. Shi Yandong  conduira Sidi Larbi  Cherkaoui vers l’espace des moines: ils vont alors surgir des boîtes et, grâce au mouvement ( danse et Kung-fu), les barrières seront dépassées. Sidi Larbi Cherkaoui  a fondé son spectacle sur l’idée du perpétuel changement de la vie,  sur l’ouverture,  et le renouvellement des êtres et des choses.

Maria Stasinopolou

Grand Théâtre de Québec


Archive pour 20 novembre, 2009

Le Recours aux forêts

Le Recours aux forêts, texte de Michel Onfray, images de François Royet, chorégraphie de Carolyn Carlson, musique de Jean-Luc Therminarias, lumières de Renaud Lagier et mise en scène de Jean Lambert-wild.

 

lerecoursauxforts5.jpg  Ce n’est pas, à proprement dit,  une œuvre « théâtrale » mais une sorte de petit opéra avec images projetées, musique, danse et texte non chanté mais plutôt proclamé par quatre solistes placés sur un  praticable côté cour : deux comédiennes Ela Hourcade, Laure Wolf , Fargass Assandé et Stéphane Pelliciaet , tout de noir vêtus, chacun devant  un micro. Le spectacle a lieu sur la grande scène du théâtre d’Hérouville, où Michel Onfray, bien connu pour son Université populaire dans ce même théâtre tous les lundis  où il dispense une conférence qui fait chaque semaine un véritable tabac..
  Qu’est-ce que Le recours aux forêts?  D’abord, un texte, commandé par  Jean Lambert -wild: «   Le stoïcien  qui souhaitait que moi l’épicurien je réponde à une commande que je n’ai  toujours pas comprise », dit  Michel Onfray . C’est vrai que la recette ne figure pas dans les livres pourtant nombreux de théorie théâtro-culinaire. Pensez à quelques chose qui serait un spectacle à proprement dit théâtral ( même s’il ne comprend pas de personnages) au sens  étymologique du terme  (Theaô en grec ancien= voir) , puis demandez à votre ami et compositeur habituel,  une musique à laquelle des comédiens pourraient associer le texte d ‘Onfray, et à  une chorégraphe renommée de vous concevoir un solo pour un danseur, et  laissez voguer votre inspiration  à partir d’un voyage en Irlande, sur des images que vous avez pu mémoriser puis faire enregistrer, et puis surtout, commandez à un ami philosophe et écrivain, cordialement détesté par ses confrères qui prétendent (les  Dieux savent pourquoi mais dans ces cas-là, c’est plutôt bon signe) qu’il ne fait pas de philosophie. sans doute parce qu’il qui est l’auteur de livres que beaucoup de gens, ont lu, à juste titre, avec passion , parce que sa langue et ses propos  clairs et souvent tranchants, les aident aussi à se comprendre, et à vivre  un peu mieux leur vie, de façon plutôt épicurienne. Ce qui n’est déjà pas si mal dans une vie d’homme qui vient d’avoir cinquante ans
   Miche Onfray concocte donc un poème en deux parties: Permanence de l’apocalypse,et Traité des consolations  dont le sous-titre est La Tentation de Démocrite, ce philosophe grec présocratique ( 460 ?-370  avant J.C.) ,convaincu que l’univers était composé d’atomes enveloppés dans le vide qui leur permettait d’être en mouvement et qui, dit-on, se fit construire une petite cabane dans le fond de son jardin pour fuir un monde qu’il trouvait détestable. Ce qui n’est pas sans déplaire à Michel Onfray , attaché à ses origines normandes, à la fois prolétaires et rurales…
  Donc, laissez reposer le projet plusieurs mois, ou, plutôt, pensez sans cesse à la mise en forme  que vous pourriez lui donner pour que la sauce puisse prendre en faisant autre chose, notamment en continuant à diriger un théâtre…Et cela donne quoi ? Quelques mois après avoir vu les premières images, la tentation était grande d’aller se rendre compte sur place. Ce n’est pas si facile d’en parler mais essayons. A l’entrée de la salle, l’on vous prête des lunettes noires qui permettent de voir le spectacle en trois dimensions (beaucoup de gens n’avaient pas compris comme moi qu’il fallait les mettre dès le début.. mais c’est sans grande importance). Donc, d’un côté les comédiens disant le texte de Michel Onfray, en solo et/ ou en choeur ,suivant une partition très maîtrisée même si, le soir de la première , la balance avec la musique ou  entre chaque soliste était loin d’être parfaite.
lerecoursauxforts7.jpg Le premier des deux textes d’ Onfray, quand il envisage le monde où il vit,  est impitoyable, et sans doute fondé sur une expérience personnelle, qu’il envisage les choses de la guerre, la duplicité des écrivains et des universitaires, ou les passions et la médicorité  des humains qui l’entourent:  » J’ai vu à l’hôpital des médecins de Molière / Prenant leur avis aux pendules, lisant leur diagnostic dans les astres / Disant une chose et son contraire (…)/ Mais toujours pontifiant en blouse blanche tachée de sang, d’urine,d’excréments/ Traînant derrière eux les membres qu’ils venaient de découper faute de savoir et de pouvoir les soigner ».
   La seconde partie  est heureusement plus douce et fait souvent appel à des souvenirs d’enfance: « Je veux prendre le temps de regarder longuement l’étoile polaire Celle que mon père me montrait du doigt sur le devant de la porte ». Seule consolation lucide  de Michel Onfray: planter un chêne, le regarder pousser , débiter ses planches , les voir sécher pour s’en faire un cercueil où il pourra prendre sa place dans le cosmos.
  Sur la scène,un vaste plan d’eau où danse,  seul, le rebelle, le révolté,  comme un frère d’Onfray , Juha Marsalo , tandis que passent derrière , sur un grand écran,  entre autres images:  des nuages, et des arbres squelettiques, et que, côté jardin, Jean-François Oliver joue au vibraphone, une partie de la musique de Jean-Luc Therminarias qui est aussi  diffusée par des baffles. On pourrait, à juste titre se demander quelle est l’unité réelle de ce court spectacle ( 60 minutes) à l’impeccable mise en scène mais après tout qu’importe!
  Les meilleurs et nombreux  moments sont ceux où, entre les images: les irisations fantastiques  dûes à la chute de paquets de colorants dans l’eau  font penser aux toiles de l’ américain Sam Francis, l’espèce de neige glacée qui tombe sur les incroyables contorsions du  danseur nu et qui refroidit très vite la salle…il y a conjugaison avec  le texte d’Onfray d’abord pétri de fureur puis de douceur,  et avec la musique de Therminarias; oui, ces moments-là  sont vraiment de pur bonheur.
   Et cela fait du bien qu’un jeune metteur en scène, au lieu de nous livrer la xième version d’une tragédie antique qu’il ne sait même pas comment traiter , ou de vouloir  à tout prix nous faire découvrir deux heures durant un  dialogue obscur et touffu mais- évidemment génial- d’un de ses amis soi-disant dramaturge, ose dire que le théâtre, peut être aussi une réalisation comme celle-ci.

