PETIT PERSÉE ET LA TÉLÉMÉDUSE


PETIT PERSÉE ET LA TÉLÉMÉDUSE  par le Collectif 12  de Mantes-la-Jolie, Aurélie Berland, Mbembo, Étienne Parc, Anna Mortley, Jean-Pierre Renault, Laurent Vergnaud.


L’ équipe dynamique du Collectif 12 s’est attaquée en cette période de Noël au mythe de Persée, vainqueur de la Méduse et en même temps à celui de la télévision devant laquelle toute la famille reste médusée. Un petit garçon fasciné par l’histoire de Persée qui se protège du regard de la Méduse et n’est pas transformé en pierre, reçoit pour Noël le costume de son héros avec le masque protecteur.

  Sa famille, père, mère, sœur et petit chien, est dotée d’un gigantesque poste de télévision qui va rapidement les fasciner, puis les pétrifier. Petit Persée qui joue le personnage de son héros découvre la catastrophe,  va parvenir à les ramener à la vie. Conçu pour de très jeunes enfants, la salle en est pleine et ils rient beaucoup; ce Petit Persée est un spectacle tonique, interprété par une danseuse agile, une récitante: Mbembo perchée au dessus de l’action, trois comédiens et une marionnette. Dans l’irrépressible vague médiatique en passe de nous engloutir, ce Petit Persée prend tout son sens et mérite de connaître une longue carrière.


Edith Rappoport

 

Collectif 12 Mantes-la-Jolie


Archive pour 16 décembre, 2009

Le Voyage de Victor

Le Voyage de Victor  de Nicolas Bedos, mise en scène de l’auteur.

      victor.jpgUne amie productrice de télévision m’avait gentiment convié à aller jusqu’au Théâtre de la Madeleine avec elle.Alors pourquoi refuser ce petit voyage exotique dans un théâtre privé qui n’est pas l’un des pires et qui va bientôt mettre à l’affiche Maison de Poupée avec Audrey Tatou et Michel Fau, acteur bien connu du théâtre public  comme le remarquable Serge Merlin,  dans une adaptation d’Extinction de Thomas Bernhard. Non, non , nous ne sommes  pas à la Colline ou à l’Odéon  mais à la Madeleine…
Nous sommes bien ici dans un théâtre privé: personnel d’accueil en uniforme ( costume bleu foncé et cravate rayée bleu et gris du plus bel effet (cela dit les vêtements des ouvreuses du théâtre dit public sont souvent encore plus calamiteux), vestiaire à deux  euros, programme avec texte à dix euros, ouvreuse à pourboire. et moquette rouge.  Un petite centaine de spectateurs  quand même par ce froid glacial. On  joue ici la nouvelle pièce de  Nicolas Bedos , le  jeune auteur de Sortie de Scène qu’il avait co-écrit avec son papa pour l’Olympia , et d’Eva, une comédie. Il réitère cette fois-ci avec une autre petite comédie écrite aussi  pour son papa qui tient l’ unique rôle masculin avec Macha Méril qui tient le seul rôle féminin.  Vous l’aurez deviné: il s’agit d’un couple, bien que les choses soient laissées à dessein dans l’ombre…
  Il y a sur scène un monsieur pas très jeune, aux cheveux blancs,  toujours habillé d’un smoking mauve assis à une table ou allongé sur un petit lit,  et qui a visiblement perdu la mémoire à la suite d’un grave accident de voiture,  puisque son passé a été comme rayé d’un seul coup. Il se souvient juste des circonstances de l’accident: « Des badauds, des sirènes et des flics, des bouts de verre dans le nez et des taches de sang ». Et une infirmière est là pour l’aider à se réapproprier la réalité quotidienne.

