CAILLOUX

CAILLOUX , concerto pour marionnettes et contrebasse du Théâtre sans toit, conception et mise en scène de Pierre Blaise, musique et interprétation Jean-Luc Ponthieu, marionnettes de Veronika Door.

  C’est un spectacle sans paroles, sans histoire,  présenté à des enfants de trois ans. Un  contrebassiste, trois comédiens et de gros cailloux qu’on colore et qui se promènent dans l’espace, qui font peur et qui font rire. C’est du grand art contemporain en musique comme dans le domaine plastique, avec un musicien qui joue dans tous les sens de sa contrebasse et trois acteurs très complices. On entend par moments d’adorables petits rires. Et pourtant Cailloux n’a connu qu’une trentaine de représentations depuis sa création l’an dernier…

Edith Rappoport

***********************************************************************************************

Nous confirmons; dans le marécage de la bêtise universelle des  spectacles dit pour enfants, et que l’on qualifie maintenant de « tout public »,  ce Cailloux fait figure d’exception. Comme une sorte de théâtre non figuratif,  exigeant  où l’essentiel  ne se dit pas,mais se voit comme dans une oeuvre plastique, inspiré par les créations du groupe Cobra, nom fabriqué à partir des premières lettres des capitales: Copenhague, Bruxelles, Amsterdam, dont été originaires les artistes qui l’ont fondé au début des années cinquante.
Les trois marionnettes à tige que manipulent les trois acteurs, le faux/ vrai castelet en planches de bois qui tient plus d’une sculpture et qui se monte grâce à de petits câbles tirés à vue, la lumière en symbiose avec la musique en direct de Jean-Luc Ponthieu, remarquable contrebassiste de jazz : il n’y a pas la moindre trace de médiocrité dans ce spectacle de quarante minutes.
Le plus émouvant: la salle, pourtant remplie de deux classes de maternelle, parait vide, vu la taille des spectateurs, et reste très silencieuse  grâce  aussi à leur extrême attention. Le plus révélateur: les enfants, futurs adultes,  ne font pas de cadeau et  rient aux éclats… quand un des personnages se tape le pied par mégarde avec son grand bâton de marche!
Mais Cailloux n’attire pas beaucoup  les programmateurs sans doute assez frileux dès lors qu’il s’agit de spectacles qui n’entrent pas dans un  cadre formaté et rassurant. Que Pierre Blaise se rassure:  Catherine Dasté et Antoine Vitez, comme il le sait sans doute, ont  connu les mêmes difficultés quand il  créèrent leurs  formidables spectacles dans les années 70… L’histoire  bégaie souvent!

Philippe du Vignal
On peut voir les autres spectacles du Théâtre sans toit: Les Castelets de fortune et Le dernier Cri de Constantin à l’Étoile du Nord jusqu’au 30 janvier. Tél 01 42 26 47 47


Archive pour 22 janvier, 2010

Fantaisies, l’idéal féminin n’est plus ce qu’il était

Fantaisies, l’idéal féminin n’est plus ce qu’il était, de et par Carole Thibaut

« Je suis la femme idéale », dit-elle, dans un dispositif parfaitement propice aux pièges du narcissisme, triple miroir, “catwalk“ pour défilé de mode, et, pour la femme “exécutive“, pupitre de conférencière. La Femme (idéale) doit être à la fois forte et douce, intelligente mais pas intellectuelle, belle et abordable, sexy et mère, drôle et discrète, et ainsi de suite, à l’infini des jeux de couples opposés et d’enjeux impossibles. Le tout « pas trop », bien sûr, elle doit rester « à sa place ». Qu’on ne s’étonne pas de l’affluence des guillemets : ils manifestent la présence massive de ce code de la femme idéale qu’éditent chaque semaine ou chaque mois les magazines féminins.
Carole Thibaut, femme de théâtre – comédienne, auteure, metteuse en scène, et je fais exprès de mettre au féminin -, s’amuse un moment de ce code, nous le récite à l’envers, à l’endroit et par le menu : oui, nous sommes complices… Et puis elle ne s’amuse plus du tout, et s’empare avec une efficacité brutale du discours de la domination masculine, de tout ce que celle-ci a mis sur le mot “con“, du refus de l’“instinct maternel“ et du devoir d’allaitement, de la trahison des “pétasses“ qui véhiculent en roucoulant l’idéologie de l’oppresseur. Le spectacle se construit, à géométrie variable, depuis 2008. Les séquences, sans doute interchangeables, mènent bel et bien vers l’éclatement de cette “femme idéale“. Humour et colère poussés parfois jusqu’au grotesque : Carole Thibaut tient la performance en beauté, et avec une force singulière : c’est singulier, la force, chez une femme, non ?