  L’on pourra toujours reprocher à Jean Lambert-wild un coup médiatique, ce qui reste encore à prouver, mais  le public de Caen ,visiblement curieux et fasciné par la proposition, semblait être reconnaissant d’un pareil cadeau et  ne boudait pas son plaisir devant tant de beauté. Mais, bien sûr , l’on peut toujours aller voir La cage aux folles.
  A voir? Oui, absolument, si le spectacle passe près de chez vous.

 

Philippe du Vignal

 

Le spectacle a été créé par la Comédie de Caen au Théâtre d’Hérouville le 16 novembre et sera présenté le 26 et 27 à Roubaix; puis le 2 et 3 décembre à Limoges; le 8 décembre à Vannes puis en 2010 le 5 janvier à Vannes, le 21 et 22 à Cavaillon; le 28 et 29 à Belfort;enfin le 3 et 4 février à Evry et le 30 mars au Havre.

 

Le recours aux forêts La tentation de Démocrite  de Michel Onfray est publié dans la collection Incises chez Galilée.

LES PLATEAUX DU GROUPE DES 20

LES PLATEAUX DU GROUPE DES 20

Le Groupe des 20 est une association de « d’animateurs » (terme disparu depuis la fin des années 70), directeurs de théâtres de villes d’Ile de France les plus dynamiques, soucieux de s’engager collectivement dans de véritables aventures artistiques. Ce groupe organise deux fois par an depuis plusieurs années, des rencontres où sont présentés des extraits (vingt minutes) de spectacles en cours d’élaboration, afin que les compagnies puissent obtenir des coproductions. Ce 16 novembre, six compagnies se sont mises à l’épreuve, devant une trentaine de professionnels attentifs :

-LES TROIS SŒURS de Tchekov, mise en scène de Volodia Serre, directeur de la compagnie La jolie pourpoise qui se prêtait à une belle mise en abyme, car ses propres sœurs dans la vie interprètent les rôles d’Olga, Macha et Irina. Il jouera lui-même le rôle de leur frère André. Cet extrait joué sur un plateau nu, sans costumes , avec  des extraits de chansons semble prometteur. La compagnie, inspirée par les auteurs russes, avait déjà monté Le Suicidé de Nicolas Erdman au Théâtre Romain Rolland de Villejuif, producteur délégué des deux spectacles. Les trois sœurs seront jouées en particulier au Théâtre de l’Athénée à la rentrée 2010.

