Le Conte de Noël

Le Conte de Noël de Dickens , adaptation et mise en scène de Peter Hinton.

     nacchristmascarol0062.jpgLe Conte de Noël de Charles Dickens vient de connaître une véritable renaissance pendant  les fêtes à Ottawa ,  avec deux pièces de théâtre, un film de Disney, et une lecture publique à l’ église, réalisée par une équipe de  journalistes du service anglais de  Radio-Canada . Dickens , oui mais   comment intéresser  un public, jeune et moins jeune,  lorsque la même histoire revient à plusieurs fois, et qu’il n’y a plus de surprises ,puisque tout le monde connaît déjà les moindres péripéties , et surtout le dénouement.  

  Peter Hinton, directeur artistique du théâtre anglophone au Centre des Arts,   a trouvé une solution artistique à la fois bouleversante et  visuellement  fascinante, tout en évitant le spectacle larmoyant  d’un petit Tim , martyrisé par le destin et moribond , selon la tradition  qui veut que les bourgeois bien nourris culpabilisent devant ce petit personnage attendrissant, incarnation même de l’esprit de sacrifice  tout à fait approprié à cette époque. Peter Hinton s’est  fait plaisir en donnant  libre cours à ses  obsessions  pour créer une  mise en scène somptueuse . Nous  retrouvons  des images inspirées du  film noir, du théâtre jacobéen , ( même au milieu du XIXe siècle,), du film d’horreur et du monde  délirant expressionniste d’esprits  troublés  comme celui de  Scrooge. 

  Hinton  a reconstitué un monde de cauchemars qui nous fait tous vibrer, avant de faire entrer la lumière salvatrice dans cet univers sinistre, incarnation  de la méchanceté.  Les personnages deviennent des ombres monstrueuses  projetées  sur le fond de scène ;  les grilles de fer imaginées par Sharp évoquent des prisons, des cliniques psychiatriques (Bedlam à l’époque), des  cimetières peuplés de fantômes, des églises glacées, des places publiques peuplées de pauvres mourant de froid et hurlant dans la nuit. 

  L’ensemble des acteurs devient  à la fois un chœur de narrateurs  qui prennent la parole à tour de rôle et qui entonnent des chansons authentiques de l’époque, sur une musique d’Allen Cole,  ce qui donne une tonalité d’oratorio, avec des voix qui se croisent, et qui se font écho en racontant les péripéties du méchant Scrooge et ses rencontres terrifiantes avec les esprits de Noël.

  Ce qui  frappe surtout, c’est la manière dont Hinton a mis en valeur le travail de sa nouvelle troupe permanente, dorénavant établie au Centre des arts.  Cet ensemble de dix huit artistes de langue anglaise, d’origine ethnique et de formation très  différente,  semble très prometteuse.  Venus des meilleurs théâtres du pays, ils ont une expérience professionnelle très variée, puisqu’ils côtoient des jeunes  comédiens sortant du conservatoire de Montréal, d’autres formés sur le tas  et  d’autres enfin qui  ont déjà joué au Festival de Stratford ( Canada). Ainsi , des acteurs de la côte Ouest, partagent la scène avec ceux de Toronto, Winnipeg, Ottawa et de la côte Est, phénomène rarissime  dans notre pays… C’est vraiment  la naissance d’ un théâtre de langue anglaise à l’échelle nationale .

  Cette première production nous a donné un avant-goût des possibilités de l’ensemble et des techniques de travail du metteur en scène qui a orchestré son ensemble d’ une main de fer et avec un sens de la chorégraphie  impeccable. La mise en scène de  Peter Hinton est fondée sur la présence d’un chœur et de Stephene Ouimette /Scrooge qui est mis en valeur par le jeu retenu de l’ensemble  des comédiens.  Ainsi, Ouimette ,  un habitué de grands rôles shakespeariens du Festival  de Stratford, a pu nous livrer les conflits de Scrooge – ses peurs, ses terreurs, ses explosions de bonté après la disparition  du dernier Esprit de Noël futur, -  et surtout nous donner à voir la transformation  du personnage , comme s’il s’agissait  d’ un  drame expressionniste à la manière de Strindberg dont le  héros évolue en passant par les chemin de croix de son calvaire personnel.

  Grâce au travail de Hinton, d’Ouimette et de toute la troupe, le moment d’illumination de Scrooge devient un événement  légendaire,  ce qui suffirait à justifier le retour  traditionnel de ce personnage   sur les scènes et sur les écrans du monde anglophone au moment de Noël.  Et Dickens aurait sans doute été ravi de voir ce spectacle. Ces jours-ci, Peter  Hinton se lance dans une autre expérience en mettant en scène Mère Courage. Reste à savoir si Brecht lui conviendra  autant… Bien sûr, on vous tiendra au courant.

 

Alvina Ruprecht

 

Centre national des arts d’Ottawa. Mère Courage sera jouée du 12 au 30 janvier.


