Quarante ans d’art de la rue

Quarante ans d’art de la rue et Comment ça commença Les arts de la rue dans le contexte des années 70 de Floriane Gaber.

Quarante ans ans d’art de la rue

    rue.jpgFloriane Gaber, grande spécialiste des arts de la rue a, depuis quelque vingt ans , à peu près tout vu des expériences et évènements divers et variés, tous genres confondus  qui ont fleuri  dans l’Hexagone et hors des frontières. Le coup d’envoi, comme elle rappelle justement,  ayant été mai 68 avec cette formidable réappropriation de la rue puis quelques années avant,  en 63,  la véritable déferlante du Festival de Nancy créé par Jack Lang qui fit venir des troupes comme le célébrissime Bread and Puppet dirigé par un jeune sculpeur allemand devenu américain Peter Schumann dont l’influence a été considérable et sur le théâtre de rue et sur l’art de la marionnette en France.

 

  Mais Lang invita aussi  bien d’autres metteurs en scène comme l’allemand Hans-Peter Clos, le Teatro Campesino de Luis Miguel Valdez , théâtre d’intervention des Chicanos mais aussi le Théâtre Arena du Brésilien Augusto Boal, sans oublier évidemment l’immense  Tadeusz Kantor à qui la rue n’était pas étrangère, puisqu’il fit nombre d’interventions/ performances  dans les rues polonaises,  et encore  Bob Wilson le Texan qui créa un théâtre d’images silencieux , ce qui  influença aussi les artistes pour qui  la rue ou le plein air était devneu leur lieu de travail privilégié.
  Le militantisme de la plupart de ces troupes , rappelle justement Floriane Gaber,  colora le paysage culturel français qui était resté jusque là assez coincé. Ce ne fut  pas immédiat mais, comme toutes les évolutions importantes,  cela mit plusieurs  années  et  opéra  un bouleversement profond de l’art et la manière de concevoir la représentation dramatique, même si l’on a depuis des siècles pratiqué le théâtre dans la rue, que ce soit en France, en Suisse, en Allemagne ou en Espagne

 

Le Théâtre du Soleil lui aussi ira jouer dans des quartiers populaires en Avignon ou,  par exemple,  devant les usines  Renault à Boulogne-Billancourt avec un petit spectacle d’agit-prop de quatre minutes  sur l’injustice sociale sur le thème de « Qui vole un oeuf va en prison , qui vole un boeuf va au Palais-Bourbon ».
  C’était l’époque où jouer dans la rue valait souvent quelques soucis avec les flics comme pourrait en témoigner Jules Cordière et son Palais des Merveilles où il faisait de la corde molle entre deux arbres à saint-Germain des Prés en compagnie de Ratapuce ( alias Caroline Simonds) une jeune et belle amércaine flûtiste-acrobate devenue depuis directrice du Rire médecin, qui , avec ses clowns, apporte joie et réconfort à des  milliers d’enfants hospitalisés.ccagaber27.jpg

 

  Il y a aussi un long chapitre sur Aix, ville ouverte aux saltimbanques, opération  que créa , en 73, Jean Digne avec beaucoup d’intelligence et de flair,  avec un formidable succès. Le livre de Floriane Gaber est riche et il est impossible de tout citer mais signalons, parmi les plus connus  quand même,  au fil des pages  et en vrac: Le Grand magic Circus de Jérôme Savary, le Théâtre de l’Unité, Le Living Theater , le Teatracide de Binoche ( le papa de Juliette) et de Crespin qui deviendra le créateur du festival d’Aurillac ,la compagnie espagnole Fura del baus, l’Odin Teatr danois , Luca Ronconi l’italien et son  célèbre Orlando Furioso, le Royal de Luxe, Annibal et ses éléphants, Les Grooms,  et ces deux Festivals qui sont devenus incontournables et emblématiques du théâtre de rue : celui d’Aurillac qui a déjà plus de vingt cinq ans ( le temps passe!)  et celui de Chalon. 

