LE COURONNEMENT DE POPPÉE

LE COURONNEMENT DE POPPÉE opéra de Claudio Monteverdi, livret de Giovanni Busenello, direction musicale deJérôme Correas, mise en scène de Christophe Rauck.

              4415md.jpgL’ARCAL, fondée par Christian Gangneron au début des années 1980, une vraie compagnie lyrique a su « rendre l’art lyrique vivant et actuel pour nos contemporains, y compris ceux qui se pensent les plus éloignés de notre monde…». Le couronnement de Poppée ouvre leur 27 ème  saison, cet opéra de Monteverdi,  vieux de plus de trois cent cinquante ans,  est donné, chose rarissime, pour 23 représentations en banlieue parisienne mais aussi à  Besançon, Reims et Martigues;  la dernière est  à Villejuif le 9 avril.  A ne pas manquer !
C’est la première réalaisation lyrique de Chistophe Rauck,, directeur du Théâtre Gérard Philipe  de Saint Denis, metteur en scène  remarquable (entre autres Le rire des asticots de Cami et un beau spectacle sur Nougaro L’araignée de l’Éternel).

Avec l’Ensemble des Paladins- neuf instrumentistes dont viole de gambe et théorbe- dirigé par Jérôme Correas, et douze  chanteurs qui s’imposent, ce spectacle est un pur délice musical. Néron,  tombé amoureux de Poppée, doit répudier Octavie qu’il déclare frigide et stérile. Son précepteur Sénèque veut l’en empêcher mais  il le condamne à mort. Poppée vient d’abandonner Othon qui se désespère et se réfugie dans les bras de Drusilla. Celle-ci lui prêtera ses vêtements pour tenter d’assassiner Poppée sur ordre d’Octavie. Découverts, ils seront graciés et condamnés à l’exil par Néron qui couronnera sa Poppée.    Maryseult Wieczorek,  bonne soprano très féminine qui interprète le rôle de Néron conçu pour un contre-ténor, peine à s’imposer au début , mais on se laisse vite  fasciner par son personnage: un  monstre amoureux qui ne recule devant rien pour satisfaire ses passions. Les protagonistes,  comme les personnages secondaires, donnent un relief étonnant à cette conquête amoureuse.  La scénographie d’Aurélie Thomas , décalée par moments- on passe des draperies de la gondole dorée qui doit emporter les amoureux, à un tableau fellinien avec  scooter et à l’incendie du globe autour duquel Néron s’enivre de son pouvoir- offre un cadre effficace  à la mise en scène  de Christophe Rauck. C’est du beau, du vrai, du grand théâtre lyrique.

Edith Rappoport

www.arcal-lyrique.fr

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Le couronnement de Poppée
Opéra de Claudio Monteverdi
Direction musicale Jérôme Corréas, mise en scène Christophe Rauck


2010 sera-t-elle l’année de la démocratisation culturelle ? Si la création d’un opéra à Saint-Denis (93) tend à prouver que l’espoir est permis, le succès qu’il remporte atteste le bien-fondé de cette initiative. Car ce spectacle est tout simplement exceptionnel.
Non, l’opéra n’est pas réservé aux seuls initiés ou aux élites. Christophe Rauck, directeur du TGP et metteur en scène, et Jérôme Corréas, directeur des Paladins, les interprètes, ont conjugué leurs efforts pour faire de ce chef-d’œuvre baroque un remarquable spectacle contemporain. L’argument en est simple : Néron et Poppée sont farouchement amoureux, et décident d’éliminer tout ce qui entravera leur projet de mariage. Ainsi, Octavie, la femme de Néron, sera répudiée ; Sénèque, le philosophe précepteur gênant parce qu’il exhorte à la raison, se suicidera avant d’être assassiné ; Othon, le chevalier amoureux de Poppée, sera envoyé en exil. Les machinations réussies, Poppée est couronnée impératrice.
Ici, les passions l’emportent sur la raison, la violence sur la tempérance, les puissants sur ceux qui ne sont rien. La souffrance, le mépris et la solitude finissent d’être pulvérisés par la vengeance, la volonté et la toute-puissance des amants terribles. D’ailleurs, le texte de Monteverdi comprend de superbes passages sur l’exercice du pouvoir, la loi, l’usage de la force, et bien sûr, la passion amoureuse dont la métaphore incandescente embrase concrètement toute la pièce.
Les chants sont sublimes et incarnés avec une grande justesse. Les interprètes, très expressifs, sont irréprochables : Poppée est gracieuse, Drusilla sensuelle, Néron viril, Octavie superbe et digne…
L’esprit espiègle de Christophe Rauck a tout imprégné : c’est une femme exsangue, blême, chauve et en fauteuil roulant qui incarne Fortune ; c’en est une autre, aveugle et voilée, qui incarne Amour. La nourrice,  la demoiselle, Lucain, Néron, sont joués par des hommes.
La scénographie fait s’alterner des décors qui sont autant d’hommages à l’esprit subversif du baroque : grand panneaux imitant le ciel ou représentant plantes et animaux sur un fond or, globe doré en cage (le monde est cerné) qui à la fin s’enflamme littéralement (la passion brûle tout);  au faste du carnaval vénitien : gondoles, masques, travestissements ; au dépouillement le plus extrême : cierges brûlant chez Sénèque comme dans un temple, et au cinéma italien des années 50 : Vespa, images de Rome et robe à pois évoquent La Dolce Vita ou Vacances Romaines.
Encore une fois, Christophe Rauck n’a donc pas tari en inventivité, ni l’ensemble des Paladins épargné sa peine pour réaliser un très beau moment.
La durée de la représentation, plutôt courte (trois heures en tout), et la simplicité de l’intrigue rendent cet opéra vraiment accessible, même aux plus néophytes. L’attention soutenue des adolescents ce soir-là, le déluge d’applaudissements et l’ovation finale sont l’expression la plus évidente de sa réussite.

