Chers amis lecteurs

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Un petit message à vous tous, sans lesquels nous n’existerions pas vraiment et n’hésitez pas au besoin pour nous signaler l’existence de tel ou tel spectacle sur lequel vous souhaiteriez connaître notre avis. En tout cas, nous vous  remercions chaleureusement pour votre assiduité. Quant à vos demandes d’informations concernant une compagnie, un auteur ou un metteur en scène, nous nous efforçons toujours de leur répondre au plus vite et le plus mieux possible, donc continuez à nous écrire.  Merci aussi à vous pour les  nombreux commentaires le plus souvent  amicaux, mais parfois acidulés; voire, c’est rare, injurieux: pour reprendre la célèbre phrase de Beaumarchais: « Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur » ….
Cela prouve en tout cas que le Théâtre du Blog est bien vivant et les chiffres sont là; la progression des visites a été constante en 2009 et les derniers chiffres que nous possédons- ceux de novembre- sont de 11000 visites et,  ce mois-ci, il y a eu  60 articles publiés… concernant aussi bien des pièces ou spectacles de théâtre, des expositions ou des livres relatifs au spectacle en général. Nous avons bien conscience de ne pas tout  couvrir mais, c’est inévitable, compte-tenu du nombre très important de créations, que ce soit dans les petits lieux ou dans ceux qui possèdent une plus grande jauge et qui sont plus officiels. Et prochainement, notre équipe sera renforcée de façon à couvrir davantage encore l’actualité du spectacle, en particulier, celle des théâtres des grandes ou moins grandes villes françaises, ainsi qu’à l’étranger. Pour répondre aussi à une demande fréquente, nous vous signalerons  aussi dans un rubrique hebdomadaire les spectacles qui méritent d’être vus. Le mois de janvier correspond  traditionnellement à une sorte de seconde rentrée théâtrale, et il y aura de nombreuses choses  voir, ce dont nous vous rendrons compte au mieux. Merci encore de votre fidélité et prenez soin de vous; allez un petite dernière pour la route, surtout si elle est enneigée:  » L’égoïsme, c’est quoi, c’est quelqu’un qui ne pense pas à moi ». Non, ce n’est pas de Montaigne mais d’Eugène Labiche! . Le Théâtre du Blog sera un peu en sommeil pendant quelques jours mais nous vous retrouverons,  avec plaisir,  au tout début  janvier. D’ici là , prenez soin de vous et à très bientôt.

 

Philippe du Vignal et l’équipe du Théâtre du Blog.

photo:©Filip Fuxa

 


Archive pour décembre, 2009

exposition ballets russes Opéra de Paris

    opexpo033.jpg« Dans notre ballet, les danses ne sont que l’une des composantes du spectacle, et même pas la plus importante…La révolution que nous avons opérée dans le ballet concerne peut être moins que les autres le domaine spécifique de la danse, mais avant tout les décors et les costumes ». Cette citation de Serge Diaghilev, ouvre l’exposition sur les ballets russes à l’Opéra de Paris. Organisée par la bibliothèque Nationale de France et par la bibliothèque musée de l’Opéra de Paris, elle porte principalement sur ses propres collections et sur  le passage des ballets russes à l’Opéra, il y a 100 ans.

  Serge Diaghilev met l’accent sur la scénographie de ses ballets, ce sont les éléments, décors et costumes de ces scénographies que l’on découvre. La première salle s’ouvre sur l’affiche de la première présentation des ballets russes au théâtre du châtelet en 1909, et montre de quelle manière Serge Diaghilev, premier agent artistique du 20ème siècle a sensibilisé le public parisien, à l’art russe entre 1906 et 1909, par des expositions, des concerts et une série de présentations de Boris Godounov à l’Opéra. La grande salle s’ouvre sur le travail de Diaghilev et de ses collaborateurs de 1910 à 1917. Alexandre Benois , peintre décorateur rédige l’argument et conçoit décors et costumes du  Pavillon d’Armide en 1909 et travaille avec Igor Stravinsky sur la création de «Petrouchka », un ballet de Michel Fokine, autres artiste des ballets russes. Léon Bakst, également créateur des ballets russes fait entrer dans le répertoire de la compagnie, une scénographie d’inspiration orientale pour Schéhérazade , ballet de Michel Fokine , ou d’inspiration grecque avec « L’après midi d’un faune », ballet de Vaslav Nijinsky . Tout comme ses deux collaborateurs, les danseurs viennent de Saint-Pétersbourg, et  nous découvrons les dessins et des photos de ce chorégraphe mythique.

