Le Cas Jekyll

Le Cas Jekyll , adaptation de Christine Montalbeltti de Dr Jekyll et M. Hyde de Robert Louis Stevenson, mise en scène de Denis Podalydès et d’Emmanuel Bourdieu.

     resizesmmedia1fichierjekyll2.jpgRobert Louis Stevenson, l’auteur britannique de L’Ile au Trésor fit paraître en 1886 sa fameuse nouvelle Docteur Jekyll et M. Hyde qui connut depuis plus de cent ans, nombre  d’adaptations au  théâtre , au cinéma, à la télévision, en bandes dessinées comme en chansons. A part Faust, il n’y a sans doute pas eu de  mythe plus célèbre que celui créé par cet écrivain. Et  ce médecin  obsédé par l’idée du bien et du mal , qui met au point une sorte de drogue pour l’aider à plus de clairvoyance, et qui, finalement, se laisse emporter par son double horrible et monstrueux qu’est M. Hyde,  n’a pas fini de nous hanter, chaque époque renouvelant le personnage…
  Donc, Denis Podalydès,  devenu l’acteur fétiche de la Comédie-Française et que l’on a pu voir récemment dans L’Avare,  s’est emparé à son tour du personnage dans une sorte de récit/monologue, en fait réécrit par Christine Montalbetti où l’on nous raconte l’histoire de ce  Dr Jekyll qui va se transformer en M. Hyde ,incapable de résister à ses pulsions malfaisantes  et criminelles comme disent tous les assassins devant  les tribunaux. Dans une sorte de dédoublement de la personnalité que nous avons tous ressenti à certains moments de notre vie.  Podalydès se transforme ainsi avec virtuosité, avec seulement un gant plein de poils hirsutes  et une perruque, en M. Hyde.
  Dans une chambre sordide,  éclairée d’une lumière glauque où il nous détaille d’un air complice ses tribulations,  avant de se mettre à frapper violemment un édredon, métaphore du corps qu’il est en train de saigner à mort. Et, quand il s’avance, dans une sorte de danse de mort,  le corps un peu disloqué, juste appuyé sur deux cannes, comme une marionnette, il est aussi  franchement inquiétant que fascinant. Du grand art d’acteur.
  Ce type de double personnage est évidemment du gâteau pour un comédien brillant comme Denis Podalydès, seul en scène,  qui joue constamment sur cette dualité profonde de l’être humain, et sur la lente déchéance qui va conduire le Docteur Hyde à sa perte.
Rien à dire : la prestation du comédien est brillante, un peu trop parfois,, comme si Denis Podalydès se laissait entraîner et  voulait nous prouver qu’il peut  passer facilement du vieux grigou d’ Harpagon à celui de ce double personnage.
Ce monologue a été conçu pour lui, mais disparaissent,  en même temps,  la trame réelle et  les  détails angoissants qui font le charme de la longue nouvelle… Le public est admiratif mais ne semble pas quand même vraiment convaincu par cette adaptation qui semble quand même un peu ( beaucoup?)  faite pour une démonstration d’acteur.

   Enfin, cela fait quand même du bien de voir la Salle Gémier bourrée à craquer, même par ces temps de froidure, et  rendue au théâtre, loin des mises  en scène approximatives et assez prétentieuses  de Jean-Baptiste Sastre et des ersatz de spectacles de Sophie Perez, programmés par Ariel Goldenberg, l’ancien directeur de Chaillot. Alors  à voir: oui, si vous voulez voir Denis Podalydès, plus brillant que jamais;  sinon, il y a sans doute d’autres priorités…

Philippe du Vignal

Théâtre national de Chaillot, T: 01-53-65-30-00 jusqu’au 23 janvier.
  

 


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