 

40agaberunite.jpgC’est une formidable promenade qu’offre Floriane Gaber, celle d’une époque où la France accueillit nombre d’artistes étrangers,  et ce fut un grand bonheur et un vrai souffle de liberté que nous ont offert  tous ces gens d’âge et de culture très différent; époque  un peu empreinte de nostalgie-puisque les nous avons tous connus -certains sont décédés depuis déjà longtemps comme Julian Beck le directeur du Living, ou Augusto Boal. La plupart de ces noms ne diront pas grand chose aux jeunes gens d’aujourd’hui mais  ce livre pourrait se comparer à un très  bon lexique de tous ces créateurs qui  font maintenant partie intégrante de l’histoire du théâtre . Et c’est en cela que le livre de Floriane est particulièrement précieux.

 

Comment ça commença
  20091028commentcacommenca.jpgLe second opus de Floriane Gaber est plus théorique  mais tout aussi intéressant, et il y a un bon chapitre consacré au développement culturel en France où l’auteur rappelle avec raison , que les interventions des compagnies hors des théâtres ont surtout servi, dans un premier temps à faire connaître les spectacles présentés par les pionniers de la décentralisation théâtrale mais furent très vite teintées de revendications politiques et sociales, comme le droit à la contraception et à l’avortement, ou à une gestion intelligente de la culture. Comme ce magnifique enterrement de la Liberté d’expression en 72 qui stigmatisait l’attitude imbécile de Maurice Druon , ministre de la Culture, qui avait réuni à la fois Le Théâtre du Soleil, la Compagnie  Jourdheuil et Vincent, le Théâtre de l’aquarium , le Théâtre de la Trempête et l’ Action pour le jeune Théâtre.# Floriane Gaber poursuit son tour d’horizon avec ce théâtre militant  qui alla , avec des succés variés, à la rencontre d’un public qui, faut-il le rappeler ne fréquentait jamais une salle de spectacle et pour qui le mot théâtre signifiait Au théâtre ce soir à la télévision en noir et blanc souvent reçu dans la campagne française à la limite de la visibilité et en voir et blanc.

 

  Ce qui n’était pas du tout du goût de nombreuses municipalités comme celle de Bordeaux dont le maire Chaban-Delmas offrait pourtant chaque année un festival comme Sigma , porteur des meilleurs avant-gardes, ou comme Paris qui demandait  à ses flics de verbaliser les compagnies de rue. Mais le phénomène s’amplifia vite et le Théâtre de l’Unité joua Le Fantoche lusitanien de Peter Weiss, fable politique sur le Portugal de Salazar,  jouées dans des lycées ou universités en grève ou le Théâtre Populaire de Lorraine avec La Farce du Graully  qu’il représenta dans des usines occupées contribuèrent  par leur action à faire sortir le théâtre du ghetto parisien où il était resté enfermé.

 

  Les chapitres suivants reprennent un peu  les histoires de ces compagnies qui, comme Le Grand Magic Circus  ou le Théâtre du Soleil qui sont devenus le symbole d’un théâtre libéré des nombreuses contraintes que les pouvoirs publics leur imposaient. Le Grand Magic Circus a disparu depuis longtemps mais Savary a bousculé les codes jusque là obligatoires: on oublie trop souvent qu’ à la suite de Jean Dasté le formidable créateur de la Comédie de Saint-Etienne, il s’obstina longtemps à jouer  dans des chapiteaux, parce que cela lui convenait mieux.

 

Un dernier chapitre du livre traite de ce phénomène que sont devenus en été dans de nombreuses villes de France ceux que l’on pourrait appeler des saltimbanques qui, malgré ce que peut avoir de péjoratif cette étiquette, font souvent preuve d’un solide métier; Jouer dans la rue, rappelle en substance Floriane Gaber, n’est pas tout repos, et il y faut de sérieuses motivations si l’on veut tenir dans un environnement parfois hostile, même si de nombreuses municipalités voient aujourd’hui dans les festivals qu’elles créent un excellent alibi culturel, pas trop cher et qui rapporte souvent gros à l’économie locale. Que deviendra le théâtre de rue (qui est le plus souvent de plein air) , vu la crise financière qui secoue nombre de villes ?

 

  En tout cas, le dernier festival d’Aurillac devenu  pléthorique, et capable du meilleur comme du pire, se porte comme un charme. Les deux livres de Floriane Gaber sont une excellente  synthèse, parfois un peu  rapide, mais comment faire autrement, de ces pages du théâtre en France qui, si souvent décriées, font maintenant l’objet de nombreuses maîtrises et thèses universitaires… Ainsi va le monde!