  L’exposition se poursuit  avec une évocation de Serge Diaghilev, et de l’avant-garde artistique parisienne des années 1920. En particulier une émouvante carte postale qu’Erik Satie adresse à Diaghilev à propos de « Parade », dont il est le musicien.parade.jpg
Jean Cocteau présente Picasso à Diaghilev pour la création des costumes et décors de « Parade »  qui fut créé en 1917 sur une chorégraphie de Léonide Massine, que l’on découvre également dans leurs chatoiements de couleurs.
La dernière partie  del ‘exposi tion nous fait découvrir la collaboration des ballets russes avec l’avant-garde artistique internationale. Serge Diaghilev poursuit son lien avec Picasso puis avec Matisse, Braque, Miro, et d’autres, substituant, aux peintres décorateurs propres à la scène, de nouveaux artistes. Serge Diaghilev meurt à Venise en 1929, laissant ses deux derniers collaborateurs et amants Boris Kochno et Serge Lifar prononcer la dissolution des Ballets russes. Cette exposition montre, comment en seulement 20 ans, les ballets russes ont révolutionné l’esthétique de la danse et de l’art contemporain.

Opéra Garnier,  jusqu’au 23 mai,  dans le cadre de l’année culturelle France-Russie 2010.

Jean Couturier

Trois Tangos

Trois Tangos,  livret de  Gonzalo Demaria  et d’Alfredo Arias, mise en scène d’Alfredo Arias.

     Le metteur en scène  qui revient au Théâtre du Rond-Point avec trois spectacles en même temps a conçu ces tango2.jpg à la suite de nombreux séjours en Argentine,  son pays natal où , dit-il, il avait besoin de renouer avec ses racines les plus profondes. Soit trois courts opus d’une durée totale de 80 minutes  fondés sur le thème fameux du  trio boulevardier du mari, de la femme et de l’amant, source inépuisable, dit-il, d’histoires criminelles, quel que soit le milieu,celui d’un faubourg sordide de Buenos-Aires pour le premier ou la population internationale de grands bourgeois voyageant sur un transatlantique en route vers Rio, dans les années 50 et enfin la place de la Contrescarpe en haut du quartier latin dans les années 70. Aucun décor, juste des châssis noir en fond de scène,entrouverts sur le fond de scène en paille compressée et côté jardin, un récitant en smoking et souliers vernis, au fort accent américain qui lit le scénario résumé de chaque petit drame .

  Les dialogues uniquement  chantés, soit en duo soit en solo: pour le premier, en espagnol, puis en italien pour le second et enfin  en français. Avec au début de chaque drame, comme une sorte de prologue,  un superbe duo de danseurs de tango argentin. Maria Filali et Jorgue Rodriguez…
Le tout en 80 minutes; c’est, comme toujours chez Arias d’une parfaite construction scénique- malgré une mauvaise balance de la musique  d’orchestre enregistrée, assez envahissante qui couvre les voix déjà amplifiées par des micros HF, dont on ne voit pas bien la nécessité dans la petite salle du Rond-Point… La direction d’acteurs est d’une rigueur absolue, trop peut-être, et ne laisse guère de place à la fantaisie.

  Les comédiens / chanteurs, ( Carlos Casella qui signe aussi la chorégraphie du spectacle), Marcos Montes et Alejandra Rondani tous habillés de noir ou de blanc, voire dans d’incroyables chemises aux couleurs primaires de Mondrian, font un travail impeccable et il y a quelques images fortes empreintes d’une vraie  poésie. Arias,  sait, depuis toujours, manier comme personne la dérision et le second degré comme peu de metteurs en scène. Mais ces trois moments de virtuosité  ne dégagent guère d’émotion: tout reste un peu figé, sans doute en partie à cause de scénarios  d’une rare banalité,  qui auraient besoin d’un sérieux supplément d’âme pour qu’on arrive à s’y intéresser vraiment. Le genre est sans doute trop hybride  et chacune des trois intrigues  ressemble à celle d’un bande dessinée  et  n’ouvre guère de porte sur l’imaginaire…

Alors à voir? Oui, si vous êtes des inconditionnels d’Arias ( et du tango argentin pour les trois prologues dansés de quelques minutes); non, dans le cas contraire; malgré ce brillant mais un peu sec- exercice de virtuosité, on reste quand même  sur sa faim… Et le spectacle ne marquera pas les mémoires! Quant au public, pas très jeune, il était respectueux mais paraissait attendre la fin avec impatience et  a salué poliment mais sans plus…

Philippe du Vignal
Théâtre du Rond-Point à 18h 30, et le dimanche, matinée supplémentaire à 16 heures, jusqu’au 16 janvier.

La ballade de Simone

balladesimonetnykthes.jpgLa ballade de Simone, adaptation d’extraits  de textes de Simone de Beauvoir par Michelle Brûlé, mise en scène de Nadine Darmon.