-BON GRÉ MAL GRÉ , forme musicale à partir des chansons d’Emmanuel Bemer, accompagnée au piano par Nicolas Ducloux, a été présentée par Julia Vidit. Après une mise en scène de Fantasio et de Mon cadavre sera piégé à partir de textes de Pierre Desproges, elle se propose de revenir avec humour sur le terrain du cynisme et de la mort qui est celui d’Emmanuel Bemer., avec une théâtralisation d’un tour de chant.Le Prisme d’Élancourt et l’ARCAL se sont engagés sur ce projet qui devrait voir le jour à la rentrée 2010.

-PETITES HISTOIRES DE LA FOLIE ORDINAIRE de Petr Zelenka est un projet du Collectif DRAO, d’après Derniers remords avant l’oubli de Lagarce, premier spectacle de la compagnie, qui a beaucoup tourné depuis, avec Push up et J’avais lu ces Petites histoires de Parvidino , pièce onirique ,férocement drôle pour la Maison d’Europe et d’Orient qui a publié le texte. La mise en espace circulaire de cet extrait laisse espérer le meilleur. Le Forum Culturel du  Blanc-Mesnil, l’Espace Jacques Prévert d’Aulnay- sous- bois,  ainsi qu’ACT’ART 77 se lancent dans l’aventure.

-L’ÉGARÉ, théâtre sonore de Jean-Kistoff Camps porte bien son nom, c’est un solo avec un fatras d’objets, mais assez peu convaincant. Il salue Samuel Beckett, Jacques Tati, Tex Avery et Luc Ferrari !

-CYMBELINE de Shakespeare, proposé par Hélène Cinque et sa compagnie L’instant d’une résonance, rassemblait quinze acteurs qui avaient répété cinq jours au Théâtre du Soleil. Après Peines d’amour perdues et Tartuffe qu’elle a monté avec le Théâtre Aftaab en Afganistan, elle s’attaque à cette œuvre rarement montée . Mais après cet extrait ludique et ironique, on peut attendre du grand et du beau théâtre avec cette vraie troupe.

-LA DERNIÈRE LEÇON de Noëlle Chatelet lui a valu le prix Goncourt de la nouvelle; adapté et mis en scène par Gérald Chatelain, ce monologue sera interprété par Catherine Rétoré. Il s’agit  du récit de la fin de sa mère, Madame Jospin qui est aussi la mère de son frère Lionel. A 88 ans, elle décida  de choisir  la date de sa  mort et l’a fit accepter par sa fille. On peut attendre beaucoup de ce récit magnifique et terrifiant qui sera présenté au Athévains dans une co-mise en scène de Jean-Pierre Lescot, avec le Théâtre de la marionnette à Paris.

Edith Rappoport

Théâtre de Fontenay-aux-Roses

DORMEZ, JE LE VEUX

  DORMEZ, JE LE VEUX !  Théâtre de Cachan

 

 

De Georges Feydeau, précédé de Instructions aux domestiques de Jonathan Swift (extraits), mise en scène de Lisa Wurmser.

Lisa Wurmser a réalisé avec sa précision d’horlogerie et un très grand soin plastique, cet étrange montage sur la manipulation mentale, entre deux textes bien différents, celui de Swift qu’elle a  réglé en ballet mécanique masqué, des conseils aux domestiques pour leur apporter la fortune en dormant, puis cette pièce peu connue de Feydeau sur un valet qui hypnotise son patron pour lui faire faire son travail. Valencourt vit avec sa sœur, il veut se marier et attend son futur beau-père et sa promise, mais Justin le domestique voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une patronne dans la maison. Les deux hommes tombent d’accord sur l’apport mutuel des fiancés, mais au moment de faire sa déclaration, Valencourt transformé en singe profère des insultes grossières à sa fiancée, pendant que sa sœur transformée en Bayadère danse à en perdre haleine. Tout semble être rompu, mais le beau-père qui est docteur décèle la supercherie et tout rentre dans l’ordre. Malgré une belle distribution homogène, Jean-Louis Cordina en Valencourt, René Hernandez en Boriquet en particulier, l’actualité de ces textes ne me semble pas d’un intérêt majeur, Lisa Wurmser avait mieux choisi ses textes en montant La bonne âme de Se-Tchouan ou Le maître et Marguerite ! Mais la grande salle de Cachan était pleine et les gens attentifs. 