  Mais qui est cette femme? Une infirmière ou une assistante de vie comme on dit maintenant?  Ou bien son épouse? Et qu’attend-elle au juste de cet homme qui parle beaucoup mais qui semble avoir du mal à vivre au présent? Et lui, est-il vraiment amnésique ou cherche-t-il à fuir un passé encombrant, puisqu’une femme se trouvait avec lui  ce jour-là dans la voiture… On apprend qu’en dehors d’une vie , disons tumultueuse , qu’il est le père d’un jeune homme maintenant décédé, comme cette infirmière qui, elle aussi, a perdu un fils.  » Comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence «   écrivait Eugène  Ionesco dans La Cantatrice chauve. Vous n’avez vraiment pas anticipé la fin?
L’amnésie a toujours été un sujet fascinant pour les écrivains et les cinéastes ( entre autres: Jean Anouilh, Jean Giraudoux, Georges  Perec…);  c’est  en effet un bon prétexte pour traiter des grands et des petits bobos de la vie , et bien sûr du couple: ici,  si on a bien compris, celui d’un d’un homme et d’une femme qui, après s’être plus ou moins séparés , finissent par se retrouver. Tout cela fait preuve d’une originalité débordante, comme vous pouvez le constater…  » J’ ai voulu traiter, dit Nicolas Bedos,  du deuil impossible de la limite,  de la folie douce, et finalement la liberté que nous avons d’inventer et de revisiter à notre guise nos vies,  quand nous n’avons pas la force d’en assurer les chapitres ». Après tout, pourquoi pas?
 Mais il y a un petit ennui: passé, disons , passé le premier petit quart d’heure, la pièce part un peu dans tous les sens et n’a franchement rien de passionnant, malgré la solidité du travail de Macha Méril et de Guy Bedos: l’on sent une véritable complicité entre les deux comédiens. Mais cela peut-il à sauver cette piécette? Non, bien entendu et,  à  l’impossible,  nul n’est tenu , même quand on est le papa de l’auteur. qui n’a pas l’air quand même très à l’aise. Mais, au fait,  qu’est-on venu voir? Pour la quasi- totalité du public, c’est bien sûr, la prestation de deux comédiens reconnus mais que  l’auteur soit X , Y ou Z,  il n’en a, semble-t-il , pas grand chose à faire; de toute façon, dans le cas présent, mieux vaut oublier. Et c’est souvent le cas malheureusement dans  le théâtre privé…

  Le second petit ennui : Nicolas Bedos n’est pas  un directeur d’acteurs et sa mise en scène s’en ressent, d’autant plus qu’il a cru bon de mettre des micros HF qui uniformisent les voix et gomment les nuances…  Alors à voir? Si vous êtes un grand admirateur de Guy Bedos, à l’extrême rigueur , sinon vous pouvez vous abstenir,  d’autant que les places, même à 19 heures, ne sont pas données et que le quartier est assez sinistre; de plus,  vous risqueriez d’y croiser  Brice Hortefeux, l’actuel locataire du Ministère de l’Intérieur, proche voisin…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Madeleine, du mardi au samedi à 19 heures; matinées le samedi à 16 heures et le dimanche à 18 heures.

Sin Sangre

Sin Sangre par la compagnie chilienne Teatrocinema, adapté du roman d’Alessandro Baricco par Juan Carlos Zagal et Laura Pizarro, mise en scène Juan Carlos Zagal

sinsangre.jpg   Issus de la compagnie chilienne La Troppa dont le mémorable spectacle Gemelos d’après Le grand cahier d’Agota Kristof a tourné en Europe pendant des années, Laura Pizarro et Juan Carlos Zagal ont créé en 2006, avec l’auteur et scénariste Dauno Totoro Taulis, Teatrocinema qui a pour ambition de faire fusionner théâtre et le cinéma. « Un laboratoire esthétique qui réunit dans une même unité graphique les effets narratifs d’un vocabulaire de l’image propre au cinéma et ceux, propres au théâtre, d’une troupe incarnant les personnages en live sur le plateau ».
Cette hybridation des arts est mise en œuvre dans Sin Sangre: « Nous cherchons de nouveaux langages dramatiques et de nouvelles formes pour mettre en scène des œuvres où les personnages héroïques ou anonymes sont des phares, des points de référence » explique Juan Carlos Zagal. Le roman d’Alessandro Baricco a en effet à la fois la dimension politique et métaphorique de toutes les guerres, guerres civiles ou dictatures qui produisent des enchaînements sans fin de violence, de vengeance meurtrière perpétrées souvent au nom de la justice ou de la lutte pour un monde meilleur.
Même si le spectacle ne se réduit pas cela, le thème de la mémoire des crimes  qui ont ensanglanté le Chili,  de la vengeance et du pardon nécessaire à la cohabitation, au sein d’une  même société, des victimes et de leurs bourreaux, est ici clairement lisible. Quand on situe les choses dans une perspective de générations et de liens du sang,  les vengeurs des crimes, les justes, ne sont-ils pas devenus à leur tour des assassins ? La vengeance est-elle toujours juste et justifiable lorsqu’elle répond au crime par le crime, perpétuant ainsi la chaîne meurtrière ?
Le docteur Manuel Roca, ancien tortionnaire réputé pour sa cruauté et surnommé « la hyène », recherché pour ses crimes, qui vit paisiblement dans sa ferme de Mato Rujo, est débusqué et tué par trois hommes, vengeurs de ses victimes. Avant de mourir criblé de balles, il cache sa petite-fille Nina sous le plancher. Témoin de l’assassinat de son père et de son jeune frère, Nina, épargnée par un des assassins, est la seule rescapée du massacre.
Cinquante ans après elle reconnaît dans un vendeur de billets de loterie, qu’elle croise dans la rue, le dernier survivant des trois tueurs de sa famille, celui qui lui a laissé la vie sauve. Au gré du dialogue qui s’engage entre eux, les faits ignorés par Nina apparaissent, et son histoire, tel un puzzle, se recompose. Elle a été recueillie en effet par un pharmacien, complice des crimes de son père, et, pour ne pas être dénoncé, il la met en jeu dans une partie de poker qui sera gagnée par un comte mêlé à l’assassinat du père de Nina. Au lieu de supprimer le témoin de ce meurtre,  le comte l’épouse.