C’est comme une sorte de ballade/promenade dans les textes essentiels de Simone de Beauvoir, La Force des choses, Le deuxième Sexe, texte de référence pour toutes les féministes et qui fit fureur dans les années 68 et quelque peu estoufadou, et ses Lettres à Nelson Agren, écrivain américain avec lequel Simone de Beauvoir eut une liaison passionnée, auquel elle écrivit quelque trois cent lettres,en anglais, puisqu’il ne parlait pas français, tout en continuant à vivre avec Sartre qu’elle rencontra en 47.

  Sartre avait été reçu premier  au concours d’agrégation de philo et elle seconde… Les  trois écrivains sont nés  et morts à quelques années de différence. Mais Simone, qui aidait beaucoup Sartre pour des scénarios de cinéma , et ce qui était aussi un travail alimentaire après qu’elle ait été exclue de l’Education nationale, ne se résoudra jamais à  l’abandonne et  ne vécut  avec Nelson que par courtes périodes jusqu’à ce qu’il se séparent définitivement. « Nelson, je vous aime mais est-ce que je mérite votre amour, puisque je ne vous donne pas ma vie ».

  On  a peine à imaginer aujourd’hui ce que ce couple mythique représentait pour la pensée collective d’un pays . L’enterrement de Sartre à Montparnasse en 80 fut comme une immense fête nationale où tout le monde accourut lui rendre hommage. Et l’on gardera de Simone de Beauvoir l’image d’une femme, ardente féministe ,très engagée, revendiquant sans cesse l’équilibre entre les deux sexes et la liberté réciproque,  et nous nous souvenons d’elle à la Fête des femmes  en 72,  proche des gens.. et qui parlait avec horreur du mariage…`

  On l’ a sans doute un peu oublié mais c’est grâce à des femmes comme Simone de Beauvoir que la France féministe  et mai 68 ont pu ouvrir une sacré brèche dans la société tenue par les mâles de la politique . Travail, santé, divorce, contrôle des naissances: notre cher et beau pays tenu  avait accusé un sérieux retard…La loi sur l’égalité  des salaires n’a été votée qu’en 72, l’application de la loi Neuwirth sur la contraception  et l’IVG n’ont  pu voir le jour ,grâce à la grande Simone Weill, conspuée et agonie d’injures par les députés mâles qu’en 75…. Quant à l’égalité dans la gestion du patrimoine conjugal , elle ne date que de 1985! 

  Et c’est ce que dit en filigrane , par le biais des citations de textes,  cette Ballade de Simone ,  sans jamais céder à la tentation d’une quelconque incarnation , en multipliant  les points de vue de deux femmes qui parsèment aussi les extraits des textes de quelques chansons de Piaf: l’une joue de l’accordéon et l’autre chante; c’est aussi admirablement fait : adaptation très fine du meilleur du Deuxième Sexe, et des autres livres par Michelle Brûlé ,  diction et gestuelle impeccable, jeu plein d’humour et parfois même en décalage avec l’écrit; bref,  l’on ressort de là en se trouvant un peu moins bête qu’en entrant. 

  Grâce à d’abord l’ excellente dramaturgie et à la mise en scène très précise  de Nadine Darmon , au jeu de Michelle Brûlé à la fois comédienne et philosophe, et accordéoniste- dans ce cas,  cela doit aider! – et Odja Lorca tout à fait solide et très à l’aise qui, en plus, chante très bien. ( à gauche sur la photo).Le spectacle, qui a été joué un peu partout,  bien rodé, est ici dans une forme exemplaire. Aucune prétention, aucune facilité mais un vrai bonheur de théâtre, on ne vous le répétera pas. Si vous êtes déçu, signalez-le nous mais cela nous étonnerait beaucoup…

Philippe du Vignal

Théâtre du Lucernaire à 21 heures du mardi au samedi.

Attention!  Cela vient de sortir: Le spectacle est repris à partir du 25 mai 2010 au Petit Montparnasse, 31 rue de la Gaieté, du mardi au samedi à  21 heures et le dimanche à 15 heures.

Mouvements de vie

Mouvements de vie d’Anna Halprin, traduit par Elise Aragaud et Denise Luccioni.

