Le Monologue d’Adramélech

Le Monologue d’Adramélech
Texte, mise en scène et peintures de Valère Novarina

 

monologue.jpgUn théâtre comme laboratoire, telle devait être l’une des missions du théâtre pour Valère Novarina. Expérimentation. Suggestion. Exploration. Étonnement. De fait, Le Monologue d’Adramélech surprend.
Un homme surgit de nulle part et commence à parler. Pendant une heure, sa logorrhée va être intempestive, comme si elle ne devait jamais s’arrêter. L’homme s’exprime avec véhémence, verve, et force persuasion. Au début, on croit qu’il délire :son langage n’est guère intelligible. Il mêle le registre soutenu et familier, le vocable moderne et archaïque, le tout dans un jeu de construction-déconstruction grammaticale très personnel. En fait, il parle son propre langage, un idiolecte.

  Il n’a pas l’air de s’en rendre compte, et cela ne semble  pas  le déranger. Pour nous, la vigilance est de mise : pas facile de suivre ce qui semble décousu, ni d’interpréter ce qui est débité avec une telle fougue. À qui s’adresse-t-il vraiment ? Et que raconte-t-il au juste ? À certains moments, on ne sait pas si sa personnalité se dédouble ou s’il est en train d’imiter quelqu’un.
Cet homme appartient à un milieu  que l’on pourrait qualifier de populaire: pantalon et veste de toile bleue, débardeur noir, bretelles. Cheveux courts et teint rouge, il est costaud. Quand il interprète Illico, il met une casquette de facteur..
Certains thèmes reviennent dans sa bouche comme un leitmotiv : les animaux , les oiseaux, la nature, la famille : il raconte ses souvenirs d’enfance à la maison, à l’école. Il lui arrive même de sauter et de faire la pirouette, vif et agité comme un gamin. Il parle de la guerre , de la violence – on comprend qu’il a été soldat et qu’il a été traumatisé. Et on déchiffre du même coup le décor de la scène. Des toiles, partout, sur le sol et les murs, en paravent, très colorées, à la limite de l’abstraction. Ce qu’elles donnent à voir est tragique, dur, douloureux, voire cauchemardesque. Ce sont des images de souffrance, on y aperçoit de gros insectes noirs. Sur le mur du fond, en néon bleu, un message apparaît : « la lumière nuit ». Là aussi, le message est contradictoire, embrouillé, comme l’esprit de cet homme, Adramélech, qui ne livrera pas son secret. On ne saura pas s’il est heureux ou malheureux,   fou,  ou bien  si c’est nous qui ne possédons pas les clés pour le comprendre. Mais il reste sympathique.
Ce texte sublime, tout en variations et en répétitions, est magistralement interprété.  Jean-Yves Michaux, acteur  hors pair, nous aimante et nous mène dans le vertige d’Adramélech. Pendant une heure, nous sommes à ses côtés, dans son univers, et partageons avec lui son mystère. L’intime de son langage. L’énigme de sa vie.

Barbara Petit

 

Théâtre de la Bastille
Du 20 novembre au 11 décembre


Archive pour 27 novembre, 2009

Le Monologue d’Adramélech

Le Monologue d’Adramélech
Texte, mise en scène et peintures de Valère Novarina

 

monologue.jpgUn théâtre comme laboratoire, telle devait être l’une des missions du théâtre pour Valère Novarina. Expérimentation. Suggestion. Exploration. Étonnement. De fait, Le Monologue d’Adramélech surprend.
Un homme surgit de nulle part et commence à parler. Pendant une heure, sa logorrhée va être intempestive, comme si elle ne devait jamais s’arrêter. L’homme s’exprime avec véhémence, verve, et force persuasion. Au début, on croit qu’il délire :son langage n’est guère intelligible. Il mêle le registre soutenu et familier, le vocable moderne et archaïque, le tout dans un jeu de construction-déconstruction grammaticale très personnel. En fait, il parle son propre langage, un idiolecte.

  Il n’a pas l’air de s’en rendre compte, et cela ne semble  pas  le déranger. Pour nous, la vigilance est de mise : pas facile de suivre ce qui semble décousu, ni d’interpréter ce qui est débité avec une telle fougue. À qui s’adresse-t-il vraiment ? Et que raconte-t-il au juste ? À certains moments, on ne sait pas si sa personnalité se dédouble ou s’il est en train d’imiter quelqu’un.
Cet homme appartient à un milieu  que l’on pourrait qualifier de populaire: pantalon et veste de toile bleue, débardeur noir, bretelles. Cheveux courts et teint rouge, il est costaud. Quand il interprète Illico, il met une casquette de facteur..
Certains thèmes reviennent dans sa bouche comme un leitmotiv : les animaux , les oiseaux, la nature, la famille : il raconte ses souvenirs d’enfance à la maison, à l’école. Il lui arrive même de sauter et de faire la pirouette, vif et agité comme un gamin. Il parle de la guerre , de la violence – on comprend qu’il a été soldat et qu’il a été traumatisé. Et on déchiffre du même coup le décor de la scène. Des toiles, partout, sur le sol et les murs, en paravent, très colorées, à la limite de l’abstraction. Ce qu’elles donnent à voir est tragique, dur, douloureux, voire cauchemardesque. Ce sont des images de souffrance, on y aperçoit de gros insectes noirs. Sur le mur du fond, en néon bleu, un message apparaît : « la lumière nuit ». Là aussi, le message est contradictoire, embrouillé, comme l’esprit de cet homme, Adramélech, qui ne livrera pas son secret. On ne saura pas s’il est heureux ou malheureux,   fou,  ou bien  si c’est nous qui ne possédons pas les clés pour le comprendre. Mais il reste sympathique.
Ce texte sublime, tout en variations et en répétitions, est magistralement interprété.  Jean-Yves Michaux, acteur  hors pair, nous aimante et nous mène dans le vertige d’Adramélech. Pendant une heure, nous sommes à ses côtés, dans son univers, et partageons avec lui son mystère. L’intime de son langage. L’énigme de sa vie.

Barbara Petit

 

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Du 20 novembre au 11 décembre

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