 

Philippe du Vignal

Editions Ici et là; 17 € et 22 €

 


Archive pour 18 décembre, 2009

WOYZECK

 

WOYZECK d’après Büchner, mise en scène Yvane Chapuis et Gwenaël Morin

Depuis le début de l’année, Gwenaël Morin et sa troupe du Théâtre Permanent venue de Rhône-Alpes ont investi les Laboratoires d’Aubervilliers pour y monter chaque mois un spectacle, présenté gratuitement pendant les trois premières semaines de chaque mois à la soixantaine de spectateurs qui peuvent y être accueillis. S’ils le souhaitent, les fans de cette démarche peuvent revenir assister aux ateliers théâtre présentés dans la journée.  

  Après Lorenzaccio, Tartuffe, Bérénice, Antigone et Hamlet, c’est au tour de Woyzeck d’être démonté par la troupe. Nous sommes  dans un dispositif quadri-frontal, il n’y a ni décor, ni costumes, seulement un grand chapeau pour le docteur et quelques accessoires. Le spectacle commence curieusement par la deuxième partie, le meurtre de Marie avec un grand couteau de bois, l’égarement de Woyzeck qui cherche son couteau pour le jeter dans le lac. On perd toute la construction, et  la montée de la folle jalousie de Woyzeck accablé par le docteur et le capitaine qui lui font subir les pires sévices en le prenant comme sujet d’expérience et en se moquant de l’infidélité de Marie.

   Mais Marie ne possède aucun érotisme, ce qui fausse la relation qu’elle avec le tambour-major, seul Woyzeck courant comme un dératé autour du plateau prend une dimension théâtrale. Woyzeck est l’une des pièces préférées de  beaucoup de professionnels,  et nous en avons vu au moins une dizaine de mises en scène mais de celle-ci,  nous ne garderons guère de trace, malgré le journal du laboratoire, revue gratuite de 160 pages avec articles et photos très élaborés,  et  malgré un accueil au théâtre très sympathique.

 

Edith Rappoport

 

Laoboratoires d’Aubervilliers.

Kyoto forever

Kyoto forever

          kyoto.jpgCopenhague en direct : Kyoto forever nous montre la dernière nuit de négociations internationales sur la question du réchauffement climatique, à Bali – mais peu importe le lieu -  pour parvenir à une résolution commune qui marque une avancée sur celle de Kyoto. Ouf ! L’enjeu est très sérieux et le spectacle relève le défi. Après un prologue allant chercher les « sommets » du côté de  Hauts de Hurlevent – histoire de nous emmener dans le drame -, tout se passe en un lieu, la salle des négociations, en un temps, la dernière nuit – histoire de nous emmener du côté de la tragédie. Et, naturellement, ce qui triomphe, c’est la farce. La séance est fidèlement reproduite, mais à peine décalée dans les propos et bousculée par une scénographie à dérapages garantis. On assiste aux terribles tensions que provoque le déplacement, ou non, d’une virgule, aux poses héroïques, aux chantages de tel ou telle délégué(e). L’apparemment imperturbable répétition des formules de courtoisie diplomatique, en plus de son efficacité comique propre, grossit à la loupe les craquages, la fatigue. Puis ça monte, par un “vertical détour “ : la folie s’extériorise, la musique devient arme lourde, de vaillants chevaliers en armure viennent promener sur scène leurs inutiles protections et leurs armes impuissantes, après une joyeuse fête “verte“. Eh oui, les petits hommes verts sont descendus sur terre, c’est nous, tout va bien !
L’intérêt de Kyoto forever est à double-fond : d’abord, Frédéric Ferrer connaît bien son sujet, il a même reçu une accréditation pour la conférence de Bonn ; ensuite, la mise en scène s’affirme, depuis Mauvais temps, le précédent spectacle de la compagnie sur le sujet. Elle joue délibérément du collage, de la juxtaposition simultanée d’éléments hétérogènes – une scène se déroule à “cour“ tandis qu’un délégué s’effondre à “jardin“-, le plateau garde les traces, les déchets  – non triés – des scènes passées : superbe “mise en pièce“ de la déconstruction du monde.