    Anna Halprin est sans doute  doute mieux connue aux Etats-Unis qu’en Europe , même si elle y a souvent séjourné. L’édition originale de ce livre date de 1994 et c’est avec son assistante Nelly Kaplan qu’elle a réuni de nombreux textes, articles et interviews  qui couvre  plusieurs décennies- où elle explique sa démarche créatrice et pédagogique; Anna Halprin habite en Californie du Nord dont la nature, dit-elle , a joué un grand rôle dans son travail; elle pense en effet que  l’être humain ne fait qu’un avec la danse.
Il y a beaucoup à lire et à réfléchir dans dans ce volume important,par ailleurs  bien illustré qui est, en somme le parcours artistique et personnel d’une femme énergique qui a résisté à deux cancers et qui a eu une influence décisive sur la danse mais aussi sur l’art contemporain en général. Notamment -on ne  peut citer chaque chapitre mais ceux relatifs aux pratiques Art/ vie de Anna Halprin où l’on trouve des textes très différents dans leur approche mais tout aussi passionnants pour qui s’intéresse à la danse mais aussi aux multiples facettes de l’art contemporain.
Comme ces expérimentations de rituels de mouvement, une des pratiques artistiques préférées, dans un texte qui date de 75 , ou l’excellent entretien avec Yvonne Rainer, l’une des plus connues parmi ses nombreux élèves qui fut l’une des fondatrices de la fameuse Judson Dance Theatre. Il y a aussi dans ce même chapitre l’histoire retracée du San Francisco Dancers’ Workshop (1973) et un court mais très intense article sur ce qu’Anna Halprin a appelé Citydanse où elle avait associé des danseurs de haut niveau à des amateurs de tout âge et de tout milieu. Et après l’improvisation( 1987 ) témoigne de l’expérience la chorégraphe qui, après avoir étudié la modern dance avec,entre autres,  Martha Graham  a essayé et réussi à se dégager de son influence. Il y a aussi un bel entretien: Une vie de rituel, (1990) avec le metteur en scène Richard Schechner où elle explique qu’elle a rencontré beaucoup moins de préjugés sur son travail dans le monde du théâtre que dans celui de la danse, et où elle explique qu’elle se sent assez proche de Jerzy Grotowski et d’Eugenio Barba.
 » Il nous est resté, dit-elle, le matériau brut de nos existences pour produire notre art. Ainsi a été mise en branle une force plus puissante, qui tien selon moi aux origines ancestrales de la danse et à son importance cruciale pour les être humains ». Et ce livre n’intéressera pas seulement les spécialistes et praticiens de la danse contemporaine mais tous ceux qui ont besoin de repère dans un domaine où les livres théoriques ne sont pas si nombreux. les textes sont de plus d’une grande clarté et l’on ne peut qu’en remercier cette dame de 89 ans.. qui continue encore , dit-on,  à danser et à enseigner,  pour cet ensemble de textes tout à fait passionnant.

 Philippe du Vignal

Editions Contredanse, 345 pages; 28 €

 

 

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Extérieur danse

Extérieur danse, Essai sur la danse dans l’espace public  par Sylvie Clidière et Alix de Morant

   arton2937c2373.jpgLe titre de cet essai  paraît à première vue restrictif, pour  annoncer un ouvrage qui traite de diverses formes chorégraphiques conçues pour un espace extérieur, urbain et entrant dans la catégorie des arts de la rue. Mais les auteurs prennent soin de nous avertir de l’enjeu de leur travail : esquisser des lignes conductrices et surtout tenter de composer, à l’intersection des disciplines, un paysage, dresser, à travers les choix des formes et des artistes représentatifs, une sorte d’état des lieux de ce foisonnement incessant « en dégageant un ensemble de situations impliquant la présence des danseurs dans une relation privilégiée à l’environnement dans des configurations parfois voulues comme non spectaculaires. »

  Le champ de la danse ne cesse en effet de repousser ses frontières. Sylvie Clidière et Alix de Morant l’abordent dans sa dynamique permanente et dans la transversalité des pratiques mêlant cirque, théâtre, danse et arts plastiques. « Si la danse en extérieur n’est pas un genre en soi, elle n’a plus à négocier sa place car elle se loge partout. Au-delà de la dialectique dedans – dehors et des oppositions entre vivant et virtuel, dans un rapport inventif au site la danse s’affirme de nouvelles qualités de présence. La danse n’est pas le fait d’artistes en mal de lieux, ni de spectacles en souffrance de diffusion mais participe d’une dilatation des cadres dans un mouvement général de redéfinition des formes qui fait réapparaître des termes tels que » work in progress », chantier, performance. » Les auteurs appuient leur approche sur de solides  connaissances théoriques, des repères historiques, et leur propre expérience de spectatrices,  en prenant des exemples concrets s’insérant  dans le corps du texte, ce qui  rend la lecture de cet essai plus vivante. Par exemple des « flashs » sur des inventions particulières comme « la danse verticale » sur un mur ou encore  des formes de structuration du paysage, de brefs focus sur le Festival Paris Quartiers d’Été ou sur le réseau international « Ciudades que danzan ».

