La Consolation de Sophie

La Consolation de Sophie de Dominique Paquet, mise en scène de Patrick Simon.

consolation2photolot.jpg  La pièce de Dominique Paquet à l’origine est le fruit d’une visite faite de deux philosophes Michelle Brûlé et Dominique Paquet  dans des  classes d’enfants des Ulis et de Nanterre auxquels elles ont posé des questions du genre: qu’est-ce qui fait peur? Qu’est-ce qui chagrine? Qu’est-ce qui console? Dominique Paquet a donc tiré des témoignages une  fiction  pour  deux personnages: Sophie,  une philosophe-forcément avec un prénom pareil-jouée par Dominique Paquet qui va essayer de consoler Trita de ses doutes , de ses interrogations  et de lui redonner la force de vivre .
La consolation est un thème qui a inspiré les  philosophes-Boèce en particulier-  comme les  dramaturges entre autres:  Shakespeare, Calderon et…  Ionesco  qui écrivait avec juste raison qu » en dehors de l’enfance et de l’oubli, il n’y a que la grâce qui puisse vous consoler d’exister ».
Cette Consolation de Sophie se passe en sept nuits où Sophie se met  à l’écoute de la petite Trita pour essayer de lui  donner ce qu’elle ne peut trouver seule, le sourire et la joie d’exister, quand elle  a peur de la vie qui l’entoure. Et,  nous dit  Dominique paquet , ce n’est pas le petit écran de télé avec ses balivernes qui lui apportera, comme on dit,un peu de baume au coeur mais la parole bienfaisante de l’adulte attentif.
Il y a un bel écran rond qui surplombe le plateau où ,au début de chaque séquence, s’inscrit  le  titre avec quelques belles images, notamment celles magnifiques d’un phare avec une mer déchainée:  pour une fois, la vidéo a un sens et n’est pas  envahissante. Le texte est bien écrit,  et la mise en scène de Patrick Simon a le rythme et la précision nécessaire.
Mais… la grande salle des Ulis  n’est sûrement pas le lieu idéal pour recevoir un spectacle comme celui-ci où les intentions de jeu se perdent: si Dominique Paquet , comédienne aguerrie,  sait où elle va et tire facilement son épingle du jeu, Jessica Monceau, elle,  joue en force, minaude et ne semble vraiment pas à l’aise.  Ce qui plombe un peu le spectacle, puisqu’il  repose sur le seul échange entre Sophie et l’enfant- sauf à un moment où un jeune homme apparaît  en ombre chinoise. Bref, La Consolation de Sophie est un spectacle honnête mais qui demande sans doute une sérieuse  mise au point quant au jeu , et qu’il faudrait aussi  voir  dans de meilleures conditions…

Philippe du Vignal

Le spectacle a été créé à l’Espace culturel Boris Vian, scène conventionnée des Ulis pour le jeune public,  le 12 et le 13 janvier et sera repris à Nanterre le mardi 11 et le mercredi 12 mai.


Archive pour 13 janvier, 2010

OBLUDARIUM

OBLUDARIUM, conception :  Matej et Petr Forman, mise  en scène de Petr Forman.

  obludariumcraynauddelage.jpg Formés à l’École du théâtre de marionnettes de Prague, les deux frères  ont fait leur apparition en France au moment de la Révolution de velours, ont  travaillé avec Dromesko dont ils partagent l’esprit poétique. Leur Opéra baroque créé en 1992 a fait le tour du monde. Obludarium, c’est une succession de moments magiques dans un adorable petit chapiteau, une vraie caverne d’Ali-Baba, où on nous introduit dans la pénombre, en équilibre fragile à cheval sur un étroit tabouret peu propice au sommeil. Et c’est à un beau rêve éveillé auquel nous sommes conviés par seize  étonnants personnages surgis des livres de contes tchèques, des peintures de Picasso, de Chagall, et des dessins de Georg Grosz.
On ne peut décrire toutes les fulgurances, seulement évoquer ces trois personnages à grosses têtes et leurs petites chaises qui ne veulent pas rester sur le plateau, sans cesse remis en scène doucement par Monsieur Loyal, la chevauchée fantastique sur un somptueux cheval de bois, les ballets sur un vertigineux plateau tournant, les tours de force du massif Hercule. On  regrette l’ aspect un  peu décousu de cet Obludarium qui reste du grand art,  mais  l’accent tchèque des présentateurs est craquant. Le public est fasciné, des plus petits aux plus grands. L’Espace Cirque d’Antony les a invités pour dix  représentations jusqu’au 17 janvier; il n’y a plus de place, mais ne les ratez pas à l’avenir !

