Le Voyage de Victor

Le Voyage de Victor  de Nicolas Bedos, mise en scène de l’auteur.

      victor.jpgUne amie productrice de télévision m’avait gentiment convié à aller jusqu’au Théâtre de la Madeleine avec elle.Alors pourquoi refuser ce petit voyage exotique dans un théâtre privé qui n’est pas l’un des pires et qui va bientôt mettre à l’affiche Maison de Poupée avec Audrey Tatou et Michel Fau, acteur bien connu du théâtre public  comme le remarquable Serge Merlin,  dans une adaptation d’Extinction de Thomas Bernhard. Non, non , nous ne sommes  pas à la Colline ou à l’Odéon  mais à la Madeleine…
Nous sommes bien ici dans un théâtre privé: personnel d’accueil en uniforme ( costume bleu foncé et cravate rayée bleu et gris du plus bel effet (cela dit les vêtements des ouvreuses du théâtre dit public sont souvent encore plus calamiteux), vestiaire à deux  euros, programme avec texte à dix euros, ouvreuse à pourboire. et moquette rouge.  Un petite centaine de spectateurs  quand même par ce froid glacial. On  joue ici la nouvelle pièce de  Nicolas Bedos , le  jeune auteur de Sortie de Scène qu’il avait co-écrit avec son papa pour l’Olympia , et d’Eva, une comédie. Il réitère cette fois-ci avec une autre petite comédie écrite aussi  pour son papa qui tient l’ unique rôle masculin avec Macha Méril qui tient le seul rôle féminin.  Vous l’aurez deviné: il s’agit d’un couple, bien que les choses soient laissées à dessein dans l’ombre…
  Il y a sur scène un monsieur pas très jeune, aux cheveux blancs,  toujours habillé d’un smoking mauve assis à une table ou allongé sur un petit lit,  et qui a visiblement perdu la mémoire à la suite d’un grave accident de voiture,  puisque son passé a été comme rayé d’un seul coup. Il se souvient juste des circonstances de l’accident: « Des badauds, des sirènes et des flics, des bouts de verre dans le nez et des taches de sang ». Et une infirmière est là pour l’aider à se réapproprier la réalité quotidienne.

  Mais qui est cette femme? Une infirmière ou une assistante de vie comme on dit maintenant?  Ou bien son épouse? Et qu’attend-elle au juste de cet homme qui parle beaucoup mais qui semble avoir du mal à vivre au présent? Et lui, est-il vraiment amnésique ou cherche-t-il à fuir un passé encombrant, puisqu’une femme se trouvait avec lui  ce jour-là dans la voiture… On apprend qu’en dehors d’une vie , disons tumultueuse , qu’il est le père d’un jeune homme maintenant décédé, comme cette infirmière qui, elle aussi, a perdu un fils.  » Comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence «   écrivait Eugène  Ionesco dans La Cantatrice chauve. Vous n’avez vraiment pas anticipé la fin?
L’amnésie a toujours été un sujet fascinant pour les écrivains et les cinéastes ( entre autres: Jean Anouilh, Jean Giraudoux, Georges  Perec…);  c’est  en effet un bon prétexte pour traiter des grands et des petits bobos de la vie , et bien sûr du couple: ici,  si on a bien compris, celui d’un d’un homme et d’une femme qui, après s’être plus ou moins séparés , finissent par se retrouver. Tout cela fait preuve d’une originalité débordante, comme vous pouvez le constater…  » J’ ai voulu traiter, dit Nicolas Bedos,  du deuil impossible de la limite,  de la folie douce, et finalement la liberté que nous avons d’inventer et de revisiter à notre guise nos vies,  quand nous n’avons pas la force d’en assurer les chapitres ». Après tout, pourquoi pas?
 Mais il y a un petit ennui: passé, disons , passé le premier petit quart d’heure, la pièce part un peu dans tous les sens et n’a franchement rien de passionnant, malgré la solidité du travail de Macha Méril et de Guy Bedos: l’on sent une véritable complicité entre les deux comédiens. Mais cela peut-il à sauver cette piécette? Non, bien entendu et,  à  l’impossible,  nul n’est tenu , même quand on est le papa de l’auteur. qui n’a pas l’air quand même très à l’aise. Mais, au fait,  qu’est-on venu voir? Pour la quasi- totalité du public, c’est bien sûr, la prestation de deux comédiens reconnus mais que  l’auteur soit X , Y ou Z,  il n’en a, semble-t-il , pas grand chose à faire; de toute façon, dans le cas présent, mieux vaut oublier. Et c’est souvent le cas malheureusement dans  le théâtre privé…

  Le second petit ennui : Nicolas Bedos n’est pas  un directeur d’acteurs et sa mise en scène s’en ressent, d’autant plus qu’il a cru bon de mettre des micros HF qui uniformisent les voix et gomment les nuances…  Alors à voir? Si vous êtes un grand admirateur de Guy Bedos, à l’extrême rigueur , sinon vous pouvez vous abstenir,  d’autant que les places, même à 19 heures, ne sont pas données et que le quartier est assez sinistre; de plus,  vous risqueriez d’y croiser  Brice Hortefeux, l’actuel locataire du Ministère de l’Intérieur, proche voisin…

Philippe du Vignal

 

Théâtre de la Madeleine, du mardi au samedi à 19 heures; matinées le samedi à 16 heures et le dimanche à 18 heures.

 


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