 

Christine Friedel
Texte et mise en scène Frédéric Ferrer, par la compagnie Vertical Détour.
Plus que deux représentations, en attendant le prochain opus l’Affaire coin-coin, sur la fonte des banquises, le 19/12/09 à l’espace 1789 de Saint-Ouen, et le 16/1/2010 au théâtre de Chelles

Un cycle de lectures à la Comédie-Française

Un cycle de lectures à la Comédie-Française

Le bureau des lecteurs de la Comédie-Française dirigé par Laurent Muhleisen, conseiller littéraire de cette grande maison, propose aux spectateurs, deux fois par an, une sélection de textes contemporains : d’ auteurs français au mois de juin, d’ auteurs étrangers au mois de décembre.
Nous avons donc assisté, au Studio Théâtre, à la lecture par les comédiens du Français de cinq pièces d’auteurs d’aujourd’hui qui nous ont fait parcourir le monde, quelques endroits du monde en tout cas : L’espagnol Juan Mayorga, l’autrichien Händl Klaus, l’israëlien Gilad Evron, la serbe Biljana Srbljanovic, l’écossais David Greig, une très belle sélection.

  La semaine a commencé par la lecture  de Copito, ou les derniers mots de Flocon de neige, le singe blanc du zoo de Barcelone de Juan Mayorga, traduit par Yves Lebeau, publié aux Solitaires intempestifs, mis en lecture par Laurent Muhleisen avec la complicité d’Andrès Lima metteur en scène de la pièce en Espagne.*voir aussi :http://theatredublog.unblog.fr/2009/12/11/cycle-de-lectures-dauteurs-contemporains-etranger/
 Juan Mayorga, que Jorge Lavelli nous a fait découvrir en mettant en scène Himmelweg et  Le garçon du dernier rang, et qui sait nous surprendre chaque fois par l’originalité de ses sujets.
 Copito c’est Copito de nieve, flocon de neige, une célébrité, le gorille albinos du zoo de Barcelone que toute l’Espagne connaissait et vénérait. Car Copito est mort il y a quelques années et l’annonce de sa mort prochaine avait fait affluer les foules et avait enrichi le zoo de Barcelone. Juan Mayorga lui donne la parole.
 Copito sait qu’il va mourir, il ne craint pas la mort, il a lu les philosophes. Son gardien le fournissait en livres, un par jour, se trompait parfois, Montesquieu au lieu de Montaigne par exemple. Copito va énumérer les raisons qu’il a de ne pas craindre la mort, mais il meurt avant d’avoir pu dire à Dieu ce qu’il avait à lui dire. Dans la même cage, comme un faire- valoir, un gorille noir qui n’aimait pas les bananes et qu’il a fallu  «  éduquer »,  passe son temps à essayer d’attraper ses bananes et dérange Copito dans ses pensées. Le gardien, lui, préoccupé par la disparition prochaine de Copito, ne pense qu’au bénéfice qu’il pourrait tirer de sa notoriété.
Une fable cocasse et troublante où l’humanité n’est pas du côté où on l’ imagine.

Le charme obscur d’un continent de Händl Klaus, traduit de l’allemand par Henri Christophe
Pièce publiée aux Editions Théâtrales dans la collection Trait d’Union et lecture dirigée par Françoise Petit.

Une femme doit quitter l’appartement qu’elle occupait avec son mari. Elle explique au propriétaire qu’elle part le rejoindre au Pérou. Mais le propriétaire découvre dans l’appartement un petit doigt de pied humain. Elle ne va pas au Pérou et demande à sa mère de récupérer cet indice d’un meurtre possible. Face à face entre la mère et le propriétaire.
Affrontement subtil, mystère, Händl Klaus est un dramaturge du non dit pour dire l’hypocrisie d’une société qui s’abrite derrière les apparences.

Le diable de Châtillon de Gilad Evron, traduit de l’hébreu par Zohar Wexler Lecture dirigée par Isabelle Gardien.

