« Sans-titre » Raimund Hoghe/ Faustin Linyekula

Sans-titre, une pièce pour Faustin Linyekula conception et chorégraphie, Raimund Hoghe

    sanstitre.jpgAprès Le Rouge et le Noir de Stendhal, il y a le Blanc et le Noir de Raimund Hoghe. Un spectacle dédié à la différence, à l’amitié. Oui, mais pourquoi nous prendre en otage durant une heure dix (l’éternité n’est pas plus longue! ) , quand  il ne se passe  rien sur scène, pour nous délivrer ce message élémentaire ? Ah, les bons sentiments ! C’est vrai que les fêtes de fin d’année approchent. L’esprit de Noël est là, et  distille dans l’air sa magie et  sa générosité : oublions les malentendus, faisons la paix, nous sommes tous frères…
Dans une interview accordée au Festival d’Automne à Paris, Raimund Hoghe déclare : « Il n’y aura que le corps, la musique, les objets, pas de paroles ».  Juste!  Que le décor soit minimaliste, (  une petite bougie allumée au loin et un petit tas de cailloux  sur le devant de la scène), après tout, pourquoi pas ? Côté costumes: le Congolais Faustin Linyekula porte un pantalon de toile marron, une chemise blanche, et Raimund Hoghe un gilet et un pantalon noirs (au passage, remarquez le contraste subtile entre la couleur de peau et celle des costumes! ). Quand à la musique, nous aimons tous Bach et la douce musique baroque. Mais,  pour un spectacle de danse contemporaine, nous nous attendions à autre chose… 
 Le  spectacle commence : les deux hommes apparus sur scène ont un physique radicalement différent : le Noir est beau, jeune, élancé, tout en muscles. Il respire la santé, la forme, la vigueur. Le Blanc est âgé, un peu dégarni, bossu, et a la démarche empêchée. Il évoque le handicap, la difformité, la difficulté. Certes, nous ne sommes plus à l’époque coloniale et des zoos humains, et les exhibés ne sont donc plus les mêmes.
  Musique. Les deux hommes commencent à se croiser…  L’homme blanc va saisir un paquet de feuilles blanches, les disposer sur le pourtour de la scène de manière à former un U (dont on  cherche encore la signification), et cela lui prend un bon moment.
   Pendant ce temps, le jeune homme noir va jouer avec les petits cailloux (marron), comme un enfant avec des osselets. Il ôte sa chemise, les dispose sur son dos, les fait voler. Les hommes s’aperçoivent. Fin de l’ignorance réciproque. C’est la rencontre! L’homme blanc va ôter son T-shirt, découvrir son corps difforme (le public s’est arrêté de respirer à ce moment-là!!!!). Le Noir va disposer les petits cailloux sur son dos et l’homme blanc les enlever à son tour et les jeter au loin avec un geste violent, comme révolté par cette injustice qui le frappe.
   Ensuite, dans un processus  inverse, l’homme blanc va enlever les feuilles blanches et recréer le tas initial. Tandis que l’homme noir, petit Poucet moderne, ramasse les  cailloux. Ensemble, ils vont lever le bras gauche très très doucement, comme pour faire signe « au revoir » (zut ! nous avons oublié mon mouchoir! ). Acmé : la main sur l’épaule, puis bras dessus, bras dessous, ils se déplacent ensemble pour faire quelques pas.
  C’est fini!!!!!!! Quid du mouvement, de l’action ? Quid de la danse ? C’est vrai, Faustin Linyekula a dansé par moments, pour qu’on comprenne bien la différence entre  sa souplesse, sa capacité à décoller, et la rigidité, l’immobilisme de Raimund Hoghe,  celui qui incarne la mort. La pièce nous montre que la vie est pleine de mystères, qu’il ne faut jamais désespérer, qu’on n’en a jamais fini de découvrir les possibilités qu’il y a en nous, ou en l’autre! 

  Vous l’aurez compris, ce spectacle est prodigieusement ennuyeux et décevant. Raimund Hoghe déclare : « tout est rendu présent par le corps, il n’y a pas besoin d’éclaircir, de rendre les choses évidentes, d’essayer de les pointer ». Nous sommes   d’accord avec lui: quand on a un message aussi simpliste à délivrer, pas besoin de démonstration scénique.
   En tout cas, ce n’est pas avec des spectacles tels que celui-là qu’on fera venir la population de Gennevilliers au Théâtre, laquelle  semble,  à juste titre, en  bouder la programmation . Le Théâtre a cru bon d’installer une navette qui ramène chez eux les quelques  Parisiens qu’on est venu chercher pour remplir la salle… Bonjour, les économies d’énergie! Le car est avec le train  un des plus économes parmi les moyens de transport (mais seulement quand il est plein!) et le métro qui fonctionne parfaitement est  à… huit minutes du théâtre!

 

Barbara Petit

P.S. Pascal Rambert devrait penser à l’état de la planète quand il la laissera à ses petits-enfants. Qu’il veuille bien méditer un instant cette phrase du grand chef  Seattle (1786-1866): “ Ce n’est pas la terre qui appartient à l’homme , c’est l’homme qui appartient à la terre ”.

Ph. du V.

 

 

Barbara Petit

Théâtre de Gennevilliers jusqu’au 13 décembre et le 19 décembre au  LIFE, à  Saint-Nazaire, puis tournée prévue en 2010-2011.

 


Un commentaire

  1. françois dit :

    J’ai ressenti ce spectacle comme une invitation à la méditation.
    La clé est pour moi, la référence explicite que fait R.Hoghe au travail du sculpteur allemand Wolfgang Laib qui travaille à partir de cire d’abeille, de pollen, de marbre… On y retrouve le même dépouillement, l’utilisation de formes simples (par ex. les feuilles de papier et le périmètre que celle-ci forment sur la scène, les pierres) et symboliques, la même démarche vers la recherche (utopique?) de l’unité entre les hommes ou entre l’homme et l’univers.
    Je ne suis donc pas aussi dur que vous l’êtes, même si j’ai trouvé que cela manquait néanmoins d’émotion. C’est un peu trop ascétique à mon goût.

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