Christine Friedel

Jusqu’au 30 janvier à Confluences, Paris XXe – 01 40 24 16 46 -

LITTORAL

LITTORAL , Texte et mise en scène de Wajdi Mouawad

C’est la troisième mise en scène que nous voyons  de ce spectacle, la première de l’auteur en Avignon il y a une dizaine d’années, c’était la révélation d’un jeune artiste complet; la deuxième au Théâtre Paul Éluard de Choisy- le- Roi dans une mise en scène de Magali Leris qui prenait de justes distances vis- à- vis du texte, et cette “re-création” quinze ans après l’écriture de la pièce par son auteur. Cette plongée dans les désastres de la guerre du Liban par un jeune orphelin élevé au Québec par la famille de sa mère, qui cherche à enterrer son père au pays natal, reste un texte fulgurant.  Le voyage de Wilfrid, chargé du cadavre de son père qu’il n’a pas connu plus que sa mère, morte en lui donnant la vie, lui fait rencontrer des rescapés des massacres, ils le suivent et parviennent jusqu’à la mer, sans pouvoir lui donner une sépulture. C’est dans la mer que ce père, malgré ses protestations, finira par reposer, lesté de tous les noms des disparus des villages, recueillis par une jeune femme désespérée. On tourne un film sur cette épopée, le chevalier de Guiromelan y tient un rôle aux côtés du cadavre du père, très prolixe, mais ce tournage se perd dans les sables et comme souvent le spectacle est trop long. La mise en scène m’a semblée décevante, les acteurs surjouent dans la première partie, le décor d’Emmanuel Clolus manque d’ampleur. La salle bourrée d’un public jeune était pourtant très enthousiaste et une très longue tournée se profile.

 

Edith Rappoport

******************************************************************************************************************************

Littoral de Wajdi Mouawad, mise en scène de l’auteur.

