Vie et destin

Vie et destin d’après Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine

 

   vieetdestin.jpgDans la série « adaptation des romans fleuves pour la scène », Lev Dodine persiste et signe avec Vie et Destin de Vassili Grossman. cette adaptation est plus réussie que celle de Frères et soeurs ou des Démons. Et la durée du spectacle : trois heures trente au lieu des sept et neuf heures pour les précédents, y est certainement pour beaucoup. L’intrigue resserrée , va à l’essentiel. Cette fois, le spectacle ne cherchpas à reproduire le roman en adoptant un point de vue extérieur, omniscient, ni à représenter la vie de nombreux personnages avec la même intensité. Elle se concentre sur la famille Strum, les aléas de ses membres et leurs destins tragiques, alors que le pays est en proie à la bataille de Stalingrad, que l’antisémitisme déchaîne les passions, entraîne des atrocités, et que stalinisme et nazisme régentent le monde.
Pour ceux qui n’avaient pas lu la pièce, les identités des différents personnages et les relations entre eux restent un mystère pendant un bon moment, avant de commencer à s’éclaircir. Mais la scénographie, astucieuse et originale, offre des tableaux aux chorégraphies bien orchestrées. La scène, qui représente l’intérieur de l’appartement des Sturm, est traversée, comme un terrain de volley-ball, par un filet en dessous duquel les comédiens peuvent passer en se courbant.
Dans les scènes d’intérieur, la lumière éclaire les meubles, tandis que dans les scènes de camps, elle se focalise sur le filet d’où tombe la neige et sur les soldats alignés comme des prisonniers derrière des barbelés. Les personnages restent sur scène quand ils ne jouent pas, et vaquent à leurs occupations, tout en écoutant attentivement les autres. Ce mélange de jeu et de hors-jeu est très plaisant. Chaque situation concernant chaque spectateur.
A souligner: la beauté du texte qui met en perspective nombre de réflexions tenant à l’identité (qu’est-ce qu’être juif ? russe ? communiste ?), à la condition humaine (qu’est-ce que la fidélité à la patrie ? à la famille ? à soi-même ? peut-on ne pas trahir ?), à l’idéalisme, et dresse des parallèles désabusés entre les systèmes totalitaires. Ainsi, la scène de l’appel des prisonniers au goulag est une copie conforme de celle du camp de concentration allemand, à ceci près que les vêtements ont changé. Elle est constituée des mêmes ordres, des mêmes chants et d’un repas à la cantine.
Une pièce intéressante, donc, pour comprendre une certaine réalité russe.

Barbara Petit

Les 30 novembre et 1er décembre à la MC93 de Bobigny

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VIE ET DESTIN  MC 93 de Bobigny
Basé sur le roman de Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine Maly Drama Théâtre

« Pourquoi la peur est-elle si profondément enfouie dans nos consciences ? Pourquoi ceux que ce système anéantissait continuaient à croire en lui ». Lev Dodine a mis cette phrase en exergue du roman-fleuve polyphonique de Vassili Grossman, qu’il a monté en 1999. Cette œuvre sublime de 1173 pages qui retrace la vie de  deux sœurs et de leurs couples éclatés au lendemain de la bataille de Stalingrad quelques années après les purges de 1937, met en parallèle les répressions dans les camps staliniens et nazis. Grossman, écrivain célèbre engagé dans le combat des communistes verra son roman saisi, Vie et destin ne sera pas publié de son vivant

destinetvie.jpgVie et destin s’ouvre sur un terrain de volley-ball des jeunes gens jouent  au soleil, l’espace s’assombrit et une frêle petite femme en sage robe noire s’avance, elle interprète la mère de Vassili Grossman, enfermée dans le ghetto de Berditchev qui envoie à son fils une bouleversante et ultime lettre d’amour avant de succomber (comme 1 500 000 juifs de l’est) à la shoah par balles. Cette lettre sera délivrée en quatre parties, on voit les vies bouleversées de deux sœurs Lioudmilla qui a quitté Arbatchouk bolchevik pur et dur pour Viktor Strum, grand physicien nucléaire, et Genia qui elle-aussi a quitté Krymov commissaire politique pour Novikov, commandant d’une division blindée. La bataille de Stalingrad va tout bouleverser, les plus fidèles serviteurs de Staline vont se retrouver enfermés dans des camps. Dans le socialisme, la fin justifie les moyens, l’homme devient une marionnette. Certains continuent à s’accrocher à la cause à laquelle ils ont consacré leur vie. Il y a de splendides tableaux de trente déportés à la manœuvre, alignés derrière le filet de volley-ball éclairé par une lumière blanche avec des flocons de neige et de belles montées musicales, pendant des scènes d’amour entre les deux couples. Strum sauvé in extremis des persécutions antisémites par un coup de fil de Staline qui tient à sa bombe atomique, devra se compromettre en signant une lettre dénonçant les « mensonges » de la presse occidentale sur la répression politique en URSS. « Où trouverez-vous des idiots pour croire qu’il a la moindre ressemblance entre l’état socialiste et l’état fasciste ? ». Vie et destin est assurément pour moi, le plus beau spectacle que j’aie vus de Dodine.