« Qui suis-je ? » demande Baudoin , roi de Jérusalem à son serviteur Gaston. « Vous êtes le roi » répond Gaston. Baudoin est en train de mourir de la lèpre qui ronge son corps mais pas son esprit. Nous sommes à l’époque des Croisades. Autour du roi mourant, s’agitent ceux qui guettent les effets de sa faiblesse, ses enfants, ses ennemis. La violence ne viendra pas forcément des barbares. Jusqu’à la fin, Baudoin gardera l’esprit vif et clairvoyant . Gaston, son serviteur, un homme banal, marié, cinq enfants, incarne la vie, le bon sens, il reçoit de son maître de savoir écouter et répondre, de savoir qui il faut craindre ou admirer.
Une pièce mystérieuse qui nous entraîne loin dans le temps, nous dit le pouvoir de la pensée face à la barbarie .
Le duo Eric Génovèse,( Baudoin,) Hervé Pierre,(Gaston) magnifiques, faisait rêver de voir cette pièce bientôt mise en scène.

Barbelo, à propos d’enfants et de chiens  de Biljana Srblanovic, traduit du serbe par Gabriel Keller, édité chez l’Arche éditeur, lecture dirigée par Laurent Muhleisen
Biljana Srbljanovic est l’auteur reconnue de cette après- Yougoslavie, elle porte en elle les douleurs, les questionnements, les espoirs de cette Serbie nouvelle.
Zoran, un enfant trop gros et Milena une jeune femme infantile mariée au père de Zoran, passent leur temps ensemble, croisent des chiens, des humains et des morts. Auront-ils assez d’énergie pour réinventer une vie ? L’auteur, de pièce en pièce réinterroge le chaos que fut son pays et pose la question de l’espoirpour ceux qui sont les plus fragiles.

Le dernier message du cosmonaute à la femme qu’il aima un jour dans l’ex union soviétique.  de David Greig, traduite de l’anglais( Ecosse), par Blandine Pélissier.mise en lecture d’ Alain Lenglet. (Editions Théâtrales)
David Greig est avec David Harrower un des grands dramaturges écossais actuels. Dans cette pièce, comme dans d’autres, il fait se croiser des histoires. Comme dans des films ou dans des romans, des destins se déroulent parallèlement, se télescopent parfois.
  Très haut dans l’espace, Oleg et Casimir, deux cosmonautes oubliés qui ne savent même pas qu’ils ne sont plus soviétiques, sur Terre, en Ecosse, un couple bourgeois, Keith et Vivienne face au vide de leur relation, des danseuses de cabaret, dont Nastasia qui est la fille de Casimir qui est parti là-haut il y a 12 ans et qu’elle salue à chaque passage du vaisseau spatial… Nastasia qui a une liaison avec Keith qu’elle retrouve dans des aéroports, un fonctionnaire de la banque mondiale, un spécialiste des ovnis en Provence près de la montagne sainte victoire dont Keith arborait l’image sur sa cravate, une jeune policière déterminée . On passe des paysages sauvages de l’Ecosse à l’espace urbain, aéroports, boites pour solitaires, à la Provence. Il y a des disparitions, des amours, des drames, tandis qu’Oleg et Casimir tournent  jusqu’au jour où Casimir quitte le vaisseau spatial laissant Oleg à une solitude qu’il ne supporte pas.
Le monde a changé, ils ne le savaient pas, mais les hommes ont toujours autant de mal à trouver un sens à leurs vies, ils se raccrochent à un paysage, une musique, un souvenir. Une lecture virtuose, éclairée par les présences exceptionnelles d’Isabelle Gardien qui vient d’être exclue de la Comédie- Française et de Suliane Brahim toute nouvelle arrivée.

Cinq pièces qui dessinent des visages du monde,  nous sont données avec engagement et virtuosité par les comédiens français, et  nous donnent envie d’en savoir plus sur leurs auteurs et de les retrouver sur le plateau de la Comédie- Française ; un groupe de spectateurs engagés ont suivi toutes ces lectures et ont désigné leur préférée, à savoir  Barbelo, à propos d’enfants et de chiens de Biljana Srbljanovic.