  La première partie de l’essai retrace l’historique de la danse en extérieur depuis les années 1920 : le mouvement moderniste, les groupes de danse chorale, l’apport d’Albrecht Knust à Hambourg etc., en passant par le temps des ruptures et de l’effervescence des années 1960, 1970, l’influence du situationnisme, jusqu’à l’évolution contemporaine avec la conception de la ville comme une scène et la mise en question de la danse.

  Dans la deuxième partie : « L’expérience extérieure » les auteurs analysent les quêtes de nouvelles sensations, le corps aérien, le corps aquatique, la danse d’asphalte. La dynamique des lieux est abordée à travers, entre autres,  les notions de la ville comme scène et du non-lieu. Suit le questionnement du danseur tout-terrain, de l’évolution de la performance, de l’appropriation par la danse de lieux de travail (l’usine), du patrimoine (les musées, les châteaux). Un chapitre est consacré à l’extension de la danse sur les territoires de l’image : jeu d’écran, danseur dans l’image, migration vers le virtuel.

  Où va la danse aujourd’hui ? Vers quelles nouvelles conquêtes ? La fin de l’essai de Sylvie Clidière et d’Alix de Morant, laissé ouvert, témoigne de la diversité des expériences chorégraphiques menées dans l’espace public et des potentialités inépuisables de cette confrontation. Un ouvrage passionnant qui circonscrit bien ce territoire des arts inclassables, en constante effervescence et dont l’approche conjugue la réflexion et le regard sensible. Abondamment illustré de très belles photos, le livre est accompagné par un DVD édité par Hors les Murs avec une quarantaine d’extraits de spectacles de compagnies et de chorégraphes avec un index  et une bibliographie qui complètent cet essai qui constitue un remarquable guide dans le labyrinthe de la danse en extérieur.

Irène Sadowska Guillon

Extérieur danse
Essai sur la danse dans l’espace public
par Sylvie Clidière et Alix de Morant
Éditions l’Entretemps, co-édité avec HorsLesMurs, Montpellier 2009
Collection Carnets de rue
192 pages, prix 29 €

Raoul

  Raoul, mis en scène et interprété par James Thierrée.200910011258w350.jpg

   James Thierrée, à 35 ans, est devenu depuis une dizaine d’années unes des valeurs les plus sûres d’un théâtre visuel  et poétique, (La Symphonie du hanneton, La Veillée des Abysses ou Au revoir parapluie) et son travail d’une qualité exceptionnelle a été couronné en 2006 de 4 récompenses aux Molières.
  Cette fois, il est seul sur scène  avec, par moments, une sorte de double qui vient le hanter. Sur le  plateau du Théâtre de la Ville, de grandes toiles blanches rapiécées suspendues à des perches évoquent les voiles des navires d’autrefois.

  James Thierrée arrive dans le noir,par la salle , un casque en cuir sur la tête muni d’une lampe. Un peu sur le côté de la scène, une espèce de petite cabane  faites de longues perches métallique posées verticalement; comme un refuge avec, au sol, un tapis et sur le côté, un rideau rouge usé jusqu’à la corde; dans le fond,un vieux fauteuil et une petite table où trône un phonogramme au pavillon en cuivre, et  un tonneau métallique d’où il tirera différents accessoires dont un violon. Mais pour le moment, il « se contente » de monter aussi vite qu’un écureuil sur les parois de cette cabane. Dès le début,  la grâce et l’énergie qu’il déploie sont impressionnants. D’un seul coup, les perches métalliques tombent, tandis qu’il s’apprête à voler dans les  airs. Bref, juque dans la scénographie, il a de la magie dans l’air…

  Le vent souffle dans les grandes voiles blanches, et il y a des images fabuleuses où on le voit passer comme une sorte d’elfe bondissant. Mais, quand il rentre dans sa cabane ,une sorte de double un peu mystérieux et inquiétant l’attend. Puis face à lui-même, il se met à esquisser quelques pas de danse, puis un phoque essaye de pénétrer dans son refuge, et il va employer toute sa force à le refouler. L’histoire de ce Raoul , en fait, si on a bien compris, n’est que peu d’importance , puisqu’il dit lui-même qu’il ne va pas la raconter…
   Mais  James Thierrée-et c’est l’essentiel-sait utiliser comme personne toute les ressources d’un théâtre à l’italienne: le vent souffle de nouveau dans les grandes voiles:  « J’utilise, dit-il, jusqu’à la moelle épinière, la machinerie théâtrale, ses poulies, ses cintres , je suis friand  des effets manuels. Je ne suis pas versé dans les nouvelles technologies ». Effectivement,il n’y pas la moindre vidéo, qui est devenue un des stéréotypes du théâtre contemporain,  pas le moindre effet spécial,  même les animaux qui viennent le hanter sur scène sont faits de roulettes et de simple tissu tissu , comme cet étrange insecte  qui émerge du mur de la cabane, comme aussi cette incroyable et très poétique méduse ou et cet éléphant à la lourde démarche,  plus vrai que nature.

