VENUS, il était une fois signifie maintenant

VENUS, il était une fois signifie maintenant. de Lolita Monga mise en scène de  Frédéric Maragnani.

   venus.jpgNous avions découvert l’écriture de Lolita Monga lorsque Colette Froidefont, qui dirige la compagnie du Sorbier en Aquitaine), après avoir créé à la Réunion une Médée d’aujourd’hui, une femme qui a fui son île par amour, l’avait  joué  en Aquitaine.

  Une écriture somptueuse portée par la musique et l’inventivité de la langue créole, langue pour nous familière et étrangère à la fois. Toujours en compagnonnage avec Colette Froidefont, Lolita Monga  avait ensuite écrit une partition qui disait l’histoire d’un homme extraordinaire, un « petit homme » qui s’était arrêté de grandir à huit ans, et était devenu un comédien et musicien célèbre à la Réunion.
Elle dit elle-même qu’elle se sent un devoir de donner la parole à ceux qui sont différents et provoquent les regards curieux et les jugements hâtifs. Le destin de Sarah Baartman, la Vénus hottentote, qui fut arrachée à la tribu des Khoïkhoï en Afrique du sud à la fin du 18 e siècle ne pouvait que l’intéresser.  Sarah Baartman  fut d’abord esclave, servante, puis monstre de foire exhibé à Londres et à Paris, et enfin objet d’étude après sa mort, quand elle fut disséquée par le Baron Cuvier et exposée au Musée de l’homme jusque dans les années 1980. Réclamée par sa tribu , son corps fut rendu à l’Afrique du Sud  en 2001 qui lui fit des funérailles nationales.
L’épopée tragique de ce corps qui, de curiosité anatomique se transforma en  justification de la colonisation, en alibi pour la science, puis devint objet d’étonnement, de rejet, d’étude, de démonstration, et enfin , sous la plume de Lolita Monga,  un hymne aux exclus, un  «  conte de fées à l’envers » comme le dit Frédéric Maragnani.
Et voici cette partition à plusieurs voix, en langue créole de la Vénus, si douce pour dire la douleur: langage convenu des visiteurs du musée, dialogue cocasse des corps exposés dans les vitrines… Frédéric Maragnani y a ajouté le discours célèbre de Martin Luther King « I have a dream »  avec, en contrepoint aux observations lyriques du Baron Cuvier  qui croyait aux hommes , face aux  certitudes froides de la science qui justifie la barbarie.
Frédéric Maragnani, qui a fait ses classes avec des pièces de Philippe Minyana et de Noelle Renaude, aime les textes-matériaux, ceux qui appellent l’invention dans l’esthétique comme dans l’interprétation, ceux pour qui le hors-champ est aussi important que le champ, ceux dont les mots font naître des images. La partition de Lolita Monga, qui fait le va-et-vient entre l’Afrique de Sarah Baartman et le monde soit-disant civilisé, matière poétique, cocasse parfois, grave la plupart du temps, lui a laissé le champ libre. Et le spectacle est une sorte de prétexte à de multiples propositions scèniques. Devant un mur clin d’œil aux décorations « modernes » de nos musées, mur à transformation, les trois comédiens dont Lolita Monga , passent d’un registre à l’autre, chantent, dansent, jouent de leurs corps et de leurs voix. Mais peut-être à vouloir faire un sort à chaque élément de ce texte en éclats, Frédéric Maragnani brouille t-il un peu le sens de cette dénonciation de la barbarie des civilisés !

Françoise du Chaxel

 Théâtre de l’Est parisien. 

 


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