Edith Rappoport

 

 


Archive pour 2 décembre, 2009

Vie et destin

Vie et destin d’après Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine

 

   vieetdestin.jpgDans la série « adaptation des romans fleuves pour la scène », Lev Dodine persiste et signe avec Vie et Destin de Vassili Grossman. cette adaptation est plus réussie que celle de Frères et soeurs ou des Démons. Et la durée du spectacle : trois heures trente au lieu des sept et neuf heures pour les précédents, y est certainement pour beaucoup. L’intrigue resserrée , va à l’essentiel. Cette fois, le spectacle ne cherchpas à reproduire le roman en adoptant un point de vue extérieur, omniscient, ni à représenter la vie de nombreux personnages avec la même intensité. Elle se concentre sur la famille Strum, les aléas de ses membres et leurs destins tragiques, alors que le pays est en proie à la bataille de Stalingrad, que l’antisémitisme déchaîne les passions, entraîne des atrocités, et que stalinisme et nazisme régentent le monde.
Pour ceux qui n’avaient pas lu la pièce, les identités des différents personnages et les relations entre eux restent un mystère pendant un bon moment, avant de commencer à s’éclaircir. Mais la scénographie, astucieuse et originale, offre des tableaux aux chorégraphies bien orchestrées. La scène, qui représente l’intérieur de l’appartement des Sturm, est traversée, comme un terrain de volley-ball, par un filet en dessous duquel les comédiens peuvent passer en se courbant.
Dans les scènes d’intérieur, la lumière éclaire les meubles, tandis que dans les scènes de camps, elle se focalise sur le filet d’où tombe la neige et sur les soldats alignés comme des prisonniers derrière des barbelés. Les personnages restent sur scène quand ils ne jouent pas, et vaquent à leurs occupations, tout en écoutant attentivement les autres. Ce mélange de jeu et de hors-jeu est très plaisant. Chaque situation concernant chaque spectateur.
A souligner: la beauté du texte qui met en perspective nombre de réflexions tenant à l’identité (qu’est-ce qu’être juif ? russe ? communiste ?), à la condition humaine (qu’est-ce que la fidélité à la patrie ? à la famille ? à soi-même ? peut-on ne pas trahir ?), à l’idéalisme, et dresse des parallèles désabusés entre les systèmes totalitaires. Ainsi, la scène de l’appel des prisonniers au goulag est une copie conforme de celle du camp de concentration allemand, à ceci près que les vêtements ont changé. Elle est constituée des mêmes ordres, des mêmes chants et d’un repas à la cantine.
Une pièce intéressante, donc, pour comprendre une certaine réalité russe.

Barbara Petit

Les 30 novembre et 1er décembre à la MC93 de Bobigny

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VIE ET DESTIN  MC 93 de Bobigny
Basé sur le roman de Vassili Grossman, adaptation et mise en scène de Lev Dodine Maly Drama Théâtre

« Pourquoi la peur est-elle si profondément enfouie dans nos consciences ? Pourquoi ceux que ce système anéantissait continuaient à croire en lui ». Lev Dodine a mis cette phrase en exergue du roman-fleuve polyphonique de Vassili Grossman, qu’il a monté en 1999. Cette œuvre sublime de 1173 pages qui retrace la vie de  deux sœurs et de leurs couples éclatés au lendemain de la bataille de Stalingrad quelques années après les purges de 1937, met en parallèle les répressions dans les camps staliniens et nazis. Grossman, écrivain célèbre engagé dans le combat des communistes verra son roman saisi, Vie et destin ne sera pas publié de son vivant

destinetvie.jpgVie et destin s’ouvre sur un terrain de volley-ball des jeunes gens jouent  au soleil, l’espace s’assombrit et une frêle petite femme en sage robe noire s’avance, elle interprète la mère de Vassili Grossman, enfermée dans le ghetto de Berditchev qui envoie à son fils une bouleversante et ultime lettre d’amour avant de succomber (comme 1 500 000 juifs de l’est) à la shoah par balles. Cette lettre sera délivrée en quatre parties, on voit les vies bouleversées de deux sœurs Lioudmilla qui a quitté Arbatchouk bolchevik pur et dur pour Viktor Strum, grand physicien nucléaire, et Genia qui elle-aussi a quitté Krymov commissaire politique pour Novikov, commandant d’une division blindée. La bataille de Stalingrad va tout bouleverser, les plus fidèles serviteurs de Staline vont se retrouver enfermés dans des camps. Dans le socialisme, la fin justifie les moyens, l’homme devient une marionnette. Certains continuent à s’accrocher à la cause à laquelle ils ont consacré leur vie. Il y a de splendides tableaux de trente déportés à la manœuvre, alignés derrière le filet de volley-ball éclairé par une lumière blanche avec des flocons de neige et de belles montées musicales, pendant des scènes d’amour entre les deux couples. Strum sauvé in extremis des persécutions antisémites par un coup de fil de Staline qui tient à sa bombe atomique, devra se compromettre en signant une lettre dénonçant les « mensonges » de la presse occidentale sur la répression politique en URSS. « Où trouverez-vous des idiots pour croire qu’il a la moindre ressemblance entre l’état socialiste et l’état fasciste ? ». Vie et destin est assurément pour moi, le plus beau spectacle que j’aie vus de Dodine.

Edith Rappoport

 

 

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