  À sa mort, désavouée par ses trois enfants, Nina, déclarée folle par sa belle-famille, est enfermée dans un asile dont elle s’évade.  Et sa  vie est  désormais vouée à la recherche des tueurs de son père. Elle en exécute deux d’entre et  le troisième, à qui , paradoxalement, elle doit la vie, est face à elle. Mais à mesure qu’ils se parlent, que leurs points de vue, leurs versions des faits, se confrontent, se contredisent, leurs certitudes , à cause du temps passé,  se relativisent, voire perdent leur sens.
Pour Nina, au vu de l’histoire de sa vie, la distinction entre bourreaux et victimes, vengeurs et assassins, n’est plus possible à faire. Le présent ne dément-il pas les belles utopies du monde meilleur qui justifiaient pour Tito et ses camarades la violence et le meurtre ? Leur soif de justice n’était-elle pas en réalité une rage de vengeance pour des motifs personnels ? Vaste question
Mais qu’en est-il de son traitement théâtro-cinématographique ? L compagnie chilienne fait preuve d’un art consommé du langage et des moyens filmiques: flash-back, flash forward, ellipse, gros plan, panoramique, coupe fondue, plongée et contre-plongée, changement instantané de l’axe de la caméra, etc. Les plans spatio-temporels, comme les visions mentales obsessionnelles du passé, interfèrent en permanence,avec  le présent ou apparaissent parfois simultanément.
Un grande toile transparente sur laquelle on projette un film en trois dimensions où s’encastre, bien  synchronisé, le jeu des acteurs  qui, derrière,  interprètent plusieurs personnages. Les éléments réels du décor : rambarde de balcon, fragment de voiture, pistolets-mitrailleurs, tables, chaises, mur de la maison, apparaissent sur le plateau,  s’intègrent et complètent les images réalistes des lieux filmés (route, forêt, ferme de Roca, rue, café, hôtel) où parfois s’impriment des images mentales qui hantent les personnages, comme la  vision obsessionnelle de meurtres ou des  scènes  regardées d’un autre point de vue. Ainsi, la partie de poker entre le pharmacien et  le Comte, racontée par Nina, apparaît dans une image simultanément  jouée sur scène et projetée.
Certaines situations du récit fait par Tito et  Nina apparaissent seulement en projection et la condensation du temps s’opère parfois par  le biais d’une tournette qui réunit les personnages des différents plans temporels. Mais, si cette performance est  éblouissante, le théâtre devient souvent le faire-valoir de la narration filmique. Et les acteurs  qui ont des micros HF donnent l’impression d’être devant une caméra, avec un jeu outré, et caricatural, finalement peu convaincant,  qui rappelle  le cinéma muet., le tout sur  un rythme inégal, parfois étiré sans raison.