Barbara Petit

Du 8 au 20 janvier au théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis puis en tournée jusqu’avril 2010 à Vélizy, Reims, Besançon, Nanterre, Beynes, Clamart, Le Vésinet, Angoulême, Martigues, Guyancourt, Villejuif.


Archive pour 15 janvier, 2010

Deux voix, Pier Paolo Pasolini/Cor Herkströter

 Deux voix, Pier Paolo Pasolini/Cor Herkströter, mise en scène Johan Simons

   unevoix.jpgDeux voix, et une demi-douzaine de discours : la voix multiple du capitalisme, sous les avatars de l’homme politique, de l’homme de main, de l’entrepreneur, du journaliste porte-parole des valeurs marchandes, et d’un autre côté  la voix mal assurée de l’intellectuel, sous les espèces de la soumission, de la maladresse ou de la provocation, tout cela à la fin d’un banquet, sorti de diverses potions magiques alcooliques.
Ce qu’on entend, c’est l’amoralisme tranquille, l’irresponsabilité du profit pour le profit, la fuite en avant d’un dirigeant comme ce Cor Herkströker, président de la Shell, co-auteur du spectacle avec ses authentiques discours. Sûr de soi et dominateur. Face à ce rouleau compresseur, la pensée critique ne peut qu’être effarée, balbutiante, quand elle n’est pas honteuse et complice : là-dessus, avec sa lucidité jamais prise en défaut, Pasolini ne nous laisse aucune illusion.
L’acteur et le spectacle non plus, mais la critique passe par le rire. Pas à gorge déployée : on reste plutôt dans le hoquet de cette fin de banquet sans retenue. On est fasciné par  Jeroen Willems, qui joue tous les rôles, par sa virtuosité (d’autant plus qu’il est néerlandais et joue en français), parfois poussée jusqu’au cabotinage, par sa précision. Les passages d’un personnage à un autre constituent de précieux moments de théâtre : l’acteur prend le temps de trouver la situation qui amène ce changement, de se donner un nouveau visage, un nouveau rire, une nouvelle élocution, et de répondre aux personnages qu’il vient de quitter.
Exploit théâtral. Et aussi image terrifiante d’un monde unipolaire : où l’on voit des “autres“, alors qu’ il s’agit bien du même. Heureusement, un ou deux gestes en rupture (on ne vous les dira pas, allez voir vous-même) brisent cette continuité. On admire, on rit un peu; l’apologue sur le bien gagné en passant par le mal, dit par l’acteur en semi-travesti exhibitionniste, est un peu long. Mais on reste glacé par l’actualité de la pièce, jouée pour la première fois en 1997, présentée en français à Avignon en 2004 : crise boursière, G 20, Copenhague, font résonner encore et encore ces Deux Voix.

Christine Friedel

 

Théâtre des Amandiers Nanterre – jusqu’àu 10 février. 01 46147000

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