littoral.jpgWajdi Mouawad , qui a dû, avec sa famille,  quitter le Liban pour la France d’abord puis  pour le Québec, est devenu à 42 ans,  une sorte d’auteur culte, des deux côtés de l’Atlantique. Avec   douze pièces publiées et plusieurs romans, et une reconnaissance quasi officielle dans de nombreux pays dont , bien sûr, la France. En 88, Willy Protagoras enfermé dans les toilettes avait eu tout de suite un succès immédiat, et il écrivit  Littoral il y a quinze ans qu’il monta en France en 91 dans ce même théâtre  et au  Canada. La pièce est la première d’un quadrilogie, avec Forêts, Incendies, et Ciels qu’il mit en scène en un seul spectacle d’une nuit entière  au dernier Festival d’Avignon.
Littoral est maintenant repris au Théâtre 71; la pièce a  pour thème, l’histoire d’un jeune homme , Wilfrid, dont la mère est morte en le mettant au monde,  qui apprend un jour la mort de son père, qu’il n’ a en fait pas connu, alors qu’il est en train de faire l’amour.! Il va  entreprendre de convoyer le corps de ce père jusque dans son pays d’origine  et de lui trouver une sépulture digne de ce nom. Mais comme dans une nation en pleine guerre, cela s’avère impossible, le corps de son père s’en ira rejoindre la mer, emportant avec lui tous les noms des habitants des villages d’alentour…
Et l’on tourne un film sur cette saga familiale. Les thèmes  sont ceux dont Wajdi Mouawad s’est rendu maître en à peine vingt ans: la guerre civile et ses atrocités dont il ne nous épargne rien -et les  mots qu’il emploie  frappent juste et fort-le passé que l’on ne cesse trimbaler comme un bagage trop encombrant, la mort du père, et cette quête d’identité permanente qui ne cesse de hanter l’écrivain. Et il y a dans ce texte des moments aussi intenses que brillants.
C’est devenu un peu à la mode de dénigrer systématiquement l’écriture de Mouawad, ce qui est  injuste. On était sans doute  auparavant plus indulgent ,dans le feu de la nouveauté , devant  ce torrent verbal qui semble maintenant avoir un peu vieilli… Et quand, il cède  à une manie de l’époque,  et convoque une fois de plus le théâtre dans le théâtre, avec ce tournage de film qui se revendique  comme un faux tournage!  Tous aux abris! De ce côté là, on a beaucoup donné ces derniers temps.
D’autant plus que le texte, s’il était élagué d’une bonne quarantaine de minutes surtout vers la fin, serait plus fort ,  puisque de, toute façon, un entracte est incompatible avec ce type d’écriture théâtrale qui a ,dans les meilleurs moments,  quelque chose de fascinant.     Mais, malheureusement, le spectacle qu’ en donne Mouawad, puisque c’est lui qui en a assuré la mise en scène, est  décevant. La mise en scène qu’en avait faite Magali Meris en 2004, beaucoup plus sobre , était aussi beaucoup plus convaincante…La scénographie-comme la mise en scène qui manque singulièrement de rythme- est du genre peu abouti, avec ces bâches de plastique noire et cette peinture dont les acteurs s’enduisent sans grande raison; ce qui possèdait plus de lyrisme dans la cour d’Honneur à Avignon, même si l’on entendait  mal les comédiens, devient ici  un peu conventionnel.
Quant à la direction d’acteurs, c’est un fait constaté qu’un auteur est souvent mieux servi par quelqu’un d’autre, et cela se confirme ici. Emmanuel Schwartz ( Wilfrid) et Patrick Le mauff ( le père) sont tous les deux  remarquables, mais tous les autres acteurs, peu et mal dirigés, criaillent et ne sont pas du tout convaincants.
Le public était  partagé: ceux qui connaissaient déjà le théâtre de Mouawad semblaient  réticents, surtout quant à la durée du spectacle, mais la plupart des jeunes lycéens qui ,sans doute, le découvraient pour la première fois, ont bien résisté et n’ont pas mégoté  leurs applaudissements.  Question de génération, effet de mode, texte déjà bien préparé en classe: il doit y avoir un peu de tout cela…
Alors,  y aller ou pas? A vous de voir: il y a un  texte, c’est certain mais pas de mise en scène  vraiment solide, une interprétation des plus inégales et cela dure deux heures et demi: vous avez peut-être les éléments pour choisir. En tout cas, en sortant du spectacle, comparaison n’est pas raison comme disait ma maman, mais on a plus  envie  de lire que de voir une seconde fois Littoral, ou bien, revu et corrigé quant à la dramaturgie, et,  en tout cas, dans une véritable mise en scène…

Philippe du Vignal

Théâtre 71 de Malakoff jusqu’au 21 février.

 

 

 

 

AUTOMNE ET HIVER

 AUTOMNE ET HIVER  Lavoir Moderne Parisien  de Lars Noren, mise en scène Agnès Renaud, compagnie Arcade en résidence à Soissons (Picardie). automne.jpg

  C’est un repas familial, un repas ordinaire comme nous en avons tous, ceux qui ont la chance d’avoir une famille : les parents Margareta la soixantaine alerte et Henrik, son mari depuis 44 ans, médecin silencieux, et leurs deux filles Ewa secrétaire modèle mariée depuis longtemps et Ann, la cadette, révoltée, en rupture de ban, mère célibataire d’un John, serveuse dans un bar homo qui rêve néanmoins d’écrire. Elle pique là où ça fait mal, accusant sa mère de l’avoir abandonnée à une nourrice, son père d’attouchements impudiques, sa soeur de mener une vie bourgeoise et égoïste. Mis en accusation, chacun va crier sa douleur, Ewa ses insomnnies et sa stérilité inacceptable, Margareta la jalousie de sa belle-mère dont son mari n’arrivait pas à se détacher et son amour extra-conjugal interdit, Henrik parlera enfin de son incapacité à dériver du droit chemin, de la fidélité à sa mère et à sa femme. Les acteurs jouent à merveille cette danse de mort menée de façon implacable par la grande Ann, Sophie Torresi, Virginie Deville est une émouvante Ewa, Patrick Larzille un père mutique qui se dévoile, et Christine Combe une Margareta un peu bloquée. De la très belle ouvrage à voir au LMP jusqu’au 27 janvier

Edith Rappoport

www.compagnie-arcade.com

DAROU L ISLAM |
ENSEMBLE ET DROIT |
Faut-il considérer internet... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Le blogue a Voliere
| Cévennes : Chantiers 2013
| Centenaire de l'Ecole Privé...