Deux voix, Pier Paolo Pasolini/Cor Herkströter

 Deux voix, Pier Paolo Pasolini/Cor Herkströter, mise en scène Johan Simons

   unevoix.jpgDeux voix, et une demi-douzaine de discours : la voix multiple du capitalisme, sous les avatars de l’homme politique, de l’homme de main, de l’entrepreneur, du journaliste porte-parole des valeurs marchandes, et d’un autre côté  la voix mal assurée de l’intellectuel, sous les espèces de la soumission, de la maladresse ou de la provocation, tout cela à la fin d’un banquet, sorti de diverses potions magiques alcooliques.
Ce qu’on entend, c’est l’amoralisme tranquille, l’irresponsabilité du profit pour le profit, la fuite en avant d’un dirigeant comme ce Cor Herkströker, président de la Shell, co-auteur du spectacle avec ses authentiques discours. Sûr de soi et dominateur. Face à ce rouleau compresseur, la pensée critique ne peut qu’être effarée, balbutiante, quand elle n’est pas honteuse et complice : là-dessus, avec sa lucidité jamais prise en défaut, Pasolini ne nous laisse aucune illusion.
L’acteur et le spectacle non plus, mais la critique passe par le rire. Pas à gorge déployée : on reste plutôt dans le hoquet de cette fin de banquet sans retenue. On est fasciné par  Jeroen Willems, qui joue tous les rôles, par sa virtuosité (d’autant plus qu’il est néerlandais et joue en français), parfois poussée jusqu’au cabotinage, par sa précision. Les passages d’un personnage à un autre constituent de précieux moments de théâtre : l’acteur prend le temps de trouver la situation qui amène ce changement, de se donner un nouveau visage, un nouveau rire, une nouvelle élocution, et de répondre aux personnages qu’il vient de quitter.
Exploit théâtral. Et aussi image terrifiante d’un monde unipolaire : où l’on voit des “autres“, alors qu’ il s’agit bien du même. Heureusement, un ou deux gestes en rupture (on ne vous les dira pas, allez voir vous-même) brisent cette continuité. On admire, on rit un peu; l’apologue sur le bien gagné en passant par le mal, dit par l’acteur en semi-travesti exhibitionniste, est un peu long. Mais on reste glacé par l’actualité de la pièce, jouée pour la première fois en 1997, présentée en français à Avignon en 2004 : crise boursière, G 20, Copenhague, font résonner encore et encore ces Deux Voix.

Christine Friedel

 

Théâtre des Amandiers Nanterre – jusqu’àu 10 février. 01 46147000

 


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