La Ballade de la geôle de Reading

La Ballade de la geôle de Reading d’Oscar Wilde, mise en scène de Céline Pouillon.

  laballadementionobligatoirethierrycohenpourlacompagniecelinepouillon.jpg Oscar Wilde ( 1863-1900) est  l’auteur irlandais – comme Beckett et combien d’autres dramaturges de langue anglaise- de comédies pétillantes  comme L’Eventail de Lady Windermerle, Un femme sans importance ou Il importe d’être Constant mais aussi de textes esthétiques et de cette fameuse Ballade de la Geôle de Reading où il fut enfermé, entre autres prisons britanniques, pendant deux ans,   à la suite d’une condamnation pour homosexualité.. après un procès qu’il intenta au  père de son jeune amant, Sir Alfred Douglas et qui se retourna contre lui… Comme l’explique très bien Odon Vallet dans un essai  intitulé avec beaucoup d’humour  L’ Affaire Oscar Wilde ou Du danger de laisser la justice mettre le nez dans nos draps
Libéré en 97, Wilde s’en ira près de Dieppe et mourut dans la misère à Paris  d’une méningite trois ans plus tard. La Ballade  de la Geôle de Reading a comme point de départ la prochaine  pendaison d’un jeune officier, Charles Thomas Wooldridge qui , un soir d’ivresse,  a étranglé sa femme, et qui fut exécuté puis enterré dans l’enceinte même de la prison de  Reading, quelques mois après son arrestation.
C’est sous  la forme d’une ballade avec ses vers lancinants, en octosyllabes alternant avec des hexasyllabes,  que Wilde a choisi de parler de cette lamentable histoire. Mais c’est surtout le prétexte pour l’écrivain  de nous confier une  réflexion poétique sur la vie, l’amour , le crime et  la mort de ce prisonnier comme lui , qu’il trouve si peu différent des autres hommes, même s’il est passé à l’acte, dans sa folie d’aimer. Wilde, pour qui » vivre est la chose la plus rare, alors que la plupart se contente d’exister » , ne veut surtout pas juger :  » Il avait tué son amour. Pourtant chacun tue ce qu’il aime, (…) Certains le tuent quand ils sont jeunes , certains à l’âge de la mort. Le plus humain prend un couteau pour que le froid aussitôt gagne le corps ».
Wilde dit aussi avec précision et poésie à la fois, les choses du quotidien de la prison: le regard des matons dans l’oeilleton des cellules, « étonnés de voir prier des hommes qui n’avaient jamais prié »,  la « petite tente bleue qu’est le ciel pour les prisonniers », et , après l’exécution du malheureux officier, « la chaux ardente qui,  très lentement, ronge chair et os ,tour à tour pendant la nuit les os cassants ,et la chair tendre pendant le jour ».   Céline Pouillon a choisi de mettre en scène cette ballade de la façon la plus sobre possible, et elle a eu raison.

  Un plateau nu et deux comédiens: sa soeur jumelle Julie Pouillon et Stanislas Nordey; elle a réalisé un beau travail sur la langue et la métrique de cette Ballade; et cette méditation grave est remarquablement dite, avec beaucoup de précision et de rigueur, mais sans  excès ni pathos. Avec juste, quelques phrases musicales ; et c’est une bonne idée d’avoir réparti le texte entre un homme et une femme, puisqu’il s’agit finalement de la conclusion tragique d’un amour malheureux, comme toutes les époques en ont connu.
On ressort de là  assez secoué par  les images que Céline Pouillon a réussi à faire surgir du texte de  Wilde, qui,  bien connu, acquiert une véritable dimension théâtrale quand il est porté à la scène de cette façon. Au chapitre des petites réserves:  la corde qui pendouille dans le fond, éclairée par un pinceau lumineux et les deux palettes l’une sur l’autre pour figurer les murs de la  prison n’ont strictement  n’a aucun intérêt.
Comme Céline Pouillon, doit tenir à ses idées, c’est sans doute  vain ( mais on le lui dit quand même) de lui suggérer de gommer ces deux éléments et d’habiller sa soeur autrement qu’avec cette  longue robe rouge, très belle mais assez chicos: le symbole est un peu gros, d’autant que Nordey a lui, une veste et un pantalon en coton, très usagés. Un costume qui détonne un peu et même beaucoup- dans ce dépouillement, c’est dommage. Notre cher maître à tous:  Roland Barthes que nous citons souvent quand il s’agit de costumes, n’aurait sans doute pas apprécié…
Mais que ces surlignages inutiles ne vous empêchent surtout  pas d’aller voir ce spectacle qui possède la vertu, si singulière aujourd’hui,  d’être à la fois court et d’une  densité assez exceptionnelle..

Philippe du Vignal

 

Maison de la Poésie,  jusqu’au 6 février du mardi au jeudi à 20 heures et le dimanche à 16 heures.