Archive pour 2 janvier, 2010

Le Conte de Noël

Le Conte de Noël de Dickens , adaptation et mise en scène de Peter Hinton.

     nacchristmascarol0062.jpgLe Conte de Noël de Charles Dickens vient de connaître une véritable renaissance pendant  les fêtes à Ottawa ,  avec deux pièces de théâtre, un film de Disney, et une lecture publique à l’ église, réalisée par une équipe de  journalistes du service anglais de  Radio-Canada . Dickens , oui mais   comment intéresser  un public, jeune et moins jeune,  lorsque la même histoire revient à plusieurs fois, et qu’il n’y a plus de surprises ,puisque tout le monde connaît déjà les moindres péripéties , et surtout le dénouement.  

  Peter Hinton, directeur artistique du théâtre anglophone au Centre des Arts,   a trouvé une solution artistique à la fois bouleversante et  visuellement  fascinante, tout en évitant le spectacle larmoyant  d’un petit Tim , martyrisé par le destin et moribond , selon la tradition  qui veut que les bourgeois bien nourris culpabilisent devant ce petit personnage attendrissant, incarnation même de l’esprit de sacrifice  tout à fait approprié à cette époque. Peter Hinton s’est  fait plaisir en donnant  libre cours à ses  obsessions  pour créer une  mise en scène somptueuse . Nous  retrouvons  des images inspirées du  film noir, du théâtre jacobéen , ( même au milieu du XIXe siècle,), du film d’horreur et du monde  délirant expressionniste d’esprits  troublés  comme celui de  Scrooge. 

  Hinton  a reconstitué un monde de cauchemars qui nous fait tous vibrer, avant de faire entrer la lumière salvatrice dans cet univers sinistre, incarnation  de la méchanceté.  Les personnages deviennent des ombres monstrueuses  projetées  sur le fond de scène ;  les grilles de fer imaginées par Sharp évoquent des prisons, des cliniques psychiatriques (Bedlam à l’époque), des  cimetières peuplés de fantômes, des églises glacées, des places publiques peuplées de pauvres mourant de froid et hurlant dans la nuit. 

  L’ensemble des acteurs devient  à la fois un chœur de narrateurs  qui prennent la parole à tour de rôle et qui entonnent des chansons authentiques de l’époque, sur une musique d’Allen Cole,  ce qui donne une tonalité d’oratorio, avec des voix qui se croisent, et qui se font écho en racontant les péripéties du méchant Scrooge et ses rencontres terrifiantes avec les esprits de Noël.

  Ce qui  frappe surtout, c’est la manière dont Hinton a mis en valeur le travail de sa nouvelle troupe permanente, dorénavant établie au Centre des arts.  Cet ensemble de dix huit artistes de langue anglaise, d’origine ethnique et de formation très  différente,  semble très prometteuse.  Venus des meilleurs théâtres du pays, ils ont une expérience professionnelle très variée, puisqu’ils côtoient des jeunes  comédiens sortant du conservatoire de Montréal, d’autres formés sur le tas  et  d’autres enfin qui  ont déjà joué au Festival de Stratford ( Canada). Ainsi , des acteurs de la côte Ouest, partagent la scène avec ceux de Toronto, Winnipeg, Ottawa et de la côte Est, phénomène rarissime  dans notre pays… C’est vraiment  la naissance d’ un théâtre de langue anglaise à l’échelle nationale .

  Cette première production nous a donné un avant-goût des possibilités de l’ensemble et des techniques de travail du metteur en scène qui a orchestré son ensemble d’ une main de fer et avec un sens de la chorégraphie  impeccable. La mise en scène de  Peter Hinton est fondée sur la présence d’un chœur et de Stephene Ouimette /Scrooge qui est mis en valeur par le jeu retenu de l’ensemble  des comédiens.  Ainsi, Ouimette ,  un habitué de grands rôles shakespeariens du Festival  de Stratford, a pu nous livrer les conflits de Scrooge – ses peurs, ses terreurs, ses explosions de bonté après la disparition  du dernier Esprit de Noël futur, -  et surtout nous donner à voir la transformation  du personnage , comme s’il s’agissait  d’ un  drame expressionniste à la manière de Strindberg dont le  héros évolue en passant par les chemin de croix de son calvaire personnel.

  Grâce au travail de Hinton, d’Ouimette et de toute la troupe, le moment d’illumination de Scrooge devient un événement  légendaire,  ce qui suffirait à justifier le retour  traditionnel de ce personnage   sur les scènes et sur les écrans du monde anglophone au moment de Noël.  Et Dickens aurait sans doute été ravi de voir ce spectacle. Ces jours-ci, Peter  Hinton se lance dans une autre expérience en mettant en scène Mère Courage. Reste à savoir si Brecht lui conviendra  autant… Bien sûr, on vous tiendra au courant.

 

Alvina Ruprecht

 

Centre national des arts d’Ottawa. Mère Courage sera jouée du 12 au 30 janvier.

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