Edith Rappoport

The Righteous Tithe

The Righteous Tithe (La Dîme vertueuse)  de Doug Phillips, mise  en scène de Paul Dervis,

     Ce spectacle, présenté en première mondiale, est l’oeuvre d’un  dramaturge , Doug Phillips, d’origine britannique,  établi à Ottawa depuis longtemps.  Il est aussi l’auteur de Naan Bread, qui traite du racisme insidieux dans  le quartier populaire d’une ville britannique qui a ému les critiques et  lancé la carrière de cet auteur/acteur engagé. Avec  Cette Dîme vertueuse, il s’inspire d’une loi  sur le patriotisme, le « Patriot Act » ,mis en application par G.W. Bush après le 11 septembre 2001. Le drame  est censé avoir lieu à la frontière entre les États-Unis et l’Ontario (Canada), non loin d’Ottawa, dont les habitants dtherighteoustithe.jpge la région, souvent obligés de traverser la  frontière,  vivent régulièrement ce qui est   perçu comme du harcèlement  à cause de la nouvelle loi. La pièce  touche donc à une réalité sensible de la région;  Doug Phillips a adopté  le réalisme cru de la «méthode » américaine, une forme de jeu originaire de l’école de  New York.

  Un couple: David ,un Britannique, et Cyrèse, une citoyenne canadienne d’origine sud-africaine se retrouvent devant un policier américain ,après avoir passé la frontière, canadienne, lors de leur voyage annuel  en Virginie où ils ont l’habitude de passer leurs vacances. Ce qui devait être une banalité,  se transforme  vite en confrontation très désagréable , puisque les lois du nouveau  « Patriot Act »  ont changé la donne. 

 David, qui n’a pas encore, lui,  la citoyenneté canadienne, doit  être photographié et  « traité comme un criminel » selon lui. Il s’énerve, le ton monte, il lâche une remarque provocatrice au sujet de la cocaïne qu’ils auraient fumé dans la voiture. Une  blague bien sûr, mais, tout à fait mal venue , puisque dans ce  climat de tension,  les  policiers n’ont pas du tout envie de faire de l’humour … Le couple est séparé, les questions fusent  sur le passé de David et sur leur récent voyage en Afrique du sud pour rendre visite à la famille de Cyrèse.  L’ambiance s’alourdit, les questions deviennent des menaces et l’interrogatoire , de plus en plus musclé,  met en évidence le casier judiciaire de David.

  En fait ce n’est  pas David ,la véritable cible de ce jeu de pouvoir , mais plutôt sa femme et ses rapports avec sa famille dans son pays natal ,  où les Américains voudraient recruter un espion pour surveiller les cousins de Cyrèse. Le couple est vite  pris au piège de la stratégie des agents américains, et l’histoire  va là où l’on s’y attendait le moins. Doug Phillips sait mener une intrigue, dessiner les personnages et nous tenir en haleine, et Paul Dervis, directeur artistique de la troupe et metteur en scène, a bien dirigé les acteurs.

  C’est surtout Sean Tucker, qui joue l’agent de sécurité  Goldstein , responsable de  l’interrogatoire, qui  fait monter  l’horreur. Habillé d’un  pantalon large, en  baskets, la chemise un peu froissée, et très à l’aise, presque jovial , il parait incapable du moindre mal.. Ce qui, en général , annonce un dénouement   violent, et nous allons vite  découvrir  comment avec un  sadisme assez facile, il dépouille ses victimes par tous les moyens.

  Pris comme des rats ,  David  puis Cyrèse, n’ont alors d’autre choix que de se soumettre aux volontés de l’Etat américain, par monstre interposé. La « dîme  vertueuse  » est plutôt du genre atroce : ils s’engagent à la payer à vie!  David que joue Tucker , garde son calme et son sourire mais un sourire porteur de malaise. De plus en plus froid,  l’agent pose des questions  qui enfoncent  sa  victime  encore plus dans  un passé  douteux qu’il avait cru enterré. Les agents de sécurité savent en effet tout de lui et  sont prêts à exploiter ce savoir par  tous les moyens  jugés nécessaires , disent-ils,  pour maintenir l’intégrité de l’Etat américain…

  Doug Phillips  exprime  sa colère devant cette loi mais nous montre  aussi un homme comme David  qui a tout fait pour provoquer les agents. L’auteur prouve , avec baucoup d’ironie, que la loi , que Bush a fait voter, est absurde, puisqu’elle peut refouler ceux qui sont nés à l’étranger,  alors que toute la population américaine elle-même, comme les personnages de la pièce, sont tous à l’origine,  des immigrés.  Cet  » Acte  » juridique subvertit donc un des principes fondateurs  du pays.

  Il est seulement dommage que la troupe , faute de moyens,  ne puisse jouer ce  très bon spectacle  dans un espace  qui pourrait accueillir un public plus nombreux et où la mise en scène de Paul Dervis  bénéficierait de moyens techniques un peu moins limités.

Alvina Ruprecht

 

Production du New Ottawa Repertory Theatre,  (NORT), présentée au Studio Nathalie Stern de l’École de théâtre d’Ottawa.

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