  Les scènes du début  où  les tueurs font la route en voiture, l’attaque de la ferme et la tuerie avec abondance de cris, de gémissements et  de coups de feu, s’étirent à n’en plus finir. Même chose dans le final englué dans le pathos. Quant à la musique,  qui ressemble à une bande-son de film, elle ne sert en rien la dramaturgie et couvre  un dialogue monotone; bref,  cette apparente fusion du théâtre et du cinéma ressemble fort à un mariage blanc…

Irène Sadowska Guillon

Sin Sangre (en espagnol avec surtitrage)
Théâtre des Abbesses
jusqu’au 19 décembre  T: 01 42 74 22 77

À la recherche de l’âge d’or

À la recherche de l’âge d’or d’après Georges Feydeau, adaptation et mise en scène  de Susana Lastreto

Susana Lastreto s’attaque ici à une pièce peu connue, jugée irreprésentable, L‘Age d’or de Feydeau. Une comédie musicale qui raconte « les tribulations héroïco-comiques et musicales de la famille Follentin à travers les âges, qui va aller à la recherche de cet âge d’or qui se trouve forcément ailleurs, dans les siècles passés ou futurs ».
Monsieur Follentin, employé aux Affaires Étrangères, a hérité d’une somme importante qu’il s’est empressé  de dilapider. Assommé par les impôts, il se considère trahi par son collègue Bienencourt auquel on a donné le poste de chef de bureau qu’il convoitait  et qui lui avait été promis.
Raison de plus pour être fâché avec son époque et  pour  s’évader dans un  âge d’or  où tout ne serait « qu’ordre et beauté, luxe calme et volupté », comme  le rêvait Baudelaire dans une autre invitation au voyage. Il s’endort , alors que sa fille  Marthe est en train de lui faire la lecture de La Reine Margot d’Alexandre Dumas. Dans le rêve,  il va voyager, en compagnie de sa femme Caroline et de Marthe, à travers les époques passées et futures , à la recherche de l’âge d’or.

  Mais toutes ces époques s’avèrent encore plus effrayantes que la sienne. Attirée par la forme de la pièce, une comédie musicale, et par son sujet : la quête d’un monde meilleur, Susana Lastreto l’adapte librement,  et en garde l’essentiel en l’enrichissant de deux scènes de son cru qui s’intègrent dans la trame de  la pièce : à savoir le moment où  tourne ta roue du  temps, pour revenir à l’époque de Follentin et à la rencontre entre Feydeau et  Shakespeare.
Les scènes, les personnages, et la thématique des phénomènes sociaux : féminisme, drogue, orgies, culte de la jeunesse, etc. et l’architecture verticale du XXe siècle sont de Feydeau,  véritable visionnaire. Susana Lastreto y ajoute quelques brèves incursions dans les grands moments de l’histoire du XXe siècle comme la guerre entre protestants et catholiques en Irlande, comme un  écho à la Saint-Barthélemy évoquée dans la pièce et aux autres guerres qui ont jalonné le XXe siècle que ni Feydeau ni son Follentin en quête d’un monde meilleur ne pouvaient prévoir.
La partition originale de cette comédie musicale a été perdue mais Annabel de Courson et Georges Migoya ont créé les musiques des chansons et la bande-son assumées sur scène en direct par les acteurs. Un chœur comique, joué par des élèves de l’École Lecoq, constitue le fil conducteur du spectacle et  commente les péripéties des personnages. Avec un remarquable savoir-faire, Susana Lastreto nous transporte , comme dans un rêve, dans le Paris de Charles IX, de Louis XVI, de 1905 ou de l’an 2000, dans un espace dépouillé, sans aucun décor, avec juste une table, des chaises et des portes sans lesquelles Feydeau ne serait pas Feydeau.
Six excellents comédiens, chanteurs, et complices du travail de Susana Lastreto, suggèrent les différents  lieux par la parole et par le jeu,  en sollicitant l’imaginaire des spectateurs. Comme ils maîtrisent parfaitement la mécanique de Feydeau, les acteurs impriment une humanité à leurs personnages, ce qui les rend à la fois crédibles et attachants. François Frappier  est irrésistible en Follentin, drôle et parfois bouleversant dans sa noire intrépidité, Bernadette Le Saché joue  sa femme, stricte et dévouée; Helène Hardouin est  Marthe, à la fois bonne fille, décidée et fofolle. Un spectacle brillant, drôle, et intelligent…

Irène Sadowska Guillon

Théâtre Dejazet à Paris
41 boulevard du Temple  75003 Paris  t: 01 48 87 52 55. Jusqu’au 5 janvier ( Spectacle  créé au Festival « En compagnie d’été » en août dernier  au Théâtre 14 )

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