399 secondes

399 secondes de Fabrice Melquiot mise en scène de Stanislas Nordey, collaboratrice artistique Claire-Ingrid Cottenceau.

    f56a4aeac3901dea2.jpg399 secondes, c’est, nous explique Fabrice Melquiot,  la durée de l’éclipse qui a eu lieu l’an passé mais qui n’était visible que de certains points du globe. C’est une métaphore pour nous parler de « ce que l’on nomme jeunesse qui ne dure pas longtemps, dans l’interstice entre « enfance » et  » âge d’homme » où se jouent des singularités empruntées, s’échafaudent des plans dérobés, s’esquissent des caractères modelés sur d’autres. »
Ce pourquoi, ajoute Fabrice Melquiot, la plupart des personnages  portent en eux l’écho de héros mythologiques ». Par mythologie, l’auteur désigne celle des héros grecs de l’Antiquité grecque: Orphée, Pandora, Faéton, ou Danaé. ; quant aux lieux juste nommés mais non représentés, ce sont:  un squat à Berlin, puis un musée à Oslo, un cargo en mer, un aéroport ou des rues de Shangaï.

 Les personnages sont  quinze jeunes gens , garçons et filles qui vont dire le texte de Melquiot dans une sorte de maison aux murs blancs, eux-même tous habillés de combinaisons féminines ( ce qui va mieux aux jeunes femmes qu’aux hommes!). Ils disent à la fois le monde des vivants et celui des morts, la passion physique, le passage de la vie à la mort  soit à tour de rôle soit à deux soit tous  à la fin dans une sorte de choeur; la scène est seulement éclairée par  quinze tas de guirlandes d’ampoules  à lumière blanche mais variable posés au sol.
 Même s’il  possède souvent de belles fulgurances poétiques, le texte de Fabrice Melquiot  a parfois un peu de mal à passer,  sans doute à cause de longueurs dans la dernière partie. Et l’ on ne comprend pas très bien ce qui a poussé Nordey à le choisir ; certes, il s’agissait de présenter la sixième promotion de l’Ecole du Théâtre national de Bretagne et les textes contemporains, et  même classiques où il est possible de donner un morceau de gâteau à peu près identique à chaque  élève ,ne sont pas légion…
  C’est en effet un cas de figure un peu particulier , puisque le metteur en scène ne choisit pas ses comédiens, alors  que  le but de l’opération est  de les mettre chacun en valeur , en évitant quand même au maximum l’exercice de style: comme on le voit , la chose n’est pas des plus faciles!  Mais ne vaut-il pas mieux alors  choisir plusieurs pièces, comme l’avait  fait Jean-Claude Durand, quand il avait remarquablement monté une oeuvre  de Dea Loher et  une autre de David Gieselman avec les élèves de Chaillot sur ce même plateau de Théâtre Ouvert et sur cette même durée de deux heures environ. Mais , comme dans 399 secondes,  il y a très peu de de véritables dialogues, et l’on discerne mal les talents de chacun;  les garçons, eux semblent beaucoup moins à l’aise, sans doute à cause d’une gestuelle peu adaptée. Parmi les jeunes comédiennes, nous avons donc tout de même repéré:  Marine de Mizsolz, Emilie Quinquis  et Anne-Sophie Sterk.
Cela dit, la mise en scène  de Nordey, est absolument rigoureuse et les comédiens font preuve de professionnalisme: une spectatrice ,victime d’un malaise ayant dû être évacuée, et donc le spectacle interrompu trois minutes,  il n’y a eu aucun mouvement de panique sur  scène, même quand , après la reprise, certaines répliques du texte  faisaient penser bizarrement à un possible décès. Une des comédiennes a réussi à réfréner son fou rire et tous sont restés concentrés  et  ont repris le jeu, ce qui suppose une déjà une belle maîtrise de la scène…
 Alors à voir? Oui, si vous voulez découvrir quelques-uns des futurs comédiens de demain et une mise en scène de qualité,  mais le texte de la  version jouée  de Melquiot  qui, dit-il, a  » ajouté ou étoffé certains personnages du manuscrit original spécialement pour le spectacle » -ceci explique peut-être cela- n’ est pas franchement convaincant.

Philippe du Vignal

Théâtre Ouvert 4 bis Cité Véron 75018 Paris  jusqu’au 6 février.

 


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