  Et, pendant une heure vingt que dure ce spectacle sans paroles, il est là, avec une présence  et une virtuosité incroyables: il passe d’ acrobaties aériennes à un air de violon puis à une petite chorégraphie  ou à une marche sur place, sans le moindre à-coup. Les gags visuels et/ou sonores se succèdent, et c’est toujours aussi brillantissime.
Et petit à petit, la cabane va se déconstruire sans que personne n’y ait touché, et le vieux  tapis disparaîtra avec ses meubles absorbé sous les grandes voiles blanches; quant à lui, enfin seul et, débarrassé de son double encombrant, il montera, dans le noir, la tête enveloppée de son casque à lumière, verticalement vers le ciel. Etonnant et splendide à la fois.
   L’ovation de la salle a été unanime; pourtant, l’on peut sentir à quelques  détails- entre autres, certaines longueurs et un manque évident  de fil rouge- que James Thierrée est peut-être arrivé à un tournant de son aventure artistique, et il est aussi évident que, malheureusement, les années auront raison  de  cette  force physique indispensable à de telles acrobaties. Mais il faut avoir vu ses précédents spectacles pour s’en rendre compte; et  comme James Thierrée est aussi , par ailleurs, un excellent comédien et metteur en scène , il est sans doute capable de concevoir d’autres spectacles d’un genre différent.

  En tout cas, si vous avez le bonheur de trouver une place, n’hésitez pas, et on ne peut que remercier Emmanuel Demarcy-Motta  pour le beau cadeau qu’il  nous  offre  en le programmant à nouveau au Théâtre de la Ville.

Théâtre de la Ville, jusqu’au 5 janvier.

Tour Babel

Tour Babel, texte de Matthieu Malgrange, mise en scène de Bruno Thircuir.

  2009bagnoletbabel.jpg L’Atelier du Plateau et La fabrique des petites Utopies   ont  réuni leur savoir-faire et l’énergie de leurs équipes pour construire cet sorte de conte urbain autour du mythe de Babel et qui rassemble des artistes de cirque , surtout acrobates , funambules , comédiens  et musiciens,  plus d’une douzaine  sur le petit plateau  entouré de gradins dans un chapiteau pouvant accueillir quelque quatre cent personnes. Dehors , près des petites caravanes , il y a deux  fûts métalliques avec du feu de palettes et un camion bar.
 Il y a de nombreuses familles et beaucoup d’enfants; cela commence par un dialogue sur un banc qui fait penser bien sûr au fameux Godot, et puis les numéros se succèdent avec beaucoup de virtuosité, accompagnés par quelques musiciens. Grâce à la remarquable mise en scène de Bruno Thircuir, très précise, et à la  moins remarquable scénographie de François Gourgues  qui a conçu un plateau avec des  praticables qui se soulèvent , un escalier en métal qui se déplie et des trappes un peu partout: cela ressemble à un jeu de construction  pour enfants, et  le spectacle commence plutôt bien. Et il y a souvent des images d’une grande qualité comme cette fusion érotique de deux amants autour d’une corde, juste éclairés par le pinceau d’un projecteur ou cette funambule qui colle des roses rouges  sur la rampe où elle monte lentement. Tout cela fonctionne  sans à-coups malgré le nombre important d’acrobates et de  comédiens qui investissent cette petite scène.
 Oui, mais… il y a un manque d’unité flagrant avec le texte de Matthieu Malgrange, écrivain associé depuis près de dix ans à l’Atelier du Plateau. « Ici, on entend les larmes, la tendresse, la bêtise, le désir insatiable de vivre ensemble, et le rire des gosses qui font des doigts pleins d’honneur et de rage. » On veut bien mais ce texte que l’on perçoit mal à cause d’une mauvaise balance avec la musique  assez prégnante,  ne parait pas être d’une qualité exemplaire et susceptible d’entrer en relation réelle avec ce que l’on voit sur scène. Comme s’il y avait une frontière entre les images et les mots; Et ce n’est sûrement pas ce que Bruno Thircuir a voulu. C’est  dommage, vu le capital d’énergie dépensé et l’évident savoir-faire de ces circassiens qui prennent souvent de grands risque physiques.
 Alors à voir?  C’est selon: oui, pour le travail des acrobates  qui mérite un grand respect; non ,pour la conception de ce spectacle beaucoup trop long et  qui aurait dû être beaucoup mieux pensé pour arriver à être vraiment convaincant.