 Françoise Du Chaxel

L’Age d’or du théâtre polonais

L’Age d’or du théâtre polonais
De Mickiewicz à Wyspianski, Grotowski, Kantor, Lupa, Warlikowski…
Dirigé par Agnieszka Grudzinska et Michel Maslowski

vbook250.jpg Publié dans le cadre des travaux du Centre de recherche sur les cultures et les littératures de l’Europe centrale, orientale et balkanique à l’Université de la Sorbonne Paris-IV, cet ouvrage rassemble un certain nombre de contributions au colloque organisé en 2006 autour du rituel dans le théâtre polonais. Il aborde à travers les articles des spécialistes du sujet polonais, français, italiens et slovaques, les divers aspects de la ritualité et ses manifestations dans les courants esthétiques qui ont marqué la création théâtrale polonaise depuis le XIXe siècle.
Faisant remonter, quelque peu arbitrairement, l’origine du théâtre polonais à la première moitié du XIXe siècle, et notamment à l’œuvre patriotique Les aïeux d’Adam Mickiewicz, poète et écrivain, émigré à Paris après l’échec de l’insurrection de 1830 contre l’occupant russe, on inscrit ainsi d’emblée ici les principales et les plus marquants créateurs du théâtre polonais dans l’héritage ou dans le sillage du drame romantique mickiewiczien.
« Tout est parti des Aïeux, quant au développement original du théâtre polonais, sans parler de son poids dans la culture et la spiritualité. » déclare Michel Maslowski, codirecteur de l’ouvrage. Ainsi le théâtre polonais sortirait-ils Des Aïeux, telle Athéna de la cuisse de Jupiter.
Structuré en sept parties, l’ouvrage aborde d’abord les questions de la méthodologie et de la tradition à travers des articles de Leszek Kolankiewicz sur l’approche du rituel, de Jean-Marie Pradier analysant le rituel dans le contexte de l’ethnoscenologie et de Michel Maslowski donnant en quelque sorte, à partir de son étude de la structure rituelle Des Aïeux et de ses conséquences esthétiques, une grille de lecture du théâtre polonais. De sorte que Les Aïeux serait à la fois l’équivalent de la « structure œdipienne » littéraire et la scène primitive du théâtre polonais.
Le point de vu ainsi orienté, on passe dans la deuxième partie de l’ouvrage à l’exploration de la mise en scène du drame romantique, prise en charge par Jacek Popiel, Marina Fabbri et Malgorzata Dziewulska.
Suive en troisième partie « Constellation Grotowski » les réflexions de Ludwik Flaszen sur les bases théoriques du travail de Grotowski, la mise en relation de l’acte de théâtre total de Grotowski et d’Artaud par Monique Borie, enfin un regard sur l’enseignement de Grotowski au Collège de France par Grzegorz Ziolkowski.
Au chapitre quatre « Constellation Kantor » Zbigniew Osinski enquête sur les postures de Kantor et de Grotowski face au théâtre symboliste de Stanislaw Wyspianski, Amos Fergombé questionne le rituel kantorien comme poïetique de dépassement de la mort et Gérard Conio brosse un pertinent tableau de la scène plastique polonaise comme métaphore du futur antérieur depuis Witkiewicz à Kantor et à Znorko.
La partie suivante regroupe diverses recherches rituelles dont celle de Leszek Madzik, avec sa compagnie Scena Plastyczna (par Dominika Larionow), les divers traitements scéniques de la ritualité dans Le Dibbouk (par Agnieszka Grudzinska), la démarche, entre anthropologie et art, de la compagnie Gardzienica (par Joanna Pawelczyk), le parathéâtre de Rena Mirecka, issue du théâtre laboratoire de Grotowski (par Magdalena Dos).
On enchaîne dans la partie suivante avec les approches des rapports au rituel et de ses formes dans la création actuelle chez Krystian Lupa et les créateurs dits « Brutalistes » : théâtre comme lieu de connaissance pour Krystian Lupa (par Grzegorz Niziolek) théâtre rimbaldien de Krzysztof Warlikowski (par Georges Banu), quête du rituel aujourd’hui (par Piotr Gruzczynski), le rituel de la mémoire au théâtre (par Mateusz Borowski et Malgorzata Sugiera).