Archive pour 9 janvier, 2010

Monsieur Schmitt

 Qui est Monsieur Schmitt de Sébastien Thiery, mise en scène de José Paul et Stéphane Ortega.

      qems074.jpgC’est un salon/salle à manger d’un appartement bourgeois. Monsieur Bélier , ophtalmologiste  de son état et son épouse Madame Bélier dînent calmement en tête à tête. Mais le téléphone sonne… Bizarre, puisque les Bélier ne sont pas abonnés au téléphone, et que l’on demande un certain M. Schmitt.. Bien entendu, M. Bélier répond qu’il n’est pas ce M. Schmitt.
Les ennuis vont donc commencer, puisqu’ils s’aperçoivent que le portrait de la mère de monsieur a fait place à  une grande photo de berger allemand, et que les livres ni les vêtements ne sont les leurs. Quant à la porte, de l’appartement qui s’ouvre sur le couloir (?),  elle refuse de s’ouvrir: ils seraient donc enfermés à clé dans l’appartement de quelqu’un d’autre qui serait aussi le leur?
Tout cela, dès les premières minutes,  manque totalement de vraisemblance qui, paradoxalement, est la condition sine qua non,  quand on veut rendre crédible une situation absurde! Le moindre  réalisateur américain de séries télé sait cela depuis l’Université! M. Bélier va  s’apercevoir en fouillant dans une caisse de papiers qu’il est bien chez Monsieur Schmitt,  dermatologue , et décide d’appeler la police. Un agent se présente donc et lui intime l’ordre de décliner sa véritable identité;  M.  Bélier va commencer à mentir et à se considérer comme M. Schmitt. Jusqu’au moment où un psychiatre viendra l’examiner sur ordre de la police….
On l’aura deviné: il s’agit d’une comédie  sur la perte d’identité et l’absurdité d’un monde sans repères où la folie et la descente aux enfers ne sont  pas loin. Sommes-nous bien les êtres que nous nous imaginons être ou bien ceux que les autres  voient en nous?  Tiens, tiens, cela rappelle quelque chose… « Comme c’est curieux, comme c’est bizarre et quelle coïncidence  » disait Ionesco dans La Cantatrice chauve d’illustre mémoire. Il  avait ainsi créé des personnages  Monsieur et madame Smith qui accueillent un couple d’amis, les Martin: l’homme et la femme  ne se connaissent  pas et  pourtant  découvrent qu’ils habitent la même rue, le même immeuble, le même appartement et qu’ils  dorment dans le même lit donc qu’ils sont mariés ensemble.
Oui, mais Sébastien Thiéry n’a pas, mais pas  du tout , la fibre de ce comique absurde qu’avait admirablement mis au point Eugène Ionesco et il  dit lui-même avec beaucoup de lucidité qu’il n’est pas « un grand auteur mais un auteur « gentillet ».
Effectivement, le scénario de sa pièce est des plus faibles, pour ne pas dire inexistant, les personnages sont transparents et peu crédibles, les situations jamais exploitées, les dialogues d’une platitude accablante ; quant à  la mise en scène , elle est sans aucun intérêt. Et il fallait  toute la présence de Richard Berry qui ne semblait pas hier très à son aise pour essayer de sauver ce qui pouvait encore l’être. Mais il y a surtout Raphäelline Goupilleauqui sauve la situation : l’ironie, le second degré, l’intelligence et la sensibilité qu’elle déploie pour donner du corps à son  personnage inexistant sont de tout premier ordre!
Chapeau, c’est d’un grand professionnalisme, et c’est une véritable leçon que les jeunes comédiens pourront retenir: comment , dans ce cas-là, faire  face courageusement et jouer son personnage  comme dans un un grand classique; la comédienne arrive même à tirer quelques rires d’un public un peu endormi par cette soupe  fade d’une heure et demi. Et  mieux vaut oublier le reste de la distribution : Chuck Ortega et Sébastien Thiéry ne font  pas le moindre effort pour être  convaincants. Et cela va cahin-caha pendant quatre vingt dix minutes; la vérité oblige à dire qu’une petite partie du public rit par moments. Mais quel ennui,  la plupart du temps!

  Reste un mystère comme on en voit parfois dans le théâtre parisien : comment Richard Berry, acteur chevronné,  a-t-il pu trouver la pièce intéressante? Et, au point de vouloir la jouer? Au point de faire mentionner son seul nom avec celui des deux metteurs en scène sur les tickets d’entrée?  Si, si,  c’est vrai!!!!! A moins qu’il ne s’agisse d’une garantie contractuelle, puisque les spectateurs semblent bien être venus pour lui? Et pourquoi le Théâtre de la Madeleine l’a-t-elle programmée? On se demande aussi  comment le spectacle a pu tenir pendant plusieurs mois! Surtout,  quand les places sont de 22 à 57 euros ( sic). La crise, visiblement, n’atteint pas un  public sans doute peu exigeant, et d’une rare indulgence. Enfin, comme les représentations vont bientôt finir et que vous n’irez sûrement pas, alors autant en emporte la bise et la neige de janvier..
Vous me répliquerez sans doute: pourquoi vous être aventuré  jusque là,  pour voir  pareille niaiserie? Parce que on nous l’a proposé à la dernière minute et  que traverser tout Paris comme prévu ne nous  tentait pas, vu la température et  pour découvrir un  auteur que nous ne connaissions pas.  Aussi, pour Richard Berry que nous n’avions pas vu sur une scène depuis un moment , et pour revoir Raphäelline Goupilleau  qui jouait dans Mathilde  l’an passé.

  Attendons dans ce même théâtre, Maison de Poupée, mise en scène de Michel Fau avec Audrey Tautou: là, il y aura au moins un vrai texte.. .et un scénario qui tient la route depuis plus d’un siècle.

 

Philippe du Vignal

 


Théâtre de la Madeleine jusqu’au 16 janvier.

 

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