Philippe du Vignal

Le spectacle a été créée au printemps dernier et s’est posé dans le Parc de Bagnolet pendant dix jours. A suivre en tournée…

Désiré

   Désiré de Sacha Guitry, mise en scène de Serge Lipszyc.

   iris2918977901836683774.gifSacha Guitry,  mis au au placard dans le théâtre public depuis sa mort en 57 , qui a écrit quand même plus de cent pièces-sans doute inégales et plus de trente films dont beaucoup d’adaptations des dites pièces,  a réapparu ces dernières années, notamment avec une mise en scène de Daniel Benoin à Nanterre. Mais une pièce comme Désiré, créée en 1937,  a continuée à être jouée dans le théâtre privé et a fait l’objet de plusieurs films,  dont un avec Jean-Paul Belmondo réalisé par Bernard Murat.
   Désiré, c’est l’histoire d’une belle jeune femme, Odette Cléry qui vit plus ou moins avec le ministre des Postes,  Félix Montignac qui l’entretient  luxueusement. Ils dînent dans leur appartement parisien, servis par deux domestiques, Madeleine, une belle femme de chambre et la cuisinière. Et Sacha Guitry en profite pour faire une peinture  assez  cruelle des rapports entre domestiques et patrons. Sûrement des plus justes, puisque sa propre femme de chambre, sidérée par tant de précisions dans l’écriture,  l’avait soupçonné d’écouter aux portes!
 Et les conversations en cuisine ne manquent en effet ni de piquant ni de cynisme  » çà fait ma neuvième place et je peux dire sans mentir que je n’ai jamais entendu mes patrons parler d’autre chose que d’argent ou de domestiques, à moins qu’ils ne s’engueulent ». « Ah! la la , et en plus, ils voudraient qu’on les aime! Ou encore:  » « Quelquefois, ils finissent tout de même par vous épouser. Pour ne plus avoir à vous payer du tout, ou bien quand ils deviennent gâteux », remarque finement la femme de chambre qui, elle, malgré de bons et loyaux services en tout genre, n’a pas réussi à se faire épouser par son précédent patron…   

  Deux mondes en fait,  qui vivent très proches l’un de l’autre et qui n’ont pas ni grand chose à se dire ni à faire ensemble, sauf l’amour en général quand les femmes de chambre doivent déniaiser les adolescents ou passer quelques nuits  dans le lit de leur patron, et elles n’avaient sans  doute pas intérêt à refuser … La société a bien changé, encore que…mais l’analyse de Guitry reste des plus fines et des plus pertinentes. 
  Donc Odette- comme c’est affreux! -n’a de  plus de valet de chambre, et cela tombe d’autant plus mal qu’elle et son amant  doivent partir le lendemain pour Deauville. Il est près de 23 heures quand, heureusement le hasard fait bien les choses,  arrive Désiré Tronchais, envoyé par une agence de placement malgré l’heure tardive. C’est un jeune et bel homme, bien habillé et aux manières raffinées,  qui fait forte impression sur la femme de chambre et la cuisinière qui  vont lui prodiguer des conseils pour obtenir l’emploi convoité; il est,  bien entendu, c’est l’usage aussi courant qu’hypocrite, muni de certificats forts élogieux de ses précédents employeurs. Dont se méfie aussitôt Odette Cléry.. qui en  a sans doute vu d’autres et  qui s’empresse-méfiance oblige- de leur téléphoner aussitôt. C’était un usage, régulier à l’époque, dans la grande bourgeoisie quand il s’agissait d’engager un de représentants de ce que l’on appelle les « gens de maison ». Et l »une des anciennes patronnes de Désiré  l’informe  d’un « geste déplacé » , élégante traduction pour dire qu’il l’a séduite. Désiré  avoue mais s’empresse d’ajouter habilement qu’il y a eu provocation et qu’il a succombé, et il lui jure que l’on n’y reprendra plus! Odette , impressionnée par sa franchise, finit par l’engager. Mais Désiré, dans sa petite chambre aux minces parois , fait des rêves érotiques à voix haute à propos d’Odette,  que  Félix Montignac a bien entendu et dont il  finit par prendre  ombrage, d’autant plus qu’Odette en a  aussi de similaires et qu’elle ne semble pas du tout insensible à ce Désiré fraîchement débarqué.
  Le couple parti pour Deauville reçoit leurs amis: la femme est sourde,le mari pas encore arrivé  et le dîner  ( l’on mange souvent au théâtre, quel que soit l’heure et le milieu et l’heure mis en scène) est d’une drôlerie exceptionnelle et  Sacha Guitry fait ici preuve d’un génie comique qui fait penser à Feydeau. Le mari leur apprend, avant même qu’on ne le sache- que le gouvernement  était tombé et que son ami le Ministre des Postes  n’était plus Ministre, ce qui ne l’empêche pas , en attendant de draguer sans scrupule la belle Odette… Ce qui  poussera Montignac à rentrer d’urgence à Paris pour essayer de garder  son poste, pour ne revenir  que le lendemain.