En guise de conclusion, quelques témoignages français de Pierre Guicheney sur l’héritage de Jerzy Grotowski, de Katharina Seyferth, ancienne élève de Grotowski et de Charles Tordjman qui, affirmant que « le rituel est un jeu » met le point final à cet ouvrage apportant des analyses percutantes de certaines démarches et de leurs liens avec la ritualité mais aussi irritant par moments par la tendance coutumière des Polonais a s’auto admirer et à dresser des piédestaux aux grands génies de la patrie. L’importance attribuée à Mickiewicz et à son héritage me semble exagérée, tout comme la célébration de son génie et de son œuvre.
Cela me rappelle le « catéchisme littéraire » seriné aux écoliers polonais, les enjoignant d’admirer le grand poète polonais Adam Mickiewicz qui est grand puisque nous l’admirons, cela va de soi. Witold Gombrowicz, qui lui aussi curieusement se trouve ici inclu parmi les héritiers de Mickiewicz, met justement en dérision cette dévotion patriotique vouée au grand poète dans son roman Ferdydurke.
Parmi les héritiers « paradoxaux » des Aïeux de Mickiewicz figurent aussi Witkiewicz (sa révolte contre la tradition romantique étant considérée comme une forme de continuité), les metteurs en scène Jerzy Grzegorzewski, Krystian Lupa (pour la spiritualité qui imprègne ses spectacles), Krzysztof Warlikowski abordant l’homosexualité et les pulsions morbides de l’homme, Jan Klata montrant, dans une esthétique néoréaliste, la misère humaine dans les bas-fonds de la société.
La conception de l’acte théâtral comme « messe esthétique », la recherche de la ritualité seraient une spécificité du théâtre polonais selon Maslowski qui reconnaît tout de même que les Polonais n’en ont pas le monopole. Ils se distinguent en revanche par l’esprit mystique voire messianique, la religiosité exacerbée et un catholicisme sclérosé, obscurantiste, qui reprend d’ailleurs aujourd’hui du poil de la bête.
La spiritualité imprègne profondément le théâtre polonais, souligne à gros traits Maslowski, qui ne peut s’empêcher d’évoquer à cet égard les exploits théâtraux d’un certain Karol Wojtyla, alias Jean-Paul II, lui aussi évidemment héritier de Mickiewicz.
Et ce n’est pas tout. Rappelant la célèbre mise en scène des Aïeux par Kazimierz Dejmek en 1967 qui stigmatisait l’oppression soviétique et dont l’interdiction par le pouvoir communiste a provoqué des émeutes d’étudiants et les protestations des intellectuels, Maslowski fait remonter à cet événement la création du Comité de Défense des Ouvriers puis en 1980 le syndicat « Solidarnosc ».
De là on pourrait dire que les vers des Aïeux retentissants tels les trompettes qui ont fait tomber les murs de Jéricho, ont fait choir le mur de Berlin. Bref, il est grand temps de couper ce cordon ombilical enchaînant le théâtre polonais au poète, père de la nation et aux Aïeux.
Si le théâtre tire son origine du rite, du rituel, celui-ci n’est pas pour autant sa finalité.
« Dans le monde moderne, la ritualité apparaît de plus en plus comme un refuge de la vérité humaine face au mensonge du discours. Et au temps de la mort de Dieu elle est le lieu de la présence du sacré » dit Maslowski. Et si au lieu de se réfugier dans le rite on allait affronter, combattre, le mensonge du discours politique, idéologique, économique mais aussi celui des pseudo intellectuels et des guides spirituels, qui empoisonnent le monde dans lequel nous vivons ? Amen.

Quatre cahiers de photos intégrés dans le livre retracent l’histoire scénique de certaines œuvres fondamentales du théâtre polonais. Ainsi diverses mises en scène des Aïeux de Mickiewicz, de Libération et des Noces de Wyspianski, de Tango de Mrozek, du Mariage de Gombrowicz, plusieurs photos de spectacles de Grotowski, Kantor, Lupa, Warlikowski, etc.
Pas d’index qui serait pourtant utile, en revanche on y trouve d’amples notes biographiques des participants au colloque et des auteurs des articles avec une longue liste de leurs publications, titres et décorations.

Irène Sadowska Guillon

L’âge d’or du théâtre polonais de Mickiewicz à Wyspianski, Grotowski, Kantor, Lupa, Warlikowski…
Sous la direction d’Agnieszka Grudzinska et Michel Maslowski
Éditions de l’Amandier, Paris 2009
452 pages, prix 20 €

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