Edith Rappoport

 

 

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obludariumcraynauddelage11.jpg   Ce qui est sans doute le plus bouleversant dans ce spectacle, c’est le fabuleux univers  plastique dont parle Edith Rappoport et qui vient tout droit, semble-t-il, de l’univers de  Werich et Voskovec, jeunes clowns des années 30  ( Woskovec dont la grand-mère Adrienne Denoncin, était d’origine champenoise et le grand père Sobeslav Pinkas était un grand peintre tchèque)  . Ils   furent les figures de proue du Théâtre libéré de Prague,où travailla un temps Vlaclav Havel , où ils évoluaient dans un décor qui faisait partie intégrante de la représentation*. Comme ici, dans ce petit chapiteau merveilleux déjà de poésie à l’extérieur, dont on voit de loin les mosaïques peintes qui contrastent avec la neige au sol,  et où l’on se sent si bien une fois entré. Des lumières de lanternes, les spectateurs très serrés autour de la piste au plateau tournant, et une  complicité exceptionnelle avec les artistes. Il y a, entre autres ,  deux moments fabuleux de poésie : ceux où le Monsieur Loyal  qui ne réussit à s’exprimer que par des borborygmes qui font la joie des enfants, a le plus grand mal à maîtriser les entrées de trois personnages-deux hommes et une femme- aux grosses têtes chauves et aux yeux exorbités, qui, assis sur de très petites chaises rouge foncé,  ne tiennent pas en place. C’est techniquement parfait dans la tradition tchèque mais aussi   émouvant et drôle, et ces têtes en carton  sont d’étonnantes et d’admirables  sculptures qui doivent être absolument sauvegardées et qui, on peut l’espérer, iront un jour prendre une retraite bien méritée dans un musée du théâtre. Elles rappellent à la fois certains dessins de Grozs mais aussi, plus près de nous, les grandes marionnettes du célèbre Bread and Puppet  américain de Peter Schumann.
Et il y a aussi  ce merveilleux  cheval en bois, que l’on apporte des coulisses, à plat sur le sol et qui, magiquement, d’un seul coup, va s’élever suspendu par un câble et  se mettre à galoper dans la brume , chevauché par une jeune acrobate.Des images comme cela, il n’y a pas beaucoup de compagnies françaises qui seraient capables de nous les offrir…Les références plastiques ne manquent pas mais celle qui viennent immédiatement à l’esprit sont Le célèbre Cheval écorché de Fragonard que l’on peut voir au Musée de l’Ecole vétérinaire de Maison-Alfort,  et celui  non moins célèbre  du Maréchal Pilsudski- imaginé par Tadeusz Kantor pour son spectacle  Qu’ils crèvent les artistes ( aux  obsèques de celui qui fut en 1921 l’artisan de l’autonomie de la Pologne, dit Kantor, on fit entrer son cheval, en ultime hommage à son maître,  dans la cathédrale de Cracovie).

 

Certes,  la mise en scène de cet  Obludarium est un peu cahotante et certains gags se répètent mais, que ne pardonnerait-on pas pour voir des images de cette intelligence et de cette sensibilité!

Philippe du Vignal

* Avec un peu de chance, vous pouvez arriver à trouver Le Théâtre libéré de Prague, excellent livre de Danièle Monmartre, édité par l’institut d’Etudes slaves (1991) qui retrace l’aventure mythique de cette scène poético-constructiviste.

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