  Odette devra donc rester seule avec Désiré et les deux autres domestiques. Mais ce qui devrait normalement arriver n’aura pas lieu, et  Désiré,  par prudence et par sagesse sans doute, préférera quitter son emploi, laissant Odette à sa solitude et à sa tristesse. C’est sur cette dernière réplique de Désiré: « Le bon Dieu a dû me foutre le coeur d’un autre à moi, c’est pas possible  » que finit cette comédie  douce-amère…
  Serge Lipszyc, dont on avait pu voir récemment  Que d’espoir , à partir de textes d’Hanockh Levin , ( voir notre compte-rendu dans Le Théâtre du Blog d’octobre dernier)  a réalisé ici une mise scène à la fois impeccable et savoureuse de la pièce de Guitry ; et c’est un parcours sans faute; d’abord, grâce à une direction d’acteurs de très haut niveau: Robin Renucci, est un  interprète remarquable de ce Désiré qui est presque tout le temps sur scène:  élégant et  tour à tour séduisant, habile et fin stratège mais aussi cyniquement lucide quant à son travail: « Servir, c’est quelque chose de merveilleux. C’est avoir le droit d’être sans volonté ».
    Marianne Bassler  joue Odette avec beaucoup de nuances et de virtuosité et  le reste de la distribution possède une belle unité : Nathalie Krebs, Jean-Philippe Puymartin, Alcya, Marion Posta, Jean-Christophe Barc font preuve d’un solide métier, et chaque personnage est absolument crédible. La scénographie très réussie  n’a rien du côté trop luxueux que l’on voit souvent dans le théâtre privé, et les costumes, ce qui est assez exceptionnel pour être signalé,  sont  précis et justes. Que dire d’autre: les bonheurs de théâtre comme celui-là , où on rit à ce point, se comptent sur les doigts dans une année de théâtre… Seule petite ombre au tableau: les places sont au tarif du théâtre privé: de 10 euros – et il ne doit pas y en avoir beaucoup- à 98,90 euros (sic)…Aïe! Mais en cherchant bien, il doit bien y avoir quelques tarifs de groupe ou de comité d’entreprise.

Philippe du Vignal

Théâtre de la Michodière, jusqu’au 31 janvier.
 

La Ronde

La Ronde, d’Arthur Schnitzler, adaptation et mise en scène.

Vienne, à la veille de la grande guerre. Le soldat ne pense à rien d’autre qu’à  rentrer à l’heure à la caserne… Alors, avec la « fille » Léocadia, il n’y aura pas beaucoup de temps pour les sentiments… Et,  ainsi du suite, la main passe de l’un à l’autre, on retrouvera le soldat avec une petite bonne puis  la petite bonne avec un « monsieur » … De grisette en actrice, de poète en Monsieur le comte, pour finir, ce Monsieur le Comte qui traitera la « fille » un peu mieux que le soldat, la ronde tourne, « danse sur un volcan », comme le rappelle la note d’intention de la metteuse en scène, Marion Bierry. Le bruit des canons  ouvre et ferme La Ronde. Un « oui à la vie » avant le grand carnage ?

  Le spectacle s’ouvre sur une vision de cadavres exquis, encore troussés par les jouissances de la chair, saisis dans le déshabillé de la débauche. Il s’anime ensuite dans le plaisir réciproque et la déception féminine; pour Schnitzler – et il n’est pas le seul – « post coïtum »,  le mâle est un « animal triste » et la femelle une sentimentale frustrée : « Tu m’aimes ? »  « Tu ne l’as pas senti ? » , répond le soldat, ou l’homme quelconque : sans commentaires. Les actrices et acteurs – parité à saluer – sont joliment déshabillés,  mais ce libertinage est exempt de  vulgarité. Ils jouent plutôt bien, un peu trop en force parfois pour ce petit lieu, emmenés par Philippe Noël au piano – et quelques musiques enregistrées utilisées avec humour – avec  un bon rythme.

  On oubliera une scénographie a priori astucieuse mais les châssis  coulissants sans doute commodes, sont d’un assez  triste effet) . Mais La Ronde reste un classique: alors,  à voir…
Christine Friedel

Théâtre de Poche-Montparnasse à 21h.

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