Un sapin chez les Ivanov
Un sapin chez les Ivanov, d’Alexandre Vvedenski, mise en scène d’Agnès Bourgeois.
C’est la veille de Noël : les enfants, de deux à quatre-vingt-deux ans, attendent avec impatience l’illumination et les cadeaux. Allons, il faut être propre pour la fête : la nurse donne le bain, et décapite, avec la hache qui servit couper le sapin, l’un (l’une) de ces enfants exaspérants. Procès, mort, etc… Le parti pris de l’auteur, membre fondateur comme Daniil Harms et Kasimir Malevitch du mouvement Oberiou (1928) est celui de « l’art réel » : « Dans notre création, nous élargissons et approfondissons le sens de l’objet et du mot, mais nous ne le détruisons en aucune manière ». Cela donne une poésie étrange, tendre et désespérée, avec tout le charme de la littérature enfantine, à laquelle les Oberiouty ont été du reste condamnés par la censure soviétique, avant d’être condamnés tout simplement par la justice et de disparaître.
On entend dans Un sapin chez les Ivanov une folie douce – quoique très grave – , attentive à une pensée préconsciente, remise à sa place dans le réel, et au monde du rêve et du cauchemar.
La mise en scène d’Agnès Bourgeois, la scénographie de Didier Payen et les masques et costumes de Laurence Forbin, gardent cet esprit d’enfance : le décor de bois brut suggère davantage le jeu de construction que le cercueil, de doux masques, dodelinant comme des oreillers, font de grosses têtes de bébés aux acteurs.
On pense à Lewis Carroll, à Robert Walser, à James Matthew Barrie, et aux auteurs qui ont trouvé dans l’enfance le terrain de l’interrogation métaphysique “être ou ne pas être“, entre la naissance et la mort, au rythme d’une pendule capricieuse. Un Sapin chez les Ivanov constitue un spectacle original, d’une précision impeccable, réglé en douceur, et qui laisse une étrange impression onirique.
Christine Friedel
Centre dramatique de Montreuil jusqu’au 22 janvier.
